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La croissance du PIB

15 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Calculer un taux de croissance et retrouver un niveau manquant à partir d'un taux — dans les deux sens, sans jamais se tromper de dénominateur.
  • Distinguer un POURCENT d'un POINT de pourcentage, et dire lequel des deux un titre de presse emploie.
  • Enchaîner plusieurs années en MULTIPLIANT les coefficients, et expliquer pourquoi une baisse de 11,63 % exige ensuite une hausse de 13,16 %.
  • Lire une série de croissance sur une échelle LOGARITHMIQUE — où un taux constant devient une DROITE dont la pente est le taux — et dire pourquoi une échelle ordinaire, qui montre les écarts sans montrer ce à quoi ils se rapportent, ne peut pas afficher un rythme.
  • Calculer un taux de croissance annuel moyen par la moyenne GÉOMÉTRIQUE, et montrer ce que la moyenne arithmétique fait dire de faux.
  • Estimer un temps de doublement par la règle des 70, et le contrôler par le calcul exact.
  • Séparer les trois mesures qui se disputent le mot croissance — moyenne annuelle, glissement annuel, acquis — dire laquelle répond à quelle question, et convertir un taux trimestriel en RYTHME ANNUALISÉ sans le multiplier par quatre.
  • Décomposer une croissance en CONTRIBUTIONS de la consommation, de l'investissement, des stocks et du commerce extérieur, et interpréter le signe des importations.
  • Décomposer aussi une croissance par ses FACTEURS — l'emploi et la production par travailleur —, en multipliant les coefficients, et nommer ce qui relève de la croissance EXTENSIVE et de la croissance INTENSIVE.
  • Manier le mot RÉCESSION en sachant d'où vient la règle des deux trimestres, qui date les récessions, et pourquoi personne ne les date en France — et savoir qu'un taux publié reste PROVISOIRE, donc se cite avec son millésime.
  • Nommer les cinq silences d'un taux de croissance — le niveau, la population et derrière elle la répartition, les causes, la croissance potentielle, ce que la croissance consomme — et calculer un ÉCART DE PRODUCTION, sa mise à jour d'une année sur l'autre et la date où il se referme.

I. Trois trimestres de baisse, aucun de hausse — et une année de croissance

Voici une année — construite pour ce chapitre, mais parfaitement possible, et tu vérifieras toi-même qu'aucun de ses chiffres n'est truqué. Le PIB d'un pays recule au deuxième trimestre, recule encore au troisième, recule une troisième fois au quatrième. Aucun trimestre ne progresse. Et pourtant, quand les comptes de l'année paraissent, ils annoncent une croissance POSITIVE : +0,2 %. Personne n'a triché, aucun chiffre n'est faux, et les deux affirmations — « le PIB n'a progressé à aucun trimestre de l'année » et « la croissance a été positive » — sont vraies en même temps. Tu peux vérifier ce cas toi-même à la section IX : c'est le scénario « décrochage » de l'atelier, et il ne doit rien à une astuce comptable.

Si cette phrase te paraît absurde, c'est que tu crois savoir ce qu'est un taux de croissance. C'est normal : c'est le chiffre économique le plus cité au monde, il tient en deux mots et trois décimales, et personne ne le présente jamais comme un objet compliqué. Le chapitre n°6 t'a d'ailleurs conduit tout près : il a séparé ce qui, dans une hausse du PIB, vient des quantités et ce qui vient des prix, et il a conclu que « la croissance » désigne par convention la variation en VOLUME. Il a répondu à la question : la croissance de QUOI. Il restait la question que ce chapitre-ci prend pour objet : la croissance sur QUELLE PÉRIODE, mesurée COMMENT, et venue D'OÙ.

Le programme, en cinq temps : construire le taux et le renverser (II), enchaîner les années — c'est là qu'on découvre qu'une baisse et une hausse de même taille ne s'annulent pas, puis qu'on regarde ce que le cumul dessine sur trois quarts de siècle de production française (III) —, résumer tout cela par un seul taux et chiffrer les trois âges de cette courbe (IV), descendre au trimestre (V), décomposer la croissance en contributions (VI). Les sections VII et VIII disent ce qui fragilise un taux de croissance et ce qu'il ne dit pas ; la IX te met aux commandes.

Un mot sur le village avant de commencer, parce qu'il va travailler dur. C'est celui des chapitres n°4 à n°8, et le chapitre n°6 l'a déjà suivi sur deux années, en volume — c'est-à-dire aux prix de l'an 1, la seule façon de comparer deux années sans se faire abuser par les étiquettes. Ce chapitre le suit sur CINQ années, dont une mauvaise, parce qu'un taux de croissance ne s'apprend pas sur une seule paire d'années : il faut plusieurs rythmes, et au moins un recul.

II. Ce qu'on divise par quoi

Un mot avant de diviser quoi que ce soit, et il a un auteur — que ce chapitre te conseille de citer en copie. La définition de référence est celle de l'économiste français François Perroux, qui range la croissance parmi les grandeurs de DIMENSION : une augmentation SOUTENUE, sur une ou plusieurs périodes LONGUES. Ces deux mots-là font tout le travail : ce sont eux qui la séparent de l'expansion et du développement. La fiche de définitions donne la formule exacte et tient les trois termes en regard. Dans la pratique, et dans tout ce chapitre, le mot désigne aussi toute variation du PIB en VOLUME sur la période qu'on précise — « la croissance de 2025 », « la croissance du deuxième trimestre ».

Commence maintenant par ce que tu sais déjà faire, et regarde-le de près. Le village produit 160 000 € l'an 1 et 172 000 € l'an 2, tous deux mesurés aux prix de l'an 1. La variation est de 12 000 € : c'est une variation ABSOLUE, elle se compte en euros, et elle a un défaut décisif — elle ne se compare à rien. Douze mille euros de plus, est-ce beaucoup ? Pour ce village, c'est considérable ; pour la France, c'est invisible. Rapporter la variation à ce dont on part, c'est précisément ce que fait un taux : 12 000 ÷ 160 000 = 0,075, soit 7,5 %. Le taux de croissance est une variation RELATIVE, et son unité n'est pas l'euro — c'est le pourcent, c'est-à-dire rien du tout : un rapport de deux euros n'a pas de dimension.

Fais l'opération inverse au moins une fois, car ce chapitre va parler en pourcents pendant vingt pages : la croissance française de 2025, +0,805 % en volume, appliquée aux 2 935,236 milliards d'euros de PIB de 2024, représente 23,6 milliards d'euros de production supplémentaire, aux prix de 2024. Un taux n'est pas une abstraction : c'est un nombre d'euros qui attend qu'on lui donne son point de départ, et les prix auxquels le compter.

Le dénominateur est l'année de DÉPART, toujours, et c'est la faute la plus fréquente en copie. Diviser les 12 000 € par 172 000 donnerait 6,98 %, un nombre qui existe mais qui répond à une autre question — « quelle part de l'an 2 est nouvelle », et non « de combien l'an 1 a-t-il grandi ». Retiens la formulation qui empêche l'erreur : on divise TOUJOURS par ce qui était là avant, parce qu'un taux de croissance mesure ce qui arrive à un point de départ.

Le taux a un jumeau plus commode que lui, et le chapitre entier va s'en servir : le COEFFICIENT MULTIPLICATEUR. Dire « +7,5 % » et dire « × 1,075 » est exactement la même chose ; dire « −11,6 % » et dire « × 0,884 » aussi. Le coefficient est ce par quoi on multiplie le point de départ pour obtenir le point d'arrivée. Il a deux vertus : il se lit dans les deux sens — connaître l'arrivée et le coefficient donne le départ par une division — et surtout, il s'ENCHAÎNE, ce que les taux ne savent pas faire. La section III vit tout entière dans cette phrase.

Le renversement mérite un instant, car les partiels l'adorent. Si l'on te dit que le PIB d'un pays a augmenté de 4 % et vaut aujourd'hui 260 milliards, le PIB d'avant n'est pas 260 − 4 % : il est 260 ÷ 1,04 = 250 milliards. Fais le contrôle immédiatement — 250 × 1,04 = 260 — et prends l'habitude : tout renversement se vérifie en le rejouant à l'endroit. Le chapitre n°6 t'avait déjà fait faire ce geste sur un PIB nominal divisé par son déflateur ; c'est le même geste, appliqué au temps.

Reste un piège de vocabulaire qui, lui, ne se corrige pas au brouillon : il faut savoir de quoi on parle avant d'écrire. Quand la croissance française passe de 1,5 % en 2024 à 0,8 % en 2025 — les chiffres de l'INSEE, édition de mai 2026 —, elle a perdu 0,7 POINT de pourcentage. Elle n'a pas perdu 0,7 %. Elle a même perdu, en pourcentage, près de la MOITIÉ d'elle-même — l'exercice 2 le chiffre. Les deux phrases sont justes et ne se ressemblent pas. Règle de copie : une différence entre deux taux se dit en POINTS ; une variation d'un taux se dit en POURCENTS. Écrire « la croissance a baissé de 0,7 % » quand elle a perdu 0,7 point est une faute, pas une nuance — et l'exercice 2 te la fera commettre exprès pour que tu ne la commettes plus.

Le taux de croissance, construit puis renversé

Deux nombres, une division, et deux façons de lire le résultat. Rien de plus — mais chaque symbole a un nom, parce qu'un symbole sans nom ne s'utilise pas.

  1. Y₁ = 160 000 € · Y₂ = 172 000 €

    Y, la lettre que l'usage réserve à la production d'une année — le chapitre n°7 l'a posée ainsi. L'indice dit l'année : Y₁ est le PIB en volume de l'an 1, Y₂ celui de l'an 2, tous deux aux prix de l'an 1.

  2. variation absolue = Y₂ − Y₁ = 12 000 €

    Des euros — incomparables d'un pays à l'autre, et c'est le problème qu'un taux résout.

  3. g = (Y₂ − Y₁) / Y₁ = 12 000 / 160 000 = 0,075 = +7,5 %

    g comme growth. Le dénominateur est l'année de DÉPART : c'est elle qui grandit. Multiplier par 100 ne change rien au calcul, seulement l'unité d'affichage.

  4. 1 + g = Y₂ / Y₁ = 172 000 / 160 000 = 1,075

    Le COEFFICIENT MULTIPLICATEUR : la même information, écrite pour être enchaînée.

  5. Y₁ = Y₂ / (1 + g) = 172 000 / 1,075 = 160 000 €

    Le renversement : connaître l'arrivée et le taux redonne le départ. Retrancher 7,5 % de 172 000 donnerait 159 100 € — faux de 900 €, parce que 7,5 % de 172 000 n'est pas 7,5 % de 160 000.

Contrôle systématique, à faire même quand on est sûr : rejoue le calcul à l'endroit. 160 000 × 1,075 = 172 000. Un renversement non vérifié est la première cause de copies fausses dès la deuxième question d'un sujet, parce que l'erreur se propage ensuite dans tout l'exercice.

III. Enchaîner les années : l'asymétrie d'une baisse, et la courbe que le cumul dessine

Suivons maintenant le village sur ses cinq années. L'an 3 est une mauvaise année : la récolte manque, et le village ne cuit plus que 37 000 baguettes au lieu de 44 000. Seule la récolte manque : le fournil se bâtit comme chaque année, l'école ouvre même vingt heures de plus — mais le pain pesait assez lourd pour entraîner tout le village : son PIB en volume tombe à 152 000 €. L'an 4 répare, l'an 5 dépasse. Voici les cinq niveaux, tous en volume, c'est-à-dire aux prix de l'an 1 : 160 000, 172 000, 152 000, 172 000, 184 000 €. Le tableau ci-dessous en donne les taux ; regarde-le avant de lire la suite, et arrête-toi sur les deux nombres du milieu.

L'an 3 recule de 11,63 %, l'an 4 progresse de 13,16 %, et le village se retrouve exactement où il était : 172 000 €, au centime près. Ce n'est pas une coïncidence arrangée pour le cours, c'est une propriété du calcul, et elle mérite qu'on la comprenne plutôt qu'on la constate. Quand le village perd 11,63 %, il perd 20 000 € sur une base de 172 000. Pour récupérer ces mêmes 20 000 €, il doit maintenant les gagner sur une base RÉTRÉCIE de 152 000 — et 20 000 sur 152 000, cela fait 13,16 %. La hausse et la baisse portent sur des bases différentes : c'est tout le mystère, et il n'y en a pas d'autre. Formule à retenir dans ce sens-là : après une baisse, il faut TOUJOURS une hausse plus forte pour revenir au point de départ.

La France en donne la démonstration à l'échelle d'un pays, et sur des chiffres que tu peux vérifier. En 2020, son PIB en volume recule de 7,441 % ; en 2021, il rebondit de 6,882 % — deux chiffres presque symétriques, et une conclusion pourtant nette : le PIB de l'ANNÉE 2021 restait 1,07 % sous celui de l'ANNÉE 2019. Ce n'est qu'en 2022 que la moyenne de l'année a retrouvé celle de 2019. Prends garde à ce que cette phrase compare : deux ANNÉES entières, moyenne contre moyenne. Le niveau atteint à la FIN de 2021 est une autre grandeur, qui peut rendre un autre verdict sur le même pays — la section V est tout entière consacrée à cette distinction, et c'est la première fois que tu la rencontres. Et voilà pourquoi il ne faut jamais additionner des taux de croissance : −7,441 + 6,882 = −0,559, quand le vrai cumul vaut −1,071. L'addition n'est pas une approximation un peu grossière ici : elle se trompe du simple au double.

