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La formation des prix

16 chapitres

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Dire pourquoi « le marché » n'est ni un lieu ni une personne, et nommer les quatre procédures par lesquelles un prix se fixe réellement.
  • Encadrer tout prix entre le prix de réserve du vendeur et la disposition à payer de l'acheteur, et en déduire ce que la procédure décide — et ce qu'elle ne décide pas.
  • Conduire une criée ascendante jusqu'à son terme et expliquer pourquoi le prix y est fixé par le SECOND enchérisseur, jamais par le gagnant.
  • Démontrer qu'en enchère au second prix, annoncer sa vraie disposition à payer est la meilleure stratégie quoi que fassent les autres.
  • Reconnaître dans l'escalier des dispositions à payer la courbe de demande du chapitre précédent.
  • Chiffrer le compromis d'un vendeur qui affiche son prix, et trouver le prix qui maximise son profit sans dériver.
  • Délimiter la zone d'accord d'une négociation et dire pourquoi la théorie des prix y donne un intervalle, et non un nombre.
  • Comparer les quatre procédures sur un même bien : à acheteur donné, montrer que le total créé ne dépend pas de la procédure — elle n'en décide que le partage — puis reconnaître ce qu'elle décide encore : QUI obtient le bien, et si l'échange a lieu.
  • Dire pourquoi on ne vend pas tout aux enchères : comparer les procédures à ce qu'elles coûtent à organiser, et pas seulement à ce qu'elles rapportent.
  • Expliquer ce qu'un prix TRANSMET, et pourquoi l'information qu'il résume n'est rassemblée nulle part.
  • Distinguer prix absolu et prix relatif, et reconnaître une illusion monétaire.

I. Le chapitre précédent laissait une question ouverte

Le cours sur l'offre et la demande s'est arrêté sur un aveu. Sur un marché de concurrence pure et parfaite, personne ne peut fixer le prix : c'est l'atomicité même, chacun le subit. Et pourtant le prix bouge, monte quand la pénurie s'installe, descend quand les invendus s'accumulent. Pour lever le paradoxe, le modèle empruntait à Walras une FICTION — un commissaire-priseur imaginaire qui annonce, mesure, corrige. Le cours le disait sans détour : c'est une construction, pas un fait. Ce chapitre-ci part de là, et remplace la fiction par ce qui se passe réellement.

La réponse tient en une phrase, et il faut la comprendre avant tout le reste : « le marché » n'est ni un lieu ni une personne, c'est une PROCÉDURE. Une règle du jeu qui dit qui parle, dans quel ordre, et à quel moment l'affaire est conclue. Il en existe plusieurs, elles coexistent dans la même économie, et ce chapitre en étudie quatre : la CRIÉE, où le prix monte jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un acheteur ; le PRIX AFFICHÉ, que le vendeur annonce et qu'on prend ou qu'on laisse ; la NÉGOCIATION, où deux personnes se le disputent ; et le PRIX ADMINISTRÉ, qu'une autorité décrète.

Avant de les séparer, voyons ce qu'elles ont en commun — c'est l'ossature du chapitre entier. Un échange volontaire suppose deux consentements. L'acheteur n'accepte que si le prix ne dépasse pas sa DISPOSITION À PAYER, notée v : le maximum qu'il consent, exactement la hauteur de la courbe de demande lue à l'envers au chapitre précédent. Le vendeur n'accepte que si le prix couvre son PRIX DE RÉSERVE, noté c : le minimum en dessous duquel il préfère garder son bien — la hauteur de la courbe d'offre, c'est-à-dire son coût. Tout prix qui conclut un échange est donc pris en tenaille.

De cet encadrement découle une conséquence que les quatre sections suivantes ne feront qu'illustrer. Si le prix se pose dans l'intervalle, l'échange a lieu et il crée v − c de surplus — une valeur qui n'existait pas avant, puisque le bien passe de quelqu'un qui l'estime c à quelqu'un qui l'estime v. Ce montant ne dépend PAS de la procédure. Ce que la procédure décide, c'est uniquement OÙ le prix se pose entre c et v, donc COMMENT ce surplus se partage. Retiens la distinction, elle vaut des points : la procédure ne fabrique pas le gain de l'échange, elle le répartit. Une exception, et une seule : quand la procédure aboutit à un prix HORS de l'intervalle. Il n'y a alors plus d'échange du tout, et le surplus n'est pas mal réparti — il n'existe pas. Deux procédures peuvent en arriver là, et pas de la même façon : le prix affiché quand le vendeur le place trop haut (section III), et le prix administré quand l'autorité le décrète hors de la zone (section V). La différence entre les deux traverse tout le chapitre : le vendeur qui se trompe est détrompé par ses invendus, l'autorité ne l'est par rien.

Un même objet servira aux quatre procédures, pour que la comparaison porte sur la seule chose qui change : un vélo d'occasion, marché fictif comme celui du café. Comparer quatre règles du jeu demande de ne faire varier que la règle.

L'encadrement d'un prix, écrit une fois pour tout le chapitre

Rien de neuf ici : on met en symboles ce que le chapitre précédent avait tracé. La formule servira aux quatre sections.

  1. c ≤ p ≤ v

    p : le prix conclu, en euros. v : la disposition à payer de l'acheteur — son maximum. c : le prix de réserve du vendeur — son minimum, c'est-à-dire son coût. Hors de cet intervalle, l'un des deux refuse et il n'y a pas d'échange.

  2. surplus total = v − c

    La valeur créée par l'échange, indépendante du prix retenu. C'est le surplus du chapitre précédent, ramené à une seule unité.

  3. surplus de l'acheteur = v − p

    Ce qu'il aurait accepté de payer, moins ce qu'il paie.

  4. surplus du vendeur = p − c

    Ce qu'il encaisse, moins ce en dessous de quoi il ne serait pas descendu.

  5. (v − p) + (p − c) = v − c

    Le p disparaît : les deux parts somment toujours au même total. ⚠️ C'est la démonstration de ce qui précède — le prix déplace la frontière entre les deux camps, il ne change pas la taille de ce qui est partagé.

Garde cette identité en tête : c'est elle qui permet, dans les quatre sections qui suivent, de dire immédiatement qui gagne quoi une fois le prix connu — et de vérifier un résultat en contrôlant que les deux parts bouclent.

II. La criée : le prix monte jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un

C'est la procédure la plus ancienne, celle des halles à poissons et des salles des ventes — et celle dont Walras s'est inspiré pour son tâtonnement. Un commissaire-priseur annonce un prix bas, puis le monte pas à pas. Chacun garde la main levée tant que le prix annoncé ne dépasse pas sa disposition à payer, et la baisse dès qu'il la dépasse. L'affaire est conclue quand il ne reste qu'une main.

Cinq acheteurs se présentent pour notre vélo. Chacun sait ce qu'il est prêt à mettre ; personne ne connaît le chiffre des autres. C'est le point de départ, et il est réaliste : ces cinq nombres n'existent nulle part rassemblés avant que la criée ne commence. Le vendeur, lui, a son prix de réserve : il ne cédera pas le vélo sous 20 €. Retiens ce c = 20 €, il servira aux quatre procédures. Le commissaire-priseur peut ouvrir les enchères plus bas — c'est même l'usage, pour faire lever les mains — mais si personne n'atteint 20 €, le vélo n'est pas vendu : un prix de réserve est un PLANCHER, pas un point de départ.

Regarde la colonne de droite du tableau ci-dessous avant de lire la suite, parce qu'elle contient toute la continuité avec le chapitre précédent. À chaque prix annoncé, le NOMBRE de mains encore levées est la quantité demandée à ce prix. Cinq mains à 15 €, quatre à 22 €, trois à 28 €, deux à 35 €, une seule à 36 € : cette suite décroissante EST une courbe de demande. Elle ne décroît pas parce qu'on l'a supposé, mais parce qu'un acheteur de plus se retire à chaque palier. Le chapitre précédent la traçait comme une droite lisse ; ici elle apparaît en ESCALIER, une marche par acheteur — la droite n'était que le lissage d'un escalier à beaucoup de marches.

Menons la criée. À 15 €, les cinq mains sont levées. Le prix monte : Élias se retire au-delà de 15, David au-delà de 22, Chloé au-delà de 28. À 35 €, Amina et Basile tiennent encore. Le commissaire-priseur annonce 36 € : Basile se retire, Amina reste seule, adjugé. Le vélo part à 36 €.

Arrête-toi sur ce résultat, c'est le cœur de la section. Amina l'emporte parce que sa disposition à payer est la plus forte — mais elle ne paie PAS 40 €. Elle paie 36 €, c'est-à-dire la disposition à payer de BASILE augmentée d'un pas. Le prix d'une criée n'est pas fixé par le gagnant : il est fixé par le premier des perdants. Le gagnant n'est là que pour dire qu'il est encore là. Formulé autrement : la criée ne révèle pas la valeur la plus forte, elle révèle la DEUXIÈME. Et cela se comprend sans calcul — la concurrence cesse de pousser le prix dès que l'avant-dernier abandonne, et personne ne surenchérit contre soi-même.

Bouclons l'identité de la section I, elle donne d'un coup les deux camps. Le surplus de l'échange vaut v − c = 40 − 20 = 20 €, et il est acquis dès qu'Amina et le vendeur se rencontrent — la criée n'y est pour rien. Ce qu'elle fait, c'est le partager : le vendeur encaisse 36 − 20 = 16 €, Amina garde 40 − 36 = 4 €, et 16 + 4 = 20 €. ⚠️ Une criée à cinq acheteurs est donc une procédure très favorable au VENDEUR : elle lui laisse quatre cinquièmes du gain, parce que la concurrence entre acheteurs pousse le prix jusqu'au deuxième d'entre eux.

Amina empoche donc 4 € de surplus, et ces 4 € ne lui viennent pas de son habileté : ils lui viennent de l'ÉCART entre sa valeur et celle de son concurrent le plus proche. Un sixième acheteur à 39 € aurait suffi à les lui reprendre en totalité : le prix serait monté à 40 €, exactement sa valeur, et son gain serait tombé à zéro. C'est une leçon générale sur les enchères : ce qui protège la marge d'un gagnant, c'est la faiblesse du second, pas sa propre force.

