L'élasticité-prix
17 parties
Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais
- Calculer une élasticité-prix de trois façons — à la base de départ, par la formule du point milieu, au point par la dérivée — en disant à chaque fois laquelle a été employée : un nombre sans sa base n'est pas une élasticité.
- Démontrer pourquoi la mesure doit être RELATIVE : une pente change quand on change d'unité monétaire et ne se compare pas d'un marché à l'autre, là où une élasticité ne bouge pas d'un chiffre.
- Situer un point sur une demande affine DÉCROISSANTE et en tirer son élasticité — la pente est la même partout, l'élasticité ne l'est pas, et « cette demande est élastique » est une phrase incomplète tant qu'on n'a pas dit OÙ.
- Prévoir le sens de variation de la recette d'un vendeur à partir de la seule élasticité, par l'identité exacte qui relie les deux — et répondre à la question que le chapitre n°3 laissait ouverte sur la dépense de l'acheteur.
- Nommer les quatre déterminants d'une élasticité — les substituts, la part du budget, l'agrément contre la nécessité, le TEMPS laissé pour s'adapter — et les hiérarchiser POUR UN BIEN DONNÉ, l'ordre changeant d'un bien à l'autre, en tirer pourquoi la demande adressée à UNE entreprise est plus élastique que celle adressée à sa branche, et disposer d'ordres de grandeur mesurés pour juger si un chiffre annoncé est plausible.
- Manier les trois autres élasticités — offre, revenu, croisée — comme une seule et même division, et lire le SIGNE de la croisée pour trancher entre substituts et compléments.
- Calculer le partage exact d'une taxe entre acheteurs et vendeurs — la dette du chapitre n°2 —, énoncer la règle qui le gouverne (le camp qui se dérobe le moins facilement en supporte le plus, quel que soit celui qui signe le chèque), et chiffrer ce que la taxe DÉTRUIT, par euro qu'elle rapporte.
- Expliquer pourquoi une élasticité se mesure mal sur des données réelles, ce qu'il faut pour y parvenir, et pourquoi elle se publie en INTERVALLE.
- Situer la mesure dans son histoire : une table de 1699 qui lit une courbe de demande avant qu'on sache la dessiner, une fonction écrite par Cournot en 1838, un nom donné par Marshall en 1890, et une difficulté de mesure énoncée en 1927.
I. Deux hausses de 10 %, deux résultats opposés
Retour sur la place du marché de Clairval — la ville pédagogique du chapitre n°13, où l'on comptait les chômeurs et où l'on va maintenant regarder deux étals. Marius vend son pain 2 € la baguette et en écoule 800 par jour ; Sylvie vend ses fraises 4 € la barquette et en écoule 400. Une précision d'écriture, parce qu'elle servira à la section IX : Qd désigne ici la demande qui s'ADRESSE à l'étal, et le chapitre la lira plus loin comme la demande du marché — la section IX dira à quelle condition on a le droit de confondre les deux. Deux commerces différents, un même chiffre : chacun encaisse 1 600 € par jour. Les nombres de ce chapitre sont fictifs et choisis ronds, comme ceux du chapitre n°1 ; ce sont les mécanismes qui sont vrais.
Le même lundi, tous deux augmentent leur prix de 10 %. Marius passe à 2,20 €, Sylvie à 4,40 €. Tous deux vendent moins : c'est la loi de la demande du chapitre n°1, et elle ne souffre ici aucune exception — Marius tombe à 780 baguettes, Sylvie à 320 barquettes. Le soir, ils font leurs comptes. Marius a encaissé 1 716 €, soit 116 € de plus qu'avant. Sylvie a encaissé 1 408 €, soit 192 € de MOINS. Même geste, même loi, résultats opposés.
Prends le temps de mesurer ce que cela signifie avant de lire la suite. La loi de la demande a tenu chez les deux : elle a donné le SENS — la quantité baisse quand le prix monte — et elle s'est arrêtée là. Elle ne dit pas de COMBIEN, et c'est tout l'écart entre les deux étals : Marius a perdu 20 baguettes sur 800, Sylvie a perdu 80 barquettes sur 400. Rapporté à ce que chacun vendait, cela fait 2,5 % d'un côté et 20 % de l'autre, pour la même hausse de 10 %. Le chapitre n°1 avait nommé cette limite en toutes lettres au moment de se clore : sans mesure de la sensibilité des quantités au prix, on sait où va le marché, pas jusqu'où. Ce chapitre-ci fournit la mesure.
Le programme, en six questions. Qui a posé la question le premier, et qui a donné son nom à la réponse (section II) ? Pourquoi la mesure doit-elle être relative, et pourquoi la pente d'une courbe ne suffit-elle pas (III) ? Comment se calcule-t-elle, et pourquoi trois calculs honnêtes donnent-ils trois nombres (IV) ? Pourquoi une même courbe est-elle élastique à un bout et inélastique à l'autre (V) ? Que décide-t-elle — la recette du vendeur, la dépense de l'acheteur (VI), le partage d'une taxe (IX) ? Et d'où vient une élasticité qu'on lit dans un journal, sachant qu'on ne l'observe jamais directement (X) ? Entre les deux, les sections VII et VIII disent ce qui rend une demande élastique et étendent la mesure à l'offre, au revenu et aux prix des autres biens.
| Le lundi de Clairval | Marius (pain) | Sylvie (fraises) |
|---|---|---|
| Prix avant | 2,00 € | 4,00 € |
| Quantité avant | 800 baguettes | 400 barquettes |
| Recette avant | 1 600 € | 1 600 € |
| Prix après (+10 %) | 2,20 € | 4,40 € |
| Quantité après | 780 baguettes | 320 barquettes |
| Variation de la quantité | −2,5 % | −20 % |
| Recette après | 1 716 € | 1 408 € |
| Variation de la recette | +7,25 % | −12 % |
II. Une table de 1699, une fonction de 1838, un nom de 1890
La question de la section I est plus vieille que l'économie comme discipline, parce qu'elle avait une urgence : quand la récolte manque, de combien le prix du blé monte-t-il ? En 1699, Charles Davenant publie dans son Essay upon the Probable Methods of Making a People Gainers in the Ballance of Trade une petite table qu'il attribue à Gregory King. Elle se lit en dixièmes : un manque d'un dixième dans la récolte fait monter le prix de trois dixièmes ; un manque de deux dixièmes, de huit dixièmes ; puis de seize, de vingt-huit, de quarante-cinq dixièmes. Autrement dit, d'après sa table, une récolte amputée de moitié multiplie le prix par 5,5.
Regarde ce que cette table est, en langage d'aujourd'hui. Une mauvaise récolte est un choc d'OFFRE au sens du chapitre n°1 : elle déplace la courbe d'offre, et elle ne touche pas directement les goûts des mangeurs. Si l'on admet que la quantité consommée suit à peu près la récolte, chaque ligne donne une quantité et le prix qui va avec, la demande étant restée en place : la table PARCOURT alors une courbe de demande, un siècle et demi avant que quiconque en dessine une. Et le rapport des deux colonnes est déjà, à la convention de calcul près, la mesure que ce chapitre va définir. Sur la première ligne : −10 % de quantité pour +30 % de prix, soit un rapport de −1/3.
Trois précautions, tout de suite. La première : cette table est une ESTIMATION de son temps, appuyée sur le jugement de King plus que sur un relevé systématique — la traiter comme une mesure serait lui prêter une précision qu'elle n'a pas. La seconde tient à la BASE, et le chapitre y reviendra à la section IV : les cinq rapports sont tous calculés depuis l'année normale, jamais depuis l'année précédente. Ainsi lus, ils tombent de −1/3 à −1/9 — non que la demande « cède de moins en moins », mais parce que chaque dixième de récolte perdu coûte un saut de prix plus grand que le précédent : trois dixièmes, puis cinq, puis huit, puis douze, puis dix-sept. Le tableau ci-dessous refait le calcul ligne à ligne. La troisième précaution est la plus intéressante, et c'est Davenant qui la donne, dans le paragraphe qui annonce ces proportions, un peu avant la table : quand la moitié de la récolte manque, écrit-il, ce qui reste « is spun out by Thrift and good Management, and eked out by the use of other Grain » — on l'économise, on le fait durer, et on se rabat sur les autres céréales. Autrement dit : la quantité consommée ne suit PAS exactement la récolte, et le blé n'est pas sans substitut. La table n'est donc pas la lecture parfaite d'une demande ; c'en est une approximation, et la section X dira pourquoi c'est déjà considérable. Garde la décroissance des rapports en tête — la section V dira ce qu'elle apprend sur la forme de la courbe.
Il manquait encore l'outil pour écrire tout cela. Il arrive en 1838 avec Augustin Cournot, mathématicien français, dans ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses. Cournot est le premier à écrire la demande comme une FONCTION du prix, D = F(p) — il pose que F est continue, tient pour un fait d'expérience qu'elle est décroissante, et raisonne ensuite sur le produit p × F(p), c'est-à-dire sur la recette du vendeur, dont il cherche le maximum. Toute la section VI de ce chapitre est déjà dans ce produit. Cournot a la question, la fonction et le calcul ; il n'a pas le mot.
Le mot vient d'Alfred Marshall, dont les Principles of Economics paraissent en 1890 ; les phrases citées ici le sont d'après la huitième édition, la plus diffusée, au livre III, chapitre IV, intitulé The Elasticity of Wants — l'élasticité des besoins. Le mot vient du vocabulaire de la physique, où l'élasticité d'un corps est sa manière de céder sous une contrainte puis de revenir ; il écrit que « the elasticity (or responsiveness) of demand in a market is great or small according as the amount demanded increases much or little for a given fall in price, and diminishes much or little for a given rise in price » — l'élasticité de la demande sur un marché est grande ou petite selon que la quantité demandée augmente beaucoup ou peu pour une baisse de prix donnée. Et il ajoute, dans une note du même passage, le cas charnière : l'élasticité vaut un lorsqu'une petite baisse de prix provoque une hausse de la quantité dans la même proportion. C'est exactement le critère de la section VI.
Reste une difficulté, et elle est d'un autre ordre. Définir une élasticité est une chose ; en mesurer une sur des données réelles en est une autre, et elle a fait l'objet d'un article devenu classique en 1927 — What Do Statistical « Demand Curves » Show ?, d'Elmer Working. La section X y est consacrée, et elle explique du même coup pourquoi la table de 1699, si fruste soit-elle, tenait quelque chose de juste que des relevés bien plus riches ont manqué.
| Manque dans la récolte | Hausse du prix | Prix multiplié par | Rapport des deux variations |
|---|---|---|---|
| 1/10 (−10 %) | 3/10 (+30 %) | 1,3 | −0,33 |
| 2/10 (−20 %) | 8/10 (+80 %) | 1,8 | −0,25 |
| 3/10 (−30 %) | 16/10 (+160 %) | 2,6 | −0,19 |
| 4/10 (−40 %) | 28/10 (+280 %) | 3,8 | −0,14 |
| 5/10 (−50 %) | 45/10 (+450 %) | 5,5 | −0,11 |
III. Pourquoi la mesure doit être relative
La mesure la plus naturelle de la sensibilité au prix est la PENTE de la courbe de demande : combien d'unités le marché abandonne par euro de hausse. Chez Marius, Qd = 1 000 − 100 P, donc 100 baguettes par euro ; chez Sylvie, Qd = 1 200 − 200 P, donc 200 barquettes par euro. Cette mesure est vraie et utile pour tracer, mais elle échoue deux fois dès qu'on veut COMPARER — et ce sont ces deux échecs qui obligent à passer au relatif.
Un mot d'abord, qui servira tout le chapitre. La PENTE désignera toujours ici le coefficient b — la quantité abandonnée par euro de hausse —, jamais l'inclinaison du trait qu'on dessine. Les deux sont même inverses l'une de l'autre : sur un graphique où le prix est porté en ordonnée, comme le veut la convention héritée du chapitre n°1, la demande Qd = a − b P — où a est la quantité qu'on demanderait à prix nul — se relit P = a/b − Q/b, dont l'INCLINAISON vaut −1/b. Un GRAND b donne donc un tracé PLAT et un petit b un tracé raide — c'est le miel du troisième étal, avec son b de 50, qui aura le tracé le plus raide des trois, et le deuxième échec ci-dessous le présentera. Quand ce chapitre écrit « pente », lis « b » ; quand il parle du dessin, il dit « tracé ».
Premier échec : la pente dépend de l'unité. Reprends la demande de pain et compte le prix en centimes au lieu d'euros. La même relation s'écrit alors Qd = 1 000 − 1 × P, où P vaut 200 centimes : la pente est passée de 100 à 1, divisée par cent. Rien n'a changé chez Marius — mêmes clients, mêmes baguettes, même comportement — mais le nombre qui prétend décrire sa clientèle a été divisé par cent. Un nombre qui bouge quand on change d'unité ne mesure pas ce qu'on croit. Le rapport de deux pourcentages, lui, ne bouge pas : le prix monte de 10 % qu'on compte en euros ou en centimes, la quantité baisse de 2,5 % qu'on compte en baguettes ou en douzaines, et le rapport vaut −0,25 dans tous les cas. Le chapitre n°11 t'avait déjà appris qu'un indice se libère de l'unité en divisant ; c'est le même geste, appliqué à deux variations.
Deuxième échec, plus insidieux : la pente ne se compare pas d'un marché à l'autre. Colette tient le troisième étal de la place et vend son miel 4 € le pot, à raison de 100 pots par jour ; sa demande s'écrit Qd = 300 − 50 P, soit une pente de 50 pots par euro. C'est la pente la plus FAIBLE des trois étals — deux fois plus faible que celle du pain. On en conclurait que la clientèle du miel est la moins sensible au prix de la place. C'est faux, et de loin : au prix où chacun travaille, |e| vaut 2 pour le miel — à égalité avec les fraises, qui ont pourtant la pente la plus forte — contre 0,25 pour le pain — la valeur absolue, le signe étant négatif des deux côtés, et la définition vient trois paragraphes plus bas. Colette est huit fois plus exposée que Marius à une hausse de son prix.
La raison tient en une phrase, et elle est la clé du chapitre : perdre 50 pots PAR EURO quand on en vend 100, c'est jouer la moitié de son marché sur chaque euro ; en perdre 100 par euro quand on en vend 800, c'est une mauvaise journée. La pente compte des unités perdues, l'élasticité compte la PART perdue — et c'est la part qui décide du sort du commerçant. Le tableau ci-dessous met les trois étals côte à côte : les deux classements sont bien différents, et non pas décalés d'un cran.