La règle générale s'écrit en une ligne, et c'est la plus utile du chapitre : les coefficients se MULTIPLIENT. L'encadré ci-dessous le fait sur les quatre années du village : le produit des coefficients donne une croissance CUMULÉE de +15 % entre l'an 1 et l'an 5, et le contrôle direct par les niveaux tombe sur le même nombre — deux chemins, un seul résultat, et c'est ce qui prouve que la multiplication est le bon geste. Sur quatre ans, l'addition des taux se trompe déjà d'un point ; sur vingt ans, elle devient un contresens.

Une dernière distinction : un taux de croissance parle de la VARIATION, jamais du NIVEAU. L'an 4 du village affiche la plus forte croissance des cinq années (+13,16 %) et son PIB vaut exactement celui de l'an 2 : deux ans de mouvement pour rien. « Retrouver son niveau d'avant-crise » et « avoir de la croissance » sont deux affirmations indépendantes — le sujet type de fin de chapitre te fera manier les deux, et la section VIII y reviendra.

Alors regarde ce NIVEAU une bonne fois : c'est de lui que parlent tous les taux de ce chapitre, et c'est la seule fois qu'on le verra sur trois quarts de siècle. Enchaîne les 76 taux français de 1950 à 2025 comme tu viens de le faire sur quatre — c'est le même geste, répété — et tu obtiens la courbe ci-dessous. Elle n'est pas graduée en euros mais en INDICE : on donne la valeur 100 à une année de RÉFÉRENCE et l'on y applique les coefficients, si bien que chaque point se lit comme un rapport à cette année-là. La référence est ici 1949 — l'année d'AVANT la série, puisque le premier taux mesure 1950 contre elle — et la courbe finit à 930 : la production française en volume a été multipliée par 9,3 en trois quarts de siècle.

Le tracé de gauche réserve alors une surprise, et c'est la question de la section II qui revient en grand. La courbe y monte d'un trait presque régulier : la France a gagné 10,7 points d'indice par an sur 1950-1974, 11,6 sur 1975-1999, 10,5 sur 2000-2025 — les trois périodes de la figure, et le même supplément annuel d'un bout à l'autre du siècle. (Chacune se lit du niveau de l'année qui la PRÉCÈDE à celui de sa dernière année — compte les flèches, la section IV y reviendra.) Et pourtant le RYTHME français, lui, a fondu : la section IV le chiffrera, de 5,33 % à 1,35 % par an. Les deux affirmations sont vraies ensemble, et pour la raison même qui ouvre ce chapitre — le supplément n'a pas bougé, mais la base sur laquelle il s'applique a été multipliée par neuf. Dix points d'indice valaient 10 % du niveau en 1949 ; ils en valent 1,1 % en 2025. Une échelle ordinaire montre les écarts et jamais ce à quoi ils se rapportent : elle est donc incapable d'afficher un rythme, qui est précisément un rapport.

D'où le seul réflexe graphique que ce chapitre te demande d'acquérir, et il vaut pour toute grandeur qui se multiplie. Sur le tracé de droite, la hauteur ne mesure plus le niveau mais son RAPPORT : chaque cran vaut une MULTIPLICATION par trois, si bien que 100 → 300 et 300 → 900 occupent exactement la même hauteur. Cette échelle s'appelle LOGARITHMIQUE, et elle a la propriété qui nous intéresse : une croissance à taux constant y devient une DROITE, et la PENTE de cette droite est le taux. Le ralentissement que l'échelle ordinaire dissimulait s'y voit alors d'un coup d'œil, dans une courbe qui s'infléchit — les trois segments en pointillé sont les trois périodes que la section IV va chiffrer, et leurs pentes décroissantes annoncent déjà sa conclusion.

Le villagePIB en volumeTauxCoefficient
An 1160 000 €
An 2172 000 €+7,50 %× 1,075
An 3152 000 €−11,63 %× 0,884
An 4172 000 €+13,16 %× 1,132
An 5184 000 €+6,98 %× 1,070

Le cumul, et l'asymétrie qu'il contient

Quatre coefficients, un produit, et deux contrôles. La ligne qui compte est la dernière : elle explique l'asymétrie en une division.

  1. 1 + g(1→5) = 1,075 × 0,88372 × 1,13158 × 1,06977 = 1,15

    Les coefficients s'enchaînent par multiplication — dans cet ordre ou dans un autre, le produit est le même. Le cumul vaut donc +15 % sur quatre ans.

  2. contrôle : 184 000 / 160 000 = 1,15

    Le chemin court : les niveaux d'arrivée et de départ suffisent. Deux chemins, un seul résultat — c'est la vérification qu'un correcteur attend.

  3. somme des taux = 7,50 − 11,63 + 13,16 + 6,98 = +16,01 %

    Ce que donnerait l'addition : un point de trop. L'écart vient des « intérêts sur les intérêts » — chaque hausse s'applique à un PIB déjà modifié par les précédentes.

  4. retour au point de départ : 172 000 / 152 000 = 1,13158

    La hausse nécessaire après une baisse de 11,63 % : +13,16 %. Le rapport inverse du coefficient de baisse — 1 / 0,88372 — et rien d'autre.

Traduis chaque taux en coefficient AVANT de calculer : l'addition n'est acceptable qu'en tête, pour un ordre de grandeur, et sur des taux petits. Et prends les coefficients EXACTS, non ceux du tableau ci-dessus, qui les arrondit au millième pour rester lisible : la chaîne 1,075 × 0,884 × 1,132 × 1,070 donne 1,1510, soit un dixième de point de trop, né de trois arrondis mis bout à bout — 1,075 est exact, les trois autres ne le sont pas. Quand tu as les niveaux, repars des niveaux.

Le niveau du PIB français en volume de 1949 à 2025, tracé deux fois : sur une échelle ordinaire où la courbe s'envole, puis sur une échelle logarithmique où les trois périodes deviennent trois segments de droite de pentes décroissanteséchelle ordinaire10030090019492025échelle logarithmique10030090019492025
Le niveau du PIB français en volume, indice 100 en 1949, reconstruit par le modèle du cours en enchaînant les 76 taux annuels de la série (INSEE, base 2020, édition du 29 mai 2026). La MÊME série est tracée deux fois. À gauche, échelle ordinaire partie de zéro : un cran vertical y vaut toujours le même nombre de points d'indice, les trois graduations 100, 300 et 900 s'y tassent donc vers le bas, et la courbe monte d'un trait presque régulier — le supplément annuel a peu varié, et le ralentissement du rythme y est invisible. À droite, échelle logarithmique : un cran y vaut toujours la même MULTIPLICATION, les trois mêmes graduations y sont donc également espacées, et la courbe s'infléchit. Les trois segments bleus en pointillé sont les périodes 1950-1974, 1975-1999 et 2000-2025 : chacune se confond presque avec la courbe — elle a tenu un rythme à peu près constant — et chacune est moins pentue que la précédente.

IV. Un seul taux pour dix ans : la moyenne qui a le droit de porter ce nom

Comment résumer les quatre années du village par un seul chiffre ? Le réflexe est immédiat : on fait la moyenne des quatre taux. (7,50 − 11,63 + 13,16 + 6,98) ÷ 4 = 4,00 %. Le nombre est faux, et l'on peut le prouver sans discuter : si le village avait vraiment crû de 4,00 % chaque année pendant quatre ans, son PIB serait aujourd'hui de 160 000 × 1,04⁴ = 187 177 €. Il vaut 184 000 €. La moyenne arithmétique a fabriqué 3 177 € de production qui n'existent pas.

Le bon taux se cherche autrement, et sa définition est une exigence, pas une formule à retenir : le TAUX DE CROISSANCE ANNUEL MOYEN est le taux CONSTANT qui, répété sur toute la période, mène exactement au même point d'arrivée. On le note souvent TCAM en français, CAGR en anglais. Écris ce que tu cherches et il apparaît : on veut le g tel que (1 + g)⁴ = 1,15. Pour dégager g, il faut défaire la puissance 4, et l'outil qui la défait est la racine quatrième — c'est-à-dire la puissance 1/4, puisque (x^(1/4))⁴ = x^(4/4) = x. Donc 1 + g = 1,15^(1/4) = 1,03556, soit un taux moyen de 3,556 %. C'est une moyenne GÉOMÉTRIQUE — celle des coefficients, pas des taux — et le mot n'est pas décoratif : quand des grandeurs se multiplient, c'est la racine du produit qui les résume, jamais la somme divisée.

Retiens le sens de l'écart, il tombe souvent en question de cours : la moyenne arithmétique SURESTIME toujours le taux moyen dès que les taux sont dispersés. Ce n'est pas un accident de nos chiffres, c'est un théorème — la moyenne géométrique d'une série de nombres positifs est toujours inférieure ou égale à leur moyenne arithmétique, avec égalité au seul cas où ils sont tous égaux. Ici 4,00 % contre 3,556 % : presque un demi-point d'écart sur quatre ans. Et plus les taux sont éloignés les uns des autres, plus l'écart se creuse — c'est pourquoi il est maximal sur les périodes qui contiennent une crise, exactement là où l'on aime résumer.

Un taux moyen appelle aussitôt une question concrète : en combien de temps ce rythme double-t-il la production ? La question s'écrit (1 + g)^t = 2, et l'inconnue est cette fois EN EXPOSANT — une place d'où l'algèbre ordinaire ne sait pas la sortir. L'outil qui l'en sort s'appelle le LOGARITHME NÉPÉRIEN, noté ln, et tu l'as déjà vu à l'œuvre sans qu'il soit nommé : c'est lui qui gradue l'échelle de droite de la section III, celle où des rapports égaux occupent des hauteurs égales. Il a exactement la propriété qu'il nous faut ici : il transforme une puissance en produit, ln(x^t) = t × ln(x). L'équation devient alors t × ln(1 + g) = ln 2, d'où t = ln 2 ÷ ln(1 + g). Sur une calculatrice, ln est une touche, et c'est tout ce qu'il faut en savoir ici : ln 2 = 0,6931, ln(1,01) = 0,00995, ln(1,03) = 0,02956, ln(1,07) = 0,06766.

Il existe cependant une approximation qu'on fait de tête et qui a fait le tour du monde : la RÈGLE DES 70. On divise 70 par le taux exprimé en pourcents, et l'on obtient le nombre d'années. À 3,556 %, elle annonce 70 ÷ 3,556 = 19,7 ans ; le calcul exact donne 19,8. D'où vient ce 70 ? De ce que ln 2 vaut 0,693 et de ce que ln(1 + g) est très proche de g quand g est petit : le temps de doublement vaut donc à peu près 0,693 / g, avec g en DÉCIMAL. Écris maintenant g en pourcents — c'est-à-dire divise-le par 100 — et le 0,693 devient 69,3. On arrondit 69,3 à 70 parce que 70 se divise mieux de tête.

Un mot sur ce que vaut cette approximation, car la question tombe en examen. La règle tombe juste autour de 2 % — le taux où l'arrondi de 69,3 vers 70 compense exactement le fait que ln(1 + g) est un peu plus petit que g —, et son erreur RELATIVE croît à mesure qu'on s'en éloigne, dans un sens comme dans l'autre : 0,5 % à 1 % comme à 3 %, 2,4 % à 7 %, 3,7 % à 10 % (7 ans annoncés contre 7,27), près de 10 % à 25 % (2,8 contre 3,1). Sous 2 % elle SURESTIME le temps de doublement, au-dessus elle le sous-estime. Pour des taux de croissance de pays, elle est excellente — et c'est précisément parce qu'ils vivent autour de ce 2 %.

Applique tout cela à la France, et le chapitre cesse d'être un exercice d'arithmétique. Les comptes nationaux en base 2020 donnent le taux de croissance du PIB en volume de chaque année depuis 1950 : 76 nombres — ceux-là mêmes que la section III a enchaînés pour obtenir sa courbe —, dont la figure ci-dessous trace chacun. Je les découpe en trois périodes — un découpage que J'AI choisi, et je vais te dire tout de suite ce qu'il change. De 1950 à 1974, la France croît de 5,33 % par an en moyenne — à ce rythme, la production double en 13 ans. De 1975 à 1999, le taux moyen tombe à 2,36 % : le doublement passe à 30 ans. De 2000 à 2025, il descend à 1,35 % : 52 ans.

En trois quarts de siècle, le rythme a été divisé par 3,95, et le temps qu'il faut pour doubler la production multiplié par 3,88 — soit 51,73 ÷ 13,35, les deux temps de doublement non arrondis. Les deux rapports ne sont pas égaux, et le second est TOUJOURS le plus petit : le logarithme comprime les écarts, de sorte qu'un taux divisé par quatre n'allonge pas le doublement de quatre fois autant. C'est ce 3,88 — et non le 3,95 — que la figure de la section III rend visible : sur une échelle logarithmique la pente vaut le logarithme du coefficient, si bien que le premier de ses trois segments est 3,88 fois plus pentu que le dernier — le rapport des temps de doublement, jamais celui des taux.

