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Cursus étudiant

Histoire des faits économiques

18 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Dire à partir de QUAND le produit par tête d'un pays croît durablement, de COMBIEN, et pourquoi la réponse tient en un changement de régime plutôt qu'en une accélération.
  • Calculer un taux de croissance annuel moyen sur plusieurs siècles et le traduire en temps de doublement — les outils du n°9 et du n°18, appliqués à des durées où ils deviennent contre-intuitifs.
  • Décomposer la croissance d'un produit TOTAL en produit par tête multiplié par population, et lire le régime malthusien dans cette décomposition (n°10).
  • Dire d'où vient un nombre historique : qui l'a reconstruit, sur quelles bornes, dans quelle unité — et refuser de le citer sans cela.
  • Appliquer une règle de lecture aux séries anciennes, et savoir démontrer qu'une année isolée d'Ancien Régime est du bruit et non un niveau.
  • Lire un montant en « dollars internationaux de 2011 » en sachant quelles DEUX conversions il contient, et laquelle vient du n°6.
  • Dater et nommer les cinq ruptures du corpus : 1820, 1870-1914, 1914-1945, 1950-1973 et 1973 — en sachant que 1914 et 1945 sont des dates d'ÉVÉNEMENTS : les séries, elles, donnent 1913 et 1950, et c'est sur celles-là que les taux se calculent.
  • Expliquer la Grande Divergence par un écart de TAUX, et calculer ce qu'un tel écart produit sur deux siècles — en sachant que ce qui se compose est le RAPPORT des facteurs, jamais la différence des taux.
  • Réconcilier deux chiffres qui se contredisent en apparence, en identifiant la grandeur mesurée, la période retenue et la source.
  • Reconnaître le rattrapage d'après-guerre, et dire pourquoi le classement des taux y est presque l'inverse du classement des niveaux de départ.
  • Nommer trois choses qu'une série de produit par tête ne dit pas, dont la première est ce qu'elle-même n'a jamais prétendu mesurer.

I. Douze siècles, puis quarante-six ans

Voici deux nombres, et toute la licence 1 tient dans l'écart entre eux. En 1820, la production française rapportée à chaque habitant — le PIB par habitant du chapitre n°10, que ce chapitre-ci appellera plus souvent le PRODUIT PAR TÊTE, les deux noms désignant la même grandeur — vaut 1 822 dollars internationaux de 2011 — la §II dira exactement ce que cette unité veut dire. En 2022, elle vaut 39 066 dollars. Le produit par tête a donc été multiplié par 21,4 en deux siècles.

Avant de lire la suite, réponds à une question, et écris ta réponse. À ce rythme, combien d'années faut-il pour que le niveau de vie DOUBLE ? Puis une seconde, plus difficile : le même calcul, mené sur les trois siècles qui précèdent 1820, donne quel temps de doublement ? Quelques dizaines d'années dans les deux cas ? Quelques centaines ?

Les réponses sont 45,7 ans et 1 231 ans. Le second nombre n'est pas une coquille. De 1500 à 1820, le produit par tête français gagne 19,8 % — en trois cent vingt ans —, ce qui fait un taux annuel moyen de 0,0563 %. De 1820 à 2022, il croît de 1,53 % par an. Le rapport entre les deux taux vaut 27, et c'est lui qui sépare un monde où l'on vit comme son arrière-grand-père d'un monde où l'on ne reconnaît plus la maison de son enfance.

Ce n'est donc pas une accélération, c'est un changement de RÉGIME — au sens où le n°12 parlait d'un régime d'inflation : non pas un chiffre plus grand, mais une mécanique différente. Le chapitre a deux tâches. Établir les faits, d'abord : quand la rupture, où, dans quel ordre, et à quel rythme. Établir ce que valent ces faits, ensuite — et cette seconde tâche n'est pas un préambule poli, elle occupe deux sections entières, parce qu'elle est la seule chose qui distingue l'histoire économique d'une collection d'anecdotes chiffrées.