Ce cas était annoncé. Le chapitre n°1 comparait les deux groupes d'acheteurs du marché du café — les étudiants renoncent à 150 tasses par euro, les employés à 50 — et il assortissait la comparaison d'une prudence : elle ne vaut que parce que les deux groupes achètent la MÊME quantité à 3 €, 350 tasses chacun. Vérifie sur ses nombres : à 3 €, l'élasticité des étudiants vaut 150 × 3 / 350 = 9/7, soit environ 1,29, et celle des employés 50 × 3 / 350 = 3/7, soit environ 0,43. Le rapport des deux élasticités vaut exactement 3, comme le rapport des deux pentes — parce que le dénominateur, 350 tasses, est le même des deux côtés. À quantités égales, les deux mesures classent pareil ; dès que les quantités diffèrent, elles peuvent se contredire, et les trois étals de Clairval montrent qu'elles ne s'en privent pas. Un mot de plus, qui servira souvent : l'élasticité d'un marché n'est pas la moyenne simple des élasticités de ses acheteurs, c'est leur moyenne PONDÉRÉE par les quantités qu'ils achètent. Vérifie-le encore sur le café du chapitre n°1 : la demande de marché y vaut Qd = 1 300 − 200 P, donc |e| = 200 × 3 / 700 = 6/7 à 3 € — et (9/7 × 350 + 3/7 × 350) / 700 donne bien 6/7. Ici les deux moyennes coïncident, précisément parce que les quantités sont égales ; ailleurs, seule la pondérée est juste.
D'où la définition. L'ÉLASTICITÉ-PRIX DE LA DEMANDE est le rapport de la variation relative de la quantité demandée à la variation relative du prix qui l'a provoquée. Elle est NÉGATIVE pour tout bien qui obéit à la loi de la demande : le numérateur et le dénominateur sont de signes contraires. C'est une propriété du monde, pas une convention d'écriture — et c'est pourquoi l'usage courant, qui parle d'« une élasticité de 2 » en sous-entendant la valeur absolue, demande d'être explicite. Dans tout ce chapitre, e désigne le nombre signé et |e| sa valeur absolue ; en copie, écris le signe et tu ne te tromperas pas de camp.
Trois mots de vocabulaire, à retenir tels quels. La demande est ÉLASTIQUE quand |e| > 1 — la quantité bouge proportionnellement plus que le prix —, INÉLASTIQUE quand |e| < 1, UNITAIRE quand |e| = 1. Les deux extrêmes ont aussi leur nom, utile pour raisonner sur des cas limites : PARFAITEMENT INÉLASTIQUE quand |e| = 0, courbe verticale, la quantité ne bouge pas ; PARFAITEMENT ÉLASTIQUE quand |e| est infinie, courbe horizontale, la quantité s'effondre à la moindre hausse. Ce sont des bornes plutôt que des situations courantes, mais elles ne sont pas irréelles : une récolte déjà rentrée est une offre parfaitement inélastique, le second cas décrit assez bien un vendeur isolé sur le marché de concurrence parfaite qu'étudiera la L2, et l'encadré de la section IX se sert du premier, deux fois, comme d'un cas exact.
| L'étal | Sa demande | Sa pente (unités par euro) | Son prix | Sa quantité | Son |e| à ce prix |
|---|---|---|---|---|---|
| Le pain de Marius | Qd = 1 000 − 100 P | 100 | 2,00 € | 800 | 0,25 |
| Les fraises de Sylvie | Qd = 1 200 − 200 P | 200 | 4,00 € | 400 | 2 |
| Le miel de Colette | Qd = 300 − 50 P | 50 | 4,00 € | 100 | 2 |
L'élasticité-prix, construite sur le lundi de Marius
On ne pose pas la formule, on la fait naître du récit de la section I. Marius a fait deux choses mesurables : il a changé son prix, et sa clientèle a changé sa quantité. Chaque changement se dit en euros ou en baguettes — des unités — ou en pourcentage de ce qu'il était — un pur nombre. Ce sont les deux purs nombres qu'on met en rapport.
Notation : P₁ et Q₁ le prix et la quantité de départ, P₂ et Q₂ ceux d'arrivée. Le symbole Δ (delta) désigne une variation : ΔP = P₂ − P₁.
variation relative du prix : ΔP / P₁ = (2,20 − 2,00) / 2,00 = 0,20 / 2,00 = +0,10
Soit +10 %. Un pourcentage est une fraction : 0,10 et 10 % sont deux écritures du même nombre.
variation relative de la quantité : ΔQ / Q₁ = (780 − 800) / 800 = −20 / 800 = −0,025
Soit −2,5 %. Le signe est négatif parce que la quantité a baissé ; on ne le supprime pas.
élasticité : e = (ΔQ / Q₁) / (ΔP / P₁) = −0,025 / 0,10 = −0,25
Le rapport des deux. Les unités se sont annulées deux fois : il ne reste ni euro ni baguette, seulement un nombre.
chez Sylvie : e = (−80 / 400) / (0,40 / 4,00) = −0,20 / 0,10 = −2
Même calcul, même hausse de 10 %, huit fois plus de réaction. |e| = 2 > 1 : la demande de fraises est élastique à ce prix.
Comment lire le résultat à voix haute : « pour une hausse de 1 % du prix, la quantité demandée baisse de 0,25 % chez Marius et de 2 % chez Sylvie ». C'est la phrase à écrire en copie — elle contient le signe, la proportion et le sens.
Contrôle de vraisemblance, à faire systématiquement : une élasticité-prix de la demande POSITIVE doit alerter. Elle signale soit une erreur de signe, soit le cas rare que le chapitre n°1 a nommé, le bien de Giffen — auquel cas il faut le dire et le justifier, pas le subir.
IV. Trois calculs honnêtes, et pourquoi ils divergent
Le calcul de la section III a une faiblesse, et elle se voit dès qu'on fait l'aller-retour. Sylvie monte de 4,00 € à 4,40 € : le prix gagne 10 %, la quantité perd 20 %, l'élasticité vaut −2. Le lendemain elle redescend de 4,40 € à 4,00 € : le prix perd 0,40 sur 4,40, soit −9,09 %, et la quantité gagne 80 sur 320, soit +25 %. L'élasticité vaut cette fois −2,75. Même segment de courbe, mêmes deux points, deux nombres. Ce n'est pas une faute de calcul : c'est que la BASE a changé. On divise par le prix et la quantité de DÉPART, et le départ n'est pas le même à l'aller et au retour.
Première réponse, la plus simple : dire toujours d'où l'on part. « L'élasticité vaut −2 entre 4,00 € et 4,40 €, base 4,00 € » est une phrase complète ; « l'élasticité vaut −2 » ne l'est pas. Cette exigence n'est pas une coquetterie de professeur : la table de King de la section II ne veut rien dire non plus tant qu'on n'a pas précisé que sa base est l'année normale, et non l'année de disette. Le chapitre n°11 disait la même chose d'un indice, qui se cite avec sa base ; une élasticité aussi.
Deuxième réponse, celle qui règle le problème plutôt que de le déclarer : rapporter chaque variation non pas au point de départ, mais à la MOYENNE des deux points — on note P̄ et Q̄ ces deux moyennes, et la barre se lit « barre ». C'est la formule dite du POINT MILIEU, ou élasticité-arc. Elle est symétrique par construction, puisque la moyenne de deux nombres ne dépend pas de l'ordre dans lequel on les prend : l'aller et le retour donnent le même résultat, −7/3, soit environ −2,33. Remarque au passage où il tombe : entre les deux nombres précédents. C'est normal, et la troisième méthode dit pourquoi.
Troisième méthode : ne plus mesurer sur un segment, mais EN UN POINT. Si la demande est écrite comme une fonction, la pente en un point est sa dérivée, et l'élasticité s'écrit e = (dQ/dP) × (P/Q). Sur une droite Qd = a − b P — où a est la quantité qu'on demanderait à prix nul et b la pente au sens de la section III —, la dérivée vaut −b partout, d'où la forme la plus commode de tout le chapitre : e = −b × P / Q. Vérifie chez Sylvie : à 4,00 €, e = −200 × 4 / 400 = −2 ; à 4,40 €, e = −200 × 4,40 / 320 = −2,75. Les deux nombres de l'aller-retour ÉTAIENT donc des élasticités justes — simplement, ce n'étaient pas celles du même point. L'élasticité-arc, elle, résume le segment entre les deux, et c'est pourquoi elle tombe entre elles.
Que choisir ? La règle de copie tient en quatre lignes, et le tableau ci-dessous les résume. Si l'énoncé donne une fonction de demande et un prix, prends la forme au point, e = −b P / Q : c'est la plus rapide, et la seule qui réponde exactement à la question « quelle est l'élasticité ICI ». Ne confonds pas cette exactitude-là avec celle du point milieu, qui répond à une autre question — « quelle élasticité résume ce segment ? » — et qui est la seule à rendre exact le critère de la section VI. Si l'énoncé donne deux couples (prix, quantité) sans fonction, prends le point milieu : il ne dépend pas du sens de lecture. Si l'énoncé impose la base de départ — ou si tu appliques une élasticité publiée à une variation, comme le fait l'application de ce chapitre —, dis-le. La faute grave n'est pas de choisir l'une plutôt que l'autre : c'est de ne pas dire laquelle.
Une dernière propriété, qui vaut d'être sue parce qu'elle explique tout le reste : sur une DROITE, l'élasticité-arc est exactement l'élasticité au point du PRIX MOYEN. Vérifie chez Sylvie : le prix moyen du segment est 4,20 €, la quantité y vaut 360, et −200 × 4,20 / 360 = −7/3, le nombre trouvé plus haut. Voilà pourquoi elle tombe toujours entre les deux valeurs des extrémités : elle est l'élasticité du milieu. Sa vertu n'est donc pas d'être une approximation plus fine — c'est d'être symétrique, et d'être celle qui rend EXACT le critère de la section VI.
| La méthode | Sa formule | Sur le segment 4,00 € → 4,40 € | Quand l'employer |
|---|---|---|---|
| Base de départ | (ΔQ / Q₁) / (ΔP / P₁) | −2 à l'aller, −2,75 au retour | Quand l'énoncé l'impose — en déclarant la base |
| Point milieu (arc) | (ΔQ / Q̄) / (ΔP / P̄) | −2,33 dans les deux sens | Deux couples (prix, quantité), sans fonction |
| Au point (dérivée) | (dQ/dP) × (P/Q), soit −b P/Q sur une demande AFFINE | −2 en 4,00 € ; −2,75 en 4,40 € | Une fonction et un prix — elle donne l'élasticité EN CE POINT |
| Élasticité PUBLIÉE appliquée | ΔQ/Q₁ = e × ΔP/P₁, base de départ | C'est la convention de l'application | Un chiffre venu d'une étude, une variation à simuler |
V. Sur une même droite, l'élasticité change de bout en bout
Voici l'erreur la plus répandue du chapitre, et elle a la forme d'une phrase apparemment innocente : « la demande de fraises est élastique ». Incomplète. La demande de fraises est élastique à 4 €, unitaire à 3 €, inélastique à 2 €, et tout cela sur la MÊME droite, sans que la clientèle ait changé d'un client.
La formule de la section IV le dit d'un coup d'œil : e = −b × P / Q. Sur une droite, b est constant — 200 barquettes par euro, en haut comme en bas. Ce qui change, c'est le rapport P / Q. En haut de la courbe, le prix est élevé et la quantité faible : le rapport est grand, l'élasticité aussi. En bas, le prix est faible et la quantité forte : le rapport est petit. Le tableau ci-dessous parcourt la droite de Sylvie de 1 € à 5 € — b ne bouge jamais, |e| passe de 0,2 à 5. Sa dernière colonne servira à la section VI : garde-la en tête.
Il y a un point remarquable, et il vaut d'être retenu : |e| = 1 exactement au MILIEU du segment de prix. Chez Sylvie, la demande s'annule à 6 € — c'est a/b, le prix qui vide le marché, au-delà duquel plus personne n'achète — et le milieu de l'intervalle [0 ; 6] est 3 €. Vérifie : à 3 €, Q = 600, et |e| = 200 × 3 / 600 = 1. La démonstration générale tient en deux lignes et mérite d'être faite une fois : sur Qd = a − b P, |e| = 1 signifie b P = Q = a − b P, donc 2 b P = a, donc P = a / (2 b). Chez Sylvie, 1 200 / 400 = 3 €. Au-dessus de ce prix, la demande est élastique ; en dessous, inélastique. Le schéma de fin de section colorie les deux moitiés. Et il y a plus court que l'algèbre : sur le tracé, |e| en un point vaut le rapport des DEUX MORCEAUX que ce point découpe sur la droite — celui qui descend vers l'axe des quantités divisé par celui qui monte vers l'axe des prix. En effet bP = a − Q, donc |e| = bP/Q = (a − Q)/Q. Or a − Q et Q sont les deux écarts horizontaux que le point laisse de part et d'autre de lui, et sur une droite deux longueurs sont dans le même rapport que leurs écarts horizontaux : les deux morceaux sont donc bien dans le rapport (a − Q)/Q. Au milieu, ils sont égaux : |e| = 1 se voit alors sans un seul calcul.
Marshall l'écrit dans le même chapitre, et la phrase mérite d'être lue jusqu'au bout : « the elasticity of demand is great for high prices, and great, or at least considerable, for medium prices; but it declines as the price falls; and gradually fades away if the fall goes so far that satiety level is reached » — l'élasticité est grande aux prix élevés, considérable aux prix moyens, elle décline quand le prix baisse, et s'efface tout à fait si la baisse va jusqu'à la satiété. C'est exactement ce que fait |e| sur la droite de Sylvie, qui tombe à zéro quand le prix tombe à zéro. Une précision d'édition, pour finir, puisque ce chapitre fait de la citation exacte une règle : les phrases reproduites ici sont celles de la HUITIÈME édition des Principles, parue en 1920 — la plus diffusée, et celle que servent la plupart des textes en ligne, y compris ceux qui affichent la date de 1890. Marshall a beaucoup remanié son livre au fil de ses huit éditions, jusqu'à l'ordre de ses chapitres. On ne cite donc pas une édition en la datant d'une autre : c'est la même exigence que « déclare ta base », appliquée à un texte au lieu d'un calcul. Relis alors la table de King de la section II, en te souvenant que ses cinq lignes partagent la MÊME base, l'année normale. Sur une droite, un rapport calculé ainsi ne bougerait pas d'une ligne à l'autre : il vaut −b × P₀/Q₀, et ni P₀ ni Q₀ ne changent d'une ligne à la suivante. Or il tombe de −1/3 à −1/9. La table dit donc quelque chose sur la FORME de la demande de blé, et ce quelque chose est qu'elle n'est pas une droite : chaque dixième de récolte perdu coûte un saut de prix plus grand que le précédent, et la courbe se redresse.