Deux précisions que ce chapitre exigera de toi, alors il se les applique. D'abord les FLÈCHES, et prends garde à ce qu'on te donne. Ici on te donne 25 TAUX, et chaque taux EST déjà une flèche : 25 taux, 25 intervalles, de l'année 1949 à l'année 1974 — car le taux de 1950 mesure une variation par rapport à 1949. L'encadré ci-dessous traite l'autre cas, celui où l'on te donne des DATES. Compte les flèches, jamais les nombres qu'on t'affiche. Ensuite les BORNES : arrête la dernière période en 2019, avant l'épidémie, et son taux moyen n'est plus 1,35 % mais 1,48 %. Le sens ne change pas, l'ampleur si — et une conclusion dont on ignore la sensibilité aux bornes n'est pas encore une conclusion.

Ces vingt-cinq premières années portent un nom que tu connais, et il a un auteur. C'est l'économiste français Jean Fourastié qui, en 1979, publie « Les Trente Glorieuses, ou la Révolution invisible de 1946 à 1975 » : il y montre qu'une transformation matérielle sans précédent — le niveau de vie multiplié par trois en une génération — s'est produite sans que la société la perçoive comme un événement, d'où « invisible ». Une précision d'honnêteté, et c'est aussi une leçon de méthode : les Trente Glorieuses de Fourastié courent de 1946 à 1975, quand la série des taux de croissance en base 2020 commence en 1950. Le taux moyen de 5,33 % calculé ci-dessus porte donc sur 1950-1974, et non sur la période exacte du livre. Un chiffre ne se cite jamais sans les bornes sur lesquelles il a été calculé — sans quoi deux personnes qui parlent des « Trente Glorieuses » ne parlent pas de la même chose.

Une remarque pour finir, qui remet ce chapitre à sa place. Mesurer une croissance suppose une SÉRIE de comptes homogènes, et cette série n'existe que depuis la comptabilité nationale — née en 1934 avec le rapport de Simon Kuznets, comme le chapitre n°8 l'a raconté. Avant elle, les taux sont RECONSTRUITS à partir de relevés de récoltes, de douanes, de salaires : l'économiste britannique Colin Clark s'y attelle le premier à l'échelle internationale en 1940, et Angus Maddison a reconstitué deux mille ans de production mondiale — ses estimations les plus anciennes étant discutées, parfois vivement, par les historiens eux-mêmes. D'où la règle : plus on remonte, moins un taux de croissance est une mesure et plus il est une CONSTRUCTION. C'est pour cela qu'aucune figure de ce chapitre ne montre de taux antérieur à 1950, le premier de la série — celui qui compare 1950 à l'année d'avant, d'où le 1949 qui ouvre la courbe de la section III.

Le taux moyen, et le temps de doublement

On cherche un taux constant qui mène au même endroit.

  1. (1 + g)⁴ = Y₅ / Y₁ = 1,15

    L'équation à résoudre : quatre années au même taux g doivent conduire du PIB de l'an 1 à celui de l'an 5. L'exposant 4 est le nombre d'INTERVALLES entre les années — cinq années, quatre passages.

  2. g = 1,15^(1/4) − 1 = 1,03556 − 1 = +3,556 %

    La racine quatrième du coefficient total : la moyenne GÉOMÉTRIQUE. Sur une calculatrice, la touche est celle de la puissance — 1,15 puissance 0,25.

  3. contrôle : 160 000 × 1,03556⁴ = 184 001 €

    Le taux moyen mène bien au vrai point d'arrivée — à un euro près, celui de l'arrondi du taux au millième.

  4. doublement = ln 2 / ln(1 + g) = 0,6931 / 0,03494 = 19,8 ans

    Le temps exact qu'il faut pour doubler à ce rythme. ln(1,03556) = 0,03494, et non 0,03556 : c'est ce léger écart qui fait que la règle des 70 n'est qu'une approximation.

  5. règle des 70 : 70 / 3,556 = 19,7 ans

    L'approximation de tête : elle passe ici à quinze centièmes d'année du calcul exact. Elle suffit dans toute copie qui annonce qu'elle approxime.

L'exposant se compte en INTERVALLES, pas en dates. De 2015 à 2025, il y a onze années mais dix intervalles : c'est 1/10 qu'il faut mettre en puissance, et une copie qui écrit 1/11 se trompe d'environ 9 % sur le TAUX MOYEN (le cumul, lui, ne bouge pas d'un iota : c'est une donnée). Sur les chiffres de l'exercice 3, 2,414 % au lieu de 2,658 %, soit 9,2 % de moins — et l'écart est toujours voisin de 1 − 10/11. Compte les FLÈCHES entre les années, jamais les années.

Le taux de croissance du PIB français en volume, année par année de 1950 à 2025, et les trois taux annuels moyens qui découpent la période+5 %-5 %05,33 % par an2,36 % par an1,35 % par an1950197520002025
Le taux de croissance du PIB français en volume, chaque année de 1950 à 2025 (INSEE, base 2020, édition du 29 mai 2026). Les trois traits horizontaux sont les taux annuels MOYENS de chaque période, calculés en moyenne géométrique : 5,33 % de 1950 à 1974, 2,36 % de 1975 à 1999, 1,35 % de 2000 à 2025. Les deux barres les plus basses sont 2020 (−7,4 %) et 2009 (−2,8 %) ; la plus haute depuis 1969 est celle de 2021 (+6,9 %), et elle ne fait que réparer la précédente — les barres de 1950, 1960 et 1969 la dépassent toutes.

V. Trimestre, année, acquis : les trois mesures qui se disputent un mot

Descends maintenant sous l'année. Les comptes nationaux ne publient pas seulement des années : ils publient des TRIMESTRES, et c'est par eux qu'on suit l'économie en temps réel. Un trimestre pose cependant un problème que l'année ignore : la production n'est pas la même en décembre et en août, et pas parce que l'économie va mieux ou moins bien — les congés, les fêtes, le nombre de jours ouvrables suffisent à tout expliquer. Les instituts publient donc des séries CORRIGÉES DES VARIATIONS SAISONNIÈRES ET DES JOURS OUVRABLES — l'abréviation CVS-CJO, que tu verras sur tous les tableaux trimestriels. Comparer deux trimestres bruts SUCCESSIFS n'a aucun sens : sans correction, la même économie afficherait chaque année les mêmes creux et les mêmes bosses de calendrier, et l'on prendrait le mois d'août pour un accident conjoncturel.

Note tout de suite l'exception, car elle explique l'existence de la deuxième mesure de cette section : comparer un trimestre au MÊME trimestre de l'année précédente échappe par construction à la saisonnalité — un troisième trimestre contre un troisième trimestre porte les mêmes congés. C'est exactement ce que fait le glissement annuel, et c'est ce qui le rend lisible même sur des données brutes — à l'effet de CALENDRIER près, lui, qui demeure : les jours ouvrables, l'année bissextile et la date de Pâques changent d'une année à l'autre.

Vient alors la question que ce chapitre doit trancher. Quand on annonce « la croissance de 2025 », de quoi parle-t-on exactement ? Il y a TROIS réponses possibles, toutes légitimes, toutes publiées, et elles donnent des nombres différents. La MOYENNE ANNUELLE compare la moyenne des quatre trimestres de l'année à celle des quatre trimestres de l'année précédente : c'est la mesure que publient les comptes, c'est elle qu'on appelle « la croissance », et c'est le total de ce qui a été produit dans l'année. Le GLISSEMENT ANNUEL compare le dernier trimestre au dernier trimestre de l'année d'avant : il ne dit pas ce qui a été produit, il dit OÙ ON EN EST. L'ACQUIS DE CROISSANCE, enfin, répond à une question de prévisionniste : quelle serait la croissance de l'année si le PIB restait, jusqu'en décembre, exactement au niveau du dernier trimestre connu ?

Prends le profil que la figure ci-dessous dessine, et le paradoxe de la section I se dissout. Une année N−1 qui monte fort en fin d'année, puis une année N où le PIB ne bouge plus d'un trimestre à l'autre : quatre trimestres à 0,0 %. Le glissement annuel est nul — décembre de N vaut décembre de N−1, forcément, puisque rien n'a bougé entre les deux. Mais la moyenne annuelle, elle, vaut +1,15 % : les quatre trimestres de N sont tous au niveau HAUT atteint en fin d'année précédente, alors que la moyenne de N−1 était tirée vers le bas par ses deux premiers trimestres. Le pays a bel et bien produit davantage en N qu'en N−1, sans avoir progressé un seul jour de l'année N. Cette croissance-là, entièrement héritée, porte un nom : c'est l'ACQUIS.

Retourne le profil et tu obtiens le paradoxe inverse — celui de la première page. Une année N−1 régulière, à +0,5 % chacun de ses quatre trimestres, puis une année N qui décroche : 0,0 puis −0,3, −0,4, −0,5 %. Trois trimestres de baisse consécutifs, un glissement annuel de −1,20 %… et une moyenne annuelle de +0,20 %, POSITIVE. La raison est la même, à l'envers : l'année N part du niveau élevé où N−1 s'était achevée, et son déclin, trop lent, ne suffit pas à ramener sa moyenne sous celle de l'année précédente. Voilà pourquoi il ne faut jamais conclure d'un chiffre annuel positif que « l'économie va bien » ni d'un chiffre négatif qu'elle s'effondre : une croissance annuelle est un RÉSUMÉ de quatre trimestres, et deux profils opposés peuvent donner le même résumé.

La France de 2025 illustre le même écart, mais en sens INVERSE — et c'est là que cela devient intéressant. Ses quatre trimestres ont progressé de 0,2 %, 0,2 %, 0,4 % et 0,3 % ; enchaînés, ils donnent un glissement d'environ +1,10 % entre fin 2024 et fin 2025. La moyenne annuelle que l'INSEE publie dans le même tableau vaut, elle, +0,9 % : cette fois le glissement DÉPASSE la moyenne annuelle, quand les deux profils précédents faisaient l'inverse. La raison tient en une phrase, et la ligne de pondération de l'encadré la démontrera : la fin de 2025 a été plus forte que la fin de 2024. Ne cherche pas à retrouver ce +0,9 % à partir des quatre taux ci-dessus : ils n'en produisent que 0,63 point. Le reste est l'ACQUIS laissé par la fin de 2024 — environ 0,3 point —, que le chapitre ne publie pas ; la ligne de pondération de l'encadré dit pourquoi une moyenne annuelle dépend autant de la fin de l'année PRÉCÉDENTE que de l'année elle-même.

Retiens enfin la règle qui commande toute la section : on ne compare une moyenne annuelle et un glissement QUE s'ils sortent de la même série. Les comptes ANNUELS, eux, donnent +0,8 % pour cette même année 2025 — c'est ce chiffre-là qui porte les contributions de la section VI —, parce qu'ils ne corrigent pas des jours ouvrables ; une année qui compte un jour ouvré de plus produit un peu plus, et cette correction vaut certaines années un dixième de point. (Le « environ » n'est pas une coquetterie : les taux trimestriels sont publiés arrondis au dixième, et une chaîne d'arrondis ne rend pas la précision qu'elle a perdue.)

Quant à 2026, ses deux premiers trimestres sont connus à l'heure où ce chapitre s'écrit — −0,1 % puis +0,2 % —, et l'INSEE publie l'acquis qui en résulte : +0,5 %. Refais-le plutôt que de le croire sur parole. Pose les quatre trimestres de 2025 en indices (base 100 fin 2024) : 100,20 · 100,40 · 100,80 · 101,10, de moyenne 100,63. Le premier trimestre 2026 recule de 0,1 % (101,00), le deuxième reprend 0,2 % (101,20 ; 101,2053 sans arrondir). Fige maintenant ce niveau jusqu'en décembre — c'est toute la convention — et fais la moyenne des quatre trimestres de 2026 ainsi projetés : (101,00 + 101,20 + 101,20 + 101,20) ÷ 4 = 101,15. Rapportée à la moyenne de 2025 : 101,15 ÷ 100,63 = 1,0052, soit un ACQUIS de +0,5 % pour 2026 — le chiffre publié, retrouvé. (L'INSEE, lui, calcule sur des niveaux non arrondis ; c'est pourquoi ton chemin le rejoint au dixième, pas au centième.) Remarque au passage ce que cet acquis n'est PAS : une prévision. Personne n'a dit que le PIB resterait immobile — on a seulement chiffré ce qui est déjà joué.

Un dernier écart de convention, celui qui piège les comparaisons internationales. La France publie la variation d'un trimestre au précédent : +0,2 %. Les États-Unis publient la même information en RYTHME ANNUALISÉ — le taux annuel qu'on obtiendrait si le trimestre se répétait quatre fois : 1,002⁴ = 1,008, soit +0,8 %. Le même trimestre, décrit par deux nombres dans un rapport de un à quatre. Et ne crois pas qu'annualiser revienne à multiplier par 4 : ici les deux méthodes donnent 0,8 % parce que le taux est minuscule, mais prends un trimestre à +1,5 % et l'écart apparaît — 1,015⁴ = 1,0614, soit +6,14 %, quand la multiplication annoncerait 6,0 %. Annualiser, c'est ÉLEVER À LA PUISSANCE 4, exactement comme la section III enchaînait quatre années. Mettre « +0,2 % en France » face à « +0,8 % aux États-Unis » et conclure que l'Amérique croît quatre fois plus vite est une faute grossière qu'on lit pourtant chaque trimestre. Avant de comparer deux taux, vérifie toujours qu'ils portent sur la même PÉRIODE et suivent la même convention.