La criée ascendante a une cousine en pli cacheté, et c'est là que le raisonnement devient une démonstration. Dans une enchère AU SECOND PRIX, chacun écrit son offre sur un papier ; l'offre la plus haute l'emporte, mais son auteur paie le montant de la DEUXIÈME. La règle paraît étrange — pourquoi renoncer à encaisser le montant du gagnant ? Elle a été proposée par William Vickrey en 1961, et elle a une propriété remarquable, démontrée dans l'encadré : écrire sa vraie valeur est le meilleur choix quoi que fassent les autres. Vickrey a reçu le prix de la Banque de Suède en 1996 pour ces travaux.

Tu as déjà participé à une criée sans le savoir, et la reconnaître vaut mieux qu'une définition. Sur eBay, tu n'annonces pas un prix : tu déposes le MAXIMUM que tu consens, et un automate enchérit pour toi — il ne monte que ce qu'il faut pour rester devant. Si tu l'emportes, tu paies un pas au-dessus du maximum déposé par ton concurrent le plus proche : mot pour mot la règle qu'on vient d'établir. La salle des ventes est devenue un formulaire, la règle n'a pas bougé. Et cela explique la consigne que donnent tous les guides d'enchères, et qui surprend toujours : dépose ta vraie valeur une fois pour toutes, plutôt que de surenchérir au fil de l'eau.

Deux autres procédures d'enchère existent, et il faut savoir qu'elles ne se comportent pas de la même façon. L'enchère DESCENDANTE part d'un prix élevé qui baisse jusqu'à ce que quelqu'un l'arrête — on la dit hollandaise parce que c'est ainsi que se vendent les fleurs aux Pays-Bas, au cadran d'Aalsmeer, qui égrène les prix à la baisse ; l'enchère au PREMIER PRIX en pli cacheté fait payer au gagnant son propre montant. Dans ces deux-là, dire sa vraie valeur serait absurde : on ne gagnerait rien en gagnant. Chacun annonce donc moins que ce qu'il pense, d'autant moins qu'il se croit peu concurrencé. ⚠️ Conséquence à retenir : dans une enchère au premier prix, le prix obtenu ne se lit PAS comme une disposition à payer. La procédure ne change pas seulement le partage, elle change ce que le prix RACONTE.

Prix annoncéQui garde la main levéeMains levées = quantité demandée
15 €Amina, Basile, Chloé, David, Élias5
22 €Amina, Basile, Chloé, David4
28 €Amina, Basile, Chloé3
35 €Amina, Basile2
36 €Amina1 — adjugé
41 €personne0

Pourquoi, au second prix, mentir ne rapporte jamais

Une propriété qui vaut « quoi que fassent les autres » se démontre en comparant, pour un joueur, ce qu'il obtient en disant vrai et ce qu'il obtient en disant autre chose. Plaçons-nous du côté d'Amina, dont la valeur est v = 40 €. Elle écrit une offre b. Elle ne connaît pas les autres offres ; appelons M la plus forte d'entre elles. Amina gagne si b > M, et elle paie alors M.

  1. gain = v − M si b > M · gain = 0 sinon

    b : ce qu'Amina écrit. v = 40 € : ce que le vélo vaut pour elle. M : la meilleure offre des autres. ⚠️ Le montant écrit par Amina ne figure PAS dans son gain — il ne sert qu'à décider si elle gagne. Toute la démonstration est là.

  2. b = v = 40 : Amina gagne exactement quand M < 40

    Elle gagne dans tous les cas où le vélo lui rapporte quelque chose (v − M > 0), et seulement dans ceux-là. C'est la référence à battre.

  3. b = 45 > v : elle gagne aussi quand 40 ≤ M < 45

    Ce sont des victoires en trop : elle paie M ≥ 40 pour un bien qui vaut 40. Gain nul au mieux, NÉGATIF sinon — à M = 43, elle perd 3 €. Surenchérir n'ajoute que des victoires perdantes.

  4. b = 30 < v : elle perd quand 30 ≤ M < 40

    Ce sont des victoires manquées : elle aurait payé M < 40 un bien qui en vaut 40, donc gagné 40 − M > 0. À M = 33, sous-enchérir lui coûte 7 €. Et dans tous les autres cas, son offre ne change rien.

  5. donc b = v

    Dans les deux écarts, on ne change QUE des issues, et toujours dans le mauvais sens. Aucune hypothèse sur les autres joueurs n'a servi : c'est ce qu'on appelle une stratégie DOMINANTE.

Retiens le mécanisme plutôt que le résultat : la sincérité est optimale parce que ce qu'on écrit ne détermine pas ce qu'on paie. Dès qu'une règle fait payer au gagnant son propre montant — enchère au premier prix, enchère hollandaise —, l'argument tombe et chacun a de nouveau intérêt à annoncer moins.

⚠️ Une réserve d'honnêteté, que le correcteur apprécie : cette démonstration suppose que chacun ait sa propre valeur, indépendante de celle des autres. Quand la valeur du bien est la MÊME pour tous mais mal connue de chacun — un gisement pétrolier, un droit d'exploitation —, celui qui gagne est souvent celui qui a le plus surestimé : c'est la « malédiction du vainqueur », et il faut alors offrir moins que ce qu'on croit.

Escalier des dispositions à payer d'une criée et prix d'adjudicationP (€)Q (mains)adjugé 36 €Amina40 €Basile35 €Chloé28 €David22 €Élias15 €12345surplus du gagnant (Amina) : 4 €
L'escalier des dispositions à payer des cinq enchérisseurs. À chaque prix, la hauteur de la marche donne le nombre de mains encore levées — c'est la courbe de demande du chapitre précédent, avant lissage. La criée monte le long de l'axe des prix et s'arrête au premier palier qui ne contient plus qu'un enchérisseur : 36 €, un pas au-dessus de la deuxième disposition à payer (35 €). En bleu, le surplus d'Amina : 4 € — l'écart à son concurrent le plus proche (5 €), diminué du pas de la criée.

III. Le prix affiché : à prendre ou à laisser

C'est de très loin la procédure la plus fréquente aujourd'hui : dans un magasin, sur un site, au menu d'un restaurant, un prix est écrit et l'acheteur n'a que deux réponses possibles. Elle inverse complètement la criée. Là, le prix se découvrait au fil des annonces ; ici, il doit être fixé AVANT que le moindre acheteur se manifeste. Le vendeur ne mesure rien : il devine.

Et il devine sous une contrainte qui ne se voit pas au premier regard. Monter son prix lui rapporte davantage sur chaque vélo vendu, mais lui en fait vendre moins — c'est la loi de la demande du chapitre précédent, qui joue maintenant contre lui. Baisser son prix lui en fait vendre plus, mais rapporte moins sur chacun. Il existe donc un prix qui n'est ni trop haut ni trop bas, et c'est celui-là qu'il cherche.

Chiffrons. Notre vendeur de vélos a estimé sa demande mensuelle : Q = 120 − 2 P, soit deux vélos de moins par euro ajouté. (Le 120 est l'ordonnée à l'origine : une commodité de calcul, pas une prévision — le chapitre précédent mettait déjà en garde contre l'idée qu'on écoulerait 120 vélos gratuits. La droite ne vaut que dans la plage de prix observée.) Chaque vélo lui coûte 20 € — c'est son prix de réserve de la section I. Son profit est le nombre de vélos vendus multiplié par la marge sur chacun.

Le tableau ci-dessous suffit à voir le compromis travailler. De 30 à 40 €, la marge gagne plus que la quantité ne perd, et le profit monte. De 40 à 50 €, c'est l'inverse. Le sommet est à 40 €, pour 800 € de profit mensuel. Et il est parfaitement symétrique : 30 € et 50 € rapportent la même chose, 35 € et 45 € aussi.

Cette symétrie n'est pas un hasard de tableau, et l'encadré la démontre : le profit s'écrit 800 − 2 (P − 40)². Un carré ne peut pas être négatif, donc on retire toujours quelque chose à 800, et on ne retire rien qu'en P = 40. Le maximum est donc PROUVÉ, pas lu sur cinq lignes — et il vaut pour tous les prix, y compris ceux que le tableau ne montre pas.

⚠️ Une mise en garde indispensable, parce qu'elle marque la frontière du programme. Ce calcul suppose que le vendeur ait le POUVOIR de choisir son prix — donc qu'on soit sorti de l'atomicité du chapitre précédent, où chacun subit un prix qu'il ne fixe pas. Un vendeur qui affiche est un vendeur qui a, au moins un peu, ce pouvoir. La théorie complète de cette situation porte un nom, le MONOPOLE, et une règle générale qui se démontre par la dérivée ; c'est de la deuxième année. Ici on constate le compromis et on trouve son sommet par un carré, ce qui suffit à comprendre pourquoi un vendeur ne monte pas son prix indéfiniment.

Un mot sur ce qui arrive quand le vendeur se trompe, car c'est là que la procédure montre sa faiblesse. Trop haut, les invendus s'accumulent et le renseignent — tardivement. Trop bas, la rupture de stock le renseigne aussi, et il apprend qu'il a laissé de l'argent sur la table sans savoir combien. La criée n'a pas ce problème : elle fait dire aux acheteurs ce qu'ils sont prêts à payer. Le prix affiché doit l'inférer après coup, ce qui explique les soldes, les prix d'appel et les tests de prix — autant de manières de racheter l'information que la procédure ne donne pas.

Prix affichéVélos vendus (120 − 2 P)Marge par vélo (P − 20)Profit mensuel
30 €6010 €600 €
35 €5015 €750 €
40 €4020 €800 € — le sommet
45 €3025 €750 €
50 €2030 €600 €

Le prix qui maximise le profit, démontré sans dériver

Un tableau montre un sommet ; il ne prouve pas que c'est LE sommet — le vrai maximum pourrait se cacher entre deux lignes. Trois lignes d'algèbre suffisent à trancher.