Attention à ne pas retenir la propriété plus large qu'elle n'est. « L'élasticité change le long de la courbe » est vrai de toute droite de demande DÉCROISSANTE, et c'est ce que ton partiel te donnera presque toujours ; ce n'est pas une loi de toute demande — la verticale parfaitement inélastique de la section III est une droite dont l'élasticité vaut zéro partout. Il existe toute une famille de courbes dont l'élasticité est la même partout : celles de la forme Q = k × P^e. La vérification tient sur une ligne — (dQ/dP) × (P/Q) = e k P^(e−1) × P / (k P^e) = e —, et la dépense qu'elles engendrent s'écrit alors P × Q = k × P^(1+e), écriture dont l'exercice 7 et l'application auront besoin. Le membre qui servira ici est e = −1, soit Q = k / P, où la dépense P × Q vaut k quel que soit le prix — c'est exactement le comportement du consommateur du chapitre n°3, et la section VI en fera un usage précis. Retiens surtout ceci : dire « l'élasticité vaut −0,4 » sur toute une plage de prix, c'est supposer une courbe de cette famille-là, et rien d'autre. Appliquer ce −0,4 à une variation en gardant la base de départ, comme le fait la convention de la section IV, revient au contraire à traiter la demande comme une DROITE locale. Deux conventions, deux courbes sous-jacentes — l'application de ce chapitre mènera les deux jusqu'au bout et mesurera ce qui les sépare.
Deux conséquences pratiques, à écrire en copie. La première : on ne demande jamais « cette demande est-elle élastique ? » sans un prix, et si l'énoncé en oublie un, on le signale au lieu de deviner. La seconde : deux étals peuvent avoir des demandes de pentes très différentes et la même élasticité — c'est le cas des fraises et du miel de la section III, |e| = 2 tous les deux — comme ils peuvent avoir la même pente et deux élasticités opposées. Pente et élasticité sont deux grandeurs distinctes, reliées par un rapport P / Q qu'il faut toujours calculer.
| Prix de la barquette | Quantité demandée | b (barquettes par euro) | |e| en ce point | Recette P × Q |
|---|---|---|---|---|
| 1,00 € | 1 000 | 200 | 0,2 | 1 000 € |
| 2,00 € | 800 | 200 | 0,5 | 1 600 € |
| 3,00 € | 600 | 200 | 1 | 1 800 € |
| 4,00 € | 400 | 200 | 2 | 1 600 € |
| 5,00 € | 200 | 200 | 5 | 1 000 € |
VI. Ce que l'élasticité décide : la recette et la dépense
Revenons à la question de la section I. Marius et Sylvie ont augmenté leur prix de 10 % ; l'un a gagné 116 €, l'autre en a perdu 192. On peut maintenant expliquer pourquoi, et surtout PRÉVOIR le résultat sans faire le calcul complet.
La recette d'un vendeur est R = P × Q, un produit de deux facteurs qui vont en sens contraires quand le prix bouge : le prix monte, la quantité baisse. Le résultat dépend donc de la force relative des deux mouvements — et l'élasticité est précisément la mesure de cette force relative. Le lien n'est d'ailleurs pas une approximation mais une identité EXACTE, que l'encadré ci-dessous établit et vérifie sur les deux étals : ΔR = P̄ × ΔQ + Q̄ × ΔP, où P̄ et Q̄ sont les moyennes du départ et de l'arrivée.
De cette identité sort le critère, et il est d'une simplicité désarmante. Sur une HAUSSE de prix, la recette augmente si |e| < 1 et diminue si |e| > 1 — l'élasticité étant ici celle du point milieu, ce qui rend le critère exact et non approché. Sur une BAISSE de prix, c'est l'inverse : la recette augmente si |e| > 1. Une seule phrase les résume et vaut d'être apprise : la recette suit le PRIX quand la demande est inélastique, et elle suit la QUANTITÉ quand la demande est élastique. Applique-la proprement au lundi de la section I, c'est-à-dire avec les élasticités de l'ARC et non celles du point de départ : Marius, à −0,27, ne risquait rien ; Sylvie, à −2,33, se coupait un bras. Sur ces deux hausses de 10 %, les deux lectures s'accordent — mais elles ne s'accordent pas toujours, et l'exercice 3 montre le cas où elles divergent.
Le point où le critère bascule est le sommet. Reprends la dernière colonne du tableau de la section V : 1 000, 1 600, 1 800, 1 600, 1 000 euros — une parabole parfaitement symétrique, dont le maximum tombe à 3 €, exactement là où |e| = 1. Ce n'est pas une coïncidence : là où |e| = 1, la quantité perdue compense exactement le prix gagné, et la recette ne peut plus monter. Attention à la façon de le dire : au sommet, une variation minuscule ne change presque pas la recette — c'est la propriété d'un sommet, la pente y est nulle —, et toute variation RÉELLE la fait baisser. Depuis 3 €, monter à 3,30 € donne 1 782 € ; descendre à 2,70 € donne 1 782 € également. Le sommet se paie des deux côtés.
Voici maintenant la dette que ce chapitre doit au chapitre n°3, « Le choix du consommateur ». Ce chapitre-là s'était arrêté sur un aveu : son consommateur dépensait la moitié de son budget en café quoi qu'il arrive, donc une dépense insensible au prix, et il précisait que d'autres goûts donneraient une dépense qui monte ou qui baisse — en renvoyant ici pour le critère exact. Le voici. La dépense de l'acheteur et la recette du vendeur sont le même nombre vu des deux côtés du comptoir : P × Q. Le critère est donc identique. Si |e| < 1, la dépense consacrée au bien MONTE quand son prix monte ; si |e| > 1, elle BAISSE ; si |e| = 1, elle ne bouge pas — et c'est le cas du consommateur du chapitre n°3, dont les parts de budget constantes sont exactement la famille Q = k / P rencontrée à la section V. Sa dépense est constante parce que son élasticité vaut −1 partout, et cette phrase referme la question qu'il laissait ouverte.
Le piège. Recette n'est pas profit. Sylvie qui baisserait son prix jusqu'à 3 € maximiserait sa recette, sans qu'on sache si elle y gagne : produire 600 barquettes coûte plus cher que d'en produire 400, et ce coût n'apparaît nulle part dans ce chapitre. Une recette maximale peut parfaitement coïncider avec une perte. Ce que coûte la production, et donc où se trouve le VRAI optimum du vendeur, est l'objet du chapitre suivant, « Le producteur et ses coûts ». Un vendeur qui peut choisir son prix — ce que la concurrence parfaite lui interdit — se traite en L2 avec « Le monopole », et l'on y verra qu'un tel vendeur, s'il maximise son profit, ne s'installe pas dans la partie inélastique de sa demande — la raison tient à la recette marginale — ce que la dernière unité vendue ajoute à la recette, Rm = P × (1 + 1/e), que tu construiras au chapitre n°16 —, qui devient négative dès que |e| passe sous 1 : la dernière unité vendue ferait alors perdre de l'argent avant même d'avoir coûté quoi que ce soit à produire. Le rapport (P − coût marginal) / P porte un nom, l'INDICE DE LERNER, qu'Abba Lerner introduit en 1934 — le même que la section VIII citera pour une tout autre raison. Et un vendeur qui maximise son profit le fixe, sans le vouloir, à 1 / |e| : une élasticité de 2 lui fait prendre une marge de moitié, une élasticité de 5 la ramène au cinquième. La concurrence, en droit, n'est rien d'autre que l'élasticité que les concurrents infligent. Marius, lui, s'y trouve : |e| = 0,25 à 2 €, alors que sa recette culminerait à 5 €. Ce n'est pas une contradiction, c'est un renseignement — Marius n'optimise rien, il essaie une hausse, et le chapitre observe ce qui s'ensuit. Retiens la frontière de ce chapitre-ci : il dit ce qui entre dans la caisse, pas ce qui reste dans la poche.
L'identité qui relie la recette à l'élasticité
On veut le sens de variation de R = P × Q sans calculer R deux fois. La difficulté est que les deux facteurs bougent ensemble ; l'astuce consiste à écrire chaque point comme la moyenne plus ou moins la moitié de l'écart, ce qui fait disparaître les termes croisés.
Notation : P̄ = (P₁ + P₂)/2 et Q̄ = (Q₁ + Q₂)/2 les deux moyennes, ΔP et ΔQ les deux écarts. Alors P₁ = P̄ − ΔP/2 et P₂ = P̄ + ΔP/2, et de même pour Q.
ΔR = P₂Q₂ − P₁Q₁ = (P̄ + ΔP/2)(Q̄ + ΔQ/2) − (P̄ − ΔP/2)(Q̄ − ΔQ/2)
On développe les deux produits. Les termes en P̄Q̄ et en ΔP ΔQ /4 apparaissent dans les deux et s'annulent par soustraction.
ΔR = P̄ × ΔQ + Q̄ × ΔP
Identité EXACTE, valable pour n'importe quels deux points — aucune approximation, aucune petite variation supposée. En mots : ce qu'on perd sur les unités disparues, au prix moyen, plus ce qu'on gagne sur les unités restantes, en quantité moyenne.
ΔR / (P̄ Q̄) = ΔQ / Q̄ + ΔP / P̄
On divise par P̄ Q̄, deux nombres positifs : le signe de ΔR est intact. On reconnaît à droite les deux variations relatives de la formule du point milieu.
ΔR / (P̄ Q̄) = (ΔP / P̄) × (1 + e)
Puisque e est le rapport des deux variations relatives, ΔQ/Q̄ = e × ΔP/P̄. On met ΔP/P̄ en facteur : tout se joue sur le signe de (1 + e).
Lecture du résultat. Sur une hausse de prix, ΔP > 0 : la recette augmente si 1 + e > 0, c'est-à-dire si e > −1, c'est-à-dire si |e| < 1 puisque e est négatif. Sur une baisse de prix, ΔP < 0 : tout s'inverse.
Contrôle sur les deux étals. Sylvie : e = −2,33 au point milieu, donc 1 + e = −1,33 < 0, recette en baisse — elle a bien perdu 192 €. Marius : e = −0,27 environ, donc 1 + e > 0, recette en hausse — il a bien gagné 116 €.
La même relation s'écrit en un point plutôt que sur un segment, et c'est la forme que la L2 utilisera : dR/dP = Q × (1 + e). Le facteur Q étant positif, c'est encore le signe de 1 + e qui décide. Cournot ne faisait pas autre chose en 1838 en cherchant le maximum de p × F(p).
VII. Ce qui rend une demande élastique
L'élasticité n'est pas une qualité mystérieuse attachée à un bien : elle se déduit de la situation de l'acheteur, et quatre choses la déterminent. Elles ne pèsent pas du même poids, et le classement compte autant que la liste. Attention cependant : l'ordre qui suit est celui du cas général, pas une hiérarchie fixe — il change d'un bien à l'autre, et l'exercice 8 te fera le refaire pour une marque de sel, où le TEMPS remonte à la deuxième place.
En premier, et de loin : les SUBSTITUTS. Tu connais déjà le mécanisme sous un autre nom : c'est l'EFFET DE SUBSTITUTION du chapitre n°3, qui pousse le consommateur vers ce qui rapporte le plus de satisfaction par euro dès que les prix relatifs bougent. L'élasticité-prix en est la mesure. Une demande est élastique quand l'acheteur a où aller. Si Colette monte le prix de son miel, ses clients prennent de la confiture, du sucre, ou le miel du marché voisin ; s'ils n'avaient rien d'autre, ils paieraient. C'est pourquoi la question « ce bien est-il élastique ? » se retourne d'abord en « par quoi peut-on le remplacer, et à quel prix ? ». Corollaire décisif, et source de la moitié des confusions : l'élasticité dépend de la LARGEUR avec laquelle on définit le bien. La demande de sel est très inélastique — on n'a rien pour le remplacer et on en met peu ; la demande de sel D'UNE MARQUE donnée est très élastique — la marque voisine fait la même chose à trente centimes près. Même produit, deux élasticités opposées, parce que ce ne sont pas les mêmes substituts. Deux mots pour nommer proprement ces deux niveaux, car le partiel les demande : la demande adressée à la BRANCHE est celle qui s'adresse à l'ensemble des producteurs du bien — tout le sel —, et la DEMANDE ADRESSÉE À UNE ENTREPRISE est celle qui s'adresse à elle seule — le sel de telle marque. La seconde est plus élastique que la première, sauf dans le cas limite où l'entreprise est à elle seule toute la branche. De combien ? La règle exacte a DEUX termes : si n entreprises identiques se partagent le marché, l'élasticité de la demande adressée à chacune vaut n fois celle de la branche, PLUS (n − 1) fois l'élasticité de l'offre des concurrents — car les clients perdus par l'une sont repris par les autres, et d'autant plus vite que celles-ci savent produire davantage. Dix boulangeries à Clairval : le premier terme seul donne 10 × 0,25 = 2,5, et il fait déjà passer Marius d'inélastique à élastique sans qu'un seul client ait changé d'avis. Ce n'est qu'un PLANCHER : avec des concurrents dont l'offre a l'élasticité 1, comme celle de la section IX, on monte à 10 × 0,25 + 9 × 1 = 11,5. Avant de discuter un chiffre d'élasticité, regarde donc lequel des deux il mesure.
