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Les agrégats : du PIB au RNB

15 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Distinguer les deux frontières du compte — le TERRITOIRE et les RÉSIDENTS — et classer n'importe quel revenu du bon côté de chacune.
  • Écrire et exécuter le passage RNB = PIB + revenus primaires reçus de l'extérieur − revenus primaires versés, sur un village puis sur la France.
  • Dire pourquoi le RNB est un REVENU et non une production — et ce que le rebaptême international de 1993 (PNB → RNB) a voulu corriger.
  • Lever enfin l'usure : calculer le PIN et le RNN, et expliquer pourquoi les comptes continuent d'afficher le brut.
  • Distinguer un revenu PRIMAIRE d'un TRANSFERT courant — le salaire du frontalier n'est pas le mandat du cousin — et calculer le RNDB.
  • Lire le tableau de passage de la France 2024, retrouver chacun de ses soldes, et repérer le piège d'arrondi qu'il tend.
  • Expliquer pourquoi le RNB irlandais vaut les trois quarts du PIB irlandais, ce que l'épisode « leprechaun » de 2016 a révélé, et ce que le RNB* corrige.
  • Citer les deux usages institutionnels du RNB : la ressource principale du budget de l'Union européenne, le classement des pays par la Banque mondiale.
  • Nommer ce que les agrégats de ce chapitre ne disent pas : la répartition, le patrimoine, et le MILLÉSIME sans lequel aucun chiffre de comptabilité nationale n'est complet.

I. Le moulin ne bouge pas

Le chapitre n°4 t'a fait faire un déménagement. Son exercice 4 installait le moulin de l'autre côté de la frontière, et le PIB du village en sortait amputé d'un quart : la valeur ajoutée suit le lieu de production, elle était partie avec les meules. Pose maintenant la question voisine, celle que le même chapitre avait laissée en réserve : le moulin ne bouge pas d'un mètre, ses meules tournent comme avant, ses salariés y viennent comme avant — mais son propriétaire, lui, vit désormais de l'autre côté, et le revenu du moulin traverse la frontière chaque année. Le PIB, qui regarde le territoire, ne voit RIEN : la production est toujours là. Et pourtant quelque chose d'essentiel a changé — ce que les habitants du village GAGNENT n'est plus ce que le village PRODUIT.

Ce chapitre est une dette, et elle a été contractée trois fois. Le chapitre n°4, en pesant le mot INTÉRIEUR, promettait que « l'écart entre les deux, et l'agrégat qui en découle (le revenu national brut), attendront le chapitre des agrégats, plus loin dans le cursus ». Le chapitre n°5, croisant un habitant qui traverserait chaque matin la frontière pour travailler chez le voisin, annonçait que « passer de l'un à l'autre est l'affaire d'un chapitre à part entière du cursus ». Et le chapitre n°7 a posé son hypothèse (2) en toutes lettres : « On ne compte ni usure des machines ni revenu venu de l'étranger : c'est l'objet du chapitre n°8 ». Nous y sommes. Ce chapitre ne pose donc aucune hypothèse nouvelle — il en LÈVE deux, et c'est un plaisir plus rare qu'il n'y paraît : l'usure des machines, et les revenus qui traversent les frontières.

Une remarque d'histoire, avant de commencer, parce qu'elle éclaire tout le chapitre. La discipline que tu apprends depuis le chapitre n°4 est née NATIONALE, pas intérieure. Ce que Simon Kuznets remet au Sénat américain en 1934, c'est un rapport intitulé National Income — le revenu NATIONAL, ce que les Américains gagnent ; et la matière entière s'appelle aujourd'hui encore comptabilité NATIONALE. Le PIB — intérieur — n'est devenu la vedette des comptes que bien plus tard, et la section VII racontera quand et pourquoi. Autrement dit : l'agrégat que ce chapitre construit n'est pas un raffinement tardif du PIB — c'est le concept FONDATEUR de la discipline, que le PIB a éclipsé en chemin. Ce chapitre remonte le courant.

Le programme, en cinq temps. On pose d'abord les deux frontières du compte — le territoire, les résidents — et les quatre flux qui les traversent dans notre village (section II). On construit le passage du PIB au RNB (III). On lève la seconde moitié de l'hypothèse du chapitre n°7 : l'usure, avec le PIN et le RNN (IV). On fait entrer les TRANSFERTS — l'argent qui change de mains sans rien acheter — et le revenu disponible de la nation, le RNDB (V). Puis le vrai monde : la France et son tableau de passage (VI), l'Irlande et le Luxembourg, où l'écart entre PIB et RNB cesse d'être une note de bas de page pour devenir l'histoire principale (VII). La section VIII dit ce que tout cela ne dit pas, et la IX te met aux commandes.

II. Deux frontières, quatre flux

Tout le chapitre tient dans une distinction, alors posons-la au cordeau. Le PIB trace une frontière GÉOGRAPHIQUE : il somme les valeurs ajoutées des unités résidentes d'un TERRITOIRE — le chapitre n°4 a défini l'unité résidente comme celle qui a sur ce territoire son centre d'activité durable, un atelier ou un bureau installé là depuis plus d'un an, quelle que soit la nationalité de qui la possède. Le RNB trace une frontière de PERSONNES : il somme les revenus primaires que reçoivent les RÉSIDENTS — les ménages, entreprises et administrations qui ont ici leur centre d'intérêt économique. Pour un ménage, résider s'entend simplement : c'est ici qu'il a son logement et sa vie économique principale, même s'il gagne son pain ailleurs. Deux frontières, donc. Elles se recouvrent presque partout — le boulanger produit ici, vit ici, gagne ici — mais PRESQUE n'est pas TOUT, et tout ce chapitre vit dans l'écart.

Le chapitre n°5 avait imaginé cet écart au conditionnel : un habitant qui traverserait chaque matin la frontière pour travailler chez le voisin. Donnons-lui une réalité et un salaire. Un villageois est embauché à la fromagerie du village voisin : 15 000 € par an. Sa production est là-bas — elle entre dans le PIB du voisin, le n°5 l'a établi — mais LUI réside ici : son salaire est un revenu de résident. Voilà le premier flux. Il y en a trois autres, et il faut les poser tous avant de calculer quoi que ce soit, parce que chacun traverse la frontière dans un sens différent et par un canal différent.

Deuxième flux, même sens : des villageois ont acheté, il y a des années, des parts de cette même fromagerie. Elle est prospère ; elle leur verse 3 000 € de dividendes. De la production étrangère, encore — et un revenu de résidents, encore. Note que ce n'est plus un salaire : c'est un REVENU DE LA PROPRIÉTÉ, la rémunération d'un capital placé et non d'un travail fourni. Les comptables les séparent, et la section VI montrera que, pour un pays entier, les deux canaux pèsent très différemment.

Troisième et quatrième flux, sens inverse. L'ouvrier du meunier réside chez le voisin et traverse le pont chaque matin — le frontalier du n°5, mais à rebours : les 12 000 € de salaire que le moulin lui verse (le chiffre du chapitre n°5, qui ne bouge pas d'un euro) partent chaque année de l'autre côté, en totalité. Et le fournil neuf du boulanger — les 15 000 € d'investissement du chapitre n°5 — a été financé, avec ses fours et sa réserve de farine, par un emprunt de 40 000 € à la caisse du village voisin : 2 000 € d'intérêts — du 5 % — lui sont dus chaque année. Un salaire qui sort, un revenu de la propriété qui sort. Relis bien ce que ces quatre flux ont en commun : AUCUN ne change ce que le village produit. Les 160 000 € de PIB que les chapitres n°5 à n°7 ont établis sont intacts ; ce qui change, c'est ce que les résidents en retiennent — et ce qu'ils gagnent ailleurs. C'est exactement ce que la comptabilité appelle des revenus PRIMAIRES : des revenus gagnés dans la production — la sienne ou celle du voisin — par le travail, le capital, ou la propriété.

Voici les quatre flux en tableau, avec le PIB au-dessus. Garde-le sous les yeux : les sections III à V ne feront que le plier de trois façons différentes.

Le village, an 1MontantSens
PIB (chapitres n°5 à n°7)160 000 €
Salaire du frontalier à la fromagerie15 000 €reçu
Dividendes des parts de la fromagerie3 000 €reçu
Salaire de l'ouvrier du meunier12 000 €versé
Intérêts du prêt du fournil2 000 €versé

III. Du PIB au RNB

Le calcul est maintenant à portée de main, et il faut le construire dans le bon ordre — pas le réciter. Pars du PIB : 160 000 €, la valeur ajoutée des unités résidentes du territoire. Le chapitre n°5 a montré que cette production se change intégralement en revenus. Mais revenus DE QUI ? De ceux qui la font : et parmi eux, l'ouvrier du meunier, qui n'est pas résident — ses 12 000 € sortent ; et la caisse du voisin, créancière du fournil — ses 2 000 € d'intérêts sortent aussi. À l'inverse, des revenus arrivent que la production du village n'a pas engendrés : les 15 000 € du frontalier, les 3 000 € de dividendes. Le compte des résidents s'obtient donc en corrigeant le compte du territoire : on AJOUTE ce que les résidents reçoivent de l'extérieur, on RETRANCHE ce que le territoire verse à l'extérieur. Le résultat porte un nom : le REVENU NATIONAL BRUT. Ici : 160 000 + 18 000 − 14 000 = 164 000 €.