Les trois mesures d'une même année

Une justification d'abord, car ce chapitre a répété « deux MOYENNES » sans jamais dire d'où cela vient. À l'intérieur d'une même série trimestrielle, le PIB d'une année est la somme des PIB de ses quatre trimestres : comparer deux années revient donc à comparer deux sommes, et diviser les deux par 4 ne change rien à leur rapport. Voilà pourquoi la croissance annuelle est le rapport de deux MOYENNES trimestrielles — la même comparaison, écrite autrement.

Un seul profil de huit trimestres, trois calculs, trois nombres. Voici d'abord les VARIATIONS, celles que publient les comptes : année N−1, 0,0 % · 0,0 % · +0,8 % · +1,0 % ; année N, 0,0 % à chacun des quatre trimestres. On part d'un dernier trimestre de N−2 valant 100, et l'on enchaîne les coefficients : 100 × 1,008 = 100,80, puis 100,80 × 1,010 = 101,81. Les niveaux ci-dessous ne sont donc rien d'autre que ces taux, mis bout à bout.

  1. année N−1 : 100 · 100 · 100,80 · 101,81 → moyenne 100,65

    Les quatre niveaux trimestriels de l'année précédente, puis leur moyenne : c'est ELLE qui sert de point de comparaison, et non le dernier trimestre.

  2. année N : 101,81 · 101,81 · 101,81 · 101,81 → moyenne 101,81

    Quatre trimestres à 0,0 % : le niveau ne bouge plus. Il reste pourtant HAUT — c'est là tout le sujet.

  3. moyenne annuelle = 101,81 / 100,65 − 1 = +1,15 %

    La croissance de l'année N, celle que publieront les comptes annuels. Elle compare deux MOYENNES, jamais deux points.

  4. glissement annuel = 101,81 / 101,81 − 1 = 0,00 %

    Le dernier trimestre de N contre le dernier trimestre de N−1. Il compare deux POINTS et ignore tout ce qui s'est passé entre les deux.

  5. acquis à mi-année = +1,15 %

    On projette le niveau du deuxième trimestre sur les deux trimestres restants, et l'on refait la moyenne annuelle. Ici tout l'acquis était déjà là dès janvier : l'année entière est un héritage.

  6. moyenne annuelle ≈ 0,25·p₂ + 0,50·p₃ + 0,75·p₄ + q₁ + 0,75·q₂ + 0,50·q₃ + 0,25·q₄

    La même chose en une ligne, et c'est elle qu'il faut retenir : p₁…p₄ sont les taux trimestriels de l'année N−1, q₁…q₄ ceux de l'année N. Le poids d'un trimestre est la différence entre ce qu'il soulève dans l'année N et ce qu'il soulève dans l'année N−1, divisée par 4 : un T4 de N soulève un seul trimestre de N et aucun de N−1, d'où (1 − 0)/4 = 0,25 ; un T4 de N−1 soulève les quatre trimestres de N et un seul des siens, d'où (4 − 1)/4 = 0,75 ; et p₁ soulève les quatre de chaque côté, d'où un poids NUL — c'est pourquoi il ne figure pas dans la ligne. Les trois premiers termes, à eux seuls, sont l'acquis dont l'année N hérite au 1ᵉʳ janvier, à ne pas confondre avec l'acquis à mi-année de l'exercice 5. (Et pourquoi APPROCHÉE, car une formule dont on ignore la limite ne s'utilise pas : additionner des taux pondérés à la place de multiplier des coefficients n'est licite que parce que ln(1 + x) est très proche de x aux petits taux — l'approximation même dont la section IV tire la règle des 70. Sur les cinq profils de l'atelier, dont aucun trimestre ne dépasse 1 %, l'écart au calcul exact reste sous le centième de point ; il grandit avec la taille des taux, et cette ligne cesserait d'être fiable sur des trimestres à plusieurs pourcents.) Et elle donne la règle de pronostic que l'atelier réclame : la moyenne annuelle dépasse le glissement quand la FIN de N−1 a été plus forte que la fin de N.

Apprends ces trois mesures par leur QUESTION, jamais par leur formule — le tableau de la section VIII les remet en regard. Une copie qui donne la bonne formule à la mauvaise question ne vaut pas mieux qu'une copie qui se trompe de formule.

Huit trimestres, deux années : les deux moyennes annuelles s'écartent alors que le dernier trimestre de chaque année est au même niveauéchelle resserrée — l'axe démarre à 99,5 (dernier trimestre de N−2 = 100)moyenne N−1moyenne N1,15 % sur l'annéeglissement : 0,00 %T1T2T3T4T1T2T3T4année N−1année N
Le profil « héritage » de l'atelier : huit trimestres, deux années. L'année N−1 (à gauche) monte en fin de parcours ; l'année N (à droite) ne bouge plus. Les deux traits horizontaux sont les moyennes annuelles, et c'est leur écart — +1,15 % — que les comptes appellent la croissance de l'année N, alors que le trait pointillé du glissement (dernier trimestre contre dernier trimestre) est parfaitement horizontal. Niveaux calculés par le modèle du cours, dernier trimestre de N−2 pris pour base 100.

VI. D'où vient la croissance : les contributions

Un taux de croissance est un total, et un total se décompose. Le chapitre n°5 a établi que la production d'une année se retrouve dans les dépenses qui l'absorbent — PIB = C + I + G + variation des stocks + X − M —, et le chapitre n°7 a fait vivre ces postes dans le circuit du village. Si l'égalité vaut chaque année, alors la VARIATION du PIB est la somme des variations de chaque poste. Divise le tout par le PIB de l'année de départ, et tu obtiens des CONTRIBUTIONS : la part de la croissance imputable à chaque poste, exprimée en POINTS de pourcentage, et dont la somme fait exactement le taux de croissance. C'est l'un des rares outils de la macroéconomie qui soit à la fois exact et lisible.

Deux avertissements de lecture avant de calculer, tous deux hérités des chapitres précédents. D'abord, le village de cette section est celui du chapitre n°7 : le n°7 l'avait RECALIBRÉ à PIB inchangé pour lui donner un État et des voisins (C = 92 000, I = 24 000, G = 42 000, X = 14 000, M = 12 000), et c'est cette décomposition-là qu'on suit ici — le total de chaque année est celui du chapitre n°6, la répartition de l'AN 1 est celle du n°7, prolongée ici année par année.

Il te faut donc les deux années que la section met en regard, sans quoi tu ne pourrais rien refaire : an 2 — C = 98 000, I = 27 000, G = 43 000, X = 18 000, M = 14 000, total 172 000 € ; an 3 — C = 96 000, I = 15 000, G = 44 000, X = 14 000, M = 17 000, total 152 000 €. (Et l'an 4, dont la section se sert plus bas pour montrer un retournement : C = 101 000, I = 24 000, G = 45 000, X = 17 000, M = 15 000, total 172 000 € — de quoi refaire ses cinq contributions et vérifier qu'elles somment à +13,16 %.)

Second avertissement : le I du chapitre n°7 comprend la VARIATION DES STOCKS, là où les comptes français en font une ligne à part : c'est pourquoi le tableau ci-dessous n'a pas de ligne « stocks » pour le village, et en a une pour la France.

Et il faut lever tout de suite une contradiction apparente avec la section III, où seule la branche du pain produisait moins. Les deux récits sont vrais parce qu'ils ne parlent pas de la même chose : la section III décrivait la PRODUCTION, branche par branche, celle-ci décrit la DEMANDE, poste par poste — le chapitre n°5 l'a établi, trois chemins mènent au même PIB. La mauvaise récolte se lit ici autrement : le village puise dans ses réserves de farine au lieu d'en constituer, et ce déstockage est COMPRIS dans I (convention du n°7), si bien que l'investissement s'effondre sans qu'un seul bâtiment manque ; il vend moins au-dehors, faute de pain à vendre, ce qui fait reculer X ; et il achète au-dehors le blé que sa récolte ne lui a pas donné, ce qui fait monter M de 14 000 à 17 000 €. Une seule branche produit moins, et pourtant les cinq postes de demande bougent tous : c'est le même événement, compté par l'autre bout.

Regarde maintenant ce que les contributions disent de la mauvaise année du village. Son PIB recule de 11,63 %, et voici le détail poste par poste : la consommation des ménages retire 1,16 point, l'investissement 6,98 points à lui seul, les exportations 2,33, les importations 1,74 — et la dépense publique, elle, AJOUTE 0,58 point. Le tableau qui suit REGROUPE la consommation des ménages et celle de l'État sur une seule ligne, comme le fait l'INSEE (sa ligne « dépense de consommation finale » contient les deux) : les −1,16 et les +0,58 y deviennent donc une seule contribution de −0,58 point.

Le taux global cesse alors d'être un verdict : c'est une addition dont on connaît les termes, et aucune autre lecture du même chiffre ne donnait cette information. Cette année-là, les trois cinquièmes du recul viennent du seul poste I — dont on vient de voir qu'il s'agit de STOCKS —, pendant que l'État tenait sa dépense. Lis alors l'an 4 dans la foulée, car il enseigne la suite : le même poste y rapporte +5,92 points — I remonte de 15 000 à 24 000 €, soit 9 000 / 152 000 —, pour la même raison en sens inverse : le village reconstitue ses réserves. Un poste qui retire sept points une année et en rend six la suivante ne décrit pas un effondrement de l'investissement : il décrit un stock qui se vide, puis se remplit.

Il faut maintenant regarder la ligne des importations en face, parce qu'elle est la source d'un contresens que ce cursus a déjà annoncé sans pouvoir le chiffrer — le chapitre n°5 avait prévenu que l'identité comptable « ne dit pas que les importations nuisent à la croissance ». Les importations entrent dans la formule avec un signe MOINS : quand elles augmentent, leur contribution est négative. Cela ne signifie NULLEMENT qu'elles appauvrissent le pays. Le signe moins est là parce qu'elles ont été comptées une fois de trop : les biens importés sont dans la consommation, dans l'investissement, dans les exportations — on les retranche pour ne garder que ce que le territoire a produit. Symétriquement, des importations qui reculent contribuent POSITIVEMENT. C'est ce qui arrive au village à l'an 4 : ses importations baissent de 2 000 €, et cela lui vaut +1,32 point de croissance.

La France de 2024 est ce cas-là, en grand, et il vaut d'être médité. Sa croissance a été de +1,5 %, dont +1,30 point apporté par le seul commerce extérieur — le poste le plus contributif de l'année. Or dans ces 1,30 point, les exportations pèsent 1,09 point et les importations… +0,21 point, positivement, parce qu'elles ont RECULÉ de 0,6 % en volume. Voilà pourquoi une contribution positive du commerce extérieur doit toujours être lue deux fois : elle peut signaler des exportations vigoureuses, mais aussi une demande intérieure si faible que le pays cesse d'acheter au reste du monde. Le même signe, deux histoires opposées — et seule la décomposition permet de les distinguer.

L'année 2025 offre l'autre leçon, celle des STOCKS. La croissance française a été de +0,8 %, et sa décomposition surprend : la consommation apporte 0,34 point, l'investissement 0,11, le commerce extérieur en retire 0,17, et les variations de stocks en apportent 0,53 — les deux tiers du total. Autrement dit, la principale « cause » comptable de la croissance de 2025 est que les entreprises ont reconstitué leurs stocks après les avoir vidés en 2023 et 2024, où ils retiraient chaque année environ 0,4 point. Un stock est un poste qui se RETOURNE : ce qu'il donne une année, il le reprend souvent la suivante, car on ne remplit pas indéfiniment des entrepôts. Une croissance portée par les stocks est donc, par nature, une croissance dont on doute — et il faut savoir le dire en copie plutôt que de saluer un beau chiffre.

Deux mises en garde pour finir, car un correcteur connaît les limites des contributions. D'abord, le point technique le plus important de la section : une contradiction apparente avec le chapitre n°6. Celui-ci a montré que les composantes d'un PIB en volume CHAÎNÉ ne s'additionnent pas exactement au total, le chaînage changeant de prix de référence chaque année ; on vient pourtant d'affirmer que les contributions, elles, s'additionnent exactement. Les deux sont vrais, parce qu'il ne s'agit pas des mêmes volumes : une contribution se calcule AUX PRIX DE L'ANNÉE PRÉCÉDENTE — c'est le titre même du tableau de l'INSEE —, et c'est à ces prix-là que l'additivité est rétablie. Chaque année a son jeu de prix de référence : on additionne des contributions d'une MÊME année, jamais des volumes chaînés de dix ans d'écart.

Honnêteté de méthode : le village ne peut pas te MONTRER cette difficulté, puisqu'il est évalué aux prix de l'an 1 sur ses cinq années — une base fixe, où l'additivité ne pose jamais de problème. Ce point-ci s'admet donc du chapitre n°6, qui l'a établi sur des volumes chaînés ; le village sert à comprendre la mécanique des contributions, pas à trancher cette question-là.