En deuxième : la PART DU BUDGET. Une dépense qui pèse lourd dans le budget se surveille ; une dépense minuscule passe inaperçue. Deux raisons se cachent derrière ce déterminant, et il faut les séparer, car une seule se démontre : l'élasticité-prix se décompose en e = e_compensée − w × e_R. Trois symboles : w est la PART du bien dans le budget, e_R son élasticité-revenu — de combien la quantité achetée réagit au REVENU, la section VIII y viendra —, et e_compensée l'élasticité qu'on mesurerait si l'on rendait à l'acheteur, sous forme de revenu, exactement ce que la hausse de prix lui a coûté — de sorte qu'il ne reste que l'arbitrage entre les biens, débarrassé de l'appauvrissement. Le premier terme est l'effet de substitution du chapitre n°3, le second est l'effet de revenu — et il ne pèse qu'à proportion de w. Ce que cette formule démontre, et RIEN DE PLUS : la part du budget borne l'effet de REVENU. Un bien qui ne coûte presque rien a beau voir son prix doubler, le second terme reste minuscule et il ne reste que la substitution. Attention à ne pas lui faire dire davantage : elle ne dit pas qu'une petite part rend la demande rigide. Le consommateur du chapitre n°3, dont les parts de budget sont constantes, a une élasticité de −1 quelle que soit la part du bien — la démonstration est là, sous tes yeux, et elle réfute le raccourci. La seconde raison, elle, ne se démontre pas ici : une dépense minuscule ne se surveille pas, on ne compare pas les prix du sel comme on compare ceux des loyers. C'est une affaire d'ATTENTION, pas d'arbitrage, et ce chapitre s'en tient à l'intuition. Le prix du sel peut doubler sans qu'un ménage change ses habitudes, non parce que le sel serait sacré, mais parce que la dépense annuelle reste dérisoire. Le loyer, lui, se renégocie, on déménage, on partage.
En troisième : l'AGRÉMENT contre la NÉCESSITÉ. Ce qu'on peut différer ou abandonner — un restaurant, un voyage, une barquette de fraises — a une demande plus élastique que ce qu'on ne peut pas. Attention toutefois à ne pas ériger cette intuition en règle : « bien de première nécessité, donc demande inélastique » est un raccourci qui tombe souvent juste et qui échoue exactement là où le premier déterminant intervient. Le pain est une nécessité, et le pain de Marius a beaucoup de substituts dès qu'une autre boulangerie ouvre. Entre les deux, c'est la question des substituts qui tranche : la nécessité n'est qu'un cas fréquent où ils manquent.
En quatrième, et c'est le déterminant le plus sous-estimé : le TEMPS. À court terme, on subit ses équipements et ses habitudes — la chaudière est installée, la voiture est achetée, le trajet du matin est le même. À long terme, on change de chaudière, de voiture, de logement, et parfois de ville. La même hausse de prix qui semble « ne rien changer » en six mois change beaucoup en dix ans. L'ordre de grandeur est documenté sur le carburant : la méta-analyse de Molly Espey, publiée en 1998 et fondée sur plusieurs centaines d'estimations internationales, trouve une élasticité-prix moyenne d'environ −0,26 à court terme et −0,58 à long terme. Le rapport est de plus du simple au double. Attention à ce qu'il démontre exactement : ces deux moyennes restant inférieures à 1 en valeur absolue, la QUALIFICATION « inélastique » tient ICI aux deux horizons, et c'est l'ampleur qui change du simple au double. Ne va pas en faire une règle pour autant : c'est vrai de ces deux moyennes-là, sur ce bien-là. La section X montrera, sur les données de tabac, que changer de MÉTHODE d'estimation suffit à plus que doubler le chiffre obtenu — sans même changer d'horizon.
Un chiffre réel de plus, pour donner l'échelle et pour préparer la section X. Sur le tabac, une étude publiée en 2023 par Andreas Kohler, Linda Vinci et Renato Mattli dans BMJ Open estime l'élasticité-prix de la demande de cigarettes à environ −0,4, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de −0,67 à −0,24 — champ : vingt-sept pays européens, période 2010-2020, ventes de détail. Et ce champ mérite qu'on s'y arrête, car l'article mesure les DEUX séries — les ventes légales seules, puis la consommation en incluant le commerce illicite — et trouve −0,45 dans le premier cas contre −0,30 dans le second — c'est du premier que vient le « environ −0,4 » du résumé. Le seul fait de décider si les cigarettes de contrebande comptent déplace donc le résultat d'un TIERS. Cite toujours une élasticité ainsi : un chiffre, une source, une période, un champ, un intervalle. Retiens les deux choses que ce chiffre enseigne. D'abord son ordre de grandeur : inélastique, donc une hausse de prix de 10 % réduit la consommation d'environ 4 % — et augmente la dépense totale des fumeurs, par le critère de la section VI. Ensuite, et c'est aussi important : ce n'est pas un nombre, c'est un INTERVALLE, et ses deux bornes ne racontent pas la même histoire à un ministre des finances.
Reprends la table de King de la section II avec ces quatre déterminants en main, et elle cesse d'être une curiosité. Le blé de 1699 avait peu de substituts dans l'alimentation d'un pauvre — Davenant nomme les autres céréales, mais on ne remplace pas le pain par de l'orge sans y perdre ; c'était la nécessité même ; et une récolte manquée ne laisse guère de délai pour s'adapter. Trois déterminants sur quatre poussent donc vers une demande très rigide. Le restant — la part du budget, deuxième de la liste — est retourné, et il vaut d'être regardé : le blé pesait une part ÉNORME du budget, ce qui d'ordinaire rend une demande sensible, mais une part de budget ne se surveille que si l'on a le choix d'arbitrer, et sans substitut il n'y a rien à arbitrer. Le déterminant des substituts ne domine pas seulement en fréquence : il peut renverser le sens d'un autre. La théorie de 1890 explique ainsi la table de 1699.
Et note où mène cette conjonction, car elle a un nom. Un bien sans substitut, INFÉRIEUR de surcroît, et qui mange une part énorme du budget d'un pauvre : c'est exactement le décor où le chapitre n°1 plaçait le bien de GIFFEN, celui dont la demande pourrait monter avec le prix, parce que le renchérissement appauvrit au point qu'on renonce à tout le reste pour manger davantage du moins cher. La décomposition ci-dessus dit précisément quand cela peut arriver : e = e_compensée − w × e_R devient POSITIVE si le bien est inférieur (e_R négatif, donc − w × e_R positif) et si sa part w est assez grande pour que ce terme l'emporte sur l'arbitrage. Le paradoxe de Giffen n'est donc pas une curiosité sans mécanisme : c'est une inégalité entre deux termes. La table de 1699 ne le montre pas — la quantité y baisse toujours —, elle décrit seulement le terrain où le cas aurait une chance d'exister.
Voici enfin, pour te donner des repères, ce que la littérature mesure sur quelques biens dont tout le monde parle. Lis ce tableau avec les précautions que la section X va poser — chaque ligne est une MOYENNE d'estimations, pas une constante — mais retiens-en deux choses. D'abord l'ordre de grandeur : toutes ces moyennes tombent entre 0 et −1, c'est-à-dire du côté INÉLASTIQUE. Les biens dont on parle le plus en politique publique sont précisément ceux auxquels on renonce le moins, et c'est ce qui rend les taxes qui les visent à la fois rentables et contestées. Ensuite le TEMPS : sur les deux biens où la littérature sépare les horizons, l'élasticité de long terme vaut environ le double de celle de court terme — le déterminant que tu viens de lire, mesuré deux fois sur deux marchés différents.
| Le bien | Élasticité-prix moyenne | Champ de la mesure | La source |
|---|---|---|---|
| Cigarettes | ≈ −0,4 | 27 pays européens, 2010-2020, panel | Kohler, Vinci et Mattli (2023) |
| Carburant, court terme | ≈ −0,26 | Méta-analyse internationale, études 1966-1997 | Espey (1998) |
| Carburant, long terme | ≈ −0,58 | Même méta-analyse | Espey (1998) |
| Électricité des ménages, court terme | ≈ −0,35 | Méta-analyse, études 1947-1997 | Espey et Espey (2004) |
| Électricité des ménages, long terme | ≈ −0,85 | Même méta-analyse | Espey et Espey (2004) |
| Bière | ≈ −0,46 | 1 003 estimations, 112 études | Wagenaar, Salois et Komro (2009) |
| Vin | ≈ −0,69 | Même méta-analyse | Wagenaar, Salois et Komro (2009) |
| Spiritueux | ≈ −0,80 | Même méta-analyse | Wagenaar, Salois et Komro (2009) |
VIII. Les trois autres élasticités
Une élasticité n'est pas attachée au prix d'un bien : c'est un OUTIL, le rapport de la variation relative d'un effet à la variation relative de la cause qui l'a produit. Change la cause, tu changes d'élasticité sans changer d'outil. Trois autres usages sont au programme, et le tableau de fin de section les met en regard.
L'ÉLASTICITÉ-PRIX DE L'OFFRE d'abord : même division, de l'autre côté du comptoir — de combien la quantité OFFERTE augmente-t-elle quand le prix monte de 1 % ? Elle est POSITIVE dès lors que l'offre est croissante, ce qui vaut pour toutes les offres de ce chapitre — l'offre de TRAVAIL fait exception au-delà d'un certain salaire, et la L2 le montrera. Les deux étals taxés à la section IX ont une offre Qo = c × P, droite qui passe par l'origine, dont l'élasticité vaut exactement 1 en tout point quel que soit c : (dQo/dP) × (P/Qo) = c P / (c P) = 1. C'est un cas d'école commode, et il se retient par sa réciproque : une droite d'offre CROISSANTE qui ne passe PAS par l'origine — celle dont la quantité offerte à prix nul n'est pas zéro — a une élasticité qui VARIE le long de la courbe. Attention à la façon dont elle varie, qui n'est pas celle de la demande de la section V. Elle TEND vers 1 sans jamais la franchir — par le haut quand l'offre ne démarre qu'au-dessus d'un prix plancher, comme celle de l'exercice 4 ; par le bas dans le cas contraire. Par le haut, elle n'est bornée par rien : sur l'offre de l'exercice 4, qui ne fournit rien en dessous de 1 €, l'élasticité vaut 101 à 1,01 € et 11 à 1,10 € avant de retomber vers 1,5 à 3 €. Une élasticité énorme n'y signale donc pas une offre très souple, mais un producteur au bord de son prix plancher. Le déterminant principal, ici encore, est le TEMPS : une récolte déjà rentrée ne se refait pas, un atelier se pousse en quelques semaines, une usine se construit en trois ans. C'est la distinction que Marshall appelait les périodes courte et longue, et le chapitre n°1 l'avait rencontrée sans la nommer : sa courbe d'offre monte parce que les rendements sont décroissants À CAPACITÉS FIXES — dans une cuisine qu'on n'agrandit pas. Lever cette clause, c'est passer à la période longue, et l'offre y devient bien plus élastique.
Une convention, avant de chiffrer, puisque le chapitre en fait une règle : toutes les variations de cette section sont des variations à BASE DE DÉPART, celle de la section IV. Ce n'est pas une formalité — au point milieu, la mesure de la crème ci-dessous donnerait −0,875 au lieu de −0,80. Le SIGNE, lui, ne change jamais de convention, et c'est lui qui porte l'essentiel du message.
L'ÉLASTICITÉ-REVENU ensuite : la cause n'est plus le prix, c'est le revenu de l'acheteur. Note-la e_R. À Clairval, une année où les revenus des ménages progressent de 10 %, les fraises de Sylvie gagnent 25 % de ventes, le pain de Marius 2 %, et le pain de la veille — celui qu'il brade à moitié prix en fin de journée — en perd 6 %. Trois divisions : e_R = 2,5 pour les fraises, 0,2 pour le pain, −0,6 pour le pain de la veille. Le SIGNE trie d'abord : positif, le bien est NORMAL — on en achète plus quand on est plus riche ; négatif, il est INFÉRIEUR — on s'en détourne dès qu'on peut, et le chapitre n°3 avait posé la notion sans la chiffrer. Puis la valeur affine : au-dessus de 1, le bien est dit SUPÉRIEUR ou de luxe, sa part dans le budget augmente avec le revenu ; entre 0 et 1, il est nécessaire, et sa part diminue. Cette dernière ligne porte un nom depuis 1857 : c'est la loi d'Engel, du statisticien Ernst Engel, déjà rencontrée au chapitre n°3 — la part de l'alimentation dans le budget décroît quand le revenu s'élève, ce qui revient à dire que l'élasticité-revenu de l'alimentation est inférieure à 1. Et une contrainte qui découle du simple fait qu'un budget se dépense en entier : la somme des élasticités-revenu de TOUS les biens, chacune pondérée par la part du bien dans le budget, vaut exactement 1. Autrement dit, tous les biens ne peuvent pas être des biens supérieurs : dès que l'un monte au-dessus de 1, un autre descend forcément en dessous. La loi d'Engel n'est donc pas seulement un constat de statisticien — c'est ce qu'il fallait bien que l'alimentation devienne, une fois que d'autres postes se sont mis à croître plus vite que le revenu.
L'ÉLASTICITÉ CROISÉE enfin : la cause est le prix d'un AUTRE bien. Note-la e_c. Deux mesures à Clairval. Les cerises baissent de 10 % et Sylvie vend 15 % de fraises en moins : e_c = (−15) / (−10) = +1,5. La crème monte de 10 % et Sylvie vend 8 % de fraises en moins : e_c = (−8) / (+10) = −0,8. Ici, ce n'est plus la valeur qui porte le message, c'est le signe. POSITIF, les deux biens sont SUBSTITUTS : le moins cher prend la place de l'autre. NÉGATIF, ils sont COMPLÉMENTS : on les consomme ensemble, et renchérir l'un décourage l'achat des deux. Zéro, ou presque : les deux biens sont indépendants. Un piège pour finir : l'élasticité croisée n'est PAS symétrique, et pas seulement en valeur. Celle des fraises au prix des cerises et celle des cerises au prix des fraises sont deux nombres différents, calculés sur deux marchés de tailles différentes — et il peut même arriver, quand les effets de revenu des deux biens diffèrent beaucoup, que les deux n'aient pas le même SIGNE. « Les fraises et les cerises sont substituts » n'est donc pas une phrase réversible : elle se rapporte toujours à un sens de mesure, de A vers B ou de B vers A. Écris-le.