  1. π(P) = (P − 20) × (120 − 2 P)

    π : le profit mensuel, en euros. P : le prix affiché. (P − 20) : la marge sur un vélo, puisqu'il coûte 20 €. (120 − 2 P) : le nombre de vélos que la demande absorbe à ce prix.

  2. π(P) = −2 P² + 160 P − 2400

    On développe. Le signe − du terme en P² annonce déjà une courbe qui monte puis redescend : il existe donc bien un sommet, et un seul.

  3. π(P) = −2 (P² − 80 P + 1200)

    On met −2 en facteur pour préparer le carré.

  4. P² − 80 P + 1200 = (P − 40)² − 400

    Le complément du carré : (P − 40)² vaut P² − 80 P + 1600, soit 400 de trop. On les retranche.

  5. π(P) = 800 − 2 (P − 40)²

    ⚠️ La forme qui démontre tout. Un carré est toujours positif ou nul : on retire donc toujours quelque chose à 800, sauf quand P = 40 où l'on ne retire rien.

  6. P* = 40 € et π* = 800 €

    Contrôle sur le tableau : à 40 €, 40 vélos à 20 € de marge font bien 800 €. Et l'écart au sommet ne dépend que de |P − 40| : 30 € et 50 € donnent le même profit, ce que le tableau montrait sans l'expliquer.

Le carré rend aussi service au-delà du sommet : il chiffre le COÛT d'une erreur. Se tromper de 5 € coûte 2 × 5² = 50 € ; se tromper de 10 € en coûte 200, soit quatre fois plus pour une erreur deux fois plus grande. Une erreur de prix se paie comme le carré de l'erreur — c'est exactement ce que le chapitre précédent établissait sur la perte sèche d'un prix encadré.

Profit d'un vendeur selon le prix qu'il affiche : une parabole et son sommetπ (€)750600800 €80020 €30 €40 €50 €60 €P (€)marge nulleplus aucun acheteurs'écarter de 5 € coûte 50 € · s'écarter de 10 € coûte 200 €
Le profit mensuel du vendeur selon le prix qu'il affiche : π(P) = 800 − 2 (P − 40)². La courbe s'annule à 20 € — la marge y est nulle — et à 60 €, où la demande l'est. Entre les deux, un seul sommet : 40 €, pour 800 €. Les deux segments horizontaux relient les prix également distants du sommet : 35 € et 45 € rapportent 750 €, 30 € et 50 € rapportent 600 €. La chute est en carré — deux fois plus loin du sommet, quatre fois plus cher. ⚠️ Le prix est ici en ABSCISSE, seul schéma du cours dans ce sens : le profit est fonction du prix, et une fonction se trace avec sa variable en abscisse.

IV. La négociation : quand le prix se partage

Changeons de scène. Un seul vendeur, un seul acheteur, et le prix se discute. C'est la procédure d'un appartement, d'une voiture d'occasion, d'un contrat entre deux entreprises, d'un salaire à l'embauche. Elle a une particularité qu'il faut affronter de face : c'est celle où la théorie du chapitre précédent ne donne pas de réponse.

Reprenons le vélo. Le vendeur ne descendra pas sous 20 €, l'acheteur ne montera pas au-dessus de 40 €. La ZONE D'ACCORD est donc l'intervalle de 20 à 40 €. Tout prix pris dedans convient aux deux — chacun y gagne quelque chose. En dessous de 20, le vendeur préfère garder son vélo ; au-dessus de 40, l'acheteur préfère partir. L'échange créera 20 € de surplus, et c'est acquis avant même que la discussion commence.

Voilà le point difficile, et le partiel le demande sous cette forme : quel sera le prix ? La théorie des prix répond « entre 20 et 40 », et elle ne peut pas faire mieux. Ce n'est pas un aveu de faiblesse ponctuel, c'est une conséquence directe de ce qui a changé. Le chapitre précédent tirait toute sa force de l'ATOMICITÉ : personne n'étant assez gros pour peser sur le prix, chacun le subissait, et le prix sortait de la confrontation de deux foules. À deux, l'atomicité n'existe plus. Chacun pèse sur le prix, donc chacun a intérêt à manœuvrer, et l'issue dépend de leur rapport de force — que le modèle de l'offre et de la demande ne décrit pas. La manœuvre a d'ailleurs un coût, et il faut le nommer : deux négociateurs qui bluffent sur leur limite peuvent laisser échouer un accord pourtant possible. Remarque que ce cas ne dément pas la formule de la section V — si l'accord échoue alors que la zone existait, c'est bien que chacun s'est trompé sur l'autre.

Écrire ce partage demande un seul paramètre. Notons λ la part du surplus qui revient au vendeur : le prix vaut alors 20 + λ × 20. À λ = 0, le vendeur ne gagne rien et le prix tombe à son plancher de 20 € ; à λ = 1, il prend tout et le prix monte à 40 € ; à λ = ½, chacun repart avec 10 €, et le prix est de 30 €. Le tableau parcourt cet éventail. Remarque que la somme des deux parts fait toujours 20 € : c'est l'identité de la section I, qui ne dépend jamais du prix.

Deux résultats, tirés d'une autre branche de l'économie, disent ce que la seule théorie des prix ne dit pas. John Nash montre en 1950 que si les deux parties sont symétriques — mêmes règles, mêmes contraintes —, la solution raisonnable partage le surplus à égalité : λ = ½. Ariel Rubinstein montre en 1982 d'où vient l'asymétrie quand elle existe : de la PATIENCE. Dans une négociation où l'on se fait des offres à tour de rôle, celui qui supporte le mieux d'attendre obtient la plus grosse part, parce que l'autre a plus à perdre à laisser filer le temps. Un vendeur pressé de déménager vend moins cher, et cela ne tient ni à son talent ni à la valeur du vélo.

L'exemple qui te concernera le plus vite n'est pas un vélo : c'est un salaire. À l'embauche, la zone d'accord existe bel et bien — l'employeur a un maximum au-delà duquel il préfère un autre candidat ou pas de recrutement du tout, et tu as un minimum en dessous duquel tu refuses. Personne ne connaît le chiffre de l'autre. L'issue dépend donc du rapport de force, c'est-à-dire, exactement comme pour le vélo, de ce qui arrive à chacun s'il n'y a PAS d'accord. Une autre offre en main déplace le partage sans que ta valeur pour l'entreprise ait changé d'un centime : c'est le seul levier dont la théorie garantisse l'effet.

L'OPTION EXTÉRIEURE est le levier concret de ce rapport de force, et c'est celui qu'un exercice de partiel manipulera. Supposons que l'acheteur trouve le même vélo à 34 € chez un autre vendeur. Sa disposition à payer ICI ne vaut plus 40 € : au-delà de 34, il lui suffit d'aller ailleurs. La zone d'accord se resserre de 20-40 € à 20-34 €, et un partage égal donne désormais 27 € au lieu de 30. L'acheteur a gagné 3 € sans que sa valeur ait changé d'un centime — il a seulement changé ce qui lui arrive s'il n'y a pas d'accord. ⚠️ Retiens la formule : dans une négociation, on n'améliore pas sa position en voulant plus, mais en ayant mieux à faire ailleurs.

Part du vendeur (λ)PrixGain du vendeurGain de l'acheteur
020 €0 €20 €
0,2525 €5 €15 €
0,5 — partage égal30 €10 €10 €
0,7535 €15 €5 €
140 €20 €0 €
Zone d'accord d'une négociation et partage du surplusP (€)20 €27 €30 €34 €40 €zone d'accord — surplus 20 €cvvendeur 10 €acheteur 10 €option extérieure à 34 € : partage égal à 27 €
La zone d'accord du vélo : entre le prix de réserve du vendeur (20 €) et la disposition à payer de l'acheteur (40 €). Tout prix pris dans ce segment convient aux deux, et la position du curseur décide seulement du partage des 20 € de surplus — le total, lui, ne bouge pas. En pointillé, l'effet d'une option extérieure à 34 € : la zone se resserre, et un partage égal tombe de 30 € à 27 €.

V. Le prix administré : quand personne ne le forme

Quatrième procédure, et la seule où le prix ne sort pas de la rencontre entre un acheteur et un vendeur : une autorité s'en mêle. Les cas les plus purs sont ceux où elle le fixe elle-même — les tarifs réglementés de l'électricité, ou le prix des médicaments remboursables, arrêté par un comité de l'État en convention avec le laboratoire.

Un cas voisin mérite d'être distingué, parce qu'un correcteur guette la confusion : le prix unique du livre, institué par la loi du 10 août 1981. Là, l'autorité ne fixe PAS le prix — c'est l'éditeur qui le fixe, et l'État se borne à exiger que les détaillants vendent entre 95 % et 100 % de ce prix : la remise est plafonnée à 5 %, le dépassement est interdit tout court. Dis-le ainsi en copie : la loi ne décide pas du niveau du prix, elle décide de QUI en décide, et supprime la concurrence par les prix entre revendeurs. L'effet sur la procédure est le même — plus de découverte, plus de rapport de force en aval — mais l'autorité n'a pas eu besoin de connaître un seul coût pour l'obtenir.

⚠️ Reste à éviter une confusion que le chapitre précédent rend facile. Un prix PLAFOND ou un prix PLANCHER ne fixe pas le prix : il pose une borne, et le prix continue de se former librement à l'intérieur. Un prix ADMINISTRÉ remplace la formation elle-même : il n'y a plus de découverte, plus de tâtonnement, plus de rapport de force. La différence n'est pas une nuance de vocabulaire — c'est celle entre encadrer un mécanisme et le supprimer.

Le raisonnement du chapitre précédent s'applique alors mot pour mot, avec l'encadrement de la section I comme boussole. Si le prix décrété tombe dans l'intervalle de c à v, l'échange a lieu et la seule chose que l'autorité a faite est de choisir le partage à la place des intéressés. S'il tombe en dessous de c, le vendeur se retire ; au-dessus de v, l'acheteur renonce. Dans les deux cas l'échange n'a pas lieu, et les v − c de surplus ne sont pas mal répartis : ils n'existent pas.