Seconde mise en garde : un tableau de contributions ne boucle pas toujours au centième, et il faut savoir pourquoi avant de crier à l'erreur. Deux causes, visibles toutes deux ci-dessus. La somme des arrondis n'est pas l'arrondi de la somme — règle du chapitre n°8 : les quatre lignes de 2024 font 1,51 quand le taux publié vaut 1,50, tandis que celles de 2025 tombent par chance sur le leur. Et un tableau de cours laisse de côté les lignes minuscules : les acquisitions nettes d'objets de valeur pèsent deux ou trois MILLIÈMES de point, non reprises ici. Dans les deux colonnes, la dernière ligne donne le taux PUBLIÉ, jamais la somme de celles du dessus.

Contributions, en pointsVillage an 3France 2024France 2025
Consommation (C + G)−0,58+0,81+0,34
Investissement (I)−6,98−0,21+0,11
Commerce extérieur (X − M)−4,07+1,30−0,17
Variations de stocks−0,39+0,53
= croissance du PIB−11,63+1,50+0,81

Une contribution, ligne à ligne

La variation d'un poste, rapportée au PIB de DÉPART : c'est le même dénominateur que le taux de croissance lui-même.

  1. contribution du poste P = (P(an 3) − P(an 2)) / Y(an 2)

    Le numérateur est la variation du poste, le dénominateur le PIB de l'année de départ. Ce n'est PAS la croissance du poste : diviser par le poste lui-même donnerait sa croissance à lui, un tout autre nombre.

  2. investissement : (15 000 − 27 000) / 172 000 = −6,98 points

    L'investissement du village a chuté de 12 000 € ; rapportés au PIB de l'an 2, ils pèsent près de sept points de croissance perdus.

  3. autre chemin : (27 000 / 172 000) × (−44,4 %) = 15,7 % × (−44,4 %) = −6,98 points

    La forme que les sujets emploient, et qu'il faut savoir reconnaître : le POIDS du poste dans le PIB de départ, multiplié par la croissance DU POSTE lui-même. « La consommation pèse 53 % du PIB et progresse de 0,6 % » se lit ainsi sans autre donnée. Les deux chemins donnent le même nombre — prends celui dont l'énoncé te donne les ingrédients.

  4. importations : −(17 000 − 14 000) / 172 000 = −1,74 point

    Le signe MOINS devant la parenthèse est celui de l'équation d'équilibre. Des importations en hausse retirent des points ; des importations en baisse en ajoutent — c'est de la comptabilité, pas un jugement.

  5. somme = −1,16 − 6,98 + 0,58 − 2,33 − 1,74 = −11,63 %

    La somme des cinq contributions REDONNE le taux de croissance. Si elle ne tombe pas juste, c'est qu'un poste manque ou qu'un signe est faux : c'est le meilleur contrôle du chapitre.

Contrôle obligatoire avant de rendre : additionne tes contributions et compare au taux.

VII. Récession et révision : la fragilité d'un taux

Le mot RÉCESSION est le plus employé et le moins défini du vocabulaire économique. La définition que tout le monde récite — deux trimestres consécutifs de baisse du PIB — a une origine précise, et elle n'est pas ce qu'on croit. Le 1er décembre 1974, le statisticien américain Julius Shiskin publie dans le New York Times un article intitulé « The Changing Business Cycle », où il propose des repères pratiques pour reconnaître une récession sans attendre le verdict des chercheurs. Sa liste en compte plusieurs : un recul sur deux trimestres consécutifs du produit national brut réel — c'était alors l'agrégat vedette des comptes américains, et le chapitre n°8 a raconté qu'il ne céderait la place au PIB qu'en 1991 —, mais aussi un repli de la production industrielle sur six mois, et des critères de diffusion. De cette liste, un seul repère a survécu dans le langage courant — le plus facile à vérifier : la « définition » des deux trimestres n'en est donc pas une, mais le dernier survivant d'une liste de 1974, promu par la commodité.

Ceux dont c'est le métier procèdent autrement. Aux États-Unis, un comité du National Bureau of Economic Research date les récessions dans la tradition ouverte par Arthur Burns et Wesley Mitchell (« Measuring Business Cycles », 1946). Sa définition tient en une phrase — une baisse significative de l'activité, diffusée dans toute l'économie, et qui dure plus de quelques mois —, et il énonce les trois critères qu'il pèse, en précisant qu'ils se compensent en partie : PROFONDEUR, DIFFUSION, DURÉE. C'est ainsi qu'il a classé en récession l'épisode de février 2020, long de deux mois seulement : la chute était si profonde et si générale que la brièveté ne pesait plus. Note surtout ce qu'il regarde — d'abord un faisceau d'indicateurs MENSUELS (emploi, revenu réel des ménages hors transferts, consommation, production industrielle), le PIB trimestriel ne venant qu'en appui. Un comité ne cherche pas un seuil dans une série, il cherche un RETOURNEMENT dans une économie : c'est pourquoi ses verdicts tombent des mois après les faits.

Son équivalent européen, créé en 2002 par le Centre for Economic Policy Research, date la zone euro depuis 1970 — et présente les deux trimestres consécutifs de recul comme une manifestation HABITUELLE d'une récession, jamais comme sa définition.

Et en France ? Personne ne « déclare » de récession. L'INSEE publie des chiffres, pas des verdicts. En copie, la formulation prudente est donc la seule juste : on écrit que « le PIB a reculé deux trimestres consécutifs », éventuellement qu'il s'agit d'une RÉCESSION TECHNIQUE — le nom d'usage pour le critère mécanique —, et l'on garde le mot « récession » tout court pour les épisodes qu'un comité a datés.

Reste une fragilité que ce chapitre doit nommer, parce qu'elle touche tous les taux qu'il t'a appris à calculer : un taux de croissance est un chiffre PROVISOIRE. Les comptes trimestriels français sont publiés une première fois environ un mois après la fin du trimestre, sur des données encore incomplètes, puis affinés. Le premier trimestre 2026 a d'abord été publié à 0,0 %, puis ramené à −0,1 % à l'estimation suivante — un dixième de point, qui suffit à faire ou défaire un titre de journal. Les comptes annuels, eux, sont révisés chaque printemps pendant deux ou trois ans, à mesure que les déclarations fiscales et les enquêtes arrivent. Le chapitre n°8 en a tiré la règle du MILLÉSIME : un chiffre de comptabilité nationale se cite avec sa source ET sa date, et l'on ne calcule jamais entre deux éditions. Elle vaut ici avec une force particulière, parce qu'un taux est une DIFFÉRENCE : quand deux niveaux sont chacun révisés de quelques dixièmes, le taux qui les relie peut changer de signe.

Un dernier piège de lecture, cousin des précédents : l'EFFET DE BASE. Un taux de croissance dépend autant de l'année à laquelle on compare que de l'année qu'on mesure. Le +6,9 % français de 2021 est le plus fort taux depuis 1969 — et il ne signale aucun miracle : il se compare à 2020, année d'effondrement, et le chapitre a déjà montré qu'il ne suffisait même pas à retrouver le niveau de 2019. Devant un taux spectaculaire, la première question à se poser n'est pas « que s'est-il passé cette année ? » mais « à quoi ce chiffre se compare-t-il ? ». Le chapitre n°8 réclamait la même vigilance devant un PIB qui bondit, mais sur une autre question : là, il fallait chercher ce qui avait changé dans le PÉRIMÈTRE du compte — ce qui était devenu résident ; ici, dans le POINT DE COMPARAISON.

VIII. Ce qu'un taux de croissance ne dit pas

Un chapitre qui apprend à calculer doit finir par dire ce que son calcul ignore. Celui-ci a cinq silences, et les nommer fait partie du cours.

Le premier silence, tu le connais depuis la section III : un taux ne dit rien du NIVEAU. Un TAUX, pas la série — enchaîner les 76 taux français y a bien redonné une courbe de niveaux, mais il a fallu partir de 100 en 1949, et ce point de départ, aucun taux ne le contient. Deux pays qui croissent de 2 % ne sont donc pas comparables pour autant — l'un peut produire vingt fois l'autre. Méfie-toi de la phrase « un taux élevé est plus facile à obtenir quand on part de bas » : elle n'a rien d'arithmétique, un taux étant un rapport sans échelle. Si les pays partis de loin croissent parfois plus vite, c'est pour une raison ÉCONOMIQUE — ils rattrapent, en adoptant des techniques éprouvées ailleurs —, hypothèse discutée dont « Le modèle de Solow » fera son objet.

Le deuxième silence est celui de la POPULATION. Un PIB qui croît de 2 % dans un pays dont la population croît de 3 % laisse chaque habitant, en moyenne, un peu plus pauvre — et la moyenne n'a rien dit de la répartition. Le chapitre « Le PIB par habitant », qui suit immédiatement, prend cette division pour objet ; retiens l'outil dès maintenant, car un sujet peut le demander avant. Les taux ne se soustraient pas plus qu'ils ne s'additionnent : la croissance par habitant vaut (1 + g_PIB) ÷ (1 + g_population) − 1. Avec +2,0 % et +0,9 % : 1,020 ÷ 1,009 = 1,0109, soit +1,09 % par habitant, et non les +1,10 % de la soustraction. L'écart est petit ici, il grandit vite dès que la population croît de plusieurs pourcents. La mise en garde de Simon Kuznets, lue au chapitre n°4, s'applique intacte : ce n'est pas parce qu'un agrégat progresse que les gens vont mieux.

Le troisième silence est celui des CAUSES, et il est délibéré. Ce chapitre a décomposé la croissance en contributions comptables ; il n'a pas dit pourquoi l'investissement s'effondre une année, ni ce qui fait qu'un pays croît durablement plus vite qu'un autre. Ces questions-là ont leurs chapitres, plus loin dans le cursus : « Le modèle de Solow » construira une théorie de la croissance de long terme, « Croissance et progrès technique » demandera d'où vient le résidu que Solow laisse inexpliqué, et « Les cycles économiques » s'occupera des allers-retours de court terme dont ce chapitre n'a mesuré que la trace. En attendant, une contribution n'est pas une explication, et écrire « la croissance de 2025 s'explique par les stocks » est un abus de langage — les stocks n'expliquent rien, ils ENREGISTRENT.

Le quatrième silence est le plus subtil, et il répond à la question que tu te poses depuis la section II, où ce chapitre a posé son premier chiffre français : 0,8 %, est-ce beaucoup ? Un taux ne se juge pas dans l'absolu — il se juge contre ce que le pays POURRAIT produire en utilisant normalement sa main-d'oeuvre et ses équipements, sans que l'inflation s'emballe. Les économistes appellent cette référence la CROISSANCE POTENTIELLE, et l'écart entre la production effective et ce plein régime l'ÉCART DE PRODUCTION. Ce ne sont pas des grandeurs mesurées : elles s'ESTIMENT par des modèles, et deux institutions sérieuses n'estiment pas le même potentiel pour le même pays.

Un silence n'est pourtant pas une dispense de savoir faire : un écart de production se calcule. C'est une distance RELATIVE — écart = (PIB effectif − PIB potentiel) / PIB potentiel —, donc un pourcentage, négatif quand le pays produit en dessous de son régime normal. Et il ne se met pas à jour en soustrayant des taux : si l'écart de départ vaut e, que le pays croît de g et son potentiel de g*, le nouvel écart vaut (1 + e) × (1 + g) / (1 + g*) − 1.

Prends un pays pédagogique parti à l'équilibre — écart nul —, qui croît de 0,8 % quand son potentiel avance de 1,2 % : 1,008 / 1,012 = 0,99605, soit un écart de −0,40 % après un an, −0,79 % après deux, −1,18 % après trois. Ce pays a CRÛ chaque année et pris du retard chaque année : c'est exactement ce qu'un chiffre annuel, seul, ne dira jamais. (Une honnêteté d'échelle, parce que ce chapitre la réclame ailleurs : à des taux aussi petits, diviser ne s'écarte de soustraire 0,8 − 1,2 que de cinq millièmes de point par an — ici, ce qui compte est l'ACCUMULATION, non la composition. Celle-ci se met à compter dès que l'écart de départ n'est plus nul.)

Tu remarqueras que ce chapitre, qui ancre chaque notion sur un chiffre français daté, ne t'en donne AUCUN pour le potentiel : c'est délibéré, il n'existe pas de publication officielle unique à citer comme il en existe une pour le PIB — l'INSEE, la Banque de France, la Commission européenne et l'OCDE publient chacune la sienne. En copie, on écrit donc « selon l'estimation de telle institution ». Conséquence pratique : une croissance de 1 % est une bonne nouvelle dans un pays dont le potentiel a baissé, une mauvaise dans un pays qui pourrait faire 2 %. Ce chapitre mesure la production ; il ne dit pas si elle est à la hauteur de ce qu'elle pourrait être — l'exercice 11 te fait mener le calcul jusqu'au bout, y compris l'année où l'écart se referme.

Le cinquième silence est celui de ce que la croissance consomme et abîme. Un taux de croissance en volume ne retranche ni l'usure des machines — le chapitre n°8 l'a montré, elle vaut près d'un cinquième du PIB français — ni l'épuisement des ressources, ni les dommages environnementaux, et un pays qui liquiderait ses forêts verrait sa croissance grimper avant de s'effondrer. Le chapitre « Croissance et soutenabilité » posera cette question de front. Retiens dès maintenant qu'elle n'est pas une objection morale plaquée sur un outil neutre : elle porte sur ce que l'outil MESURE, et c'est le genre de remarque qu'un correcteur attend d'un étudiant qui a compris son instrument.