Lis le résultat avant de le trouver normal. Le RNB du village DÉPASSE son PIB de 4 000 € : les résidents gagnent plus que le territoire ne produit, parce que le travail et le capital qu'ils ont placés dehors rapportent plus que ce que le dehors vient chercher ici. Le signe aurait pu être inverse — il l'est pour l'Irlande, la section VII le montrera, et l'atelier de la section IX te fera fabriquer les deux cas. Et garde-toi du contresens le plus tentant : le RNB n'est PAS « la production des résidents ». Personne n'a déplacé de production. Le RNB est un REVENU — ce que les résidents gagnent — et c'est un agrégat d'une autre nature que le PIB, qui mesure ce que le territoire produit. Les deux nombres se ressemblent parce que la production engendre les revenus ; ils ne répondent pas à la même question.

Cette distinction de nature a une histoire, et elle est récente. Pendant un demi-siècle, l'agrégat vedette s'est appelé PNB — produit national brut — comme si le national était une PRODUCTION au même titre que l'intérieur. En 1993, le système de comptes que partagent l'ONU, le FMI, l'OCDE, la Banque mondiale et la Commission européenne — celui dont le chapitre n°5 a raconté la naissance, de Genève 1947 au système de 1953, et que le monde désigne par son sigle anglais, le SNA — a rebaptisé l'agrégat : revenu national brut. Rien n'a changé dans le calcul — le glossaire de l'ONU précise que le RNB est « identique au PNB tel que l'employaient les comptes nationaux » — mais le nom, lui, a été corrigé : ce qu'on attribue aux résidents, ce n'est pas une production, c'est un revenu. Retiens-en le réflexe pratique : quand un manuel ou un sujet ancien écrit PNB, lis RNB — même grandeur, nom d'avant 1993. L'exercice 3 te fera faire, sur le moulin, les deux gestes que ce passage sépare : déménager la production, déménager le propriétaire.

Le passage, construit ligne à ligne

Quatre lignes, et aucune n'est à apprendre par cœur : chacune ne fait que suivre un revenu jusqu'à son propriétaire.

  1. PIB = 160 000 €

    Le point de départ : la production des unités résidentes du TERRITOIRE — le nombre établi par les chapitres n°5 à n°7. Le sigle se lit encore comme au chapitre n°4 : produit, intérieur, brut.

  2. revenus reçus de l'extérieur = 15 000 + 3 000 = 18 000 €

    Ce que les résidents gagnent DEHORS : le salaire du frontalier (15 000), les dividendes de la fromagerie (3 000). Des revenus primaires — gagnés dans une production, celle du voisin.

  3. revenus versés à l'extérieur = 12 000 + 2 000 = 14 000 €

    Ce que la production d'ICI verse à des non-résidents : le salaire de l'ouvrier du meunier (12 000), les intérêts du prêt du fournil (2 000).

  4. RNB = PIB + reçus − versés = 160 000 + 18 000 − 14 000 = 164 000 €

    Le REVENU NATIONAL BRUT : ce que les résidents gagnent, une fois chaque revenu rendu à son propriétaire. Le solde des revenus primaires, +4 000 €, est ce qui sépare les deux frontières du chapitre.

Contrôle de lecture, à refaire sur tout énoncé : chaque flux du passage doit répondre OUI à la question « est-ce un revenu gagné dans une production ? » et sa place — reçu ou versé — dépend d'UNE seule chose : la résidence de celui qui le touche. Un flux qui échoue au premier test n'est pas un revenu primaire ; la section V lui est réservée.

L'escalier du passage : du PIB au RNB par les revenus primaires reçus et versés, puis du RNB au RNDB par les transferts courantséchelle resserrée — l'axe démarre à 150 (milliers d'€)160PIB178164RNB162RNDB+18 reçus−14 versés−2 transferts
Le passage du PIB au RNB puis au RNDB, dans l'ordre du chapitre : le socle de 160 000 € (la production du territoire), les 18 000 € que les résidents gagnent dehors, les 14 000 € que le territoire verse dehors, et — la section V le construira — les transferts courants, dont le solde retire 2 000 €. Chaque marche vient du modèle du cours : le schéma ne peut pas annoncer d'autres nombres que le texte.

IV. Brut ou net : l'usure, enfin

Reste la seconde moitié de la promesse du chapitre n°7 : l'usure. Le chapitre n°4 l'avait mise en réserve avec le mot BRUT — pendant l'année, fours et meules se sont usés, une partie de la production ne fait que compenser ce que les machines ont perdu, et le PIB ne la déduit pas. Il avait même chiffré l'usure de la chaîne du pain : 5 000 €, et un produit intérieur NET de 115 000 € pour le village d'alors, qui produisait 120 000. Notre village a grandi depuis — un fournil neuf, une école — et son usure aussi. Comptons-la au lieu de la poser : 5 000 € pour la chaîne du pain, le chiffre du chapitre n°4, qui n'a pas de raison d'avoir changé ; 1 500 € pour le fournil neuf — le chapitre n°5 a dit qu'il servirait dix ans, et il a coûté 15 000 € : un dixième par an ; et 1 500 € pour le bâtiment de l'école — ce dernier chiffre est POSÉ, lui : aucun chapitre n'a daté l'école. Total : 8 000 € de CONSOMMATION DE CAPITAL FIXE — c'est le nom comptable de l'usure, et le mot est bien choisi : chaque année, le village CONSOMME un peu de ses machines comme il consomme du pain.

Déduire cette usure, c'est passer du brut au net, et le geste s'applique aux deux agrégats du chapitre. Côté territoire : PIN = PIB − CCF = 160 000 − 8 000 = 152 000 €. Côté résidents : RNN = RNB − CCF = 164 000 − 8 000 = 156 000 €. Le revenu national NET est, conceptuellement, le meilleur des quatre nombres que tu connais maintenant : ce que les résidents gagnent vraiment, une fois remis de côté ce qu'il faudra pour remplacer les machines usées. Un ménage qui raisonnerait « brut » s'appauvrirait en croyant s'enrichir — il compterait comme revenu ce que sa voiture perd chaque année.

Alors pourquoi tout le monde — journaux, traités européens, ce cursus même — cite-t-il le brut ? Le chapitre n°4 a donné la réponse et elle vaut d'être répétée, car c'est une leçon de méthode générale : l'usure ne s'observe sur aucune facture, elle s'ESTIME, par des conventions d'amortissement — on décide qu'un four dure tant d'années. Le net est plus juste et plus fragile ; le brut, moins juste et plus ferme ; les comparaisons choisissent la fermeté. Simplification assumée et SIGNALÉE — mais mesure ce qu'elle coûte à l'échelle d'un pays : en 2024, la consommation de capital fixe de la France atteint 538,6 milliards d'euros — plus de 18 % du PIB. Près d'un cinquième de la production française de l'année ne fait que compenser l'usure du capital existant. Quand tu lis « le PIB a augmenté de 1 % », rappelle-toi qu'aucun de ces pourcents n'a d'abord payé les machines.

Brut moins usure : les deux nets

L'usure du village ne tombe pas du ciel : deux pièces sur trois sont héritées des chapitres précédents, et la troisième se déclare pour ce qu'elle est.

  1. CCF = 5 000 + 1 500 + 1 500 = 8 000 €

    La CONSOMMATION DE CAPITAL FIXE : 5 000 € hérités du chapitre n°4 (la chaîne du pain), 1 500 € dérivés du n°5 (le fournil : 15 000 € sur dix ans), et 1 500 € POSÉS pour le bâtiment de l'école, qu'aucun chapitre n'a datés.

  2. PIN = PIB − CCF = 160 000 − 8 000 = 152 000 €

    Le produit intérieur NET : la production du territoire, usure déduite. Le chapitre n°4 l'avait calculé sur son village de 120 000 € ; même geste, village agrandi.

  3. RNN = RNB − CCF = 164 000 − 8 000 = 156 000 €

    Le revenu national NET : ce que les résidents gagnent vraiment, remplacement des machines provisionné. Conceptuellement le plus juste des agrégats — et le moins cité, parce que l'usure s'estime au lieu de s'observer.

Les deux corrections du chapitre sont INDÉPENDANTES et se composent : intérieur/national d'un côté, brut/net de l'autre. Quatre agrégats en carré — PIB, RNB, PIN, RNN — et une seule règle de lecture : « national » déplace la frontière, « net » déduit l'usure. Une copie qui écrit « le RNB déduit l'usure » a perdu le carré.