Un dernier usage, pour payer une dette. Le chapitre n°14, « La balance commerciale », annonçait que savoir de combien une demande réagit à un prix était exactement ce qui lui manquait pour aller plus loin. Voici ce que cela débloque. Quand une monnaie se déprécie, les produits nationaux deviennent moins chers pour l'étranger et les produits étrangers plus chers pour les nationaux : les prix bougent dans un sens, les quantités dans l'autre, et le solde commercial — un produit de prix par des quantités — s'améliore ou se dégrade selon lequel des deux l'emporte. C'est le problème de la section VI, transposé à un pays. La condition exacte porte un nom, la condition de MARSHALL-LERNER, et Lerner l'expose dans The Economics of Control (1944). Elle dit ceci : à commerce initialement équilibré et offres parfaitement élastiques, une dépréciation améliore le solde si la somme des élasticités-prix de la demande d'exportations et de la demande d'importations, prises en valeur absolue, dépasse 1. Et comme ces élasticités sont plus faibles à court terme qu'à long terme — c'est le déterminant TEMPS de la section VII —, le solde commence souvent par se dégrader avant de s'améliorer : la COURBE EN J. Ces deux noms ne sont pas au programme de ce chapitre et ne te seront pas demandés : ils disent seulement où va l'outil, et le cursus les reprendra en L2 avec « La balance des paiements » et « Le taux de change ». Retiens ici ce qui te concerne déjà, à savoir qu'une élasticité n'est pas seulement un outil de microéconomie : c'est aussi ce qui permet à la macroéconomie de chiffrer des sens de variation.
Une distinction décisive, et c'est le retour du chapitre n°1. L'élasticité-prix mesure un DÉPLACEMENT LE LONG de la courbe de demande : le prix du bien change, on glisse sur la même courbe. Les élasticités revenu et croisée mesurent un DÉPLACEMENT DE LA COURBE : le revenu ou le prix d'un autre bien change, et c'est toute la demande qui bouge, à prix inchangé. Le chapitre n°1 avait fait de cette distinction sa colonne vertébrale, sans pouvoir la chiffrer ; c'est fait. En copie, le réflexe est le suivant : dès qu'on te parle d'une élasticité, demande-toi de quelle CAUSE il s'agit — le prix du bien lui-même, ou autre chose. La réponse dit immédiatement si la courbe bouge ou si l'on se promène dessus.
| L'élasticité | La cause mesurée | Sa formule | Le signe attendu | Ce que le signe ou la valeur trie |
|---|---|---|---|---|
| Prix de la demande (e) | Le prix du bien | (%ΔQ demandée) / (%ΔP du bien) | négatif | |e| > 1 élastique, |e| < 1 inélastique |
| Prix de l'offre | Le prix du bien | (%ΔQ offerte) / (%ΔP du bien) | positif | Plus le délai est long, plus elle est forte |
| Revenu (e_R) | Le revenu de l'acheteur | (%ΔQ demandée) / (%Δ revenu) | des deux | négatif : inférieur ; > 1 : supérieur |
| Croisée (e_c) | Le prix d'un autre bien | (%ΔQ du bien) / (%ΔP de l'autre) | des deux | positif : substituts ; négatif : compléments |
IX. Qui paie la taxe
Le chapitre n°1 avait posé la question et refusé d'y répondre : une taxe prélevée sur les vendeurs n'est pas forcément supportée par eux, et « le partage entre acheteurs et vendeurs dépend des pentes des deux courbes, pas de qui signe le chèque ». Le chapitre n°2 avait redit la même chose d'une hausse de coût, en renvoyant le partage EXACT à l'élasticité. Le voici.
Le décor, choisi pour que rien d'autre ne puisse expliquer l'écart. La commune de Clairval instaure une taxe de 0,60 € par unité vendue, prélevée sur les vendeurs, sur deux étals à la fois : le pain et les fraises. Les deux offres ont exactement la même élasticité, 1, puisqu'elles sont de la forme Qo = c P — l'offre de pain est Qo = 400 P, celle de fraises Qo = 100 P, et l'on a vu à la section VIII que le coefficient ne change rien à leur élasticité. Vérifie que ces offres redonnent bien les situations de la section I : 1 000 − 100 P = 400 P donne P = 2 € et 800 baguettes ; 1 200 − 200 P = 100 P donne P = 4 € et 400 barquettes. Les deux offres ayant la même élasticité, la seule ÉLASTICITÉ qui diffère d'un marché à l'autre est donc celle de la demande : 0,25 chez Marius, 2 chez Sylvie. Le reste n'est PAS identique — les deux étals n'ont ni la même taille, ni le même prix, ni la même taxe rapportée au prix —, mais rien de tout cela n'entrera dans le partage de la charge, et c'est justement ce que la formule va montrer. Ce partage entre acheteurs et vendeurs porte d'ailleurs un nom, celui de la question que le chapitre n°1 posait sans y répondre : l'INCIDENCE FISCALE.
Attention, ensuite, à ce qui change de CADRE, car le chapitre vient de le faire sans le dire. Aux sections I et VI, Marius décidait seul de son prix et vendait ce que les acheteurs voulaient bien lui prendre — le CÔTÉ COURT du chapitre n°1, et aucune courbe d'offre n'intervenait. Ici, le prix n'est plus le sien : il sort de la rencontre des deux courbes, et l'offre entre enfin dans l'histoire. La même équation Qd = 1 000 − 100 P y change donc de rôle sans changer de chiffres — demande adressée à Marius aux sections I et VI, demande de MARCHÉ ici. C'est une commodité d'exposition, et il faut savoir ce qu'elle coûte : la confusion n'est légitime que sur un marché où PERSONNE ne choisit son prix, ce qui n'est justement pas la situation des sections I et VI, où Marius décidait. Ne cherche donc pas à relire le lundi de la section I sur l'offre du paragraphe précédent : à 2,20 €, elle proposerait 880 baguettes quand les acheteurs n'en prennent que 780. Un vendeur qui DÉCIDE de son prix ne subit pas cet écart, il vend simplement les 780 que le marché lui prend — et s'il calculait son intérêt, il irait bien au-delà de 2,20 €. C'est l'affaire du chapitre n°16 et du chapitre « Le monopole » ; ici, on se place dans le cadre du chapitre n°1, où le prix n'appartient à personne.
Les résultats, et ils sont spectaculaires. Chez Marius, le nouvel équilibre s'établit à 2,48 € payés par l'acheteur et 1,88 € encaissés par le vendeur, pour 752 baguettes. L'acheteur supporte 0,48 € des 0,60 €, soit 80 % ; le vendeur, 0,12 €, soit 20 %. Chez Sylvie, l'acheteur paie 4,20 € et la vendeuse encaisse 3,60 €, pour 360 barquettes : l'acheteur supporte 0,20 €, soit 33 %, et la vendeuse 0,40 €, soit 67 %. Même taxe, même côté du comptoir pour la percevoir, partages inversés. Ce n'est ni le montant de la taxe ni l'identité du redevable qui décide : c'est l'élasticité.
La règle, en une phrase à retenir mot pour mot : LE CAMP QUI SE DÉROBE LE MOINS FACILEMENT SUPPORTE LA PLUS GRANDE PART. Les clients de Marius n'ont pas d'échappatoire — |e| = 0,25 —, ils paient donc l'essentiel ; les clients de Sylvie se rabattent sur les cerises, et c'est elle qui absorbe. La formule qui chiffre cette phrase est celle de l'encadré ci-dessous : la part supportée par les acheteurs vaut e_offre / (e_offre + |e_demande|), les deux élasticités étant prises à l'équilibre initial. Contrôle : 1 / (1 + 0,25) = 0,8 chez Marius, 1 / (1 + 2) = 1/3 chez Sylvie. Les deux chiffres du paragraphe précédent, retrouvés sans passer par le nouvel équilibre.
Et le chapitre n°1 ? Il disait « les pentes », ce chapitre dit « les élasticités » — les deux sont d'accord, et il vaut la peine de voir pourquoi. Sur des droites, la part supportée par les acheteurs vaut aussi b_offre / (b_offre + b_demande) : chez Marius 400 / 500 = 0,8, chez Sylvie 100 / 300 = 1/3. Les deux écritures coïncident parce qu'à l'équilibre initial les deux courbes passent par le MÊME point : le rapport P/Q qui transforme une pente en élasticité est le même des deux côtés, et il se simplifie dans la fraction. La formule en élasticités n'est donc pas plus exacte ici — elle est plus GÉNÉRALE. Sur des droites, comme ici, elle donne le partage EXACT, quelle que soit la taille de la taxe ; sur des courbes quelconques, elle ne vaut plus que localement, pour une petite taxe. Et surtout elle se compare d'un marché à l'autre, ce que la section III a montré qu'une pente ne fait pas.
Ce que la taxe coûte, pour finir, et il faut être précis sous peine de dire une bêtise répandue. La commune encaisse 0,60 € × 752 = 451,20 € sur le pain et 0,60 € × 360 = 216 € sur les fraises. Elle fait disparaître 48 baguettes d'un côté, 40 barquettes de l'autre, d'où deux PERTES SÈCHES au sens du chapitre n°1 — la moitié de la taxe multipliée par les unités disparues : 0,60 × 48 / 2 = 14,40 € et 0,60 × 40 / 2 = 12,00 €. En euros bruts, c'est donc le marché INÉLASTIQUE qui détruit le plus, d'un cinquième. Ne va pas en conclure que la rigidité coûte cher : cette comparaison-là ne compare rien, parce qu'elle mélange tout. Les deux étals ne vendent pas le même nombre d'unités, et 0,60 € pèse 30 % du prix du pain contre 15 % de celui des fraises. Regarde plutôt les RELATIFS, comme la section III l'a appris : la quantité recule de 48 sur 800 chez Marius, soit 6 %, et de 40 sur 400 chez Sylvie, soit 10 %. C'est bien le marché élastique qui se rétracte le plus, proportionnellement. La comparaison qui commence à avoir un sens est le coût PAR EURO LEVÉ : 14,40 / 451,20 = 3,2 % sur le pain contre 12,00 / 216 = 5,6 % sur les fraises.
Mais il faut aller jusqu'au bout de sa propre exigence, car cette comparaison-là traîne encore un biais. La perte sèche croît comme le CARRÉ de la taxe, tandis que la recette fiscale ne croît qu'à peu près proportionnellement : le coût par euro levé monte donc avec le taux. Chez Marius, il vaut 0,76 % si la taxe est de 0,15 €, 3,19 % à 0,60 €, et 6,82 % à 1,20 €. Or nos 0,60 € pèsent 30 % du prix du pain et seulement 15 % de celui des fraises : les deux marchés ne sont pas taxés au même taux. Refais donc la comparaison à taux ÉGAL, 30 % des deux côtés — il faut alors 1,20 € sur les fraises — et l'on obtient 3,2 % contre 12,5 %. La taxe sur le bien inélastique ne détruit pas deux fois moins : elle en détruit près de quatre fois moins. C'est l'argument classique en sa faveur, et il est plus fort qu'il n'y paraissait ; son revers, lui, reste entier. Ce revers, que le chapitre n'a pas à trancher : les biens à demande rigide sont souvent ceux dont les ménages modestes ne peuvent pas se passer. Cet argument porte un nom que tu croiseras, la règle d'ÉLASTICITÉ INVERSE — taxer d'autant moins qu'une demande est souple. C'est le cas particulier, pour des biens dont les demandes ne se répondent pas, d'un résultat plus général dû à Frank Ramsey dans son article de 1927 sur la théorie de l'impôt.
Et deux hypothèses se cachent sous ce triangle, qu'il faut savoir nommer. La première : on lit la disposition à payer des acheteurs sur la courbe de demande, ce qui suppose qu'ils jugent bien leur propre intérêt. La seconde : on lit le coût sur la courbe d'offre, ce qui suppose que produire ne coûte rien à personne d'autre qu'au producteur. Une troisième, plus technique, mérite d'être nommée puisque le chapitre a posé l'outil : le triangle se lit sur la courbe de demande ordinaire, alors que la mesure exacte demanderait la demande COMPENSÉE de la section VII — les deux coïncident quand l'effet de revenu est négligeable, c'est-à-dire quand le bien pèse peu dans le budget. Sur le TABAC — l'exemple chiffré de la section VII —, aucune des deux premières n'est acquise : la fumée nuit à l'entourage, et l'on peut douter qu'un fumeur dépendant achète en jugeant froidement son intérêt. C'est pourquoi une taxe sur le tabac ne se juge pas avec ce triangle-là, et pourquoi il ne faut pas lire « la dépense des fumeurs augmente » comme un effet pervers : c'est un fait comptable, pas un verdict. Retiens que la perte sèche mesure ce qu'une taxe détruit dans un marché où rien d'autre ne cloche.
Le partage d'une taxe, en élasticités
Une taxe t par unité, prélevée sur les vendeurs, creuse un ÉCART entre les deux prix : l'acheteur paie Pa, le vendeur encaisse Pv = Pa − t. À l'équilibre, la quantité demandée au prix Pa égale la quantité offerte au prix Pv.
Sur les droites de Clairval, Qd = a − b Pa et Qo = c Pv. On résout, puis on traduit le résultat en élasticités.
a − b Pa = c (Pa − t) ⟹ Pa = (a + c t) / (b + c)
Chez Marius : (1 000 + 400 × 0,60) / 500 = 1 240 / 500 = 2,48 €. Chez Sylvie : (1 200 + 100 × 0,60) / 300 = 1 260 / 300 = 4,20 €.
hausse du prix payé : Pa − P* = c t / (b + c)
On soustrait l'équilibre initial P* = a / (b + c). Chez Marius : 400 × 0,60 / 500 = 0,48 €. Chez Sylvie : 100 × 0,60 / 300 = 0,20 €.
part supportée par les acheteurs : (Pa − P*) / t = c / (b + c)
La taxe disparaît de la fraction : le partage ne dépend PAS du montant. Chez Marius 400/500 = 80 %, chez Sylvie 100/300 = 33 %. C'est la formule du chapitre n°1, en pentes.
part supportée par les acheteurs = e_offre / (e_offre + |e_demande|)
On multiplie haut et bas par P*/Q*, identique des deux côtés puisque les deux courbes se croisent en ce point : c P*/Q* est e_offre, b P*/Q* est |e_demande|. Marius : 1 / 1,25 = 80 %. Sylvie : 1 / 3 = 33 %.
Les deux cas limites valident la formule et se retiennent mieux qu'elle. Si la demande est parfaitement INÉLASTIQUE (|e_demande| = 0), la part des acheteurs vaut 1 : ils paient tout, puisqu'ils ne renoncent à rien. Si l'offre est parfaitement inélastique (e_offre = 0), la part des acheteurs vaut 0 : le vendeur paie tout, puisqu'il produit la même chose quoi qu'il arrive.