Une précision s'impose ici, et elle vaut mieux que la formule commode « c'est la seule procédure qui détruit le gain » : le prix AFFICHÉ le détruit aussi quand le vendeur le place au-dessus de toutes les dispositions à payer — la section III le disait, personne n'achète. La différence est ailleurs, et elle est plus intéressante. Le vendeur qui se trompe a tout intérêt à se corriger, et ses invendus le lui apprennent : sa destruction est une ERREUR, et elle est passagère. L'autorité, elle, peut maintenir un prix hors de la zone alors que tout le monde se comporte correctement, et rien dans la procédure ne la détrompe. ⚠️ Formule juste, à écrire en copie : le prix administré est le seul qui puisse détruire le gain de l'échange SANS que personne se soit trompé.

Reste la question qui décide de tout, et à laquelle la section VIII répondra : d'où l'autorité tire-t-elle le prix qu'elle décrète ? Elle doit connaître ce que la criée révèle en une heure de vente et ce que le vendeur qui affiche met des mois à deviner — les coûts d'un côté, les dispositions à payer de l'autre. Ces nombres ne sont écrits nulle part. Ils sont dans la tête de milliers de personnes qui, elles-mêmes, ne connaissent que le leur.

Cela ne condamne pas la procédure, et une copie qui tranche trop vite se pénalise. On administre précisément là où l'on veut qu'un autre critère que la disposition à payer décide : l'accès au livre partout sur le territoire, l'accès aux soins, la continuité d'un service public. Le raisonnement économique dit ce que cela coûte en échanges empêchés ; il ne dit pas si le jeu en vaut la chandelle. Le chapitre précédent posait déjà cette limite à propos de la perte sèche, et elle vaut ici : l'analyse pèse l'efficacité, jamais la justice de la répartition.

VI. Les quatre procédures, sur le même vélo

La section I annonçait qu'un même objet servirait aux quatre procédures, pour que la comparaison porte sur la seule chose qui change. Le moment est venu de tenir la promesse. Même vélo, même vendeur au prix de réserve de 20 €, mêmes cinq acheteurs dont le plus offrant est Amina à 40 €. On change la règle du jeu, rien d'autre, et on regarde ce que chacun emporte.

Une réserve avant de lire le tableau, et elle est instructive en soi. La section III raisonnait sur un magasin qui vend quarante vélos par mois, pas sur un vélo unique : un prix affiché suppose une POPULATION d'acheteurs, il n'a pas de sens face à une seule personne. Ici on le ramène au vélo unique de la manière la plus simple : le vendeur écrit un prix sur l'étiquette, et le vélo part si au moins un des cinq l'accepte. Une convention de plus s'y cache, et elle ne doit pas passer inaperçue : à 30 € affichés, Amina (40 €) et Basile (35 €) accepteraient TOUS DEUX — le tableau suppose que c'est Amina qui décroche le vélo. Si Basile poussait la porte le premier, l'échange ne créerait que 35 − 20 = 15 €. Une procédure ne décide donc pas seulement du partage : elle décide aussi de QUI obtient le bien. La criée règle cette question par construction, puisque le bien va toujours à la plus forte disposition à payer ; le prix affiché, lui, sert le premier arrivé. Le tableau accorde la même allocation à toutes les lignes, pour ne comparer que le partage.

Dans le tableau ci-dessous, commence par la dernière colonne. Le total fait 20 € partout où l'échange a lieu — toujours les mêmes 20 €, ceux de la section I, que la procédure ne fabrique pas. Et il fait ZÉRO sur les deux lignes où l'échange n'a pas lieu. C'est la thèse du chapitre, vérifiée ligne à ligne : une procédure répartit un gain qu'elle n'a pas créé, ou bien elle l'empêche.

Passons au partage, colonne par colonne. Pour le VENDEUR, le classement va du prix affiché parfaitement deviné (20 €, il prend tout) à la criée (16 €), puis l'enchère au second prix (15 €), puis la négociation à partage égal et le prix administré à 30 € (10 € chacune). Pour l'ACHETEUR, l'ordre est exactement inverse — normal, puisque les deux parts bouclent toujours à 20 €.

⚠️ Voilà le résultat qu'il faut avoir compris, et il est contre-intuitif. Le meilleur coup du vendeur, sur le papier, est d'afficher 40 € : il rafle les 20 € entiers. (À 40 € exactement, Amina est indifférente entre acheter et partir — on convient qu'elle achète, comme le fait tout manuel ; un vendeur prudent affiche 39 € et garde 19 € sans discussion. La convention ne change rien au raisonnement, mais mieux vaut savoir qu'on en fait une.) Mais afficher 40 € suppose de SAVOIR qu'Amina existe et qu'elle ira jusque-là. Or ce nombre n'est écrit nulle part — c'est précisément ce que la criée lui apprendra, et ce que le prix affiché doit deviner. À 45 € il ne vend rien et détruit tout le gain ; à 30 € il en laisse la moitié sur la table sans le savoir. La criée lui rapporte moins que le coup parfait, mais elle ne lui demande de connaître RIEN. C'est cela qu'on achète en organisant une vente aux enchères : non pas le prix le plus élevé, mais un prix qu'on n'a pas eu besoin de deviner.

Une dernière lecture, en diagonale du tableau. La criée ascendante donne 36 € et l'enchère au second prix 35 € : un euro d'écart, qui n'est rien d'autre que le PAS de la criée. Les deux procédures sont donc la même à un pas près — ce qui explique qu'on démontre sur l'une (le pli cacheté, où le raisonnement est propre) ce qu'on observe sur l'autre. Et la négociation tombe au même prix que le prix administré à 30 € : la loi peut décréter ce que deux personnes symétriques auraient obtenu d'elles-mêmes. Ce qu'elle ne peut pas, c'est le savoir à l'avance.

ProcédurePrixGain du vendeurGain de l'acheteurTotal créé
Criée ascendante (pas de 1 €)36 €16 €4 €20 €
Enchère au second prix35 €15 €5 €20 €
Prix affiché, deviné juste40 €20 €0 €20 €
Prix affiché sous-estimé30 €10 €10 €20 €
Prix affiché surestiméaucune vente0 €0 €0 € — détruit
Négociation, partage égal30 €10 €10 €20 €
Prix administré dans la zone30 €10 €10 €20 €
Prix administré hors zone (15 €)aucune vente0 €0 €0 € — détruit

VII. Ce qu'une procédure coûte, et comment on la choisit

Une question reste, et c'est celle que le tableau précédent fait naître. Si la criée rapporte 16 € au vendeur contre 10 € en négociation, pourquoi ne vend-on pas TOUT aux enchères ? Pourquoi le supermarché n'organise-t-il pas une criée par pot de yaourt ?

Parce que le tableau ne compte que ce que les procédures RAPPORTENT, jamais ce qu'elles COÛTENT. Organiser une criée demande de réunir des acheteurs au même endroit au même moment, de faire connaître l'objet, de tenir la vente — et ce coût ne dépend presque pas de la valeur du bien. Sur un vélo, il effacerait aussitôt les 6 € que la criée fait gagner au vendeur ; sur un tableau de maître, il est négligeable. Voilà pourquoi on vend aux enchères les œuvres d'art, les fréquences de téléphonie mobile et la dette de l'État, et pourquoi on affiche un prix sur les yaourts.

La négociation, elle, coûte du TEMPS aux deux parties, et ce temps ne dépend pas non plus de l'enjeu : discuter une heure coûte autant pour une baguette que pour un appartement. C'est toute l'explication de ce qu'on observe — on ne marchande pas sa baguette, on marchande son loyer.

⚠️ Retiens le critère de choix, il vaut pour tout le chapitre : on adopte la procédure la plus INFORMATIVE que la valeur de l'objet permet de payer. La criée produit de l'information — elle fait dire aux acheteurs ce qu'ils sont prêts à mettre — et cette information se paie. Le prix affiché ne coûte presque rien et n'apprend presque rien : c'est un marché acceptable quand l'enjeu est faible et qu'on vend le même objet mille fois, parce qu'on apprend alors par ses invendus au lieu de payer pour savoir. Ronald Coase pose l'idée dès 1937 : se servir du marché a un coût, et ce coût explique une partie des formes que prend l'économie.

Une remarque pour finir, et elle vaut mieux qu'un résumé, parce qu'elle montre que ces procédures ne sont pas si étanches. Le vendeur de la section II a un prix de réserve, et il doit le choisir AVANT la vente, sans connaître les dispositions à payer de personne. Placé trop haut — 45 € sur notre vélo —, il fait échouer la criée exactement comme un prix affiché trop haut fait fuir les acheteurs. ⚠️ Autrement dit : une réserve est un PRIX AFFICHÉ CACHÉ, et elle réintroduit dans la criée le problème de devinette que la criée était censée supprimer. Le vendeur n'échappe donc jamais complètement à l'ignorance ; il choisit seulement l'endroit où elle lui coûte le moins cher.

Et c'est cette ignorance-là, partagée par tout le monde et jamais rassemblée nulle part, qui fait l'objet de la section VIII.

VIII. Ce qu'un prix transmet

La section VII s'est arrêtée sur une ignorance que personne ne peut lever seul. C'est le sujet d'un des articles les plus cités de l'économie du XXᵉ siècle : Friedrich Hayek, « The Use of Knowledge in Society », publié dans l'American Economic Review en 1945. Son point de départ n'est pas idéologique, il est descriptif : la connaissance dont une économie a besoin pour fonctionner n'est jamais donnée à quelqu'un dans son intégralité. Elle est éparpillée en fragments — ce que coûte cette pièce à cet atelier, combien ce client tient à ce modèle, quel stock dort dans cet entrepôt — et chaque fragment n'est connu que de celui qui le détient.