Une dernière décomposition, car un sujet peut la demander — et elle ne réclame rien que tu ne saches déjà faire. Ce qu'un pays produit est le produit de deux choses : le nombre de gens au travail, et ce que chacun d'eux produit. Écris Y = L × (Y/L) et, les coefficients se multipliant, 1 + g(Y) = (1 + g(L)) × (1 + g(Y/L)) : un pays dont l'emploi progresse de 1,0 % et la production par travailleur de 2,0 % croît de 1,010 × 1,020 = 1,0302, soit +3,02 % — et non les +3,0 % de l'addition. On appelle EXTENSIVE la croissance qui vient du premier terme, INTENSIVE celle qui vient du second, et la distinction n'a rien d'académique : le nombre de bras a un plafond, ce que chacun produit n'en a pas.

Deux prolongements, et deux pièges. Les prolongements : c'est par cette décomposition que la croissance et le CHÔMAGE se tiennent l'un l'autre — Arthur Okun est le premier à mettre ce lien en chiffres, en 1962, et le chapitre « Mesurer le chômage » y reviendra —, et c'est par elle que les théories de la croissance commencent, « Le modèle de Solow » demandant d'où vient le second terme. Les pièges : la production par TRAVAILLEUR n'est pas la production par HABITANT, on ne divise pas par le même nombre — c'est le chapitre suivant qui divise par la population —, et décomposer par les FACTEURS n'est pas décomposer par BRANCHES, ce qu'a fait la section III en regardant la récolte du village.

Un mot pour finir. Ce chapitre a fait éclater un chiffre unique en SIX mesures, que le tableau ci-dessous lit de sept façons, et aucune n'est plus vraie que les autres. Sa première et sa quatrième ligne posent en effet la même question : le taux annuel et la moyenne annuelle sont la MÊME mesure, la section V l'a démontré — ce qui les sépare, c'est la série où on la lit, comptes annuels d'un côté, comptes trimestriels de l'autre, d'où le +0,8 % et le +0,9 % de 2025. Devant n'importe quel taux de croissance, sache dire : quelle mesure, sur quelle période, comparée à quoi, dans quel millésime. Qui pose ces quatre questions ne se fera plus raconter d'histoire.

La mesureSa questionExemple
Taux annuelDe combien d'une année sur l'autre ?Village, an 3 : −11,63 %
Croissance cumuléeDe combien sur toute la période ?Village, an 1 → 5 : +15 %
Taux annuel moyenQuel rythme constant y mènerait ?Village : +3,556 % par an
Moyenne annuelleDe combien d'une année sur l'autre ?France 2025 : +0,9 %
Glissement annuelOù en est-on en fin d'année ?France 2025 : ~ +1,10 %
AcquisQu'est-ce qui est déjà joué ?France, mi-2026 : ~ +0,5 %
Rythme annualiséEt si ce trimestre durait un an ?Trimestre à +0,4 % : +1,61 %

IX. L'atelier : trois mesures pour une seule année

Les trois mesures de la section V ne s'installent pas par la lecture : il faut les avoir vues se croiser. L'atelier te donne cinq profils de huit trimestres — deux années entières —, et te demande deux pronostics AVANT de calculer quoi que ce soit : la croissance annuelle sera-t-elle positive ou négative, et laquelle des deux sera la plus ÉLEVÉE — attention, la plus élevée algébriquement, pas la plus grande en valeur absolue —, de la moyenne annuelle ou du glissement ? Tant que les deux pronostics ne sont pas posés, rien ne se révèle.

Un ordre de parcours. L'atelier s'ouvre sur « le rythme régulier », le plus lisible : fais-toi la main dessus. Deux des cinq profils, tu les as déjà vus résolus — « l'héritage » à l'encadré de la section V, « le décrochage » à la première page et à l'exercice 5 : sur ceux-là, le pronostic est un CONTRÔLE et non une devinette, et tu dois retrouver les nombres à la main avant de révéler. Restent « le rattrapage » et « la chute », vierges tous les deux : c'est là que le pronostic compte vraiment. Et sers-toi de la ligne de pondération de la section V pour PRONOSTIQUER au lieu de deviner. Si tu gagnes tes deux pronostics sur les cinq profils, la section V est à toi.

Choisis un profil de huit trimestres
Tes deux pronostics, avant de calculer

Réponds aux deux questions : rien ne se calcule tant que les deux pronostics ne sont pas posés.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

L'île aux pulls des chapitres n°5 à n°8, suivie trois ans. Son PIB en volume vaut 90 000 € l'an 1, et 99 000 € l'an 2 — les deux nombres que le chapitre n°6 t'a fait calculer, aux prix de l'an 1. L'an 3, une tempête coupe la liaison avec le continent pendant deux mois : le PIB en volume retombe à 94 050 €. (1) Calcule les deux taux de croissance annuels. (2) Le maire déclare : « en deux ans, notre production a progressé de 5 % ». Calcule la croissance cumulée réelle et corrige-le. (3) Quel taux de croissance annuel moyen l'île a-t-elle connu sur ces deux années ? Compare-le à la moyenne des deux taux. (4) De combien l'île devra-t-elle croître l'an 4 pour retrouver son niveau de l'an 2 ? Compare ce taux à la baisse subie. (5) Un insulaire conclut : « puisque nous sommes au-dessus de notre niveau de l'an 1, la tempête n'a rien coûté ». Réponds-lui en distinguant deux choses.

  1. (1) An 1 → an 2 : (99 000 − 90 000) / 90 000 = 0,10, soit +10,00 % — le taux que le chapitre n°6 avait déjà établi sur cette île. An 2 → an 3 : (94 050 − 99 000) / 99 000 = −0,05, soit −5,00 %.
  2. (2) Les coefficients se multiplient : 1,10 × 0,95 = 1,045, soit +4,50 % en deux ans. Le maire a additionné les taux (10 − 5 = 5) ; il surestime la progression d'un demi-point. Contrôle par les niveaux : 94 050 / 90 000 = 1,045.
  3. (3) Le taux annuel moyen est la moyenne GÉOMÉTRIQUE : (1,045)^(1/2) − 1 = 1,022252 − 1, soit +2,23 % par an. La moyenne arithmétique des deux taux donnerait (10 − 5) / 2 = +2,50 % par an, ce qui conduirait à 90 000 × 1,025² = 94 556 € — 506 € de plus que la réalité.
  4. (4) 99 000 / 94 050 = 1,052632, soit +5,26 %. Une baisse de 5,00 % exige donc une hausse de 5,26 % pour être effacée — l'asymétrie, sur les chiffres de l'île.
  5. (5) Deux choses à distinguer, et c'est tout le sujet. Sur le NIVEAU, l'insulaire a raison : l'île produit 4,5 % de plus qu'à l'an 1, elle n'est pas revenue en arrière. Sur ce que la tempête a COÛTÉ, il a tort : sans elle, l'île serait restée au minimum à 99 000 € ; l'écart de 4 950 € est de la production qui n'a pas eu lieu, et aucun niveau supérieur à celui de l'an 1 ne la ramène. Comparer un niveau à un passé lointain et mesurer une perte par rapport à ce qui aurait dû être sont deux opérations différentes.

Phrase de copie : « Un taux de croissance rapporte une variation au niveau de DÉPART ; les taux successifs ne s'additionnent pas mais se multiplient par leurs coefficients, de sorte qu'une baisse exige une hausse plus forte pour être effacée, et le seul taux moyen légitime est la moyenne géométrique — celle qui, répétée, mène au vrai point d'arrivée. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Le PIB en volume d'un pays vaut 250 milliards d'euros en année 1, 262,5 en année 2, et 257,25 en année 3. (a) Calcule les deux taux annuels. (b) Écris chacun sous forme de coefficient multiplicateur. (c) En année 4, le PIB augmente de 4 % : quel niveau atteint-il ? (d) En année 5, il atteint 270,725 milliards : quel a été le taux de l'année 5 ?

    Un coup de pouce

    Pour (d), pars du niveau de l'année 4 — celui que tu viens de calculer, pas celui de l'année 3.

    Voir le corrigé

    (a) Année 2 : (262,5 − 250) / 250 = +5,00 %. Année 3 : (257,25 − 262,5) / 262,5 = −2,00 %.

    (b) × 1,05 puis × 0,98.

    (c) 257,25 × 1,04 = 267,54 milliards d'euros.

    (d) 270,725 / 267,54 = 1,011905, soit +1,19 %. Le contrôle qui évite l'erreur classique : 267,54 × 1,0119 = 270,72.

  2. En 2024, la croissance française a été de 1,504 % ; en 2025, de 0,805 % (INSEE, base 2020, édition de mai 2026). Un journal titre : « la croissance a baissé de 0,7 % ». (a) De combien de POINTS la croissance a-t-elle reculé ? (b) De combien de POURCENTS ? (c) Le titre est-il correct ? Réécris-le de deux façons justes. (d) Le PIB français a-t-il reculé en 2025 ?

    Un coup de pouce

    Un point de pourcentage est une différence entre deux taux ; un pourcent est une variation relative — ici, la variation d'un taux.

    Voir le corrigé

    (a) 1,504 − 0,805 = 0,699, soit environ 0,7 POINT de pourcentage.

    (b) (0,805 − 1,504) / 1,504 = −0,4648, soit une baisse de 46,5 %.

    (c) Le titre est faux : il annonce en pourcents ce qui est un écart en points. Deux réécritures justes : « la croissance a perdu 0,7 point, de 1,5 % à 0,8 % » ; ou « la croissance a été divisée par près de deux ».

    (d) Non, et c'est le troisième piège de l'énoncé : une croissance qui RALENTIT reste une croissance. Le PIB français a progressé en 2025, moins vite qu'en 2024. Il n'aurait reculé que si le taux était devenu négatif.

  3. Le PIB en volume d'une économie passe de 400 à 520 milliards d'euros en 10 ans. (a) Quelle est la croissance cumulée ? (b) Quel est le taux de croissance annuel moyen ? (c) Un étudiant répond « 30 % en dix ans, donc 3 % par an » : où est son erreur, et de combien se trompe-t-il ? (d) À ce taux moyen, en combien d'années la production doublerait-elle ? Donne l'estimation de tête puis le calcul exact.

    Un coup de pouce

    « En 10 ans » désigne bien dix intervalles : l'exposant est 1/10. (La question des flèches à compter se pose quand l'énoncé donne deux DATES — de 2015 à 2025 — et non une durée.)

    Voir le corrigé

    (a) 520 / 400 = 1,30, soit +30 % en dix ans.

    (b) 1,30^(1/10) − 1 = 1,026584 − 1, soit +2,66 % par an. Contrôle : 400 × 1,026584¹⁰ = 520.

    (c) Il a divisé le cumul par le nombre d'années, ce qui revient à additionner des taux au lieu de multiplier des coefficients. Il se trompe de 0,34 point par an — et l'écart se voit sur le résultat : à 3 % par an, l'économie aurait atteint 400 × 1,03¹⁰ = 537,6 milliards, soit 17,6 de plus que la réalité.

    (d) Règle des 70 : 70 / 2,66 = 26,3 ans. Calcul exact : ln 2 / ln(1,026584) = 0,6931 / 0,026236 = 26,4 ans.

  4. Trois pays affichent des taux de croissance annuels moyens de 1 %, 3 % et 7 %. (a) Estime pour chacun le temps de doublement par la règle des 70, puis calcule-le exactement. (b) Pour lequel l'approximation est-elle la moins bonne, et pourquoi ? (c) Au bout de 35 ans, par combien la production de chacun a-t-elle été multipliée ? (d) Que conclus-tu sur ce que « un point de croissance en plus » signifie sur une vie ?

    Un coup de pouce

    ln 2 = 0,6931. L'approximation vient de ce que ln(1 + g) ≈ g pour g petit.

    Voir le corrigé

    (a) À 1 % : 70 ans par la règle, 69,7 exactement. À 3 % : 23,3 contre 23,4. À 7 % : 10,0 contre 10,2.

    (b) En années, c'est le pays à 1 % qui affiche le plus gros écart (70 contre 69,66, soit 0,34 an), devant celui à 7 % (10,0 contre 10,24, soit 0,24 an). Mais RAPPORTÉ au temps de doublement lui-même, c'est l'inverse : 0,5 % d'erreur à 1 %, contre 2,4 % à 7 % — la section IV dit pourquoi, et jusqu'où. « La moins bonne approximation » n'a de sens qu'une fois précisé : en valeur absolue, ou en proportion ?

    (c) 1,01³⁵ = 1,42 ; 1,03³⁵ = 2,81 ; 1,07³⁵ = 10,68. Le pays le plus rapide multiplie sa production par plus de dix quand le plus lent gagne 42 %.

    (d) Qu'un écart de taux minuscule devient un écart de niveau immense dès qu'on lui laisse le temps de se composer — c'est la même mécanique que les intérêts composés, à laquelle ce cursus consacre un chapitre.

  5. Une économie connaît les variations trimestrielles suivantes. Année N−1 : +0,5 %, +0,5 %, +0,5 %, +0,5 %. Année N : 0,0 %, −0,3 %, −0,4 %, −0,5 %. (a) Calcule le glissement annuel de l'année N. (b) Calcule sa moyenne annuelle (prends 100 pour le dernier trimestre de N−2). (c) Comment se fait-il que les deux n'aient pas le même signe ? (d) Cette économie est-elle « en récession » ? (e) À la fin du DEUXIÈME trimestre de l'année N, quel était l'acquis de croissance pour l'année N ? Que t'apprend-il, comparé au résultat final ?