Une phrase du chapitre n°9 explique pourquoi celui-ci existe. Elle disait : « aucune figure de ce chapitre ne montre de taux antérieur à 1950 », et elle donnait sa raison — avant la comptabilité nationale, les taux sont RECONSTRUITS, donc « plus on remonte, moins un taux de croissance est une mesure et plus il est une CONSTRUCTION ». Ce chapitre-ci franchit délibérément cette ligne. Il doit donc, avant tout fait, le mode d'emploi de ce qu'il y a de l'autre côté.

Le dispositif, maintenant. La §II dit d'où viennent les nombres et ce que vaut leur unité. La §III pose la règle de lecture du chapitre et démontre qu'elle n'est pas un détail : sans elle, le même calcul rend un résultat de signe opposé. La §IV chiffre le régime d'avant avec l'identité du n°10. La §V regarde la rupture là où elle se produit d'abord, la §VI la divergence qu'elle creuse puis referme, la §VII la première mondialisation, la §VIII sa destruction, la §IX le rattrapage d'après-guerre, la §X le ralentissement qui dure encore. La §XI dit ce que tout cela ne dit pas, et la §XII te met aux commandes.

Le produit par tête de la France de 1500 à 2022 en échelle logarithmique : un trait presque plat sur trois siècles, puis un redressement qui commence vers 18201 0003 00010 00030 00018201500170019002022dollars internationaux de 2011 par habitant (échelle logarithmique)
Le produit par tête de la France, de 1500 à 2022, en dollars internationaux de 2011 (Maddison Project Database 2023). L'échelle verticale est LOGARITHMIQUE : des rapports égaux y occupent des hauteurs égales, si bien que la PENTE se lit comme un taux de croissance — c'est l'échelle du n°9, et sans elle on ne verrait pas 1 521 et 39 066 sur le même dessin. Les cinq premiers points (1500, 1600, 1700, 1800, 1820) sont des moyennes de vingt et un ans, les sept suivants (1870, 1913, 1929, 1932, 1950, 1973, 2022) des années : la §III explique pourquoi. Le trait vertical marque 1820, la bascule de régime — et c'est la seule date que la figure commente. Le trait est presque horizontal sur trois siècles, puis se redresse. Il n'est pas pour autant monotone : un décrochement se voit entre 1929 et 1932, celui de la Grande Dépression, que la §VIII chiffre. La courbe française de ce chapitre ne monte donc pas sans jamais redescendre — celle du Royaume-Uni, à la figure de la §VI, le fait aux six dates qu'elle relie, mais six points ne sont pas une série.

II. D'où viennent ces nombres

Le chapitre n°4 a raconté la naissance du PIB : William Petty compte le revenu de l'Angleterre et du pays de Galles en 1665, mais pendant deux siècles et demi ces comptes restent des exploits isolés ; c'est la crise de 1929 qui convertit les États, et le rapport de Simon Kuznets au Sénat américain, en 1934, qui fait l'acte de naissance de la comptabilité nationale moderne. Retiens la conséquence, elle commande tout ce chapitre : avant les années 1930, aucune production nationale n'a été mesurée de façon SYSTÉMATIQUE ET OFFICIELLE au moment où elle se produisait. Ces deux mots ne sont pas une précaution de style, et sans eux la phrase serait fausse : Petty chiffre bien l'Angleterre de son temps, et le n°4 nomme d'autres exceptions, des années 1920 et 1930, contemporaines de ce qu'elles mesurent. Ce sont des exploits isolés, sans continuité ni institution. Ce que ce chapitre lit d'AVANT les années 1930, en revanche, a bien été reconstruit après coup, sans exception. N'en déduis pas que tout ce qu'il lit ENSUITE sort des comptes nationaux : Toutain et Feinstein, dont la suite de cette section dira le rôle, sont des reconstructions et vont jusqu'en 1950. Seules les fenêtres les plus récentes de ce chapitre relèvent des comptes modernes, et cette section dira plus loin où passe la couture.