L'exemple de Hayek mérite d'être su par cœur, tant il est efficace en copie. Supposons que l'étain devienne rare — peu importe pourquoi, un gisement épuisé ou un nouvel usage. Le prix de l'étain monte. Que se passe-t-il ? Partout dans le monde, des gens qui utilisent de l'étain en économisent, cherchent des substituts, révisent leurs plans. Presque aucun d'eux ne sait POURQUOI l'étain est devenu rare, et ils n'ont pas besoin de le savoir : la seule information dont ils ont besoin — « l'étain est devenu plus précieux, ménagez-le » — leur est arrivée sous la forme d'un nombre. Le prix a fait circuler une connaissance que personne n'a rassemblée.

C'est en ce sens que Hayek appelle le système de prix un système de COMMUNICATION, et qu'il insiste sur son économie de moyens : un seul nombre, là où il faudrait un rapport. La contrepartie est que ce nombre ne dit pas d'où il vient. Un prix qui monte ne distingue pas une récolte perdue d'une mode nouvelle, et le chapitre précédent le montrait déjà : offre en recul ou demande en hausse font toutes deux monter le prix. Le signal est efficace parce qu'il est pauvre.

Cette thèse est née d'un débat, et le citer situe une copie. Ludwig von Mises soutient en 1920 qu'une économie sans prix ne peut pas calculer : sans prix des moyens de production, rien ne permet de comparer deux façons de fabriquer la même chose. Oskar Lange répond en 1936 qu'un planificateur peut très bien simuler le tâtonnement de Walras — annoncer des prix, observer les excédents et les pénuries, corriger. Hayek déplace alors la question en 1945 : le problème n'est pas de CALCULER, un ordinateur y suffirait, il est que les données du calcul ne sont nulle part rassemblées, et qu'elles changent sans cesse.

⚠️ Ce qu'il faut en retenir pour le chapitre précédent, parce que c'est un beau point de dissertation : le commissaire-priseur de Walras est un centre qui sait tout — il connaît à chaque instant l'excès d'offre ou de demande. Hayek décrit exactement l'inverse : le prix est utile PARCE QU'aucun centre ne sait. Les deux constructions ne racontent pas la même histoire, et l'on peut les tenir toutes deux à condition de savoir laquelle on utilise et pour quoi faire. La fiction walrasienne sert à démontrer qu'un équilibre existe ; l'argument de Hayek sert à comprendre pourquoi on s'en remet aux prix plutôt qu'à un bureau.

IX. Un prix seul ne veut rien dire

Dernière section avant l'atelier, et c'est celle qu'on oublie le plus souvent en copie. Tout ce chapitre a parlé de prix en euros. Or un prix en euros, pris isolément, n'apprend presque rien : « le café coûte 3 € » ne devient une information que rapporté à autre chose — au prix du thé, à un salaire, au prix du même café l'an dernier.

Le rapport de deux prix s'appelle un PRIX RELATIF, et c'est lui qui commande les décisions. Un café à 3 € et un thé à 1,50 € : une tasse de café coûte deux thés. Voilà l'arbitrage réel auquel un consommateur fait face, et il ne s'exprime pas en euros mais en thés renoncés. Le chapitre précédent le disait déjà autrement — le thé est un substitut du café, et c'est le rapport de leurs prix qui décide du basculement, jamais le niveau de l'un des deux.

Cette remarque a une conséquence spectaculaire. Supposons que TOUS les prix doublent, salaires compris : le café passe à 6 €, le thé à 3 €. Le rapport reste de deux thés pour un café, et le nombre de cafés qu'un salaire permet d'acheter n'a pas bougé non plus. Rien de réel n'a changé — seule l'unité de compte s'est rétrécie. Les économistes disent que la demande est HOMOGÈNE DE DEGRÉ ZÉRO : elle ne dépend que des rapports de prix et du pouvoir d'achat du revenu, jamais des niveaux pris séparément.

Confondre les deux porte un nom qu'un correcteur attend : l'ILLUSION MONÉTAIRE. Elle consiste à réagir à un prix affiché plutôt qu'à un prix relatif — se réjouir d'une augmentation de salaire de 3 % quand les prix montent de 5 %, ou trouver un logement « cher » sans le rapporter aux revenus de l'époque. Le remède est mécanique : rapporte toujours un prix à quelque chose, un autre prix ou un revenu.

Une dernière commodité, héritée de Walras, éclaire tout cela : le NUMÉRAIRE. Rien n'oblige à exprimer les prix en euros ; on peut choisir un bien comme unité et dire que le thé vaut 0,5 café. On perd alors la monnaie et l'on ne garde que les rapports — c'est-à-dire, si l'on en croit ce qui précède, tout ce qui compte pour les décisions. Ce chapitre s'arrête ici, mais deux suites y sont déjà contenues : mesurer comment un ensemble de prix évolue est l'objet des INDICES DE PRIX, et la hausse générale qu'ils enregistrent est celle de l'INFLATION. Deux étapes que le cursus traite plus loin dans l'année.

Doubler tous les prix ne change rien : la vérification

Une affirmation aussi forte se contrôle sur les nombres du cours plutôt que de se croire sur parole.

  1. p_café = 3 € · p_thé = 1,50 €

    Les deux prix de départ, en euros. p_café : le prix d'une tasse de café ; p_thé : celui d'une tasse de thé.

  2. p_café / p_thé = 3 / 1,5 = 2

    Le prix relatif : une tasse de café coûte deux tasses de thé. C'est cela, l'arbitrage réel.

  3. tous les prix ×2 : 6 € et 3 €

    On applique le même facteur à tout, salaires compris — c'est l'hypothèse à respecter, sans quoi la conclusion tombe.

  4. 6 / 3 = 2

    Inchangé. Le facteur 2 se simplifie au numérateur et au dénominateur : il ne pouvait pas en être autrement.

  5. revenu 300 € → 100 cafés · revenu 600 € → 100 cafés

    Le pouvoir d'achat du revenu est lui aussi inchangé, puisque le revenu a doublé comme les prix. ⚠️ Si le revenu n'avait pas suivi, TOUT changerait — et l'on ne serait plus dans le cas étudié.

⚠️ Ne conclus jamais de cet exercice que l'inflation est sans effet. Il suppose que tous les prix et tous les revenus bougent EXACTEMENT du même facteur, au même moment. Dans la réalité ils bougent à des rythmes différents, et c'est précisément de ces écarts que viennent les gagnants et les perdants d'une inflation. Le cours qui la traite y reviendra.

X. L'atelier : mène la criée toi-même

Tout ce chapitre tient à une intuition qu'on ne croit vraiment qu'après l'avoir vue : le prix d'une criée est commandé par le SECOND, jamais par le gagnant. L'atelier ci-dessous te le fait constater — et il te demande ton pronostic avant de te montrer quoi que ce soit, parce qu'une règle se retient bien mieux quand on s'est trompé une fois en la testant.

Deux commandes, qui sont les deux gestes de la section II. Le curseur de prix fait monter l'annonce du commissaire-priseur : tu vois les mains se baisser une à une, et tu lis à chaque palier le nombre de mains restantes — l'escalier de la demande se dessine sous tes yeux. Le second réglage change la disposition à payer d'un enchérisseur, et c'est là que se joue la leçon.

Un conseil d'usage pour finir. Monte la disposition à payer d'Amina de 40 à 60 € : le prix d'adjudication ne bouge PAS d'un centime, parce qu'elle était déjà la plus forte et que le prix ne dépend pas d'elle. Monte ensuite celle de Basile de 35 à 39 € : le prix suit immédiatement. Deux manipulations, et la leçon centrale du chapitre est acquise mieux que par n'importe quelle phrase.

P (€)Q (mains)10 €adjugé 36 €AminaBasileChloéDavidÉlias12345
10 €

5 mains levées : Amina, Basile, Chloé, David, Élias. C'est la quantité demandée à ce prix.

Le curseur ne fait que MONTER l'annonce : il ne change aucune disposition à payer. Ce que tu vois se dessiner est la courbe de demande, en escalier.

Change une disposition à payer, et prédis ce que devient le prix
40 €
35 €
28 €
22 €
15 €

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Une commune met en vente un ancien local municipal. Trois procédures sont envisagées : une vente aux enchères ascendantes ouverte à tous, un prix affiché « à prendre ou à laisser », ou une négociation de gré à gré avec le premier candidat sérieux. Un élu affirme : « les enchères, c'est la garantie d'obtenir le prix le plus élevé, c'est-à-dire la vraie valeur du local. » Discuter, en distinguant ce que chaque procédure décide et ce qu'elle ne décide pas.

  1. Poser d'abord ce que les trois ont en commun. Un acheteur n'ira pas au-dessus de sa disposition à payer v, la commune ne descendra pas sous son prix de réserve c. Le prix sera donc dans [c ; v] dans les trois cas, et l'échange créera v − c de surplus. La procédure ne fabrique pas ce gain : elle décide de son partage entre la commune et l'acquéreur — et de QUI est l'acquéreur, car v est la disposition de celui qui achète : un gré à gré conclu avec le premier candidat venu peut créer moins qu'une criée, qui ira chercher le mieux-disant.
  2. Corriger la première moitié de l'affirmation. Une criée ascendante ne donne PAS la plus forte disposition à payer : elle s'arrête un pas au-dessus de la DEUXIÈME. Le prix obtenu mesure donc la valeur du concurrent le plus proche, pas celle du gagnant. Avec deux candidats très semblables, la commune encaisse presque tout ; avec un candidat très supérieur aux autres, il empoche une marge confortable — et cela ne dépend pas de la qualité du local.
  3. Corriger la seconde moitié, qui est une faute de raisonnement plus profonde. Il n'existe pas de « vraie valeur » du local indépendante de qui l'achète : la valeur est la disposition à payer, elle diffère d'un candidat à l'autre. Une procédure révèle des dispositions à payer, elle ne découvre pas un nombre qui préexisterait.
  4. Comparer alors les trois sous le seul angle où elles diffèrent vraiment. La criée fait dire aux acheteurs ce qu'ils sont prêts à mettre : c'est la seule des trois qui produise cette information, et elle attribue le bien à qui le valorise le plus. Le prix affiché oblige la commune à deviner : trop haut, aucun acheteur et le local reste vide ; trop bas, elle laisse de l'argent sur la table sans jamais savoir combien. La négociation de gré à gré ne donne qu'un intervalle : le prix y dépendra du rapport de force, donc de la patience de chacun et des options extérieures de l'acquéreur — et non de la valeur du local.
  5. Conclure en nommant le risque propre à chaque procédure. La criée suppose de vrais concurrents : avec un seul candidat, elle se réduit au prix de réserve. Le prix affiché suppose une bonne estimation de la demande. La négociation expose la commune à un acquéreur mieux informé ou plus patient qu'elle.