V. Le mandat du cousin : transferts et revenu disponible

Un dernier personnage, et il va t'obliger à une distinction que les correcteurs adorent. Un cousin du village est parti vivre à la ville il y a trois ans ; il y réside, il y travaille — et chaque année, il envoie 1 500 € à sa famille restée ici. Question : où ranger ce flux ? Applique le contrôle de la section III : est-ce un revenu gagné dans une production ? Pour le COUSIN, oui — c'est son salaire, gagné là-bas, compté dans le PIB et le RNB de là-bas puisqu'il y réside. Mais le mandat qu'il envoie n'est pas un salaire : personne au village n'a rien produit, rien vendu, rien prêté pour le recevoir. C'est un revenu qui CHANGE DE MAINS sans contrepartie — un TRANSFERT COURANT. (Le mot « courant » a son contraire : les transferts EN CAPITAL — une remise de dette, une aide à l'investissement — vivent à un autre étage des comptes, hors de ce chapitre.) Mesure la finesse de la frontière : le frontalier de la section II et le cousin gagnent tous deux leur pain de l'autre côté. Mais le frontalier RÉSIDE ici — son salaire entier est un revenu primaire du village ; le cousin réside LÀ-BAS — seul son mandat arrive, et c'est un transfert. La résidence décide de tout.

Le village verse aussi des transferts : 3 500 € de cotisation annuelle à la fédération des villages — elle entretient le pont, organise le marché commun, et ne livre au village aucun bien en échange direct de sa cotisation. Solde des transferts courants : 1 500 − 3 500 = −2 000 €. Ajoute-le au RNB et tu obtiens le dernier agrégat du chapitre : le REVENU NATIONAL DISPONIBLE BRUT, RNDB = 164 000 − 2 000 = 162 000 €. Le mot DISPONIBLE dit exactement sa fonction : c'est le revenu que les résidents peuvent effectivement consommer ou épargner, une fois les revenus rendus à leurs propriétaires ET les transferts soldés.

Ce mot d'ÉPARGNE doit te rappeler le chapitre n°7 — et c'est ici que les deux chapitres se raccordent, au chiffre près. Le n°7 avait calculé l'épargne nationale du village : 26 000 €, la somme de ce que mettent de côté les ménages (32 000) et l'État (−6 000). Mais il l'avait calculée sous son hypothèse (2) — aucun revenu venu de l'étranger — et dans un village où, de fait, aucun transfert ne circulait non plus. Lève l'hypothèse et refais le compte sur le revenu qui existe vraiment : le RNDB. Les résidents disposent de 162 000 € ; ils en consomment 92 000 (les ménages) et 42 000 (l'État) — les chiffres du n°7, que rien ici ne modifie. Épargne nationale brute : 162 000 − 92 000 − 42 000 = 28 000 €. L'écart avec le n°7 se démontre au lieu de se constater : +4 000 € de revenus nets venus de l'extérieur, −2 000 € de transferts nets, soit +2 000 € — et 26 000 + 2 000 = 28 000. Les deux chapitres ne se contredisent pas : ils ne font pas la même hypothèse, et chacun le dit.

Pour un pays réel, ce solde de transferts n'a rien d'anecdotique, et tu connais déjà ses deux postes les plus célèbres sans le savoir. Le chapitre n°7 évoquait « les transferts, du budget européen aux envois des migrants » : les voici à leur place exacte. La contribution de la France au budget de l'Union européenne fondée sur la TVA et le RNB — 22,3 milliards d'euros en 2024 — est un transfert courant versé : elle ne réduit ni le PIB ni le RNB de la France, elle réduit son RNDB. Et les mandats que les travailleurs émigrés envoient dans leur pays d'origine sont, pour ce pays, des transferts courants reçus — le cousin, à l'échelle du monde. Il existe des pays où ce cousin est l'histoire principale : les mandats reçus approchent la MOITIÉ du PIB au Tadjikistan (47,9 % en 2024, Banque mondiale — le pays le plus dépendant du monde) et dépassent le quart au Népal ; l'étage des transferts y hisse le revenu disponible loin AU-DESSUS du RNB, en miroir exact de la France. La section VI chiffre le cas français.

Du RNB au RNDB, et le raccord avec le chapitre n°7

Deux lignes pour l'agrégat, deux lignes pour vérifier qu'aucun chapitre ne dément l'autre.

  1. solde des transferts courants = 1 500 − 3 500 = −2 000 €

    Le mandat du cousin arrive, la cotisation à la fédération part. Ni l'un ni l'autre ne rémunère une production : ce sont des TRANSFERTS, pas des revenus primaires.

  2. RNDB = RNB + solde des transferts = 164 000 − 2 000 = 162 000 €

    Le revenu national DISPONIBLE brut : ce que les résidents peuvent consommer ou épargner. C'est sur lui — jamais sur le PIB — que se calcule l'épargne d'une nation.

  3. épargne nationale brute = RNDB − C − G = 162 000 − 92 000 − 42 000 = 28 000 €

    Les consommations sont celles du chapitre n°7, inchangées. L'épargne nationale, elle, monte de 26 000 à 28 000 €.

  4. 28 000 = 26 000 + 4 000 − 2 000

    Le raccord, démontré : l'épargne du n°7, plus le solde des revenus primaires, plus celui des transferts. Le n°7 calculait sous son hypothèse (2) ; levée, l'écart est exactement la somme des deux soldes de ce chapitre.

Trois flux, trois agrégats — récite la chaîne : un revenu primaire traverse la frontière → il sépare PIB et RNB ; un transfert courant la traverse → il sépare RNB et RNDB ; l'usure ne traverse rien → elle sépare le brut du net. Un flux mal rangé, et toute la cascade est fausse.

VI. La France : le tableau de passage

Passons du village au pays, avec les vrais chiffres — ceux des comptes nationaux de l'INSEE, base 2020, dans leur édition du 29 mai 2026, et d'un SEUL tenant : tu verras à la section VIII pourquoi mélanger deux éditions est interdit. En 2024, le PIB de la France vaut 2 935,2 milliards d'euros — le nombre que le chapitre n°5 t'a fait décomposer. Son RNB vaut 2 983,6 milliards : les résidents français gagnent 48,4 milliards de PLUS que le territoire ne produit, soit 1,6 % du PIB. La France est, comme notre village, un pays dont le national dépasse l'intérieur.

D'où viennent ces 48,4 milliards ? Le compte du reste du monde les décompose en trois soldes, et ils ne pèsent pas du tout pareil. Les SALAIRES, d'abord : les frontaliers et saisonniers résidant en France rapportent 35,5 milliards — gagnés en Suisse, au Luxembourg, en Allemagne ou à Monaco — quand la production française n'en verse que 2,0 aux non-résidents : solde +33,5 milliards, les deux tiers du passage. Le frontalier de notre village est, à l'échelle de la France, le personnage principal. Les REVENUS DE LA PROPRIÉTÉ, ensuite : 332,9 milliards reçus, 323,5 versés — des flux ÉNORMES, dix fois les salaires, mais qui se compensent presque : solde +9,4 milliards. Retiens le contraste, il est général : les capitaux traversent les frontières dans les deux sens et leurs revenus s'annulent en grande partie ; le travail frontalier, lui, est à sens unique. Enfin un petit solde que notre village n'a pas : les impôts sur la production versés aux institutions européennes (2,6 milliards — pour l'essentiel les droits de douane, collectés par la France pour le compte de l'Union) contre les subventions reçues d'elles (8,2 milliards — la politique agricole, notamment) : +5,6 milliards.

Avant de lire le tableau, un piège d'arrondi — il est dans le tableau parce qu'il est dans la vie, et l'exercice 4 te le fera déjouer. Additionne les trois soldes tels qu'ils sont arrondis ci-dessus : 33,5 + 9,4 + 5,6 = 48,5. Or l'écart entre RNB et PIB, arrondi au même dixième, vaut 48,4. Aucune erreur nulle part : les valeurs exactes (33,459 + 9,359 + 5,564 = 48,382) s'arrondissent vers le haut trois fois, et la somme des arrondis n'est pas l'arrondi de la somme. Le chapitre n°7 t'a déjà appris qu'un chiffre déduit n'est jamais plus précis que ses termes ; ajoute la règle jumelle : une somme d'arrondis peut différer de l'arrondi de la somme, et une copie qui « corrige » 48,4 en 48,5 abîme un tableau juste.