Reconstruits comment ? En partant de ce que les sociétés anciennes ont écrit pour d'autres raisons que la statistique : registres fiscaux, comptes de domaines, mercuriales — les prix relevés sur les marchés —, livres de douane, gages d'ouvriers — leurs salaires —, dîmes — le prélèvement ecclésiastique sur les récoltes, dont le nom dit le dixième mais dont le taux réel était souvent moindre —, dénombrements de feux — les recensements de foyers. On en tire des quantités et des prix, on les agrège avec les règles de la comptabilité nationale du n°4, et l'on obtient une estimation. C'est un travail d'historien autant que d'économiste, et il porte un nom : la comptabilité nationale RÉTROSPECTIVE.

Tous les nombres de PRODUIT et de POPULATION de ce chapitre viennent d'une seule base, et il faut savoir la citer. La restriction est due, et elle n'est pas de pure forme : la §X cite deux prix du baril en dollars COURANTS, qui viennent d'ailleurs et que la liste des sources crédite. Un chapitre qui exige la source de chaque nombre doit tenir ce compte-là aussi. La Maddison Project Database, version 2023, est publiée par le Groningen Growth and Development Centre et présentée par Jutta Bolt et Jan Luiten van Zanden. Elle prolonge le travail d'Angus Maddison, l'économiste qui a reconstitué deux mille ans de production mondiale et que les chapitres n°9 et n°10 citaient déjà ; à sa mort, en 2010, des collègues ont repris le chantier sous le nom de Maddison Project. La version 2023 couvre 169 pays et va jusqu'à 2022.

Ce que cette base a de remarquable pour un étudiant, c'est qu'elle NOMME ses sources pays par pays et période par période. Le tableau ci-dessous reproduit cinq de ces lignes, dans les termes de l'onglet « Sources » — à ceci près que DEUX de ces cinq lignes abrègent par « les mêmes » une référence déjà donnée à la ligne du dessus, là où le classeur, lui, la réécrit en entier : ces deux lignes-là ne se citent pas seules, les trois autres si. Et la seconde n'abrège pas seulement, elle AJOUTE un travail — c'est le cas où deux reconstructions se partagent une même période, la Chine de 1661 à 1933. Regarde-les vraiment : derrière « la France en 1500 » il y a un article de deux chercheurs, une méthode annoncée — l'approche par la demande — et une période couverte, 1276-1800. Note l'écart entre cette période et le titre de l'article, qui annonce 1280-1850 : la base commence quatre ans plus TÔT que le titre et s'arrête cinquante ans plus TÔT que lui — elle retient donc un peu plus d'un côté et beaucoup moins de l'autre, et c'est sa colonne qui fait foi. Une source citée et une source UTILISÉE ne couvrent pas forcément la même chose. Un nombre historique n'a pas à être anonyme, et c'est ce qui permet d'en discuter. « N'a pas à », et non « n'est jamais » : cette section montrera plus loin que le repère de 1820 — celui dont tout le reste part — tombe dans une tranche que la base n'attribue à personne.

Et voici une chose que ce tableau ne suffit pas à dire, qu'il faut savoir avant de le citer : le classeur porte DEUX listes de sources, de statut différent. Celle-ci, l'onglet « Sources », est à jour. Une seconde, intitulée « Maddison original sources », recense les références du jeu de données d'Angus Maddison lui-même, dans son dernier état de 2010 — et c'est là, et non dans le tableau ci-dessus, que se trouvent les deux reconstructions dont la §III va se servir : Toutain pour la France de 1850 à 1913 et de 1920 à 1950, Feinstein pour le Royaume-Uni de 1870 à 1950. Citer « la base Maddison » sans distinguer les deux listes, c'est mélanger deux vintages.