Phrase de copie : « Les trois procédures encadrent le prix entre le prix de réserve et la disposition à payer, et ne décident que du partage du surplus ; l'enchère ascendante ne révèle pas la plus forte disposition à payer mais la deuxième, si bien que le prix obtenu mesure la concurrence entre candidats et non une valeur intrinsèque du bien. » À accompagner d'un tableau à trois colonnes — procédure, information produite, risque propre.

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Un sixième enchérisseur, Farida, se présente à la criée du vélo avec une disposition à payer de 38 €. À quel prix le vélo part-il désormais, qui l'emporte, et que devient le surplus du gagnant ? Que conclus-tu ?

    Un coup de pouce

    Reprends la règle : la criée s'arrête un pas au-dessus de la deuxième disposition à payer. Range les six nombres avant de répondre.

    Voir le corrigé

    Les six dispositions à payer rangées : 40 (Amina), 38 (Farida), 35 (Basile), 28, 22, 15. La deuxième est désormais 38 €, et non plus 35 €.

    Le vélo part donc à 39 €, un pas au-dessus. Amina l'emporte toujours — sa disposition à payer reste la plus forte —, mais son surplus tombe de 4 € à 40 − 39 = 1 €.

    Conclusion : le gagnant n'a pas changé, l'ALLOCATION du bien non plus, et pourtant le prix a monté de 3 €. Ce qui a changé, c'est la force du concurrent le plus proche. ⚠️ C'est la leçon centrale de la section II : dans une criée, ce qui protège la marge d'un gagnant n'est pas sa propre valeur, c'est la faiblesse du second.

    Remarque à faire en copie : le surplus total de l'échange, lui, n'a pas bougé — c'est toujours la valeur d'Amina moins le prix de réserve du vendeur. Seul le partage a changé, au profit du vendeur. On retrouve l'identité de la section I.

  2. Reprends le tableau des cinq enchérisseurs. Combien de mains sont levées à 25 € ? à 30 € ? à 36 € ? Trace l'allure de la relation entre le prix annoncé et le nombre de mains, et dis de quelle courbe du chapitre précédent il s'agit.

    Un coup de pouce

    Une main reste levée tant que le prix annoncé ne dépasse pas la disposition à payer de son propriétaire.

    Voir le corrigé

    À 25 € : Amina (40), Basile (35) et Chloé (28) tiennent encore ; David (22) et Élias (15) sont sortis. Trois mains.

    À 30 € : Amina et Basile seulement, Chloé étant sortie au-delà de 28. Deux mains.

    À 36 € : Amina seule. Une main — c'est le prix d'adjudication.

    L'allure est un ESCALIER décroissant : le nombre de mains ne baisse pas continûment, il chute d'une unité à chaque disposition à payer franchie, et reste constant entre deux. C'est la courbe de DEMANDE du chapitre précédent, avant lissage : à chaque prix, elle donne la quantité demandée.

    À retenir pour la dissertation : la droite de demande du chapitre précédent n'est pas une réalité, c'est le lissage d'un escalier à beaucoup de marches. Avec cinq acheteurs on voit les marches ; avec cinq mille, l'escalier ressemble à une droite.

  3. Dans une enchère au second prix, Basile (disposition à payer 35 €) hésite à écrire 42 € pour « se donner une chance de gagner ». Montre-lui, en distinguant les cas, que c'est une mauvaise idée — puis dis ce qui changerait si l'enchère faisait payer au gagnant son propre montant.

    Un coup de pouce

    Appelle M la meilleure offre des autres. Ce que Basile écrit ne décide que d'une chose : s'il gagne. Ce qu'il paie, c'est M.

    Voir le corrigé

    Si M < 35 : Basile gagne dans les deux cas (qu'il écrive 35 ou 42) et paie M dans les deux cas. Écrire 42 n'a rien changé.

    Si M > 42 : il perd dans les deux cas. Écrire 42 n'a rien changé non plus.

    Si 35 ≤ M < 42 : c'est le seul cas où l'offre de 42 € change quelque chose — Basile gagne alors qu'il aurait perdu. Il paie M, qui vaut au moins 35 €, pour un vélo qui en vaut 35 pour lui. Son gain est nul au mieux, et négatif dès que M dépasse 35 : à M = 39, il perd 4 €.

    Conclusion : surenchérir n'ajoute que des victoires perdantes. Ce n'est jamais gagnant, et c'est parfois coûteux — c'est ce qu'on appelle une stratégie DOMINÉE.

    Si l'enchère faisait payer son propre montant (enchère au premier prix), l'argument tomberait : ce que Basile écrit déterminerait ce qu'il paie. Écrire 35 lui garantirait un gain nul même en gagnant. Il annoncerait donc MOINS que 35 — d'autant moins qu'il se croit peu concurrencé. ⚠️ Le prix obtenu ne se lirait plus comme une disposition à payer.

  4. Le vendeur de vélos affiche 45 € au lieu de 40 €. De combien son profit baisse-t-il ? Et s'il affiche 50 € ? Vérifie tes deux réponses avec la forme π(P) = 800 − 2 (P − 40)², puis énonce la règle générale.

    Un coup de pouce

    Deux chemins pour chaque réponse : le calcul direct (marge × quantité) et la forme canonique. Ils doivent donner le même nombre — c'est ton contrôle.

    Voir le corrigé

    À 45 € : la demande donne 120 − 2 × 45 = 30 vélos, la marge vaut 45 − 20 = 25 €, donc un profit de 750 €. La perte est de 800 − 750 = 50 €.

    Contrôle par la forme canonique : 800 − 2 × (45 − 40)² = 800 − 2 × 25 = 750 ✓.

    À 50 € : 120 − 2 × 50 = 20 vélos, marge de 30 €, profit de 600 €. La perte est de 200 €. Contrôle : 800 − 2 × (50 − 40)² = 800 − 200 = 600 ✓.

    Règle générale : la perte vaut 2 × (écart au prix optimal)². Une erreur deux fois plus grande coûte QUATRE fois plus cher — 5 € d'écart coûtent 50 €, 10 € d'écart en coûtent 200.

    Rapprochement à faire en copie : c'est exactement la loi du carré rencontrée au chapitre précédent sur la perte sèche d'un prix encadré. Ce n'est pas une coïncidence — dans les deux cas, on mesure l'aire d'un triangle dont la base et la hauteur grandissent ensemble avec l'écart.

  5. Le coût unitaire du vendeur monte de 20 € à 30 € (les pièces ont renchéri). Écris son nouveau profit, trouve le prix qui le maximise et le profit correspondant. De combien le prix affiché répercute-t-il la hausse de coût de 10 € ? Commente.

    Un coup de pouce

    Refais les deux mêmes étapes qu'en cours : développer, puis compléter le carré. La demande, elle, n'a pas changé.

    Voir le corrigé

    π(P) = (P − 30)(120 − 2 P) = −2 P² + 180 P − 3600.

    On met −2 en facteur : π(P) = −2 (P² − 90 P + 1800). Puis on complète le carré : P² − 90 P + 1800 = (P − 45)² − 2025 + 1800 = (P − 45)² − 225.

    Donc π(P) = 450 − 2 (P − 45)². Le nouveau prix optimal est 45 €, pour 450 € de profit. Contrôle direct : à 45 €, la demande donne 30 vélos et la marge vaut 15 €, soit 450 € ✓.

    La hausse de coût est de 10 €, la hausse du prix affiché de 5 € seulement : la MOITIÉ est répercutée sur l'acheteur, l'autre moitié est absorbée par le vendeur, qui voit son profit tomber de 800 € à 450 €.

    Commentaire attendu : un vendeur qui répercuterait la totalité de la hausse perdrait trop de clients — la loi de la demande le lui interdit. ⚠️ On retrouve, par un tout autre chemin, la question du chapitre précédent : qui supporte réellement une hausse de coût ne se décide pas en regardant qui la paie d'abord. Le partage exact, lui, relève de l'élasticité, plus loin dans l'année.

  6. Un vendeur ne descendra pas sous 120 €, l'acheteur ne montera pas au-dessus de 200 €. (a) Quelle est la zone d'accord et le surplus de l'échange ? (b) Quel prix pour un partage égal ? (c) L'acheteur trouve le même bien à 170 € ailleurs : que devient le prix d'un partage égal, et combien cette option lui rapporte-t-elle ? (d) Le vendeur, lui, n'a aucun autre acheteur en vue. Cela change-t-il sa valeur du bien ?

    Un coup de pouce

    Écris le prix sous la forme p = c + λ (v − c). Pour (c), demande-toi ce que devient v quand l'acheteur peut aller ailleurs.

    Voir le corrigé

    (a) Zone d'accord : de 120 € à 200 €. Surplus de l'échange : 200 − 120 = 80 €.

    (b) Partage égal, λ = ½ : p = 120 + 0,5 × 80 = 160 €. Chacun repart avec 40 €. Contrôle : (200 − 160) + (160 − 120) = 40 + 40 = 80 € ✓.

    (c) L'option extérieure plafonne ce que l'acheteur consent ICI à 170 €. La zone devient 120-170 €, le surplus 50 €, et un partage égal donne p = 120 + 0,5 × 50 = 145 €. L'acheteur paie 15 € de moins qu'en (b) : c'est ce que lui rapporte son option.

    (d) Non, et c'est le piège de la question. La valeur du bien pour le vendeur — son prix de réserve, 120 € — n'a pas bougé d'un centime. Ce qui a changé, c'est sa POSITION dans la négociation : n'ayant personne d'autre, il a plus à perdre d'un échec, donc il cédera plus facilement. ⚠️ Ne confonds jamais ce qu'un bien vaut pour quelqu'un et ce qui lui arrive s'il n'y a pas d'accord — c'est la seconde qui décide du partage.