Reste l'étage des transferts, et il renverse le classement de la France. Les transferts courants reçus valent 57,6 milliards ; les versés, 106,8 — dont les 22,3 milliards de ressources propres de l'Union fondées sur la TVA et le RNB, et les mandats des travailleurs émigrés vers leurs pays d'origine. Solde : −49,2 milliards. Le RNDB de la France tombe à 2 934,4 milliards — un cheveu SOUS le PIB. Savoure le résultat, il est tout sauf anecdotique : ce que les frontaliers et les capitaux rapportent au pays (+48,4), les transferts le remportent presque exactement (−49,2). Le revenu disponible de la France, c'est — à un milliard près sur trois mille — son PIB ; mais ce hasard de compensation est PROPRE à la France en 2024, pas une loi : au moindre changement d'un solde, il se défait.

Complète enfin le carré de la section IV : l'usure française vaut 538,6 milliards, donc PIN = 2 396,6 et RNN = 2 445,0 milliards. Et par habitant — 68 776 milliers de résidents en moyenne 2024, la population de la série des comptes — le PIB fait 42 678 €, le RNB 43 382 €. Tu as désormais les six nombres qui résument la position de la France dans ce chapitre ; le tableau les rassemble.

France, 2024Md€
PIB2 935,2
+ salaires nets+33,5
+ propriété, net+9,4
+ impôts et subv., net+5,6
= RNB2 983,6
+ transferts nets−49,2
= RNDB2 934,4
CCF (l'usure)538,6
PIN = PIB − CCF2 396,6
RNN = RNB − CCF2 445,0

VII. L'Irlande, le Luxembourg, et à quoi sert le RNB

Pour la France, l'écart entre PIB et RNB est une correction de 1,6 %. Voici deux pays où il est l'histoire principale — et c'est là que le RNB cesse d'être une curiosité de comptable. Le 12 juillet 2016, l'office statistique irlandais publie la croissance de 2015 : +26,3 % en un an — un chiffre sans précédent pour une économie développée, révisé plus tard à +24,6 %. Vingt-quatre minutes après la publication, l'économiste américain Paul Krugman, prix Nobel 2008, tweete trois phrases restées célèbres : « Leprechaun economics: Ireland reports 26 percent growth! But it doesn't make sense. Why are these in GDP? » — l'économie du leprechaun, le lutin des contes irlandais : l'Irlande annonce 26 % de croissance, mais cela n'a pas de sens ; pourquoi est-ce dans le PIB ? La réponse tient dans ce chapitre. Cette année-là, quelques multinationales — américaines pour l'essentiel — avaient transféré en Irlande la propriété d'actifs considérables : des brevets, des flottes d'avions en location. Les unités qui les portent sont résidentes d'Irlande ; leur production s'est mise à compter, du jour au lendemain, dans le PIB irlandais. Rien de faux : le PIB mesure ce qu'il dit mesurer, la production des unités résidentes du territoire. Mais les revenus de ces actifs appartiennent à leurs propriétaires étrangers — et la convention comptable est plus radicale qu'un virement : même NON rapatriés, les bénéfices d'une filiale sous contrôle étranger sont réputés versés à son propriétaire, puis réinvestis par lui ; les laisser en Irlande ne les ramène pas dans le RNB irlandais. C'est le RNB qui le montre : en 2024, le PIB irlandais vaut 562 milliards d'euros et son RNB 423 milliards. Les résidents irlandais gagnent LES TROIS QUARTS de ce que « leur » territoire produit ; le quart restant appartient à d'autres. C'est le village dont le moulin — et bien plus que le moulin — s'est vendu au voisin.

L'office irlandais a tiré la leçon de l'épisode : depuis 2017, il publie un agrégat taillé sur mesure, le RNB modifié — noté RNB*. Au RNB ordinaire, il retranche encore trois morceaux que la mondialisation gonfle : l'amortissement de la propriété intellectuelle délocalisée, celui des avions en location, et le revenu des sociétés « redomiciliées » — installées juridiquement en Irlande sans y produire grand-chose. Résultat 2024 : 321 milliards, à peine 57 % du PIB (563 milliards dans le millésime irlandais). Presque la MOITIÉ du PIB irlandais ne dit rien du revenu des Irlandais. La leçon dépasse l'Irlande : quand un agrégat cesse de répondre à la question qu'on lui pose, la bonne réponse n'est pas de le tordre — c'est d'en construire un autre, et de dire lequel répond à quoi.

Le Luxembourg raconte l'autre mécanisme — le nôtre, celui du frontalier, porté à l'échelle d'un pays. Près d'un salarié sur deux qui travaille au Luxembourg n'y réside pas : ils arrivent chaque matin de France, de Belgique, d'Allemagne, et leurs salaires quittent le RNB luxembourgeois comme celui de l'ouvrier du meunier ; s'y ajoutent les revenus des capitaux du monde entier placés dans ses fonds d'investissement. En 2024, le RNB du Luxembourg vaut 65 % de son PIB. Voilà pourquoi le fameux « PIB par habitant le plus élevé du monde » luxembourgeois doit toujours être manié avec des pincettes : il divise une production à laquelle près de la moitié des travailleurs ne participent qu'en visiteurs, par une population qui ne les compte pas. Le chapitre « Le PIB par habitant », plus loin dans le cursus, reviendra sur ce que valent ces divisions.

Si le RNB n'était qu'un correctif pédagogique, ce chapitre s'arrêterait là. Mais deux institutions majeures l'ont choisi — et non le PIB — comme base de décisions très concrètes, précisément PARCE QU'il mesure le revenu des résidents et résiste mieux aux mirages du territoire. Le budget de l'Union européenne, d'abord : sa ressource principale — près des deux tiers des ressources propres en 2024 — est assise sur le RNB de chaque État membre ; chacun contribue selon ce que ses résidents gagnent, pas selon ce que son territoire héberge — sans quoi l'Irlande paierait pour des brevets dont les revenus ne lui appartiennent pas. Les 22,3 milliards français de la section VI sortent de cette règle. La Banque mondiale, ensuite : son classement des pays — revenu faible, intermédiaire, élevé — qui commande l'accès aux prêts concessionnels, se fait sur le RNB par habitant, converti en dollars par une moyenne de change lissée sur trois ans, la « méthode Atlas », pour qu'une secousse monétaire ne déclasse pas un pays ; le seuil du revenu élevé est à 14 375 dollars, au classement publié en juillet 2026. Deux usages, une même logique : quand il s'agit de savoir ce que les gens d'un pays GAGNENT, c'est le RNB qu'on ouvre.

Et referme l'histoire commencée à la section I, car l'arc est complet. Née NATIONALE avec Kuznets en 1934, la discipline a d'abord gardé le national en vitrine — le revenu national d'abord, puis, à partir de 1942, le PNB, que les États-Unis afficheront en mesure phare jusqu'en 1991. Cette année-là, leur Bureau of Economic Analysis bascule vers le PIB — annonce dans son article d'août, bascule effective à la grande révision des comptes de décembre — en s'expliquant : le PIB suit mieux la production et l'emploi du territoire à court terme, et le reste du monde l'avait déjà adopté. En 1993, le PNB devient RNB — un revenu, pas un produit. Et en 2017, l'Irlande invente le RNB* : le national, corrigé encore. Soixante ans pour aller du national à l'intérieur, vingt-cinq pour en revenir — non que l'un des deux soit « le bon » : la mondialisation a simplement écarté les deux frontières, et chaque agrégat garde la sienne.

Le RNB en pourcentage du PIB en 2024 : la France au-dessus de 100, l'Irlande et le Luxembourg nettement en dessousPIB = 100101,6 %FrancePIBRNB75,2 %IrlandePIBRNB65,4 %LuxembourgPIBRNB
Le RNB en pourcentage du PIB, 2024 : la France (101,6 %) gagne un peu plus que son territoire ne produit ; l'Irlande (75,2 %) et le Luxembourg (65,4 %) beaucoup moins — profits de multinationales pour l'une, salaires de frontaliers et revenus de fonds pour l'autre. Sources : INSEE pour la France, Eurostat pour l'Irlande et le Luxembourg.

VIII. Ce que les agrégats ne disent pas

Quatre agrégats de plus ne font pas quatre réponses de plus à toutes les questions. Ce chapitre a trois silences, et les nommer fait partie du cours.

Le RNB reste une somme, et une somme ne dit pas qui reçoit quoi. 43 382 € de RNB par habitant en France ne signifient pas que chaque Français les gagne — le chapitre n°4 le disait déjà de son village : le PIB ne voit pas qui reçoit les 120 000 €. La mise en garde de Kuznets, que le chapitre n°4 t'a fait lire, s'applique mot pour mot à l'agrégat qui porte le nom de son rapport de 1934 : le revenu national ne dit guère le bien-être, et il ne dit rien de sa répartition. Passer du PIB au RNB corrige la frontière du compte, pas son aveuglement à la distribution. Et « les résidents » de ce chapitre ne sont pas que des personnes : les sociétés et les administrations en sont — dans les 43 382 € par tête, il y a du profit non distribué et de l'impôt que personne ne touche. Le partage du revenu national entre ménages, sociétés et État est l'affaire du chapitre « Les secteurs institutionnels », en L2.