Une chose encore, que ce chapitre ne peut PAS te montrer et qu'il vaut mieux savoir avant de citer un niveau. La base ne publie aucun intervalle de confiance, et ce chapitre n'a, pour aucun pays et aucune période, une SECONDE reconstruction à mettre en face de celle qu'il lit — la seule dont les deux BORNES coïncident, la Chine de 1661 à 1933, associe ses deux signatures au lieu de les opposer. Deux signatures qui se chevauchent, en revanche, il y en a : le classeur signe les États-Unis « 1790-1870 » d'un côté et « 1800-1830 » de l'autre, et c'est dans cette tranche-là que tombe le 1820 américain que la §VII lit. Là encore, les deux travaux sont associés par la base, pas confrontés par ce chapitre. Or deux équipes qui refont la même série n'obtiennent pas les mêmes niveaux. Et ne prends pas les deux listes du classeur pour ce cas-là : ce sont deux documents de provenance d'une seule base, pas deux estimations concurrentes, et l'on vient de voir que celle de 2010 fournit encore les niveaux que la §III va lire. L'incertitude d'une série longue ne se mesure donc pas au nombre de décimales affichées : elle se mesure à un écart entre travaux publiés que ces nombres-ci ne portent pas. C'est la raison la plus forte de ne jamais citer un niveau ancien sans sa source.

Note aussi ce que le tableau montre sans le dire, et regarde la FRANCE : la reconstruction citée s'arrête en 1800, et celle qui prend la suite — Toutain, sur l'autre liste — ne commence qu'en 1850. Les deux lignes britanniques, elles, se raccordent sans trou de DATE : la première s'arrête en 1700 et la seconde y commence — c'est Feinstein, sur l'AUTRE liste, qui prend le relais en 1870. Sans trou de date, mais pas sans couture : la première porte l'ANGLETERRE, la seconde le Royaume-Uni. C'est exactement la question que la méthode n°9 de ce chapitre fait poser — est-ce le même pays ? — et ici la réponse est non. Une série longue est donc un MONTAGE — plusieurs travaux, cousus bout à bout, chacun avec ses méthodes — et il y a même, entre 1800 et 1850, une tranche pour laquelle la base ne nomme aucune reconstruction française : ces valeurs relèvent des estimations de la tradition Maddison elle-même.

Une question que ce tableau doit lever, sans quoi la §IV serait incompréhensible : comment la base donne-t-elle une série ANNUELLE de produit par tête, alors qu'elle ne donne la population qu'à quelques repères ? Parce que la reconstruction française ne divise pas un total par une population. L'approche par la DEMANDE, celle que la colonne annonce, part des salaires et des prix relevés pour estimer directement le revenu par tête : le par-tête est ce qu'elle PRODUIT, non ce qu'elle déduit. L'identité du n°10 reste vraie — elle l'est toujours —, mais elle ne décrit pas le chemin du calcul, et c'est pour cela que la série FRANÇAISE peut être annuelle sans que la base publie une population annuelle : la colonne de population est un jeu de repères, pas l'entrée du calcul. Ne généralise pas : les fenêtres annuelles BRITANNIQUES de ce chapitre viennent de Broadberry et de ses coauteurs — sauf la dernière, 1860-1880, dont les dix années postérieures à 1870 relèvent de Feinstein —, et leur reconstruction passe, elle, par la production, donc bien par un total rapporté à une population.

Et il faut dire tout de suite ce que cela coûte à ce chapitre-ci, parce que c'est sa borne la plus fragile. Le repère de 1820 — celui dont tout le reste part, celui que la §I chiffre à 1 822 dollars — est lu sur les années 1810 à 1830, c'est-à-dire ENTIÈREMENT à l'intérieur de cette tranche non attribuée. Ce n'est pas une raison de renoncer au chiffre : 1820 est le repère conventionnel de toute la littérature, et le chapitre ne saurait pas en construire un meilleur. C'est une raison de le citer en sachant ce qu'il vaut, et de ne jamais le donner à la décimale près.