  7. Une mairie décide que le vélo d'occasion ne pourra pas se vendre plus de 15 €, alors que le vendeur ne descend pas sous 20 € et que l'acheteur en offrirait 40 €. Que se passe-t-il ? Compare ce résultat avec un prix administré à 30 €, puis dis en quoi ces deux mesures diffèrent d'un prix plafond au sens du chapitre précédent.

    Un coup de pouce

    Situe chaque prix décrété par rapport à l'intervalle [c ; v] de la section I. Et demande-toi, pour la dernière question, si le prix continue de se former.

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    À 15 €, le prix décrété tombe SOUS le prix de réserve du vendeur (20 €) : il préfère garder son vélo. L'échange n'a pas lieu. Les 20 € de surplus qu'il aurait créés ne sont pas mal partagés — ils n'existent pas.

    À 30 €, le prix décrété tombe dans la zone d'accord [20 ; 40] : l'échange a lieu, et le surplus de 20 € se partage à égalité. L'autorité n'a rien détruit ; elle a seulement choisi le partage à la place des intéressés.

    Différence avec un prix plafond : un plafond pose une BORNE et laisse le prix se former librement en dessous — s'il est placé au-dessus de l'équilibre, il ne change même rien. Un prix administré REMPLACE la formation : il n'y a plus ni découverte ni rapport de force, le prix est le même quoi qu'il arrive.

    ⚠️ Conclusion à écrire, et attention au piège : le prix affiché aussi peut empêcher l'échange, s'il est placé au-dessus de toutes les dispositions à payer. La différence est que le vendeur qui se trompe est détrompé par ses invendus, alors que rien ne détrompe l'autorité. La formule juste est donc : le prix administré est le seul qui puisse détruire le gain de l'échange SANS que personne se soit trompé.

  8. Une sécheresse détruit une partie de la récolte de blé. Le prix du blé monte fortement. Un boulanger à l'autre bout du pays, qui n'a jamais entendu parler de cette sécheresse, réduit sa production de pain et cherche une farine moins chère. Explique ce que ce comportement illustre, en nommant l'auteur et l'année. Puis dis ce que ce prix ne dit PAS au boulanger, et pourquoi ce n'est pas un défaut.

    Un coup de pouce

    Un seul nombre lui est parvenu. Demande-toi de quelle information il avait besoin, et de laquelle il n'avait pas besoin.

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    C'est l'argument de Friedrich Hayek dans « The Use of Knowledge in Society » (1945) : le système de prix fait circuler une connaissance qui n'est rassemblée nulle part. Le boulanger n'a besoin que d'une chose — « le blé est devenu plus précieux, ménagez-le » — et cette instruction lui est parvenue sous la forme d'un nombre.

    Ce que le prix ne dit pas : POURQUOI. Une sécheresse, une nouvelle demande à l'export, une taxe, un blocage logistique donneraient toutes le même signal. Le chapitre précédent le montrait déjà : une offre en recul et une demande en hausse font toutes deux monter le prix.

    Pourquoi ce n'est pas un défaut : c'est la condition même de son efficacité. Un rapport complet sur l'état des récoltes mondiales serait long, coûteux et périmé ; un nombre se lit instantanément et suffit à décider. ⚠️ Formule à retenir : le signal est efficace PARCE QU'il est pauvre.

    Nuance qui vaut des points, et que le chapitre précédent autorise : si le boulanger avait besoin de savoir combien de temps la hausse va durer, le prix courant ne le lui dirait pas — c'est pour cela qu'existent les marchés à terme, où se traite précisément l'anticipation.

  9. Dans un pays, tous les prix et tous les salaires sont multipliés par 3 en un an. Un journaliste titre : « les Français ne peuvent plus s'offrir un café, il coûte trois fois plus cher ». (a) Que répondre ? (b) Sous quelle condition précise ta réponse tient-elle ? (c) Le titre serait-il juste si les salaires n'avaient été multipliés que par 2 ?

    Un coup de pouce

    Rapporte le prix du café à quelque chose. Et vérifie soigneusement l'hypothèse avant de conclure.

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    (a) Rien de réel n'a changé : les prix RELATIFS sont inchangés, et le pouvoir d'achat du salaire aussi. Un salaire qui achetait 100 cafés en achète toujours 100, puisqu'il a triplé comme le café. Le journaliste commet une ILLUSION MONÉTAIRE — il réagit à un prix affiché au lieu d'un prix relatif.

    (b) La condition est que TOUT ait été multiplié par le même facteur, au même moment : les prix de tous les biens et tous les revenus. C'est ce qu'on appelle l'homogénéité de degré zéro. Retirer un seul de ces éléments fait tomber la conclusion.

    (c) Oui, et c'est le point important. Avec des prix ×3 et des salaires ×2, le salaire réel est divisé par 1,5 : un salaire qui achetait 100 cafés n'en achète plus que 100 × 2 / 3 ≈ 67. Le titre serait alors justifié — non parce que le café a triplé, mais parce qu'il a triplé PLUS VITE que les salaires.

    ⚠️ Ne conclus donc jamais que l'inflation est sans effet. Elle est sans effet dans le cas d'école où tout bouge ensemble ; dans la réalité les prix et les revenus ne bougent pas au même rythme, et c'est de ces ÉCARTS que viennent les gagnants et les perdants. Le cours sur l'inflation y reviendra.

  10. Un piano d'occasion. Le vendeur ne cédera pas sous 300 € ; trois acheteurs se présentent, prêts à mettre au maximum 800 €, 650 € et 500 €. Calcule le prix et le partage du surplus dans six cas : (a) criée ascendante au pas de 10 € ; (b) enchère au second prix ; (c) prix affiché parfaitement deviné ; (d) prix affiché à 850 € ; (e) négociation avec le plus offrant, partage égal ; (f) prix affiché à 550 €, mais c'est le DEUXIÈME acheteur qui pousse la porte le premier. Que remarques-tu sur la dernière colonne ?

    Un coup de pouce

    Commence par le surplus de l'échange, v − c : il est le même dans tous les cas où la vente a lieu, et c'est ton contrôle à chaque ligne.

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    Le surplus de l'échange vaut v − c = 800 − 300 = 500 €. Chaque ligne doit boucler dessus, sauf si la vente n'a pas lieu.

    (a) Criée : elle s'arrête un pas au-dessus de la deuxième disposition à payer, soit 650 + 10 = 660 €. Le vendeur encaisse 660 − 300 = 360 €, l'acheteur garde 800 − 660 = 140 €. Contrôle : 360 + 140 = 500 ✓.

    (b) Second prix : 650 € exactement. Vendeur 350 €, acheteur 150 €, total 500 ✓. L'écart avec (a) est de 10 € — le pas de la criée, rien d'autre.

    (c) Prix affiché parfaitement deviné : 800 €, la plus forte disposition à payer. Le vendeur rafle les 500 €, l'acheteur ne garde rien. ⚠️ C'est le meilleur coup du vendeur — mais il suppose de connaître un nombre que personne ne lui a dit.

    (d) Prix affiché à 850 € : aucun des trois n'accepte, le piano ne se vend pas. Le total tombe à 0 €. Le vendeur n'a pas mal partagé le gain : il l'a détruit.

    (e) Négociation, partage égal : p = 300 + 0,5 × 500 = 550 €. Chacun repart avec 250 €, total 500 ✓.

    (f) À 550 € affichés, le deuxième acheteur (650 €) accepte et repart avec le piano. Le vendeur encaisse 550 − 300 = 250 €, l'acheteur garde 650 − 550 = 100 €, et le total tombe à 350 €. Aucune vente n'a été empêchée, personne ne s'est trompé : c'est l'ALLOCATION qui a changé — le piano n'est pas allé à celui qui le valorisait le plus. Le prix affiché ne choisit pas son acheteur ; la criée, si.

    Ce qu'il faut remarquer : la dernière colonne vaut 500 € dans les quatre cas où la vente met le piano dans les mains du plus offrant, 0 € quand elle n'a pas lieu — et 350 € quand le bien part au deuxième. La procédure ne fabrique pas le gain de l'échange : elle le partage, elle l'empêche, ou elle le rabote en servant un autre acheteur. C'est la thèse de tout le chapitre, complétée de sa condition, et elle se contrôle en une addition.

    Remarque de méthode, à réutiliser en partiel : si tes lignes ne bouclent pas toutes sur le même total, vérifie d'abord ton calcul — puis demande-toi si l'acheteur est le même. À acheteur donné, le total est fixé ; s'il change, c'est l'allocation qui parle, pas une erreur.

  11. Un commissaire-priseur facture 150 € l'organisation d'une vente. Le vendeur hésite entre la criée et une négociation à partage égal avec le plus offrant. Que choisit-il : (a) pour le vélo du cours (réserve 20 €, meilleures dispositions 40 € et 35 €) ; (b) pour le piano de l'exercice 10 (réserve 300 €, meilleures dispositions 800 € et 650 €) ; (c) pour une toile dont il exige 5 000 €, les deux meilleures dispositions étant 9 000 € et 8 200 € (pas de 100 €) ? Énonce ensuite la règle générale.

    Un coup de pouce

    Compare ce que chaque procédure rapporte au vendeur, comme au tableau de la section VI — puis retranche les 150 € à celle qui les coûte.

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    (a) Le vélo. La criée rapporte au vendeur 36 − 20 = 16 € (section II), la négociation à partage égal 10 € (section IV) : l'avantage de la criée vaut 6 € — les mêmes 6 € que la section VII —, et il est englouti par les 150 € de frais. Négociation.

    (b) Le piano. Criée : 660 − 300 = 360 € ; négociation : 250 €. L'avantage vaut 110 €, toujours inférieur aux 150 € de frais. Négociation encore — et c'est le résultat qui surprend : même un bien à 800 € ne paie pas sa criée.