Deuxième silence, et celui-là, ce chapitre te donne les moyens de le voir : un agrégat porte un MILLÉSIME. Les comptes nationaux se RÉVISENT — les déclarations fiscales arrivent, les enquêtes se complètent, et chaque printemps l'INSEE réécrit les deux ou trois dernières années. Le PIB français de 2024 vaut 2 935,2 milliards dans l'édition de mai 2026 que ce chapitre utilise ; les comptes de secteurs européens, arrêtés avant cette révision, portent encore 2 919,9 milliards pour la même année et le même pays. Aucun des deux n'est « faux » : ce sont deux photographies datées du même objet. L'exemple le plus instructif est dans ce cursus même : le chapitre n°7 cite, d'après la publication de mai 2025, une capacité de financement de la Nation de +0,1 % du PIB en 2024 ; dans l'édition de mai 2026, la révision a changé le SIGNE — un besoin de financement de 4,6 milliards, environ 0,2 % du PIB. Ni ce chapitre ni le n°7 ne se trompent : ils citent deux millésimes, et chacun date le sien. Le réflexe à retenir est celui-là : un chiffre de comptabilité nationale sans sa source ET sa date n'est pas un chiffre, c'est une rumeur — et comparer deux nombres de millésimes différents, c'est mesurer la révision, pas l'économie.

Troisième silence, que tu connais depuis le chapitre n°7 : tout ce chapitre est en FLUX. Le RNB dit ce que les résidents ont gagné CETTE ANNÉE ; il ne dit rien de ce qu'ils POSSÈDENT — logements, machines, créances sur le reste du monde, moins ce qu'ils lui doivent. Un pays peut gagner beaucoup et posséder peu, ou l'inverse. Le patrimoine se mesure à une date, dans d'autres comptes ; et le versant extérieur de la question — ce que la position de la France vis-à-vis du reste du monde accumule, année après année, de soldes comme ceux de ce chapitre — attend le chapitre « La balance des paiements », en L2, qui remettra dans un même compte les échanges du n°7, les revenus et les transferts d'ici.

IX. L'atelier : à qui profite la production ?

Les agrégats de ce chapitre s'installent le jour où l'on a parié sur eux. L'atelier te donne le village de la section II — PIB 160 000, RNB 164 000, RNDB 162 000 — et le modifie d'UNE façon à la fois. À toi de PRONOSTIQUER, avant de regarder, ce que deviennent les trois agrégats : le PIB, le RNB, le RNDB — hausse, baisse, ou rien. Tant que les trois pronostics ne sont pas posés, rien ne se révèle.

Un conseil de parcours. Commence par le plus lisible — un second frontalier embauché chez le voisin — puis prends l'atelier d'affinage : la fromagerie vient produire AU village, et c'est le scénario le plus payant du lot, parce que les trois réponses justes y semblent se contredire. Garde pour la fin les deux transferts : le mandat du cousin et la cotisation doublée — deux flux qui traversent la frontière sans qu'AUCUN des deux premiers agrégats ne bouge. Si tu les pronostiques juste du premier coup, la cascade de la section V est à toi.

Choisis ce qui arrive au village
Ton pronostic, avant de regarder

Réponds pour les trois agrégats : rien ne se recalcule tant que le pronostic n'est pas complet.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

L'île aux pulls des chapitres n°5 à n°7, une année entière, vue cette fois depuis ses habitants. Sa production vaut 90 000 €. Quatre faits nouveaux : un insulaire s'embarque six mois par an comme marin sur un cargo du continent, qui lui verse 4 000 € ; la filature doit 2 500 € d'intérêts annuels à la banque du continent qui a financé ses métiers ; le continent verse au dispensaire de l'île une dotation de 1 500 € ; l'île cotise 500 € à la ligue des îles. L'usure des métiers, bateaux et bâtiments est estimée à 3 000 €. (1) Classe chacun des quatre flux : revenu primaire ou transfert courant, reçu ou versé. (2) Calcule le RNB de l'île. (3) Calcule son RNDB. (4) Calcule le PIN et le RNN — puis dis pourquoi le bulletin annuel de l'île citera malgré tout les agrégats BRUTS. (5) Le journal de l'île titre : « notre économie a produit 91 500 € cette année ». Corrige le titre.

  1. (1) Le salaire du marin : revenu PRIMAIRE reçu — il est gagné dans une production (celle du cargo), et le marin RÉSIDE sur l'île ; six mois de mer ne déplacent pas sa résidence. Les intérêts de la filature : revenu primaire VERSÉ — la banque du continent est rémunérée pour un capital prêté. La dotation au dispensaire : TRANSFERT reçu — personne n'a rien produit ni prêté pour elle. La cotisation à la ligue : transfert versé.
  2. (2) RNB = PIB + revenus primaires reçus − versés = 90 000 + 4 000 − 2 500 = 91 500 €. Les insulaires gagnent 1 500 € de plus que leur île ne produit.
  3. (3) Solde des transferts : 1 500 − 500 = +1 000 €. RNDB = 91 500 + 1 000 = 92 500 €. L'ordre est imposé : les transferts s'ajoutent au RNB, jamais directement au PIB — sépare bien les deux étages de la cascade.
  4. (4) PIN = 90 000 − 3 000 = 87 000 € ; RNN = 91 500 − 3 000 = 88 500 €. La correction « net » s'applique aux deux frontières, et c'est la même usure qu'on déduit des deux côtés. Le bulletin citera pourtant le brut : les 3 000 € d'usure ne sont lus sur aucune facture — ils sont ESTIMÉS par des conventions d'amortissement, et une grandeur estimée fait un mauvais étalon de comparaison. Plus juste mais plus fragile : le net renseigne, le brut compare.
  5. (5) Le titre confond production et revenu. L'île a PRODUIT 90 000 € — c'est son PIB, et rien dans l'énoncé ne le change. Ses habitants ont GAGNÉ 91 500 € — c'est le RNB, un revenu, pas une production : le rebaptême de 1993 a été fait exactement contre ce titre-là. Version juste : « notre île a produit 90 000 € cette année ; ses habitants en ont gagné 91 500 ».

Phrase de copie : « Le PIB compte la production des unités résidentes d'un territoire ; le RNB, revenu et non production, s'obtient en y ajoutant les revenus primaires que les résidents reçoivent de l'extérieur et en retranchant ceux que le territoire verse ; les transferts courants ne jouent qu'à l'étage suivant, celui du RNDB, et l'usure sépare, des deux côtés, le brut du net. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Pour chacun des revenus suivants, dis s'il entre dans le PIB du village, dans son RNB, dans les deux, ou dans aucun : (a) le salaire du boulanger, qui vit et travaille au village ; (b) le salaire du frontalier embauché à la fromagerie du voisin ; (c) le salaire de l'ouvrier du meunier, qui réside chez le voisin ; (d) les dividendes que la fromagerie verse aux villageois ; (e) le mandat du cousin parti à la ville ; (f) le loyer qu'un villageois touche d'une maison qu'il possède... au village.

    Un coup de pouce

    Deux questions par flux, toujours dans cet ordre : la production est-elle sur le territoire ? celui qui reçoit est-il résident ?

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    (a) Les deux : production d'ici, résident d'ici — le cas ordinaire, qui rend PIB et RNB si proches dans la plupart des pays.

    (b) RNB seulement : la production est chez le voisin (son PIB à lui), mais le salarié réside ici.

    (c) PIB seulement : la production (le moulin) est ici, le salarié réside là-bas. Son salaire entre dans le RNB du village VOISIN.

    (d) RNB seulement — même logique que (b), par le canal de la propriété au lieu du travail.

    (e) AUCUN des deux : le cousin réside là-bas, son salaire appartient au PIB et au RNB de là-bas ; ce qui arrive ici est un transfert courant, qui ne joue qu'au niveau du RNDB. C'est le piège de la liste.

    (f) Les deux — et si tu as hésité, relis la frontière de production du chapitre n°4 : un logement rend un service de logement, compté dans la production ; produit ici, reçu par un résident d'ici.

  2. Dans le village du cours, deux choses changent la même année : la fromagerie du voisin embauche un second villageois payé 6 000 €, et la fédération des villages double sa cotisation (3 500 € de plus à verser). (a) Recalcule le RNB. (b) Recalcule le RNDB. (c) Un conseiller conclut : « le second emploi frontalier a été mangé par la fédération ». Qu'en dis-tu ?

    Un coup de pouce

    Les deux changements ne jouent pas au même étage de la cascade.

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    (a) RNB = 160 000 + (18 000 + 6 000) − 14 000 = 170 000 €. Ou, plus court : un transfert ne joue jamais à cet étage, donc RNB = 164 000 + 6 000 — le RNB de départ plus le nouveau salaire, et rien d'autre.

    (b) Solde des transferts : 1 500 − 7 000 = −5 500 €. RNDB = 170 000 − 5 500 = 164 500 €.