Trois hypothèses portent tout cet encadré, et un correcteur les attend : les deux camps sont PRENEURS de prix — personne ne choisit le sien —, la taxe est SPÉCIFIQUE, c'est-à-dire un montant fixe par unité, et l'on raisonne sur ce seul marché. Sur la deuxième, un mot, car la taxe que tu connais le mieux n'est pas de ce type : la TVA est AD VALOREM, un pourcentage du prix. Le raisonnement ne change pas de nature — elle creuse le même coin entre le prix payé et le prix encaissé, et le partage se joue toujours sur les deux élasticités —, mais le coin s'élargit avec le prix au lieu d'être constant, si bien qu'on ne peut plus le lire comme une hauteur fixe sur le schéma. Lève la première, avec un vendeur qui fixe son prix, et la part supportée par les acheteurs peut même dépasser 100 % : c'est « Le monopole », en L2.
Le réflexe de copie : en concurrence et sans frais de collecte, on ne discute pas le redevable — la loi le désigne. On demande qui en supporte la CHARGE, et cela se calcule. Hors de ce cadre, le redevable cesse d'être indifférent : le coût du recouvrement, la fraude et le simple fait qu'un prix affiché taxe comprise ne se remarque pas comme une taxe ajoutée en caisse font revenir la question par la fenêtre.
X. Ce qu'on mesure vraiment
Un dernier obstacle, et il est de taille : on n'observe jamais une courbe de demande. On observe des prix et des quantités échangées, c'est-à-dire des ÉQUILIBRES — des points où l'offre et la demande se croisent. Or un équilibre est le produit des deux courbes à la fois, et rien, dans le point lui-même, ne dit laquelle a bougé.
Fais l'expérience de pensée. Relève pendant deux ans le prix et la quantité de fraises sur la place de Clairval, et porte les points sur un graphique. Si, d'une semaine à l'autre, ce sont les GOÛTS qui varient — la demande se déplace, l'offre reste en place —, les points successifs glissent le long de la courbe d'OFFRE et dessinent celle-ci, pas la demande. Si ce sont les récoltes qui varient — l'offre bouge, la demande reste en place —, les points dessinent la DEMANDE. Et si les deux bougent ensemble, ce qui est le cas ordinaire, le nuage ne dessine ni l'une ni l'autre : il dessine une courbe qui n'existe pas. C'est le problème dit d'IDENTIFICATION, énoncé par Elmer Working dans un article de 1927 au titre resté célèbre : que montrent, au juste, les « courbes de demande » statistiques ?
La sortie est simple à énoncer et difficile à trouver : il faut un événement qui déplace l'offre et dont on soit sûr qu'il n'agit sur la demande par AUCUN autre chemin. Une gelée sur les fraisiers est le candidat évident : elle réduit l'offre et ne change pas le goût des gens pour les fraises. Regarde pourtant ce que la section VIII a mesuré à Clairval — l'élasticité croisée des fraises au prix des cerises vaut +1,5. Une gelée régionale abîme aussi les cerisiers, le prix des cerises monte, et la demande de FRAISES se déplace : le candidat évident n'est déjà plus un instrument propre. Voilà toute la difficulté du métier, et c'est pourquoi la L3 y consacre un chapitre entier plutôt qu'un paragraphe. L'outil qui formalise cette idée s'appelle une variable instrumentale, et le cursus le rencontre en L3 avec « Introduction à l'économétrie » puis « La régression linéaire ». Note au passage le pont, il est plus court qu'il n'en a l'air : la famille Q = k × P^e de la section V s'écrit, en prenant le logarithme des deux côtés, ln Q = ln k + e × ln P — une DROITE dont la pente est l'élasticité. Estimer une élasticité constante, c'est donc ajuster une droite sur des logarithmes, et c'est exactement ce que la régression de L3 sait faire.
Relis la table de King de la section II avec cet œil-là. Un manque de récolte est un choc qui vient bien de l'offre, et il trace la demande mieux que la plupart des relevés — mais Davenant l'a dit lui-même : on économise, on fait durer, et on se rabat sur les autres grains. Ce n'est donc pas un choc d'offre PUR : c'est un bon instrument, pas un instrument parfait. Retiens la nuance, elle vaut pour tous : on ne prouve pas qu'un instrument est propre, on argumente qu'il l'est assez.
Trois conséquences pour ta lecture des chiffres, et ce sont les réflexes à emporter. La première : une élasticité se publie en INTERVALLE. Un mot sur ce qu'est cet intervalle, puisque le chapitre te demande de le lire : une élasticité n'est pas observée, elle est ESTIMÉE sur un échantillon, et un autre échantillon aurait donné un autre chiffre. L'intervalle de confiance à 95 % est la fourchette que cette loterie-là laisse ouverte — construite de telle sorte que, si l'on répétait l'opération un grand nombre de fois, elle contiendrait la vraie valeur dans quatre-vingt-quinze cas sur cent. L'étude sur le tabac citée à la section VII donne environ −0,4, avec un intervalle allant de −0,67 à −0,24 ; une hausse de prix de 10 % réduit donc la consommation d'un chiffre compris entre 2,4 % et 6,7 %, ce qui n'engage pas les mêmes politiques publiques. Traiter le −0,4 comme un fait acquis, c'est faire disparaître l'incertitude qui est précisément l'information la plus honnête. Le chapitre n°13 a posé exactement ce réflexe à propos du NAIRU — le taux de chômage qui ne fait pas accélérer l'inflation —, et il vaut ici mot pour mot.
La deuxième, et elle est plus dure : un intervalle de confiance ne mesure QUE le hasard de l'échantillon, jamais le choix de la méthode. Le même article sur le tabac le montre sans le vouloir. Sa mesure de référence, faite sur les vingt-sept pays suivis d'année en année, donne −0,4 avec l'intervalle qu'on vient de lire. Mais le même article mesure aussi, année par année, en comparant les pays entre eux : il trouve alors −0,93 en 2010, −0,92 en 2012, −0,88 en 2016, −0,91 en 2018, −0,84 en 2020 — cinq nombres qui tombent TOUS en dehors de l'intervalle affiché, et qui valent plus du DOUBLE de la mesure de référence. Aucune contradiction là-dedans : ce sont deux questions différentes posées aux mêmes données, l'une sur ce qui se passe quand un pays change son prix, l'autre sur ce qui distingue deux pays de prix différents. Retiens-en la leçon, et non le chiffre : l'écart entre deux méthodes dépasse ici largement l'incertitude que l'intervalle annonce, et c'est l'incertitude qu'on n'imprime presque jamais.
Une troisième source d'incertitude se cache dans le même tableau, et c'est la moins souvent chiffrée : le JUGEMENT de celui qui mesure. Le millésime manquant dans la liste ci-dessus, 2014, donne −1,24 — une valeur que les auteurs mettent de côté en la disant aberrante, sans en tenir la raison pour établie — ils avancent seulement qu'elle pourrait tenir à l'entrée en vigueur d'une directive européenne sur les produits du tabac, cette année-là. Ils ont sans doute raison. Mais remarque ce que cette mise à l'écart change : sans elle, la demande de cigarettes serait ÉLASTIQUE une année sur six. Écarter une observation est une décision, elle se justifie, elle se discute — et elle ne figure dans aucun intervalle de confiance.
La troisième : une élasticité est DATÉE et LOCALISÉE. Elle ne vaut que pour la PLAGE DE PRIX sur laquelle elle a été mesurée — appliquer un −0,4 estimé sur des hausses de quelques pour cent à un doublement du paquet est une extrapolation, et il faut le dire. Elle vaut aussi pour un pays, une période et une définition du bien — les quatre déterminants de la section VII interdisent qu'elle soit une constante de la nature. L'élasticité du tabac en Europe en 2023 n'est pas celle du tabac en France en 1960, ni celle d'une marque particulière. En copie, une élasticité se cite comme un indice au chapitre n°11 : avec sa source, sa période et son champ. C'est aussi la raison pour laquelle ce chapitre construit ses démonstrations sur trois étals fictifs plutôt que sur des chiffres réels : sur Clairval, on sait exactement ce qui bouge et pourquoi.
XI. L'atelier : fixe ton prix, pronostique ta recette
Tout ce chapitre tient en un geste : avant de changer un prix, savoir où l'on se trouve sur sa courbe. L'atelier ci-dessous te fait faire ce geste sur les trois étals de Clairval. Tu choisis l'étal, tu choisis le prix de départ — c'est toi qui décides, l'élasticité en découle —, tu choisis de combien tu bouges, et tu PRONOSTIQUES le sens de variation de la recette avant de voir quoi que ce soit. Rien ne se révèle tant que le pronostic n'est pas posé.
Trois choses à essayer, dans cet ordre. D'abord, prends les fraises et fais la même hausse de 10 % depuis 2 €, puis depuis 4 € : même étal, même geste, deux réponses opposées — c'est la section V et la section VI réunies en deux clics. Ensuite, prends le pain et le miel au même prix de 4 € : le pain a la pente la plus forte des deux et c'est le miel qui réagit le plus, ce que la section III démontrait. Enfin, cherche le prix où la recette ne bouge presque plus, quel que soit le sens du mouvement : tu auras trouvé le sommet, et il tombe là où |e| vaut 1.
L'atelier compte les TYPES d'erreur plutôt que les points : se tromper une fois est un accident, se tromper deux fois sur les demandes élastiques est une lacune, et il te le dit.
Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas
Sujet type partiel. La régie des transports de Clairval vend 20 000 trajets par jour au prix de 2,00 €. Une étude estime l'élasticité-prix de la demande de trajets à −0,4 à court terme et −0,9 à long terme. La régie envisage une hausse de tarif de 10 %. On appliquera chaque élasticité à la variation de prix en prenant la situation actuelle pour BASE — la convention de la section IV. (1) Calculez la recette immédiate, puis la recette de long terme. (2) Le directeur conclut : « l'élasticité de −0,4 prouve que nos usagers sont captifs ; la hausse est sans risque. » Formulez trois objections. (3) Refaites le calcul de long terme en supposant cette fois une demande à élasticité VRAIMENT constante, au sens de la section V, et dites ce que la comparaison enseigne.
- (1) Court terme. La variation de quantité est le produit de l'élasticité par la variation de prix : −0,4 × 10 % = −4 %. Les trajets passent de 20 000 à 19 200, le prix à 2,20 €. Recette : 19 200 × 2,20 = 42 240 € contre 40 000 € avant, soit +5,6 %. Le contrôle du chapitre confirme le sens sans le calcul : |e| = 0,4 < 1, demande inélastique, la recette suit le prix.
- (1, suite) Long terme. −0,9 × 10 % = −9 %. Les trajets tombent à 18 200 et la recette à 18 200 × 2,20 = 40 040 €, soit +0,1 % — quarante euros par jour sur quarante mille. Le gain de la première année s'est évaporé presque entièrement, sans qu'aucune décision nouvelle n'ait été prise : ce sont les usagers qui ont eu le temps d'acheter un vélo, de déménager, de négocier un télétravail.
- (2) Trois objections, dans l'ordre de gravité. D'abord l'horizon : −0,4 est une élasticité de COURT TERME, et la comparer à −0,9 montre que la captivité invoquée est une propriété du délai, pas des usagers. Ensuite le statut du chiffre : une élasticité estimée se publie avec un intervalle, et la conclusion « sans risque » suppose la borne la plus favorable. Enfin le mot « captifs » : il désigne l'absence de substituts, or les substituts d'un trajet — le vélo, la voiture, le covoiturage, le renoncement au déplacement — apparaissent précisément avec le temps, et une politique municipale peut en créer.
- (3) Une demande à élasticité vraiment constante est de la famille Q = k × P^e de la section V. Le prix étant multiplié par 1,10, la quantité l'est par 1,10^(−0,9) = 0,918, soit 18 356 trajets, et la recette par 1,10^(1 − 0,9) = 1,0096 : 40 383 €, soit +0,96 %. Les deux conventions s'accordent sur le VERDICT — le gain de long terme est dérisoire à côté des +5,6 % de la première année — et pas sur le chiffre, qui passe de +0,1 % à +0,96 %. Rends donc toujours ta réponse avec sa convention : appliquer une élasticité à une variation de 10 % en gardant la base de départ, c'est traiter la demande comme une droite locale, et cette approximation se paie d'autant plus cher que la variation est grande.
- Enfin, ce que le calcul ne donne pas et qu'une copie doit ajouter : la recette n'est pas le seul objectif d'une régie de transports. Une baisse durable de 9 % de la fréquentation est un résultat en soi, quelle que soit la convention. Le chapitre suivant, « Le producteur et ses coûts », donnera l'autre moitié du raisonnement : ce que coûte de transporter 1 800 voyageurs de moins.
La phrase de copie : « Avec une élasticité de −0,4, la hausse de 10 % accroît la recette de 5,6 % à court terme (42 240 € contre 40 000 €) ; avec l'élasticité de long terme de −0,9, le gain retombe à +0,1 % (40 040 €). L'argument de la captivité confond une élasticité de court terme avec une propriété permanente de la demande : le temps laissé aux usagers pour trouver des substituts est le déterminant qui manque à cette conclusion, et il joue contre la régie. »
À toi de jouer — cherche avant de regarder
L'étal de fromages de la place de Clairval a pour demande Qd = 600 − 60 P, le prix étant en euros et la quantité en pièces. (a) Calculez l'élasticité au prix de 5 €. (b) Quel prix maximise la recette ? (c) Le fromager vend actuellement à 8 € : sa RECETTE augmenterait-elle s'il montait son prix, ou s'il le baissait, et de combien varierait-elle s'il descendait à 5 € ? (d) Il décide de compter en centimes : sa demande s'écrit alors Qd = 600 − 0,6 P. Que devient l'élasticité au prix de 500 centimes ?
Un coup de pouce
Pour (a) et (c), la forme au point suffit : e = −b P / Q. Pour (b), la section V donne un repère ; pour (d), refais exactement le même calcul dans la nouvelle unité.
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(a) À 5 €, Q = 600 − 300 = 300 pièces. e = −60 × 5 / 300 = −1. La demande est UNITAIRE en ce point.
(b) Le prix qui maximise la recette est le milieu du segment [0 ; a/b] = [0 ; 10], soit P = a / (2 b) = 600 / 120 = 5 €. Ce n'est pas une coïncidence avec la question (a) : le sommet de la recette EST le point d'élasticité unitaire, et l'énoncé t'y avait placé.