    (c) La toile. La criée s'arrête à 8 200 + 100 = 8 300 €, soit 3 300 € pour le vendeur ; la négociation à partage égal conclut à 5 000 + 0,5 × 4 000 = 7 000 €, soit 2 000 €. L'avantage vaut 1 300 € : les frais deviennent négligeables. Criée.

    La règle, celle que la section VII annonçait : le coût d'organisation d'une procédure ne dépend presque pas de la valeur du bien, alors que son avantage grandit avec elle. On adopte donc la procédure la plus informative que la valeur de l'objet permet de payer — une étiquette pour le yaourt, une salle des ventes pour la toile.

Définitions à connaître

Procédure de fixation du prix
Règle du jeu qui dit qui annonce un prix, dans quel ordre chacun répond et quand l'affaire est conclue. « Le marché » n'est ni un lieu ni une personne : c'est une procédure — criée, prix affiché, négociation ou prix administré.
Disposition à payer (v)
Prix maximal qu'un acheteur consent pour une unité d'un bien. C'est la hauteur de la courbe de demande au-dessus de cette unité, lue au chapitre précédent.
Prix de réserve (c)
Prix minimal en dessous duquel un vendeur préfère garder son bien — son coût. C'est la hauteur de la courbe d'offre au-dessus de l'unité concernée.
Zone d'accord
Intervalle [c ; v] des prix qui conviennent aux deux parties. Tout échange volontaire s'y conclut ; hors d'elle, l'un des deux refuse et il n'y a pas d'échange.
Surplus de l'échange
Valeur créée par l'échange, égale à v − c — la disposition de celui qui achète, moins le prix de réserve du vendeur. À acheteur donné, elle ne dépend PAS de la procédure : celle-ci n'en décide que le partage, en plaçant le prix dans la zone d'accord. Mais la procédure peut aussi décider de QUI achète — et donc de v.
Criée (enchère ascendante)
Procédure où un prix annoncé monte pas à pas, chacun se retirant quand il dépasse sa disposition à payer. Elle s'arrête un pas au-dessus de la DEUXIÈME disposition à payer : le prix y est fixé par le premier des perdants, jamais par le gagnant.
Enchère au second prix (Vickrey, 1961)
Enchère en pli cacheté où l'offre la plus haute l'emporte mais paie le montant de la deuxième. Écrire sa vraie disposition à payer y est une stratégie DOMINANTE — le meilleur choix quoi que fassent les autres — parce que ce qu'on écrit ne détermine pas ce qu'on paie.
Stratégie dominante
Choix qui est le meilleur quelles que soient les décisions des autres joueurs. Sa démonstration ne suppose donc aucune hypothèse sur leur comportement — c'est ce qui en fait un argument fort.
Enchère au premier prix
Enchère où le gagnant paie son propre montant (pli cacheté, ou enchère descendante dite hollandaise). Chacun y annonce moins que sa vraie valeur, sans quoi gagner ne rapporterait rien : le prix obtenu ne se lit donc PAS comme une disposition à payer.
Malédiction du vainqueur
Dans une enchère où le bien a la même valeur pour tous mais mal connue de chacun (un gisement, un droit d'exploitation), celui qui l'emporte est souvent celui qui a le plus surestimé. Il faut alors offrir moins que ce qu'on croit.
Prix affiché
Procédure où le vendeur annonce un prix avant tout contact avec les acheteurs, qui l'acceptent ou s'en vont. Il ne mesure rien : il devine, et n'apprend son erreur qu'après coup, par les invendus ou les ruptures.
Négociation (marchandage)
Procédure bilatérale où le prix se discute dans la zone d'accord. La théorie des prix n'y donne qu'un INTERVALLE : l'atomicité ayant disparu, l'issue dépend du rapport de force et non de la seule confrontation de l'offre et de la demande.
Option extérieure
Ce qu'une partie obtient s'il n'y a PAS d'accord. Elle ne change pas la valeur du bien, mais resserre la zone d'accord et déplace le partage — on améliore sa position en ayant mieux à faire ailleurs, pas en voulant davantage.
Prix administré
Prix fixé par une autorité, qui REMPLACE la formation du prix au lieu de la borner. À distinguer d'un prix plafond ou plancher, qui laisse le prix se former à l'intérieur d'une limite. S'il tombe hors de [c ; v], l'échange n'a pas lieu : c'est la seule procédure qui puisse détruire le gain de l'échange SANS que personne se soit trompé — un prix affiché trop haut le détruit aussi, mais par erreur, et les invendus détrompent le vendeur.
Prix comme signal (Hayek, 1945)
Un prix résume en un seul nombre une information dispersée que personne ne détient en entier, et la transmet à ceux qui en ont besoin. Il ne dit pas d'où il vient — et c'est la condition de son efficacité : le signal est utile parce qu'il est pauvre.
Débat du calcul socialiste
Controverse ouverte par Mises (1920), qui juge le calcul économique impossible sans prix, poursuivie par Lange (1936), qui propose qu'un planificateur simule le tâtonnement walrasien, et déplacée par Hayek (1945) : le problème n'est pas de calculer, mais que les données du calcul ne sont rassemblées nulle part.
Prix relatif
Rapport de deux prix — combien d'unités d'un bien il faut renoncer pour une unité d'un autre. C'est lui qui commande les décisions ; un prix pris isolément n'en dit presque rien.
Homogénéité de degré zéro
Propriété d'une demande qui ne dépend que des rapports de prix et du pouvoir d'achat du revenu : multiplier tous les prix ET tous les revenus par un même facteur ne change aucune décision réelle.
Illusion monétaire
Fait de réagir à un prix affiché plutôt qu'à un prix relatif — se réjouir de 3 % de salaire en plus quand les prix montent de 5 %. Le remède est mécanique : rapporter toujours un prix à un autre prix ou à un revenu.
Numéraire (Walras)
Bien choisi comme unité de compte, dans lequel tous les autres prix s'expriment. Il ne reste alors que des rapports de prix — c'est-à-dire, pour les décisions, tout ce qui compte.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Avant toute chose, nomme la PROCÉDURE : criée, prix affiché, négociation ou prix administré. Le raisonnement n'est pas le même, et un énoncé qui décrit une salle des ventes n'attend pas la réponse d'un énoncé qui décrit un magasin.
  2. Encadre systématiquement : c ≤ p ≤ v. Cet intervalle donne la réponse à la moitié des questions — échange possible ou non, gain de chacun, effet d'un prix décrété.
  3. La procédure ne fabrique pas le surplus v − c, elle le PARTAGE — et elle décide aussi de QUI achète, ce qui peut changer v. Écris les deux : c'est la structure de toute comparaison de procédures.
  4. Dans une criée, le prix est fixé par le SECOND, pas par le gagnant. Range les dispositions à payer, prends la deuxième, ajoute un pas. Répondre « le prix est la plus forte disposition à payer » est la faute classique du chapitre.
  5. Dans une enchère au second prix, dire la vérité est dominant PARCE QUE ce qu'on écrit ne décide pas de ce qu'on paie. Cite le mécanisme, pas seulement le résultat : c'est lui qui rapporte les points.
  6. Enchère au premier prix ou hollandaise : chacun annonce moins que sa valeur. N'y lis jamais une disposition à payer.
  7. Prix affiché : écris le profit (P − c) × Q(P), développe, complète le carré. La forme π = πmax − k (P − P*)² prouve le maximum et chiffre le coût d'une erreur, que le tableau ne fait que suggérer.
  8. Une erreur de prix se paie comme le CARRÉ de l'erreur : deux fois plus loin du sommet, quatre fois plus cher. Même loi que la perte sèche du chapitre précédent.
  9. Négociation : donne l'intervalle, puis le partage sous la forme p = c + λ (v − c). Répondre « le prix est indéterminé sans hypothèse sur le rapport de force » est la bonne réponse, pas une esquive.
  10. Une option extérieure ne change pas la VALEUR d'un bien, elle change ce qui arrive sans accord — donc la zone et le partage. Ne confonds jamais les deux.
  11. Prix administré ≠ prix plafond. Le plafond borne un prix qui se forme ; le prix administré remplace la formation. Et lui seul peut détruire l'échange, en tombant hors de [c ; v].
  12. Une procédure ne se juge pas qu'à ce qu'elle rapporte : elle a un COÛT d'organisation qui, lui, ne dépend guère de la valeur du bien. On adopte la plus informative que cette valeur permet de payer — enchères pour un tableau de maître, étiquette pour un yaourt.
  13. Compares-tu deux procédures ? Boucle le total. Si tes deux calculs ne donnent pas le même v − c, l'un des deux est faux — sauf si l'une des procédures empêche l'échange ou sert un AUTRE acheteur, et c'est alors le résultat à commenter, pas une erreur à corriger.
  14. Ce qu'on achète en organisant une vente aux enchères, ce n'est pas le prix le plus élevé : c'est un prix qu'on n'a pas eu besoin de deviner. Le prix affiché parfaitement deviné rapporte davantage — encore faut-il le deviner.
  15. Face à un prix qui bouge, distingue toujours ce qu'il TRANSMET (ménagez ce bien) de ce qu'il n'explique pas (pourquoi). Hayek 1945 en une phrase place une copie.
  16. Ne cite jamais un prix sans le rapporter à quelque chose : un autre prix, ou un revenu. Un prix absolu seul n'est pas une information.
  17. Avant de conclure qu'une hausse générale des prix « appauvrit », vérifie si les revenus ont suivi. S'ils ont suivi exactement, rien de réel n'a changé ; sinon, l'écart est tout le sujet.

Sources

  • Léon Walras, Éléments d'économie politique pure, 1874
  • Ludwig von Mises, Die Wirtschaftsrechnung im sozialistischen Gemeinwesen, 1920
  • Oskar Lange, On the Economic Theory of Socialism, 1936
  • Ronald Coase, The Nature of the Firm, 1937
  • Friedrich Hayek, The Use of Knowledge in Society, 1945
  • John Nash, The Bargaining Problem, 1950
  • William Vickrey, Counterspeculation, Auctions, and Competitive Sealed Tenders, 1961
  • Ariel Rubinstein, Perfect Equilibrium in a Bargaining Model, 1982