    (c) L'arithmétique du conseiller est à moitié juste et sa phrase à moitié fausse. Sur le REVENU DISPONIBLE, oui : +6 000 de salaire, −3 500 de cotisation en plus, le RNDB ne monte que de 2 500 €. Mais les deux flux ne sont pas de même nature — un revenu primaire contre un transfert — et ne se lisent pas au même étage : le RNB, lui, a bien gagné les 6 000 € entiers. Une copie qui les fusionne en une seule ligne a perdu la cascade de la section V.

  3. Le moulin du village (valeur ajoutée 30 000 €, dont 12 000 € de rémunérations, 1 000 € d'impôts sur la production et 17 000 € de revenu du meunier — les chiffres du chapitre n°5). Compare deux événements : (a) le meunier part à la retraite et vend le moulin à la fromagerie du voisin, qui l'exploite à distance avec les mêmes salariés villageois, production inchangée, et rapatrie chaque année le solde du compte — 17 000 € l'an dernier ; que deviennent le PIB et le RNB du village ? (b) le moulin déménage physiquement chez le voisin — le déménagement que le chapitre n°4 t'a fait faire — le meunier restant villageois ; que deviennent le PIB et le RNB ? (c) Que conclus-tu sur ce que chaque agrégat surveille ?

    Un coup de pouce

    Dans chaque cas, demande-toi séparément : où est la production ? où résident ceux qui en reçoivent les revenus ?

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    (a) Le PIB ne bouge pas : 160 000 € — la production est toujours sur le territoire, et c'est tout ce que le PIB regarde. Le RNB perd les 17 000 € qui sortent désormais : 164 000 − 17 000 = 147 000 €. Le solde des revenus primaires passe de +4 000 à −13 000 : le village devient une petite Irlande — RNB sous le PIB.

    (b) Le PIB perd la valeur ajoutée du moulin : 160 000 − 30 000 = 130 000 €, l'amputation d'un quart que le chapitre n°4 t'avait fait constater sur son village d'alors. Mais suis les revenus, un par un : le meunier reste résident et retire toujours ses 17 000 € — désormais reçus de l'extérieur ; et son ouvrier, qui résidait déjà chez le voisin, cesse d'être un frontalier — son salaire de 12 000 € ne traverse plus rien, ni dans un sens ni dans l'autre. RNB = 130 000 + (18 000 + 17 000) de revenus reçus − 2 000 d'intérêts versés = 163 000 €. Sur 164 000 au départ : le RNB n'a perdu QUE 1 000 € — les impôts sur la production du moulin, qui vont désormais au fisc du voisin.

    (c) Le PIB surveille le territoire, le RNB les résidents. Un déménagement de production ampute le PIB d'un quart et laisse le RNB quasi intact — tant que les gens continuent d'y travailler et d'en posséder les revenus ; un simple changement de propriétaire laisse le PIB parfaitement immobile et ampute le RNB. Aucun des deux agrégats ne « se trompe » : ils ne montent pas la garde au même endroit. Vérifie au passage la comptabilité de (b) : 12 000 + 17 000 + 1 000 = 30 000 — la valeur ajoutée du moulin se décompose intégralement en revenus, comme le chapitre n°5 l'a démontré ; le seul morceau perdu pour les résidents est celui qui va à un non-résident, le fisc voisin.

  4. France, 2024 (INSEE, base 2020, édition de mai 2026) : PIB 2 935,2 milliards d'euros ; salaires nets reçus de l'extérieur +33,5 ; revenus de la propriété nets +9,4 ; solde des impôts et subventions avec l'extérieur +5,6 ; RNB publié : 2 983,6. (a) Vérifie le passage. (b) Ta somme des trois soldes donne 48,5, mais 2 983,6 − 2 935,2 = 48,4 : où est l'erreur ? (c) Quel solde domine le passage français, et qu'est-ce que cela dit du pays ?

    Un coup de pouce

    Pour (b), relis la section VI : personne ne s'est trompé.

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    (a) 2 935,2 + 33,5 + 9,4 + 5,6 = 2 983,7 — proche du RNB publié, mais pas égal, et c'est tout l'objet de la question (b).

    (b) Nulle part. Les valeurs exactes sont 33,459 + 9,359 + 5,564 = 48,382 : chacune s'arrondit VERS LE HAUT au dixième, et la somme des arrondis (48,5) dépasse l'arrondi de la somme (48,4). Réflexe de copie : quand un tableau officiel « ne boucle pas » à la dernière décimale, soupçonne l'arrondi avant l'erreur — et n'écris jamais qu'un institut statistique s'est trompé de 100 millions sans avoir vérifié les valeurs non arrondies.

    (c) Les salaires : +33,5 milliards, plus des deux tiers du passage. La France est un pays de FRONTALIERS sortants — vers la Suisse, le Luxembourg, Monaco, l'Allemagne — bien plus qu'un pays rentier : les revenus de la propriété, dix fois plus gros en flux bruts (332,9 reçus, 323,5 versés), se compensent presque.

  5. La contribution de la France au budget de l'Union européenne fondée sur la TVA et le RNB s'élève à 22,3 milliards d'euros en 2024. (a) Réduit-elle le PIB de la France ? (b) Son RNB ? (c) Son RNDB ? (d) Pourquoi l'Union assoit-elle cette contribution sur le RNB de chaque État plutôt que sur son PIB ?

    Un coup de pouce

    Applique le contrôle de la section III : cette contribution rémunère-t-elle une production ?

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    (a) Non. Le PIB compte la production du territoire ; un versement au budget européen n'en retire aucune.

    (b) Non plus, et c'est le piège : la contribution n'est pas un revenu primaire — elle ne rémunère ni travail, ni capital, ni production. (Seuls les droits de douane et impôts sur la production remis à l'Union — 2,6 milliards en 2024 — jouent à l'étage du RNB.)

    (c) Oui : c'est un TRANSFERT courant versé, il pèse sur le solde des transferts (−49,2 milliards en 2024, dont ces 22,3) et réduit le revenu disponible de la nation.

    (d) Parce que la contribution veut être proportionnée à ce que les résidents d'un pays GAGNENT — sa capacité contributive — et non à ce que son territoire héberge. Assise sur le PIB, elle ferait payer à l'Irlande des brevets et des avions dont les revenus repartent chez leurs propriétaires étrangers. C'est près des deux tiers des ressources propres de l'Union qui reposent sur cette logique.

  6. Irlande, 2024 (Eurostat) : PIB 561,9 milliards d'euros, RNB 422,8 milliards. (a) Calcule le rapport RNB/PIB et compare-le à celui de la France (101,6 %). (b) Explique le mécanisme qui creuse cet écart. (c) Le PIB irlandais est-il « faux » ? (d) Qu'a construit l'office statistique irlandais en réponse, et que retranche cet agrégat ?

    Un coup de pouce

    Repense au moulin racheté de l'exercice 3 — puis multiplie-le par un pays.

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    (a) 422,8 / 561,9 = 75,2 % : les résidents irlandais gagnent les trois quarts de ce que le territoire produit. En France, ils gagnent 1,6 % de PLUS — les deux signes existent, et un même pays peut passer de l'un à l'autre.

    (b) Des multinationales étrangères ont domicilié en Irlande des unités qui portent des actifs énormes — brevets, avions en location. Ces unités sont résidentes : leur production entre dans le PIB. Mais leurs profits sont des revenus de la propriété VERSÉS à des propriétaires non résidents — et la convention n'attend pas le virement : même laissés sur place, les bénéfices d'une filiale contrôlée de l'étranger sont réputés versés à son propriétaire. Ils sortent du RNB. C'est l'exercice 3(a), à l'échelle d'un pays.

    (c) Non — et c'est important de le dire ainsi : le PIB mesure exactement ce qu'il annonce, la production des unités résidentes du territoire. Ce qui serait faux, c'est de LIRE ce PIB comme le revenu des Irlandais, ou d'asseoir sur lui une contribution ou une comparaison de niveau de vie. Un agrégat n'est jamais faux ; c'est la question qu'on lui pose qui peut l'être.

    (d) Le RNB* (« RNB modifié »), publié depuis 2017 : au RNB, il retranche l'amortissement de la propriété intellectuelle délocalisée, celui des avions en location, et le revenu des sociétés redomiciliées. En 2024 : 321 milliards, 57 % du PIB. L'office a préféré construire l'agrégat qui répond à SA question plutôt que de tordre ceux qui répondent à d'autres.

  7. Le 12 juillet 2016, l'office statistique irlandais annonce +26,3 % de croissance pour 2015 ; Paul Krugman tweete « Leprechaun economics » dans les vingt-quatre minutes. (a) Qu'est-ce qui a « produit » ces 26,3 % — des usines ? des embauches ? (b) Pourquoi le doute de Krugman (« why are these in GDP? ») vise-t-il la LECTURE du chiffre plutôt que son calcul ? (c) Quelle phrase de ce chapitre résume l'affaire ?