    Un coup de pouce

    La moyenne annuelle compare deux MOYENNES de quatre trimestres ; le glissement compare deux POINTS.

    Voir le corrigé

    (a) Niveaux de N−1 : 100,50 · 101,00 · 101,51 · 102,02. Niveaux de N : 102,02 · 101,71 · 101,30 · 100,80. Glissement : 100,80 / 102,02 − 1 ≈ −1,1953 % (sur les niveaux non arrondis), soit −1,20 % arrondi au centième. Ne tronque pas à −1,19 : arrondir n'est pas couper.

    (b) Moyenne de N−1 : 101,26. Moyenne de N : 101,46. Moyenne annuelle : 101,46 / 101,26 − 1 = +0,20 %. Positive.

    (c) Parce que l'année N part du niveau élevé où N−1 s'était achevée : ses quatre trimestres, même déclinants, restent en moyenne au-dessus de la moyenne de N−1, tirée vers le bas par son début d'année.

    (d) Selon le critère mécanique, oui : trois trimestres consécutifs de baisse, donc « récession technique ». Selon les comités qui datent les récessions, la réponse dépendrait aussi de la profondeur et de la diffusion du recul. Et selon les comptes annuels, l'année affiche une croissance positive. Les trois réponses sont justes : ce sont trois questions différentes.

    (e) On fige le niveau du deuxième trimestre (101,71) sur les deux trimestres restants : la moyenne projetée de N vaut (102,02 + 101,71 + 101,71 + 101,71) / 4 = 101,79, contre 101,26 pour N−1, soit un acquis de +0,52 %. Or l'année a fini à +0,20 %. L'acquis n'est donc PAS une prévision : ici, deux trimestres de baisse en ont mangé plus de la moitié.

  6. Un pays publie les postes suivants, en volume et en milliards d'euros. Année 1 : C = 600, I = 200, G = 250, X = 300, M = 350. Année 2 : C = 618, I = 190, G = 256, X = 330, M = 364. (a) La consommation pèse 60 % du PIB de l'année 1 et progresse de 3 % : retrouve sa contribution par le chemin du POIDS, sans calculer sa variation en euros. (b) Calcule le taux de croissance. (c) Calcule les cinq contributions et vérifie qu'elles bouclent. (d) Un ministre déclare : « nos importations ont freiné la croissance de 1,4 point ; il faut les réduire ». Que réponds-tu ?

    Un coup de pouce

    Une contribution se divise toujours par le PIB de l'année de DÉPART, jamais par le poste lui-même.

    Voir le corrigé

    (a) 600 / 1 000 = 60 % de poids, et la consommation progresse de 18 / 600 = 3,0 % : sa contribution vaut 0,60 × 3,0 = +1,8 point. C'est l'autre chemin de la section VI, celui que les énoncés emploient le plus souvent — il ne demande ni le niveau de départ en euros ni la variation, seulement un poids et un taux. La question (c) le retrouvera par la variation absolue : les deux doivent donner le même nombre.

    (b) 1 030 / 1 000 − 1 = +3,00 %.

    (c) C : +18 / 1 000 = +1,8 point. I : −10 / 1 000 = −1,0 point. G : +6 / 1 000 = +0,6 point. X : +30 / 1 000 = +3,0 points. M : −(+14) / 1 000 = −1,4 point. Somme : 1,8 − 1,0 + 0,6 + 3,0 − 1,4 = +3,0.

    (d) Que son chiffre est juste et son raisonnement faux. Le −1,4 point n'est pas un freinage, mais la soustraction comptable de la section VI. Ces importations ont d'ailleurs accompagné une année de forte croissance des exportations (+3,0 points) : réduire les importations de composants réduirait aussi ce que le pays exporte. Le chapitre n°5 l'avait annoncé : une identité comptable ne dit RIEN des causes, et surtout pas ce qu'il faut faire.

  7. En 2024, la croissance française a été de +1,504 %, dont +1,296 point apporté par le commerce extérieur ; dans ce total, les exportations comptent pour +1,087 point et les importations pour +0,210 point (INSEE, base 2020, édition de mai 2026). (a) Comment la contribution des importations peut-elle être POSITIVE ? (b) Qu'en déduis-tu sur le volume des importations cette année-là ? (c) Un éditorialiste écrit : « la croissance de 2024 montre la vigueur retrouvée de notre commerce extérieur ». Que lui manque-t-il ? (d) Quelle part de la croissance de 2024 le commerce extérieur représente-t-il ? (e) Additionne les deux dernières valeurs de l'énoncé : que constates-tu, et que faut-il en conclure ?

    Un coup de pouce

    Le signe de la contribution des importations est l'inverse du signe de leur variation.

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    (a) Parce que les importations entrent dans l'équation avec un signe moins : une contribution positive signifie qu'elles ont DIMINUÉ.

    (b) Qu'elles ont RECULÉ en volume cette année-là — c'est tout ce que l'énoncé permet de déduire, et c'est déjà l'essentiel. De combien, il ne le dit pas : il y faudrait le poids des importations dans le PIB, que l'énoncé ne donne pas. Les comptes, eux, chiffrent ce recul à 0,58 % en volume — et le contrôle boucle : 0,210 point ÷ 0,58 % = 36 % du PIB, ce qui est bien le poids des importations françaises. Sache distinguer ce qu'un énoncé permet de calculer de ce qu'il faut aller chercher.

    (c) Il lui manque la moitié de l'explication : sur les 1,296 point du commerce extérieur, 0,210 vient d'importations en baisse, ce qui traduit une demande intérieure atone plutôt qu'une conquête de marchés.

    (d) 1,296 / 1,504 = 86 % du taux de croissance.

    (e) 1,087 + 0,210 = 1,297, quand le total publié vaut 1,296. Personne ne s'est trompé : les trois valeurs sont arrondies au millième par la source (section VI). Ne « corrige » jamais un tableau officiel qui boucle à un millième près, et ne construis jamais un raisonnement sur ce dernier millième.

  8. Reprends la mauvaise année du village (an 3). En volume, le PIB tombe de 172 000 € à 152 000 €. Mais cette année-là, la récolte manque et tous les prix montent de 16 % : le PIB en VALEUR passe de 189 200 € à 193 952 €. (a) Calcule les deux taux, en volume et en valeur. (b) Les deux sont-ils compatibles ? Vérifie-le par la relation exacte du chapitre n°6. (c) Le maire titre son bulletin : « notre économie a progressé de 2,5 % ». Corrige-le. (d) Lequel des deux taux mérite le nom de croissance ?

    Un coup de pouce

    (1 + croissance en valeur) = (1 + croissance en volume) × (1 + hausse des prix).

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    (a) En volume : 152 000 / 172 000 − 1 = −11,63 %. En valeur : 193 952 / 189 200 − 1 = +2,51 %.

    (b) Oui, et la relation le prouve : 0,88372 × 1,16 = 1,02512, soit exactement +2,51 %. Les deux nombres décrivent la même année, l'un à prix constants, l'autre à prix courants.

    (c) Le maire annonce une hausse de la VALEUR produite, et l'appelle progrès de l'économie. Version juste : « la production du village a reculé de 11,6 % ; les prix ayant monté de 16 %, sa valeur en euros progresse malgré tout de 2,5 % ». C'est la faute que le chapitre n°6 apprend à traquer, ici dans sa version la plus trompeuse : celle où les deux taux n'ont pas le même SIGNE.

    (d) Le volume, par convention et par bon sens : c'est lui qui mesure ce que le village a réellement produit. Un chiffre de croissance annoncé sans précision porte toujours sur le volume.

  9. Un institut américain publie la croissance trimestrielle en RYTHME ANNUALISÉ ; l'INSEE publie la variation d'un trimestre au précédent. (a) Un trimestre français à +0,4 % : que vaudrait-il, publié en rythme annualisé ? (b) Un chiffre américain de +1,6 % annualisé : quelle variation trimestrielle représente-t-il ? (c) Un commentateur met « +0,4 % en France » face à « +1,6 % aux États-Unis » et conclut que l'économie américaine croît quatre fois plus vite. Que lui réponds-tu ? (d) L'INSEE avait d'abord publié le premier trimestre 2026 à 0,0 %, avant de le ramener à −0,1 % (IR n° 184, 30 juillet 2026). En indice base 100 fin 2024, le quatrième trimestre 2025 vaut 101,10 : calcule le niveau du premier trimestre 2026 dans chacune des deux publications, puis dis ce qu'un dixième de point change au VERDICT porté sur ce trimestre.

    Un coup de pouce

    Annualiser, c'est élever à la puissance 4 ; l'opération inverse est la racine quatrième, c'est-à-dire la puissance 1/4. Pour (d), relis ce que la section VII appelle une récession technique.

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    (a) 1,004⁴ = 1,016096, soit +1,61 % en rythme annualisé.

    (b) 1,016^(1/4) = 1,003976, soit +0,3976 % par trimestre — c'est-à-dire +0,40 % une fois arrondi, le trimestre de la question (a).

    (c) Qu'il compare deux conventions, et non deux économies : le facteur quatre qu'il croit lire est celui qui sépare une variation trimestrielle de son annualisation.

    (d) Première publication : 101,10 × 1,000 = 101,10, le PIB stagne. Après révision : 101,10 × 0,999 = 101,00, il recule. Un dixième de point, et le trimestre passe de la stagnation au RECUL. La conséquence dépasse le chiffre, et c'est elle qu'il faut retenir : si le trimestre suivant avait lui aussi reculé, la première publication n'aurait affiché aucune baisse consécutive et la seconde en aurait affiché deux — la « récession technique » serait apparue par le seul effet d'une révision, sans qu'un euro de production ait changé. Un verdict suspendu à un seuil est toujours plus fragile que le seuil ne le laisse croire.

  10. Vrai ou faux — justifie chaque réponse en une phrase. (a) « Un pays dont le PIB en volume croît de 2,0 % et la population de 3,0 % voit sa production PAR HABITANT progresser. » (b) « Le taux de croissance annuel moyen est la moyenne des taux annuels. » (c) « Si le PIB recule deux trimestres de suite, la croissance de l'année est forcément négative. » (d) « Une contribution des importations négative signifie que les importations ont augmenté. » (e) « Le taux de croissance annuel moyen de la France a été divisé par près de quatre entre 1950-1974 et 2000-2025. » (f) « Un taux de croissance publié est définitif. » (g) « Sur un graphique en échelle logarithmique, une droite montante signifie que la production accélère. » (h) « Une croissance de 3 % obtenue par 3 % d'emploi en plus est de même nature qu'une croissance de 3 % obtenue par 3 % de production par travailleur en plus. »

    Un coup de pouce

    Deux sont vraies, six sont fausses.

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    (a) FAUX : la croissance par habitant se DIVISE, elle ne se soustrait pas — 1,020 ÷ 1,030 = 0,99029, soit −0,97 % par habitant. Le pays produit plus et chacun produit moins (deuxième silence de la section VIII).

    (b) FAUX : c'est la moyenne GÉOMÉTRIQUE des coefficients.

    (c) FAUX : le profil « décrochage » recule trois trimestres de suite et affiche +0,20 % sur l'année (section V).

    (d) VRAI : le signe de la contribution est l'inverse de celui de la variation, puisque les importations sont retranchées dans l'équation d'équilibre.

    (e) VRAI : 5,33 % par an de 1950 à 1974 contre 1,35 % de 2000 à 2025, soit un rapport de 3,95 — d'où le « près de ».

    (f) FAUX : les comptes trimestriels sont révisés dès l'estimation suivante, les comptes annuels pendant deux à trois ans (section VII).

    (g) FAUX, et c'est l'inverse : sur cette échelle une DROITE est un taux CONSTANT, et c'est sa PENTE qui donne le taux ; une production qui accélère y courbe vers le haut. La courbe française de la section III, elle, s'y infléchit vers le bas — c'est son rythme qui a ralenti.

    (h) FAUX : le total est le même, la nature non. La première est EXTENSIVE — plus de bras —, la seconde INTENSIVE — chacun produit plus —, et seule la seconde continue de porter la croissance quand l'emploi plafonne (section VIII).

  11. Un pays produit 500 milliards d'euros quand son potentiel, selon l'estimation d'une institution, vaut 510 milliards. (a) Calcule son écart de production. (b) L'année suivante, le pays croît de 1,8 % et son potentiel de 1,0 % : quel est le nouvel écart ? Retrouve-le par deux chemins. (c) À ce régime, au bout de combien d'années l'écart serait-il refermé ? (d) Un éditorialiste écrit : « avec 1,8 % de croissance, ce pays se porte bien ». Que lui manque-t-il — et pourquoi ta réponse ne peut-elle pas se passer du nom d'une institution ?

    Un coup de pouce

    Un écart de production est une distance RELATIVE, comme un taux de croissance : il se rapporte au potentiel. Pour (c), l'inconnue est en exposant — la section IV dit quel outil l'en sort.

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    (a) (500 − 510) / 510 = −0,019608, soit −1,96 %. Le pays produit près de deux pour cent sous son régime normal.