Et il faut poser la même question à toutes les fenêtres de vingt et un ans dont ce chapitre CITE un résultat, sans quoi il s'appliquerait sa propre discipline à une seule d'entre elles. « Dont il cite un résultat », et pas « qu'il calcule » : la §III en BALAIE une soixantaine pour n'en retenir qu'un maximum, et celles-là ne sont pas nommées une à une — leurs premières mordent d'ailleurs sur la tranche non attribuée, ce qui ne change pas le rang qu'on en tire. Voici donc l'inventaire des fenêtres citées, et il est inconfortable. Parmi les LECTURES — les fenêtres dont le chapitre RETIENT la moyenne comme niveau —, trois traversent une couture. La fenêtre française 1790-1810 a dix de ses vingt et une années au-delà de 1800, où Ridolfi et Nuvolari s'arrêtent, et c'est elle qui porte la démonstration la plus spectaculaire de la §III, le changement de SIGNE entre 1500 et 1800. La fenêtre 1810-1830 est tout entière dans la tranche non attribuée : c'est le repère de 1820 dont on vient de parler. Et la fenêtre britannique 1690-1710 est à cheval sur le raccord de 1700, dix ans de chaque côté — c'est elle qui donne la borne commune des deux premiers taux de la §V. Parmi les fenêtres de DIAGNOSTIC — celles dont on tire une secousse, un écart ou un contrôle, sans que le chapitre en RETIENNE le niveau —, cinq de plus. La fenêtre 1830-1850 a vingt de ses vingt et une années dans la tranche non attribuée, sa dernière étant la PREMIÈRE de Toutain ; elle est un diagnostic et non une lecture, et il faut savoir pourquoi : sa moyenne ne paraît que dans la colonne « La moyenne » du tableau de la §III, où elle sert à mesurer un écart — aucune phrase de ce chapitre n'en fait le niveau de 1840. La fenêtre 1802-1822, qui vaut 8,12 % et qui interdit d'écrire « le maximum du siècle », est tout entière dans la même tranche. La fenêtre 1940-1960, qui porte l'étendue de 205,4 % et la secousse de 7,05 %, dépasse Toutain de dix ans. La fenêtre 1990-2010, qui donne le 1,09 % d'aujourd'hui, ne relève plus d'aucune reconstruction : ce sont des comptes nationaux modernes. Et la fenêtre BRITANNIQUE 1860-1880 est à cheval sur le raccord de 1870, où Feinstein prend le relais de Broadberry — c'est elle qui produit le +4,30 % dont la §III tire qu'une convention n'est jamais neutre, puis le 1,0257 % sur lequel la §IV retire une conclusion. Celle-là est la plus gênante des HUIT, parce qu'elle porte la démonstration même de non-neutralité. Note qu'elle est bien un diagnostic et non une lecture : de 1870, ce chapitre RETIENT l'année — c'est sa règle. Sa moyenne ne lui sert qu'à mesurer ce que cette règle coûte, et c'est exactement l'usage qu'en fait le 1,0257 % de la §IV. Tire-en la conséquence, elle est sérieuse et le chapitre la porte : une part — qu'il ne sait pas chiffrer — de la chute de la secousse est un changement d'INSTRUMENT et non du monde, puisque les deux fenêtres FRANÇAISES que la §III oppose, 1690-1710 et 1990-2010, ne sortent pas du même travail. Un mot enfin sur ce qui n'est PAS dans cette liste. Le taux français de 1913 à 1950, à la §VIII, enjambe le second trou d'attribution — 1913-1920 — mais sans rien y LIRE : un taux ne lit que ses deux bornes, toutes deux signées Toutain. Le trou n'entache pas ce taux ; il interdit seulement d'en décrire le chemin. Et celui-là, le tableau ne le montre même pas, puisque Toutain n'y figure pas. Le chapitre garde toutes ces mesures parce qu'elles sont les meilleures dont il dispose, et il dit ce qu'elles mélangent.