(c) À 8 €, Q = 600 − 480 = 120 pièces et e = −60 × 8 / 120 = −4 : demande très élastique, c'est donc en BAISSANT son prix qu'il encaisse davantage. Recette à 8 € : 8 × 120 = 960 €. Recette à 5 € : 5 × 300 = 1 500 €. Le gain est de 540 €, soit +56,25 %. Contrôle par le critère : sur une baisse de prix avec |e| > 1, la recette augmente. Attention à ce que cette réponse NE dit pas : elle porte sur la recette, pas sur le profit — produire 180 pièces de plus coûte quelque chose, et ce coût n'apparaît nulle part ici (section VI).
(d) e = −0,6 × 500 / 300 = −1. Identique au (a), au chiffre près : la pente est passée de 60 à 0,6, l'élasticité n'a pas bougé. C'est la démonstration de la section III, refaite sur un autre étal.
Sur un marché dont on ne connaît pas l'équation, on relève deux situations : à 5 €, 400 unités s'échangent ; à 6 €, 300 unités. (a) Calculez l'élasticité par la base de départ dans le sens 5 € → 6 €, puis dans le sens 6 € → 5 €. (b) Calculez-la par la formule du point milieu. (c) La recette du vendeur augmente-t-elle ou baisse-t-elle en passant de 5 € à 6 € ? Vérifiez que votre critère et votre calcul direct concordent.
Un coup de pouce
Pour (b), ne divise plus par le point de départ mais par la moyenne des deux points. Pour (c), le critère de la section VI s'applique à l'élasticité du POINT MILIEU.
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(a) Sens 5 → 6 : (−100 / 400) / (1 / 5) = −0,25 × 5 = −1,25. Sens 6 → 5 : (+100 / 300) / (−1 / 6) = 0,333 × (−6) = −2. Deux nombres pour un même segment : c'est le défaut d'asymétrie de la section IV, et il vient du changement de base.
(b) Point milieu : (−100 / 350) / (1 / 5,50) = −0,2857 × 5,50 = −1,571, soit −11/7 exactement. Ce nombre est le même dans les deux sens, et il tombe bien entre −1,25 et −2.
(c) Critère : hausse de prix avec |e| = 1,571 > 1, donc la recette BAISSE. Calcul direct : 5 × 400 = 2 000 € contre 6 × 300 = 1 800 €. Elle baisse de 200 €, les deux réponses concordent. Contrôle par l'identité : P̄ × ΔQ + Q̄ × ΔP = 5,50 × (−100) + 350 × 1 = −550 + 350 = −200 €.
Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) Une courbe de demande plus plate qu'une autre est toujours plus élastique. (b) Une élasticité-prix de la demande positive peut être authentique, et ne signale donc pas nécessairement une erreur de calcul. (c) Sur une demande affine, l'élasticité est la même en tout point puisque b l'est. (d) Si la demande est inélastique au prix de départ, une hausse de prix augmente forcément la recette du vendeur. (e) L'élasticité croisée entre deux compléments est négative. (f) Une taxe prélevée sur les vendeurs peut être supportée à 80 % par les acheteurs.
Un coup de pouce
Pour chaque énoncé, demande-toi s'il tient encore quand on change le PRIX de départ, ou l'ampleur de la variation.
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(a) FAUX, et l'affirmation cumule deux pièges. Un tracé plus PLAT est celui dont le b est le plus GRAND (section III) : le pain, b = 100, est plus plat que le miel, b = 50. Or c'est le pain qui est le moins élastique des deux, |e| = 0,25 contre 2. Ni le tracé ni b ne décident seuls : il faut le rapport P/Q.
(b) VRAI. Elle doit d'abord faire vérifier le calcul, car une erreur de signe en produit une à tous les coups. Mais si le calcul tient, le cas existe : c'est le bien de Giffen nommé au chapitre n°1. Vérifier, puis justifier — jamais l'un sans l'autre.
(c) FAUX. e = −b P / Q : b est constant, mais P/Q parcourt tout l'éventail. Sur la demande de fraises, |e| vaut 0,2 à 1 € et 5 à 5 € — et, sur la droite entière, il balaie tout l'intervalle de 0 au prix nul jusqu'à des valeurs aussi grandes qu'on veut au voisinage de 6 €.
(d) FAUX, et c'est le piège le plus fin du chapitre. Le critère de la section VI porte sur l'élasticité du POINT MILIEU, pas sur celle du point de départ — et l'élasticité change le long de la droite. Contre-exemple sur la demande de fraises : à 2 €, |e| = 0,5, la demande est bien inélastique ; monte le prix à 5 € et la recette tombe de 1 600 € à 1 000 €, car sur l'arc 2 € → 5 € l'élasticité vaut −1,4 — la hausse a franchi le sommet. Une PETITE hausse depuis un point inélastique augmente bien la recette ; une hausse quelconque, non.
(e) VRAI. Le prix de l'un monte, la quantité demandée de l'autre baisse : les deux variations sont de signes contraires, le rapport est négatif. Les fraises et la crème de la section VIII donnent −0,8.
(f) VRAI, et c'est exactement le cas du pain de Clairval : la taxe est prélevée sur Marius, et ses clients en supportent 80 %. Le redevable est fixé par la loi, la charge se calcule : en concurrence et sans frais de collecte, ce sont les élasticités qui décident, et non le nom inscrit sur le formulaire.
Un marché a pour demande Qd = 1 800 − 300 P et pour offre Qo = 100 P. L'État instaure une taxe de 1,00 € par unité, prélevée sur les vendeurs. (a) Calculez l'équilibre initial et les deux élasticités en ce point. (b) Prévoyez le partage de la taxe AVANT de calculer le nouvel équilibre. (c) Calculez le nouvel équilibre et vérifiez votre prévision. (d) Un élu propose de prélever la taxe sur les acheteurs « pour soulager les producteurs ». Répondez-lui. (e) Une commune voisine a la même demande mais une offre Qo = 200 P − 200, qui ne fournit rien en dessous de 1 €. Calculez l'élasticité de cette offre à 3 €, puis à 5 €, et dites ce que cela confirme. (f) Revenez au marché des questions (a) à (c) : calculez la recette fiscale, la perte sèche, et le coût de la taxe par euro levé.
Un coup de pouce
Commence par l'équilibre sans taxe. La formule du partage est dans l'encadré de la section IX, et l'élasticité d'une offre se calcule exactement comme celle d'une demande.
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(a) 1 800 − 300 P = 100 P donne 1 800 = 400 P, donc P* = 4,50 € et Q* = 450 unités. Élasticité de la demande : −300 × 4,50 / 450 = −3. Élasticité de l'offre : la droite passe par l'origine, donc 1.
(b) Part des acheteurs = 1 / (1 + 3) = 0,25. Ils supporteront un quart de la taxe, soit 0,25 €, et les vendeurs trois quarts, soit 0,75 € : la demande est trois fois plus fuyante que l'offre, c'est elle qui se dérobe.
(c) 1 800 − 300 Pa = 100 (Pa − 1) donne 1 900 = 400 Pa, donc Pa = 4,75 € et Pv = 3,75 €, pour Q = 100 × 3,75 = 375 unités. Hausse du prix payé : 0,25 € sur 1,00 €, soit 25 % — la prévision est vérifiée. Contrôle par les pentes : 100 / (100 + 300) = 0,25 également.
(d) Le partage ne dépend pas du redevable. Si la taxe est prélevée sur les acheteurs, c'est la DEMANDE qui se déplace vers le bas de 1,00 €, et l'on retrouve les mêmes 4,75 € payés tout compris et 3,75 € encaissés : le producteur n'est pas soulagé d'un centime. Ce que le choix du redevable change, c'est le nom inscrit sur le formulaire fiscal — et, hors du cadre idéal, le coût du recouvrement et la facilité de la fraude.
(e) À 3 €, Qo = 400 et l'élasticité vaut 200 × 3 / 400 = 1,5 ; à 5 €, Qo = 800 et elle vaut 200 × 5 / 800 = 1,25. Cette offre ne passe PAS par l'origine — son terme constant vaut −200, si bien qu'elle ne fournit rien en dessous de 1 € —, donc son élasticité VARIE le long de la courbe, et elle décroît vers 1 à mesure que le prix monte. C'est la réciproque annoncée à la section VIII : seules les droites d'offre passant par l'origine ont une élasticité de 1 partout.
(f) Recette fiscale : 1,00 € × 375 = 375 €. La quantité passe de 450 à 375, donc 75 unités disparaissent, et la perte sèche vaut 1,00 × 75 / 2 = 37,50 €. Coût par euro levé : 37,50 / 375 = 10 %. À comparer aux 3,2 % du pain de Clairval, avec la même prudence qu'à la section IX : les deux taxes ne pèsent pas le même poids relatif — 1,00 € sur 4,50 €, soit 22 %, contre 0,60 € sur 2,00 €, soit 30 %. Attention au sens de cette réserve, car l'intuition la prend à l'envers : un poids relatif plus LOURD augmente le coût par euro levé, si bien que ce marché-ci est comparé dans les conditions les plus favorables. Porté à 30 % comme le pain, il monterait à 14,5 % contre 3,2 %. L'écart est donc encore plus grand qu'il n'y paraît — une demande à |e| = 3 est bien plus fuyante que celle du pain, et une taxe y détruit beaucoup plus par euro rapporté.
Reprenez la table de King présentée à la section II. (a) Calculez le rapport des deux variations pour un manque de trois dixièmes, en précisant la base employée. (b) Ce rapport décroît en valeur absolue à mesure que le manque s'aggrave : que cela dit-il de la forme de la courbe de demande de blé ? (c) Pourquoi cette table peut-elle prétendre décrire une demande, alors que la section X explique qu'on n'observe jamais une courbe de demande ? (d) En une phrase chacun : qu'apporte Cournot (1838) que cette table n'a pas, et qu'apporte Marshall (1890) que Cournot n'a pas ?
Un coup de pouce
Pour (a), la règle de base est celle de la section IV. Pour (c), la section X donne la condition qu'un relevé doit remplir pour dessiner une demande.
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(a) Manque de trois dixièmes : la quantité varie de −30 % et le prix de +160 %. Rapport : −0,30 / 1,60 = −0,1875, base l'année normale. La précision de base est obligatoire : calculé depuis l'année de disette, le même segment donnerait un autre nombre, comme à l'exercice 2.
(b) Que la demande de blé n'est pas une droite. Attention au chemin, car il est facile d'en prendre un faux : ces cinq rapports ne sont PAS les élasticités en cinq points différents — ils partagent tous la même base. Or, sur une droite, un rapport à base fixe vaut −b × P₀/Q₀, donc le MÊME nombre aux cinq lignes. Ici il tombe de −1/3 à −1/9, ce qui signifie que le prix monte plus que proportionnellement au manque : la courbe se redresse. Économiquement, à mesure que le prix s'envole, les acheteurs ont déjà retranché tout ce qui pouvait l'être.
(c) Parce qu'une mauvaise récolte est un choc qui vient de l'OFFRE : elle déplace la courbe d'offre et laisse la demande à peu près en place — « à peu près » seulement, la section X rappelant que Davenant lui-même mentionne le report sur les autres grains. Les couples (quantité, prix) qu'elle engendre se lisent donc sur la demande, qui n'a pas bougé. C'est exactement la condition d'identification de la section X — et la table de 1699 la remplit mieux que bien des relevés modernes.
(d) Cournot apporte la FONCTION : la table donne cinq couples, il écrit D = F(p), une relation valable en tout prix, et raisonne sur le produit p × F(p). Marshall apporte la MESURE et son nom : un rapport de deux variations relatives, sans unité, comparable d'un marché à l'autre — ce que ni la table ni la fonction ne fournissaient.
Quatre mesures faites la même année dans une ville. (a) Le revenu des ménages progresse de 8 % et les ventes de vélos de 20 %. (b) Le revenu progresse de 8 % et les ventes de pâtes de premier prix reculent de 4 %. (c) Le prix du beurre monte de 5 % et les ventes de margarine progressent de 6 %. (d) Le prix des billets de train baisse de 12 % et les ventes de nuitées d'hôtel progressent de 9 %. Calculez l'élasticité correspondante et nommez, pour chacune, ce qu'elle établit.
Un coup de pouce
Le nom de l'élasticité change avec la CAUSE mesurée : commence par identifier, dans chaque énoncé, ce qui a bougé en premier.
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(a) e_R = 20 / 8 = +2,5. Élasticité-revenu positive et supérieure à 1 : le vélo est ici un bien NORMAL et SUPÉRIEUR — sa part dans le budget augmente avec le revenu.
(b) e_R = −4 / 8 = −0,5. Élasticité-revenu NÉGATIVE : les pâtes de premier prix sont un bien INFÉRIEUR, on s'en détourne quand on s'enrichit.
(c) e_c = 6 / 5 = +1,2. Élasticité croisée POSITIVE : le beurre et la margarine sont des SUBSTITUTS. Le signe suffit à conclure ; la valeur dit seulement que la substitution est vive.
(d) e_c = 9 / (−12) = −0,75. Élasticité croisée NÉGATIVE : le train et l'hôtel sont des COMPLÉMENTS — on les consomme ensemble, et le voyage moins cher entraîne la nuitée. Attention au signe du dénominateur : le prix a BAISSÉ, la variation est négative.
Et la mention que ces quatre réponses doivent porter, faute de quoi elles sont incomplètes : toutes sont calculées à BASE DE DÉPART. Refaites au point milieu, elles changent — le (d) donnerait −0,675 au lieu de −0,75. Aucun des quatre SIGNES ne bouge, et c'est le signe qui décide du verdict ici. Ne va pas en faire une garantie : dès que la variation est grande, changer de convention peut faire basculer la QUALIFICATION elle-même, et l'exercice 3 en donne le cas.
Une région relève de 20 % le prix de l'électricité. Une étude estime l'élasticité-prix de la demande des ménages à −0,15 la première année et à −0,45 au bout de dix ans. (a) Calculez la baisse de consommation à chaque horizon, la base étant la consommation actuelle. (b) La dépense d'électricité des ménages augmente-t-elle ou baisse-t-elle, à chaque horizon ? (c) Un rapport conclut : « la consommation d'électricité est incompressible ». Que répondez-vous en deux phrases ? (d) Refaites la première année en supposant cette fois une demande à élasticité VRAIMENT constante, au sens de la section V. L'écart change-t-il la conclusion ?
Un coup de pouce
Pour (b), la dépense de l'acheteur est la recette du vendeur : le critère de la section VI s'applique tel quel.