    (b) Par les niveaux : 500 × 1,018 = 509 et 510 × 1,010 = 515,1, d'où (509 − 515,1) / 515,1 = −0,011843, soit −1,18 %. Par la formule de la section VIII : (1 − 0,019608) × 1,018 / 1,010 − 1 = −0,011843. Les deux chemins tombent sur le même nombre, et c'est le contrôle qu'on attend. La soustraction naïve, elle, se trompe : −1,96 + 1,8 − 1,0 = −1,16 %, soit deux centièmes de point de trop. L'écart de départ n'était pas nul, et c'est lui qui fait la différence — un écart de production se met à jour en DIVISANT.

    (c) L'écart se referme quand le rapport de rattrapage a comblé les 2 % qui séparent 500 de 510 — 2 % et non 1,96 %, parce que c'est ici le niveau EFFECTIF qui doit rattraper, donc lui qui sert de dénominateur : (1,018 / 1,010)^t = 510 / 500 = 1,02. L'inconnue est en exposant, donc t = ln 1,02 / ln(1,018/1,010) = 0,019803 / 0,0078896 = 2,51 ans. Autrement dit, l'écart est encore ouvert la deuxième année et déjà refermé la troisième — huit dixièmes de point d'avance par an ne rattrapent pas deux points en un an.

    (d) Il lui manque le POTENTIEL, et lui seul donne son sens au 1,8 % : le même taux referme un retard ici, quand il en creuserait un dans un pays dont le potentiel avancerait de 3 %. Et comme le potentiel ne s'observe pas — il s'estime, et deux institutions n'estiment pas le même —, toute phrase de copie sur l'écart de production doit dire de QUI est l'estimation. « Selon l'estimation de telle institution » n'est pas une précaution de style : c'est ce qui rend l'affirmation vérifiable.

Définitions à connaître

Croissance / expansion / développement
La CROISSANCE est, dans la définition de François Perroux (1961), « l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d'un indicateur de dimension » — pour un pays, sa production, comptée en termes réels. L'EXPANSION est la phase montante d'un cycle, qui dure le plus souvent plusieurs années, et dont la récession — affaire de mois — est le versant descendant, bien plus court. Le DÉVELOPPEMENT désigne les transformations de structure qui accompagnent l'enrichissement (santé, éducation, institutions) et ne se mesure pas en pourcents de PIB. Un sujet qui demande « la croissance » n'appelle pas la même réponse qu'un sujet qui demande « le développement ».
Croissance potentielle / écart de production
La croissance POTENTIELLE est celle qu'un pays atteindrait en utilisant normalement sa main-d'oeuvre et ses équipements, sans emballement des prix ; l'ÉCART DE PRODUCTION est la distance RELATIVE entre la production effective et ce plein régime : (PIB effectif − PIB potentiel) / PIB potentiel. Il se met à jour par les coefficients : (1 + e) × (1 + g) / (1 + g*) − 1. Ni le potentiel ni l'écart ne s'observent : ils s'ESTIMENT, et une copie nomme l'institution dont elle reprend l'estimation (section VIII).
Croissance extensive / intensive
Y = L × (Y/L) : la production est l'emploi multiplié par ce que produit chaque travailleur. La croissance est EXTENSIVE quand elle vient du premier terme, INTENSIVE quand elle vient du second — et 1 + g(Y) = (1 + g(L)) × (1 + g(Y/L)). Production par TRAVAILLEUR, non par habitant : ce n'est pas le même diviseur.
Taux de croissance
La variation d'une grandeur rapportée à son niveau de DÉPART : g = (Y_arrivée − Y_départ) / Y_départ, exprimée en %. Pour le PIB, elle se calcule en VOLUME par convention (chapitre n°6).
Coefficient multiplicateur
1 + g : ce par quoi on multiplie le niveau de départ pour obtenir celui d'arrivée. +7,5 % ↔ × 1,075 ; −11,63 % ↔ × 0,88372. C'est la forme sous laquelle les taux s'ENCHAÎNENT.
Indice (base 100)
Une série ramenée à une année de RÉFÉRENCE, à laquelle on donne la valeur 100 : chaque terme vaut alors 100 fois le coefficient qui mène de cette année-là à lui. Un indice de 930 se lit « 9,3 fois le niveau de l'année de base », jamais en euros. C'est la forme sous laquelle on compare des séries de tailles différentes, et celle qu'emploient les comptes trimestriels de la section V. Deux indices de bases différentes ne se comparent pas tels quels : il faut d'abord les ramener à la même base.
Point de pourcentage
L'unité dans laquelle se dit la DIFFÉRENCE entre deux taux. Passer de 1,5 % à 0,8 % de croissance, c'est perdre 0,7 POINT — et, en pourcentage, 46,5 % de sa croissance.
Croissance cumulée
La variation totale sur plusieurs périodes : le produit des coefficients, moins 1. Village de l'an 1 à l'an 5 : 1,075 × 0,88372 × 1,13158 × 1,06977 = 1,15, soit +15 % — et le contrôle direct par les niveaux, 184 000 / 160 000, donne le même 1,15.
Asymétrie hausse-baisse
Après une baisse de x %, la hausse nécessaire pour revenir au point de départ est TOUJOURS supérieure à x % : elle vaut 1/(1 − x/100) − 1, la division par 100 ramenant le taux à une fraction. −11,63 % exige +13,16 % ; −7,441 % (France 2020) exigeait +8,039 %.
Taux de croissance annuel moyen (TCAM)
Le taux CONSTANT qui, répété sur toute la période, mène au même point d'arrivée : g = (Y_fin / Y_début)^(1/n) − 1, où n est le nombre d'INTERVALLES. C'est une moyenne géométrique ; la moyenne arithmétique des taux la surestime dès qu'ils sont dispersés.
Règle des 70
Le temps de doublement d'une grandeur qui croît de g % par an vaut environ 70/g années. Elle vient de ln 2 ≈ 0,693 et de ln(1 + g) ≈ g. Elle tombe juste vers 2 %, surestime le doublement en dessous et le sous-estime au-dessus — la section IV en chiffre l'écart. Calcul exact : ln 2 / ln(1 + g).
CVS-CJO
Corrigé des variations saisonnières et des jours ouvrables : la correction que subit toute série trimestrielle avant publication, pour que deux trimestres soient comparables.
Moyenne annuelle (croissance annuelle)
La moyenne des quatre trimestres d'une année rapportée à celle des quatre trimestres de l'année précédente : elle mesure ce qui a été produit dans l'année, et non la direction prise à la fin. C'est la mesure que citent les journaux. Elle se lit dans deux séries qui ne donnent pas le même chiffre (section V) : +0,9 % en 2025 dans les comptes trimestriels, +0,8 % dans les comptes annuels.
Glissement annuel
La comparaison d'un trimestre au même trimestre de l'année précédente (souvent T4 contre T4). Il dit OÙ ON EN EST, pas ce qui a été produit. France 2025 : environ +1,10 %, contre +0,9 % en moyenne annuelle.
Acquis de croissance
La croissance annuelle qu'on obtiendrait si le PIB restait, jusqu'à la fin de l'année, au niveau du dernier trimestre connu. C'est de la croissance déjà en magasin. Ce n'est PAS une prévision — la suite de l'année peut le défaire. L'INSEE le publie dans ses comptes trimestriels : +0,5 % pour 2026 à l'issue du deuxième trimestre.
Rythme annualisé
Le taux annuel qu'on obtiendrait si un trimestre se répétait quatre fois : (1 + g_trimestre)⁴ − 1. Les États-Unis publient ainsi (+0,2 % trimestriel = +0,8 % annualisé), la France publie la variation d'un trimestre au précédent.
Contribution à la croissance
La variation d'un poste de demande rapportée au PIB de l'année de DÉPART, en points de pourcentage : contribution de P = (P₂ − P₁)/Y₁. Les contributions de TOUS les postes de l'identité du chapitre n°5 — C, I, G, la variation des STOCKS, X et −M — s'additionnent au taux de croissance (contrôle de copie, stocks et additivité aux prix de l'année précédente : section VI).
Contribution des importations
Elle porte un signe MOINS, parce que les importations sont retranchées dans l'équation d'équilibre — non parce qu'elles nuiraient. Des importations qui reculent contribuent donc POSITIVEMENT : +0,21 point en France en 2024, année où elles ont baissé de 0,6 % en volume.
Récession
Deux acceptions à ne jamais confondre. La RÉCESSION TECHNIQUE : deux trimestres consécutifs de recul du PIB — un repère de commodité, non une définition (section VII). La récession DATÉE : le verdict d'un comité (NBER aux États-Unis, CEPR pour la zone euro) qui pèse la profondeur, la diffusion et la durée. En France, aucune institution ne date les récessions.
Effet de base
L'influence de l'année de COMPARAISON sur un taux : un chiffre spectaculaire peut ne signaler qu'une année de référence effondrée (section VII).

Méthode — les réflexes de copie

  1. Traduis tout taux en COEFFICIENT avant de calculer : on multiplie des coefficients, on n'additionne jamais des taux.
  2. Vérifie ton dénominateur à voix haute : « je divise par ce qui était là AVANT ».
  3. Rejoue tout renversement à l'endroit. Si tu as trouvé un niveau de départ en divisant, remultiplie.
  4. Points ou pourcents : une différence entre deux taux se dit en POINTS, la variation d'un taux se dit en POURCENTS. Le correcteur regarde ce mot-là.
  5. Pour un taux moyen, compte les INTERVALLES et non les dates.
  6. Devant « la croissance a été de x % », demande-toi de QUELLE mesure il s'agit : moyenne annuelle, glissement, acquis ou rythme annualisé.
  7. Additionne toujours tes contributions et compare-les au taux de croissance. Et n'oublie pas le signe moins des importations.
  8. Ne lis jamais une contribution comme une cause.
  9. Écris « récession technique » quand tu appliques le critère des deux trimestres, et garde « récession » pour les épisodes datés par un comité. Précise, s'il le faut, qu'aucune institution française n'en date.
  10. Cite tout taux avec son millésime et sa source.

Sources

  • INSEE, Comptes nationaux annuels, base 2020, édition du 29 mai 2026 — tableau 1.102 (évolution du PIB en volume aux prix de l'année précédente chaînés : la série annuelle de 1950 à 2025, dont +1,504 % en 2024 et +0,805 % en 2025), tableau 1.104 (contributions à l'évolution du PIB) et tableau 1.101 (PIB à prix courants : 2 935,236 puis 2 991,056 milliards d'euros), 2026
  • INSEE, Comptes nationaux trimestriels, première estimation du deuxième trimestre 2026 (Informations Rapides n° 184, 30 juillet 2026) — les variations trimestrielles CVS-CJO du PIB en volume : +0,2, +0,2, +0,4 et +0,3 % en 2025, puis −0,1 et +0,2 % en 2026 (le premier trimestre 2026 avait d'abord été publié à 0,0 %) ; le même tableau porte la moyenne annuelle 2025 de cette série, +0,9 %, et l'acquis de croissance pour 2026, +0,5 %, 2026
  • François Perroux, L'Économie du XXe siècle (Presses universitaires de France) — l'ouvrage d'où vient la définition française de la croissance, et la séparation d'avec l'expansion et le développement que ce chapitre reprend, 1961
  • Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, ou la Révolution invisible de 1946 à 1975 (Fayard), 1979
  • Colin Clark, The Conditions of Economic Progress — la première tentative de comparer la croissance et le niveau de production de nombreux pays sur longue période, à une époque où presque aucun ne tenait de comptes nationaux, 1940
  • Angus Maddison, The World Economy: A Millennial Perspective (OCDE) — la reconstitution de deux mille ans de production mondiale, poursuivie après lui par le Maddison Project, 2001
  • Julius Shiskin, « The Changing Business Cycle » (The New York Times, 1er décembre 1974) — l'article où sont proposés plusieurs repères pratiques pour reconnaître une récession, dont deux trimestres consécutifs de recul du PNB réel : le seul repère de la liste qui ait survécu dans le langage courant, 1974
  • Arthur F. Burns et Wesley C. Mitchell, Measuring Business Cycles (NBER) — l'ouvrage qui fonde la méthode de datation des cycles économiques dont le comité du NBER est l'héritier, 1946
  • National Bureau of Economic Research, Business Cycle Dating Committee (institué en 1978), foire aux questions dans son édition 2020 — le comité qui date les récessions américaines. Sa foire aux questions ne « récuse » d'ailleurs pas la règle des deux trimestres : elle précise que la plupart des récessions qu'il date comportent bien deux trimestres consécutifs de recul du PIB réel — mais pas toutes, et que ce n'est pas ainsi qu'il les identifie, 2020
  • Centre for Economic Policy Research, Euro Area Business Cycle Dating Committee — le comité qui établit la chronologie des récessions et expansions de la zone euro, équivalent européen du comité du NBER, 2002
  • Arthur M. Okun, « Potential GNP: Its Measurement and Significance » (Proceedings of the Business and Economic Statistics Section, American Statistical Association) — la première mise en chiffres de la relation entre la croissance et la variation du chômage, et du même coup l'un des premiers usages opérationnels de la production potentielle, 1962
  • Simon Kuznets, National Income, 1929-1932 (document du Sénat américain n° 124) — l'acte de naissance des comptes nationaux, sans lesquels aucune série de taux de croissance n'existerait, 1934