Reste l'unité, et elle contient DEUX conversions qu'il faut savoir séparer. Le classeur range ces montants dans un onglet nommé GDPpc, dont la première cellule porte « GDP pc 2011 prices » et que l'index du fichier décrit comme « Real GDP per capita in 2011$ ». Les trois formulations sont dans le classeur, à trois endroits différents : citer « la colonne » sans dire lequel des trois est déjà une approximation. Premièrement, ces montants sont RÉELS au sens du chapitre n°6 : l'inflation en a été retirée, si bien que 1 521 dollars de 1500 et 39 066 dollars de 2022 se comparent en volume, pas en pouvoir d'achat nominal. C'est exactement ce que le n°6 appelait passer du nominal au réel, et le n°11 t'a montré à quel prix — il faut un indice de prix, donc un panier, donc une convention. Deuxièmement, ces montants sont exprimés en dollars INTERNATIONAUX, c'est-à-dire convertis non pas au taux de change mais à la parité de pouvoir d'achat : on demande ce que la même somme achète effectivement dans chaque pays. Sans cette seconde conversion, comparer la France et la Chine reviendrait à comparer deux thermomètres gradués différemment.

Avant d'en venir à leur ordre, la limite de la PREMIÈRE conversion, celle que le n°11 a rendue visible et qu'il faut poser avant de lire un seul nombre de ce chapitre. Retirer l'inflation suppose un PANIER : on compare ce que coûte un même ensemble de biens à deux dates. Sur dix ans, l'hypothèse tient. Sur cinq siècles, elle ne tient plus au sens strict — l'essentiel des biens de 2022 n'existait pas en 1500, ceux de 1500 ne se consomment plus dans les mêmes proportions, et la QUALITÉ de ce qui porte encore le même nom a changé. Ce qui rend l'opération défendable EN PRINCIPE, c'est qu'un indice long ne compare pas directement 1500 à 2022 : il enchaîne des comparaisons proches, chacune sur un panier local et court, et l'on multiplie les maillons. C'est le CHAÎNAGE du n°6, celui que le n°11 a ensuite appliqué aux prix. Jusqu'où les reconstructions lues ici s'y tiennent, ce chapitre ne le sait pas : la base ne publie pas ses déflateurs, et le dire vaut mieux que de le supposer. Retiens donc la conclusion sous sa forme prudente : le facteur 25,7 entre 1500 et 2022 dit qu'il s'est passé quelque chose d'énorme ; il ne dit pas qu'un Français de 2022 consomme 25,7 fois le panier de 1500, qui n'existe plus.

Retiens l'ordre de ces deux conversions, car il est la source d'une confusion permanente. La première voyage dans le TEMPS et n'a besoin que d'un pays ; la seconde voyage dans l'ESPACE et n'a besoin que d'une date. Un chiffre qui n'aurait subi que la première ne se comparerait pas d'un pays à l'autre ; un chiffre qui n'aurait subi que la seconde ne se comparerait pas d'une année à l'autre. Il faut les deux, et la seconde est la plus fragile : elle repose sur des relevés de prix comparables entre pays, qui n'existent vraiment que depuis les années 1950. Étendre cette comparaison à 1500 est une extrapolation.

Et voici la précision qui manque à presque tous ceux qui citent cette base — elle est dans l'article même que le chapitre cite. « 2011 » est l'unité de COMPTE, pas l'année du REPÈRE. La comparaison entre pays des niveaux anciens ne repose pas sur des prix de 2011 : Bolt et van Zanden comparent trois repères possibles — 1990, 2011, et la méthode à repères multiples des Penn World Tables — et concluent qu'il faut s'en tenir au repère d'origine de 1990, en y intégrant le repère de 2011 pour la période postérieure à 1990 et un repère historique nouveau pour la comparaison États-Unis/Royaume-Uni en 1909. Autrement dit : les niveaux d'avant 1990 que ce chapitre lit sont ancrés sur une comparaison de prix de 1990, exprimée en dollars de 2011. C'est exactement le genre de convention qu'il faut savoir citer, et exactement le genre de convention qu'on tait d'habitude.