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(a) Première année : −0,15 × 20 % = −3 %. Au bout de dix ans : −0,45 × 20 % = −9 %. La même hausse de prix produit trois fois plus d'effet une fois que les ménages ont pu changer de chauffage, isoler, remplacer leurs appareils.
(b) Aux deux horizons, |e| < 1 : la demande est inélastique, et sur une hausse de prix la dépense SUIT LE PRIX, elle augmente donc. Première année : 1,20 × 0,97 = 1,164, soit +16,4 %. Dix ans : 1,20 × 0,91 = 1,092, soit +9,2 %. L'augmentation de la facture s'atténue avec le temps sans s'inverser.
(c) « Incompressible » confond une élasticité faible avec une élasticité nulle, et une élasticité de court terme avec une propriété permanente : la même étude donne trois fois plus de réaction à dix ans. La consommation d'électricité est rigide à l'échelle d'une facture et bien plus souple à l'échelle d'un parc de logements — l'adaptation passe par des équipements, et les équipements prennent du temps.
(d) Avec une demande Q = k × P^e, le prix étant multiplié par 1,20, la quantité l'est par 1,20^(−0,15) = 0,973 : la baisse est de 2,7 % et non de 3,0 %. La dépense, elle, est multipliée par 1,20^(1 − 0,15) = 1,168, soit +16,8 % au lieu de +16,4 %. Les deux conventions donnent la même conclusion — demande rigide, facture alourdie — et deux chiffres proches parce que la variation reste modérée. Ne va pas en tirer que l'écart grandit avec la seule ampleur de la variation : celle-ci est de 20 %, deux fois celle de l'application, et l'écart y est pourtant près de deux fois et demie plus petit — 0,36 point contre 0,86. Deux choses le creusent à la fois : l'ampleur x de la variation, et l'élasticité elle-même. Ici x est deux fois plus grand et |e| six fois plus petit, et c'est |e| qui l'emporte. (Pour qui veut le chiffrer, l'écart vaut à peu près |e| × (1 + |e|) × x² / 2 — l'ampleur y entre au CARRÉ. Cette formule n'est pas au programme du chapitre et ne te sera pas demandée : elle est là pour que tu voies que les deux facteurs y sont, et non un seul.) Retiens donc la prudence et non une règle de proportion — dès qu'on applique une élasticité publiée, on annonce sa convention, parce qu'on ne sait pas d'avance de combien elle change le résultat.
Un étudiant écrit dans sa copie : « La demande de sel est inélastique, donc la demande de sel de la marque Salino est inélastique elle aussi ; par conséquent, si Salino augmente son prix de 20 %, sa recette augmentera. » (a) Repérez la faute de raisonnement. (b) Le producteur de sel, pris dans son ensemble, aurait-il tort de tenir le même raisonnement ? (c) Que faudrait-il connaître pour trancher le cas de Salino ? (d) Classez les quatre déterminants de la section VII, du plus décisif au moins décisif, pour la demande adressée à Salino — une phrase par déterminant.
Un coup de pouce
Reviens au premier des quatre déterminants de la section VII, et demande-toi ce que fait un client de Salino face à une hausse de 20 %.
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(a) La faute est le passage du bien générique à la MARQUE. Ce qui rend la demande de sel rigide est l'absence de substitut au sel ; or Salino a des substituts très proches — les autres marques de sel —, et l'élasticité de la demande qui s'adresse à elle seule est donc bien plus forte. L'élasticité dépend de la largeur avec laquelle on définit le bien : ce n'est pas une propriété transmissible du plus large au plus étroit.
(b) Non, ce raisonnement-là tient, à un détail près : si TOUS les producteurs de sel augmentaient de 20 %, la quantité totale vendue céderait peu et la recette de la branche augmenterait. La demande adressée à la branche est bien celle du sel générique. Ce que le raisonnement de la copie fait, c'est appliquer à UNE entreprise une élasticité de BRANCHE — celle de la demande adressée à l'ensemble des producteurs de sel pris comme un seul vendeur. La demande adressée à une entreprise est plus élastique que celle adressée à sa branche — à égalité seulement dans le cas limite où l'entreprise EST toute la branche —, et d'autant plus que ses concurrents sont proches.
(c) Il faudrait l'élasticité de la demande adressée à Salino — pas celle du sel —, c'est-à-dire une mesure qui tienne compte de la réaction des concurrents. Le cas est traité en L2 avec « La concurrence monopolistique », où la marque possède une clientèle propre sans être seule sur son marché.
(d) 1) Les SUBSTITUTS, et de loin : les autres marques de sel font exactement le même service : c'est ce déterminant qui sépare Salino du sel générique. 2) Le TEMPS, ensuite : changer de marque ne demande aucun équipement, l'adaptation est immédiate — le délai qui protège un producteur d'essence ne protège pas Salino. 3) L'AGRÉMENT contre la nécessité ne joue presque pas : le sel est une nécessité, mais la nécessité porte sur le sel, pas sur la marque. 4) La PART DU BUDGET ne joue pas davantage : elle est dérisoire dans les deux cas, et elle jouerait plutôt en faveur de Salino, puisqu'on ne surveille pas une dépense minuscule. Retiens la leçon du classement : deux déterminants sur quatre changent de force selon qu'on parle du bien ou de la marque.
Définitions à connaître
- Élasticité-prix de la demande
- Le rapport de la variation relative de la quantité demandée à la variation relative du prix qui l'a provoquée : e = (%ΔQ) / (%ΔP). C'est un nombre sans unité, négatif pour tout bien qui obéit à la loi de la demande.
- Demande élastique, inélastique, unitaire
- Élastique quand |e| > 1 : la quantité varie proportionnellement plus que le prix. Inélastique quand |e| < 1 : elle varie proportionnellement moins. Unitaire quand |e| = 1 : les deux varient dans la même proportion.
- Demande parfaitement inélastique / parfaitement élastique
- Parfaitement inélastique quand |e| = 0 : la quantité ne bouge pas, la courbe est verticale. Parfaitement élastique quand |e| est infinie : la quantité s'effondre à la moindre hausse, la courbe est horizontale. Deux bornes plutôt que deux situations courantes — mais une récolte déjà rentrée est bien une offre parfaitement inélastique.
- Pente d'une demande (b)
- Le coefficient b de Qd = a − b P : le nombre d'unités que le marché abandonne par euro de hausse. Elle porte une unité, ne se compare donc pas d'un marché à l'autre, et ne se confond ni avec l'élasticité ni avec l'inclinaison du tracé, qui vaut −1/b quand le prix est en ordonnée.
- Élasticité-arc (formule du point milieu)
- L'élasticité calculée en rapportant chaque variation à la MOYENNE des deux valeurs plutôt qu'à celle de départ : (ΔQ / Q̄) / (ΔP / P̄). Elle donne le même nombre à l'aller et au retour, ce que la base de départ ne fait pas.
- Élasticité au point
- L'élasticité en un prix donné, obtenue par la dérivée : e = (dQ/dP) × (P/Q). Sur une demande affine Qd = a − b P, elle vaut e = −b P / Q.
- Recette totale
- Le produit du prix par la quantité vendue, R = P × Q. C'est ce qui entre dans la caisse du vendeur, avant tout coût — donc ni un profit, ni une marge.
- Critère de la recette
- Sur une hausse de prix, la recette augmente si |e| < 1 et diminue si |e| > 1 ; sur une baisse, l'inverse. Le |e| qui rend ce critère EXACT sur une variation finie est celui du point milieu ; celui du point de départ ne suffit que pour de petites variations. En une phrase : la recette suit le prix quand la demande est inélastique, et la quantité quand elle est élastique.
- Élasticité-prix de l'offre
- Le rapport de la variation relative de la quantité OFFERTE à la variation relative du prix. Elle est positive dès lors que l'offre est croissante — ce qui vaut pour tous les marchés de biens de ce chapitre, mais pas pour l'offre de travail au-delà d'un certain salaire —, et d'autant plus forte que les producteurs disposent de temps pour ajuster leur production.
- Élasticité-revenu (e_R)
- Le rapport de la variation relative de la quantité demandée à la variation relative du revenu de l'acheteur. Négative : le bien est INFÉRIEUR. Positive : le bien est NORMAL, et l'on distingue alors le nécessaire (entre 0 et 1, sa part dans le budget baisse quand le revenu monte) du SUPÉRIEUR ou de luxe (au-dessus de 1).
- Élasticité croisée (e_c)
- Le rapport de la variation relative de la quantité demandée d'un bien à la variation relative du PRIX D'UN AUTRE bien. Positive : les deux biens sont SUBSTITUTS. Négative : ils sont COMPLÉMENTS. Voisine de zéro : ils sont indépendants.
- Incidence fiscale
- La répartition effective de la charge d'une taxe entre acheteurs et vendeurs, distincte de la désignation légale du redevable. La part supportée par les acheteurs vaut e_offre / (e_offre + |e_demande|), les deux élasticités étant prises à l'équilibre initial.
- Demande adressée à une entreprise, demande de branche
- La demande de BRANCHE s'adresse à l'ensemble des producteurs d'un bien ; la demande adressée à UNE entreprise ne s'adresse qu'à elle. La seconde est plus élastique que la première — les concurrents en sont des substituts proches —, sauf si l'entreprise constitue à elle seule toute la branche.
- Perte sèche d'une taxe
- Le surplus — au sens du chapitre n°1, ce que l'échange rapporte au-delà de ce qu'il coûte — détruit par les unités que la taxe fait disparaître, et qui n'est reçu par personne — ni par les acheteurs, ni par les vendeurs, ni par l'État. Sur des droites, elle vaut la moitié de la taxe multipliée par la baisse de quantité.
- Intervalle de confiance à 95 %
- La fourchette qu'une estimation laisse ouverte du seul fait que l'échantillon aurait pu être différent, construite pour contenir la vraie valeur dans quatre-vingt-quinze cas sur cent si l'on répétait l'opération. Elle ne mesure NI le choix de la méthode, NI les décisions de celui qui estime.
- Problème d'identification
- Le fait qu'un relevé de prix et de quantités ne donne que des ÉQUILIBRES, sans dire laquelle des deux courbes a bougé. Lire une demande exige un choc qui déplace l'offre seule ; lire une offre, un choc qui déplace la demande seule.
Méthode — les réflexes de copie
- Avant de calculer, écris la base. « e = −2 entre 4,00 € et 4,40 €, base 4,00 € » est une réponse ; « e = −2 » n'en est pas une. Deux couples sans fonction : point milieu. Une fonction et un prix : e = −b P / Q.
- Garde le SIGNE dans tes calculs et ne l'abandonne qu'en le disant : « |e| = 2 » et « e = −2 » ne se lisent pas de la même façon dans une phrase de conclusion.
- Ne réponds jamais à « cette demande est-elle élastique ? » sans un prix. Si l'énoncé n'en donne pas, signale-le : sur une droite, la réponse change d'un bout à l'autre de la courbe.
- Pour le sens de variation d'une recette ou d'une dépense, passe par le critère : hausse de prix et |e| < 1, la recette monte. ATTENTION au |e| dont il s'agit : sur une variation FINIE, c'est celui du POINT MILIEU qui rend le critère exact. Celui du point de départ suffit tant que la variation reste petite — c'est ce que fait l'application, en le déclarant —, et l'exercice 3 montre le cas où il trompe. Puis vérifie par le calcul direct : les deux doivent concorder, et l'identité ΔR = P̄ ΔQ + Q̄ ΔP donne le montant exact.
- Le sommet de la recette d'une demande affine est au milieu du segment de prix, en P = a / (2 b), et c'est là que |e| = 1. Cette égalité est le contrôle le plus rapide d'un exercice de maximisation.
- Ne confonds pas pente et élasticité. Deux demandes de b différents peuvent avoir la même élasticité, et celle dont le b est le plus grand n'est pas NÉCESSAIREMENT la plus élastique. Prends les trois étals : les fraises, avec b = 200, sont bien plus élastiques que le pain, avec b = 100 — mais le miel, avec b = 50, l'est autant que les fraises. Il faut multiplier par P/Q pour trancher. Ne confonds pas non plus b avec l'inclinaison du tracé, qui vaut −1/b.
- Devant une élasticité, demande-toi toujours quelle est la CAUSE mesurée. Le prix du bien : on se déplace le long de la courbe. Le revenu ou le prix d'un autre bien : c'est la courbe qui se déplace.
- Sur une taxe, ne discute pas le redevable tant qu'on reste en concurrence et sans frais de collecte : calcule la charge. Part des acheteurs = e_offre / (e_offre + |e_demande|), et le cas limite se retient mieux que la formule — qui ne peut pas fuir paie.
- Avant de qualifier un bien d'inélastique, précise sa DÉFINITION et son HORIZON. Le sel n'est pas la marque de sel, et six mois ne sont pas dix ans : ces deux précisions règlent la plupart des désaccords.
- Un chiffre d'élasticité issu d'une étude se cite comme un indice : avec sa source, sa période, son champ et son intervalle. Le donner nu, c'est faire disparaître l'incertitude qui en est la principale information.
Sources
- Charles Davenant, d'après Gregory King, An Essay upon the Probable Methods of Making a People Gainers in the Ballance of Trade, 1699
- Augustin Cournot, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, 1838
- Ernst Engel, Die Productions- und Consumtionsverhältnisse des Königreichs Sachsen, 1857
- Alfred Marshall, Principles of Economics — première édition 1890 ; les phrases citées le sont d'après la huitième édition, 1920
- Elmer Working, What Do Statistical « Demand Curves » Show?, 1927
- Abba P. Lerner, The Concept of Monopoly and the Measurement of Monopoly Power, 1934
- Abba P. Lerner, The Economics of Control: Principles of Welfare Economics, 1944
- Frank Ramsey, A Contribution to the Theory of Taxation, 1927
- Molly Espey, Gasoline Demand Revisited: An International Meta-Analysis of Elasticities, 1998
- Espey et Espey, Turning on the Lights: A Meta-Analysis of Residential Electricity Demand Elasticities, 2004
- Alexander Wagenaar, Matthew Salois et Kelli Komro, Effects of Beverage Alcohol Price and Tax Levels on Drinking: a Meta-Analysis of 1003 Estimates from 112 Studies, 2009
- Andreas Kohler, Linda Vinci et Renato Mattli, Cross-country and Panel Data Estimates of the Price Elasticity of Demand for Cigarettes in Europe, 2023