    Un coup de pouce

    Que devient le PIB d'un territoire le jour où un actif géant en devient résident ?

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    (a) Ni usines nouvelles ni vague d'embauches à cette échelle : pour l'essentiel, des transferts d'ACTIFS — de la propriété intellectuelle, des flottes d'avions — vers des unités résidentes d'Irlande. La production attachée à ces actifs a changé de territoire comptable en changeant de propriétaire résident, et le PIB de 2015 a bondi (chiffre révisé ensuite à +24,6 %).

    (b) Parce que le calcul est conforme aux règles : ces unités SONT résidentes, leur production EST du PIB irlandais. Ce qui ne « fait pas sens », c'est d'y lire un enrichissement des Irlandais de 26 % en un an — une lecture que le RNB, et plus encore le RNB*, démentent aussitôt : les revenus repartent.

    (c) « Ce que les habitants du village GAGNENT n'est plus ce que le village PRODUIT » — la phrase du moulin, section I. Le leprechaun n'est pas dans le chiffre : il est dans la confusion des deux frontières.

  8. Le PIB par habitant du Luxembourg est le plus élevé du monde ; son RNB vaut 65 % de son PIB (Eurostat, 2024). (a) Quel est le principal mécanisme derrière cet écart ? (b) Les salaires des 123 000 frontaliers venus de France entrent-ils dans le PIB luxembourgeois ? dans le RNB luxembourgeois ? dans le RNB français ? (c) Pourquoi le PIB PAR HABITANT est-il particulièrement trompeur dans ce cas précis ?

    Un coup de pouce

    Compte les personnes au numérateur et au dénominateur.

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    (a) Le travail frontalier : près d'un salarié sur deux au Luxembourg réside en France, en Belgique ou en Allemagne (STATEC, 2024). Leurs salaires sont produits sur le territoire luxembourgeois et versés à des non-résidents — le mécanisme de l'ouvrier du meunier, à l'échelle d'un pays — auxquels s'ajoutent les revenus des capitaux étrangers placés dans ses fonds d'investissement.

    (b) PIB luxembourgeois : oui — la production est là-bas. RNB luxembourgeois : non — versés à des non-résidents, ils en sortent. RNB français : oui — c'est une part des 35,5 milliards de salaires que les résidents de France reçoivent de l'extérieur (section VI).

    (c) Parce que ses deux étages ne parlent pas des mêmes personnes : le numérateur (le PIB) est produit par les résidents ET les frontaliers ; le dénominateur (les habitants) ne compte que les résidents. On divise le travail de tous par une partie des têtes. Le RNB par habitant, lui, met les mêmes personnes en haut et en bas — c'est tout l'intérêt d'un agrégat de résidents.

  9. Vrai ou faux — justifie en une phrase chaque fois. (a) « Le RNB s'obtient en retranchant l'usure du PIB. » (b) « Un pays peut avoir un RNB supérieur à son PIB. » (c) « Les mandats envoyés par les travailleurs émigrés à leur famille restée au pays augmentent le RNB du pays d'origine. » (d) « En 2024, près d'un cinquième du PIB français ne fait que compenser l'usure du capital. » (e) « Le PNB des anciens manuels et le RNB d'aujourd'hui sont deux agrégats différents. » (f) « En 2024, le RNDB de la France est inférieur à son PIB. »

    Un coup de pouce

    Trois sont vraies, trois sont fausses.

    Voir le corrigé

    (a) FAUX : c'est le carré de la section IV — « national » déplace la frontière (revenus avec l'extérieur), « net » déduit l'usure. RNB = PIB + solde des revenus primaires ; l'usure donne le PIN et le RNN.

    (b) VRAI : la France en 2024 (RNB = 101,6 % du PIB), et notre village (+4 000 €). Le signe dépend du solde des revenus primaires, et il change d'un pays à l'autre.

    (c) FAUX : l'émigré réside à l'étranger, son mandat est un TRANSFERT courant — il augmente le RNDB du pays d'origine, pas son RNB. (Le salaire d'un FRONTALIER, lui, entrerait dans le RNB : toute la différence est la résidence.)

    (d) VRAI : consommation de capital fixe 538,6 milliards pour un PIB de 2 935,2 — plus de 18 %, près d'un cinquième.

    (e) FAUX : même grandeur, renommée par le système de comptes de 1993 pour dire sa vraie nature — un revenu, pas un produit. Le glossaire de l'ONU le dit : identique au PNB des anciens comptes.

    (f) VRAI : les transferts courants nets de la France sont négatifs (−49,2 milliards en 2024, contribution européenne et mandats sortants en tête) — le RNDB (2 934,4) tombe sous le RNB (2 983,6) et même, d'un cheveu, sous le PIB (2 935,2). Ce que les revenus venus de l'extérieur apportent, les transferts le remportent presque exactement.

  10. Un étudiant compare deux sources : les comptes de secteurs publiés par Eurostat donnent un PIB français 2024 de 2 919,9 milliards d'euros ; l'INSEE, dans son édition de mai 2026, publie 2 935,2 milliards pour la même année. (a) Lequel est le vrai ? (b) D'où vient l'écart ? (c) L'étudiant veut calculer le solde des revenus primaires en retranchant le PIB Eurostat du RNB INSEE : que lui dis-tu ? (d) Formule le réflexe général.

    Un coup de pouce

    Relis le deuxième silence de la section VIII.

    Voir le corrigé

    (a) Les deux — et aucun « en soi » : ce sont deux MILLÉSIMES du même agrégat. Les comptes se révisent à mesure que les données définitives arrivent ; chaque publication photographie l'état du savoir à sa date.

    (b) De la révision annuelle : l'édition de mai 2026 a réévalué 2024 (déclarations fiscales, enquêtes complétées), et les comptes de secteurs européens, arrêtés plus tôt, portent encore l'estimation précédente.

    (c) Que son calcul mesurerait surtout... la révision : 2 983,6 − 2 919,9 = 63,7 milliards, là où le passage vrai (au sein du millésime de mai 2026) vaut 48,4. Quinze milliards d'écart qui ne correspondent à aucun flux réel — l'artefact naît du mélange des éditions.

    (d) Un chiffre de comptes nationaux se cite avec sa source ET son millésime, et un CALCUL entre agrégats exige un millésime UNIQUE. C'est la règle que la section VI a suivie sans le dire : toutes ses lignes sortent de la même édition.

Définitions à connaître

Unité résidente / résident
Une UNITÉ est résidente d'un territoire quand elle y a son centre d'activité durable — installée là depuis plus d'un an, quelle que soit la nationalité de son propriétaire (chapitre n°4). Un MÉNAGE est résident là où il a son logement et sa vie économique principale : le frontalier réside ici même s'il travaille là-bas ; l'émigré réside là-bas même si sa famille est ici. Toute la cascade du chapitre se joue sur ce mot.
Intérieur / national
Deux frontières de compte. INTÉRIEUR : ce que produisent les unités résidentes du TERRITOIRE — le mot se lit sur une carte. NATIONAL : ce que gagnent les RÉSIDENTS, où que la production ait lieu. Les deux coïncident pour le boulanger qui vit et produit ici ; elles divergent dès qu'un revenu traverse la frontière.
Revenu primaire
Un revenu gagné dans la PRODUCTION — d'ici ou d'ailleurs — par le travail (salaires), le capital prêté ou placé (intérêts, dividendes), ou la production elle-même (impôts sur la production, nets des subventions). Test de copie : « quelqu'un a-t-il produit, travaillé ou prêté pour que ce revenu existe ? » Si non, c'est un transfert.
Revenu de la propriété
La rémunération d'un CAPITAL : intérêts d'un prêt, dividendes d'actions ou de parts, bénéfices rapatriés par un propriétaire. Avec les salaires, c'est l'autre grand canal du passage PIB→RNB — et, pour la France, le plus gros en flux bruts (332,9 milliards reçus, 323,5 versés en 2024) mais presque équilibré, quand les salaires frontaliers sont à sens unique.
Revenu national brut (RNB)
Le revenu primaire total des résidents : RNB = PIB + revenus primaires reçus de l'extérieur − revenus primaires versés à l'extérieur. C'est un REVENU, pas une production — le rebaptême de 1993 (ex-PNB) a été fait pour le dire. Village : 164 000 €. France 2024 : 2 983,6 milliards, 101,6 % du PIB.
PNB (produit national brut)
L'ancien nom du RNB, en usage jusqu'au système de comptes de 1993 — le glossaire de l'ONU précise que le RNB lui est identique. Vedette des comptes américains de 1934 à novembre 1991. Dans un sujet ou un manuel anciens, lis PNB = RNB : même grandeur, nom d'avant la correction.
Solde des revenus primaires
Reçus moins versés : ce qui sépare le RNB du PIB. Positif, les résidents gagnent plus que le territoire ne produit (France 2024 : +48,4 milliards, aux deux tiers des salaires de frontaliers) ; négatif, l'inverse (Irlande, Luxembourg). Son signe n'est ni bon ni mauvais : il dit où travaillent les gens et à qui appartient le capital.
Consommation de capital fixe (CCF)
L'usure de l'année : la valeur que les machines, bâtiments et logiciels perdent en servant. Elle ne s'observe sur aucune facture — elle s'ESTIME par conventions d'amortissement, et c'est pourquoi les comparaisons préfèrent les agrégats bruts, qui ne la déduisent pas. France 2024 : 538,6 milliards, plus de 18 % du PIB.
PIN / RNN
Les agrégats NETS : PIN = PIB − CCF (production du territoire, usure déduite), RNN = RNB − CCF (revenu des résidents, remplacement des machines provisionné). Conceptuellement plus justes, statistiquement plus fragiles — le chapitre n°4 a expliqué l'arbitrage. Le mot NET déduit l'usure ; il ne déplace AUCUNE frontière.
Transfert courant
Un revenu qui change de mains SANS contrepartie productive : mandats des émigrés, contributions au budget européen, coopération internationale, primes et indemnités d'assurance. Il ne touche ni le PIB ni le RNB — il joue à l'étage du RNDB. « Courant » l'oppose aux transferts EN CAPITAL (remise de dette, aide à l'investissement), hors de ce chapitre. Le salaire du frontalier n'en est pas un : lui rémunère un travail.
Revenu national disponible brut (RNDB)
RNDB = RNB + transferts courants reçus − versés : ce que les résidents peuvent effectivement consommer ou épargner. C'est sur lui que se calcule l'épargne nationale brute (RNDB − consommation des ménages − consommation publique). Village : 162 000 €. France 2024 : 2 934,4 milliards — sous le RNB, et d'un cheveu sous le PIB.
RNB par habitant (méthode Atlas)
Le RNB divisé par la population résidente, converti en dollars par une moyenne de change lissée sur trois ans — la méthode Atlas de la Banque mondiale, qui évite qu'une secousse monétaire déclasse un pays. C'est LE critère du classement mondial des revenus : seuil du revenu élevé à 14 375 dollars au classement de juillet 2026 — un seuil qui, lui aussi, porte un millésime.
RNB* (RNB modifié irlandais)
L'agrégat construit par l'office statistique irlandais après l'épisode « leprechaun » de 2016, publié depuis 2017 : le RNB, moins l'amortissement de la propriété intellectuelle délocalisée, moins celui des avions en location, moins le revenu des sociétés redomiciliées. 2024 : 321 milliards d'euros, 57 % du PIB irlandais — la mesure du revenu que l'Irlande juge fidèle à son économie réelle.
Millésime
La date d'édition d'un chiffre de comptes nationaux. Les comptes se RÉVISENT chaque année à mesure que les données définitives arrivent : le PIB français de 2024 vaut 2 919,9 milliards dans les comptes de secteurs arrêtés avant la révision de mai 2026, 2 935,2 dans l'édition révisée — deux photographies datées, aucune « fausse ». Un calcul entre agrégats exige un millésime unique ; un chiffre sans date est une rumeur.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Devant tout flux qui traverse une frontière, pose les deux questions dans l'ordre : où est la PRODUCTION ? où RÉSIDE celui qui reçoit ? La première range le flux dans un PIB ; la seconde dans un RNB.
  2. Récite la cascade avant de calculer : revenus primaires → ils séparent PIB et RNB ; transferts courants → ils séparent RNB et RNDB ; usure → elle sépare brut et net, des deux côtés. Un flux mal étagé fausse tout ce qui suit.
  3. Écris le passage en une ligne — RNB = PIB + reçus − versés — puis VÉRIFIE ton signe sur un cas que tu connais : la France est au-dessus (101,6 %), l'Irlande en dessous (75 %). Si ton résultat contredit le cas que tu connais, cherche l'erreur de sens.
  4. Ne confonds jamais le frontalier et l'émigré : le premier RÉSIDE ici et son salaire entier entre au RNB ; le second réside là-bas et seul son mandat arrive — en transfert, au RNDB. La résidence décide, pas la nationalité ni la famille.
  5. PNB dans un sujet ancien = RNB d'aujourd'hui. Même grandeur, renommée en 1993 parce que c'est un revenu, pas un produit — le dire en une phrase dans la copie signale que tu sais pourquoi.
  6. « National » ne veut pas dire « net » : le RNB ne déduit aucune usure. Dessine le carré PIB/RNB/PIN/RNN au brouillon si l'énoncé mélange les deux corrections.
  7. Un classement ou une contribution assis sur un agrégat : demande-toi TOUJOURS lequel et pourquoi. Budget de l'UE et Banque mondiale ont choisi le RNB — le revenu des résidents — précisément contre les mirages du territoire ; savoir le justifier vaut des points.
  8. Quand un PIB bondit de façon invraisemblable, ne crie ni au miracle ni à la fraude : cherche ce qui est devenu résident. L'Irlande de 2015 est l'exemple canonique, et le RNB (ou le RNB*) est l'instrument qui tranche.
  9. Cite tout chiffre de comptes nationaux avec sa source ET son millésime, et ne calcule JAMAIS entre deux millésimes : tu mesurerais la révision, pas l'économie.
  10. Si un tableau officiel semble « ne pas boucler » à la dernière décimale, vérifie les valeurs non arrondies avant de conclure à l'erreur : la somme des arrondis n'est pas l'arrondi de la somme.

Sources

  • Simon Kuznets, National Income, 1929-1932 (document du Sénat n° 124) — l'acte de naissance de la comptabilité nationale moderne, et c'est un revenu NATIONAL qu'il mesure : le concept de ce chapitre est le concept fondateur, 1934
  • Bureau of Economic Analysis, « Gross Domestic Product as a Measure of U.S. Production » (Survey of Current Business, août 1991) — l'article par lequel les États-Unis annoncent la bascule du PNB vers le PIB, effective à la révision d'ensemble des comptes de décembre 1991 ; le PNB était leur mesure phare depuis 1942, le revenu national avant lui, 1991
  • ONU, Commission européenne, FMI, OCDE, Banque mondiale, System of National Accounts 1993 — le système de comptes qui rebaptise le PNB en RNB ; le glossaire de l'ONU précise que le RNB est identique au PNB des comptes antérieurs : c'est un revenu qu'on renomme, pas une grandeur qu'on change, 1993
  • Paul Krugman, « Leprechaun economics » (message publié sur Twitter, 12 juillet 2016, 24 minutes après la publication du CSO) — la formule qui a fait de la croissance irlandaise de 2015 (+26,3 % annoncés, révisés à +24,6 %) le cas d'école du contresens PIB/revenu, 2016
  • Central Statistics Office (Irlande), Modified GNI (RNB*) — l'agrégat créé après l'épisode de 2016, publié depuis 2017 : le RNB moins l'amortissement de la propriété intellectuelle délocalisée, celui des avions en location, et le revenu des sociétés redomiciliées ; RNB* 2024 : 321,1 milliards d'euros (Annual National Accounts), 2017
  • INSEE, Comptes nationaux annuels, base 2020, édition du 29 mai 2026 — tableaux 1.115 (PIB 2 935,2 et RNB 2 983,6 milliards d'euros en 2024), 7.601 (compte du reste du monde : le détail du passage, dont les 22,3 milliards de ressources propres de l'UE) et 6.461 (consommation de capital fixe : 538,6 milliards), 2026
  • INSEE, Les comptes de la Nation en 2024 (Insee Première n° 2053, mai 2025) — le millésime ANTÉRIEUR des mêmes comptes, cité par le chapitre n°7 ; la section VIII s'en sert pour montrer ce qu'une révision change, 2025
  • Eurostat, Agrégats annuels (nama_10_gdp) et comptes de secteurs (nasa_10_nf_tr), extraits d'août 2026 — PIB et RNB 2024 de l'Irlande (561,9 et 422,8 milliards d'euros) et du Luxembourg (86,2 et 56,4 milliards), 2026
  • Parlement européen (EPRS), Own resources of the EU budget — la décomposition des ressources propres : la ressource fondée sur le RNB en est près des deux tiers en 2024, loin devant les droits de douane et la ressource TVA, 2025
  • Banque mondiale, World Bank Country and Lending Groups, exercice 2027 (classement publié le 1er juillet 2026, fondé sur le RNB par habitant de 2025) — le classement des pays par RNB par habitant en méthode Atlas ; seuil du revenu élevé : 14 375 dollars, 2026
  • STATEC (Luxembourg), Emploi salarié frontalier — près d'un salarié sur deux au Luxembourg réside en France, en Belgique ou en Allemagne (228 000 frontaliers sur 485 000 salariés en 2024, dont 123 000 venus de France), 2024