Une dernière chose, et c'est peut-être la plus utile de tout le chapitre. Le fait que ces nombres soient construits ne les rend pas arbitraires — c'est l'inverse, et le chapitre n°13 disait exactement cela du chômage : « C'est PARCE QUE la frontière est une décision qu'il faut une convention écrite, mondiale et stable ». Une reconstruction publiée, avec sa méthode et ses sources, peut être critiquée, refaite, corrigée ; une impression sur « comment on vivait autrefois » ne le peut pas. La bonne posture n'est ni de croire ces chiffres sur parole, ni de les rejeter : c'est de toujours les citer avec leur source, leurs bornes et leur unité.

SériePériode couverteQui a reconstruit, et où
France1276-1800Ridolfi et Nuvolari, « L'histoire immobile ? A reappraisal of French economic growth using the demand-side approach, 1280-1850 », European Review of Economic History, 2021
Royaume-Uni1252-1700 (Angleterre)Broadberry, Campbell, Klein, Overton et van Leeuwen, « British Economic Growth 1270-1870 », Cambridge University Press, 2015
Royaume-Uni1700-1870les mêmes
Chine1000-1661Broadberry, Guan et Li, « China, Europe and the Great Divergence: a Study in Historical National Accounting, 980-1850 », Journal of Economic History, 2018
Chine1661-1933les mêmes, ET Xu, Shi, van Leeuwen, Ni, Zhang et Ma, « Chinese National Income, ca. 1661-1933 », Australian Economic History Review, 2016

III. Une année n'est pas un niveau

Voici la difficulté que la §II a préparée, et elle est plus grave qu'elle n'en a l'air. La base donne pour la France une série ANNUELLE depuis 1276. On serait donc tenté de lire « le niveau de 1500 » sur la ligne 1500, comme on lit le PIB de 2024 dans les comptes de l'INSEE. C'est un piège, et voici sa mesure — après un mot sur le point de départ.

Ce point de départ, donc, et il n'est pas neutre : la France de 1500 sort d'un siècle et demi de peste, qui a vidé les campagnes et laissé aux survivants plus de terre par tête. C'est un plateau haut, pas un plancher — le titre même de l'article qui reconstruit cette série, « L'histoire immobile ? », interroge une thèse célèbre d'Emmanuel Le Roy Ladurie sur la stabilité des sociétés rurales. Choisir 1500 comme origine n'est donc pas anodin, et le chapitre le dit avant de s'en servir.

L'année 1500 vaut 1 670 dollars. La moyenne des vingt et une années qui l'entourent, de 1490 à 1510, vaut 1 521 dollars : l'année du milieu est donc 9,78 % AU-DESSUS de sa propre fenêtre. Elle n'est pas le niveau du temps ; elle est un tirage haut dans un nuage.

Pourquoi ce nuage ? Parce qu'avant l'industrie, la production dépend d'abord de la récolte, et la récolte du temps qu'il fait. L'année la plus brutale de la fenêtre de 1700 le montre : entre 1708 et 1709, la série française perd 27,58 %. Dis-le avec précision, sans quoi tu violerais ce que la §II vient d'établir : ce n'est pas une MESURE de la production de 1709, c'est ce que la reconstruction de Ridolfi et Nuvolari produit pour cette année-là à partir de prix et de salaires. Et 1709 est l'année du Grand Hiver — la Seine gelée, les oliviers du Midi détruits, le blé perdu dans les champs, une famine et des épidémies qui suivent. La coïncidence est frappante et vaut d'être signalée ; elle ne fait pas du chiffre un relevé. Une économie où un hiver retire plus d'un quart du produit n'est pas une économie où l'on lit un niveau sur une année.

Mais attention, et c'est ici que ce chapitre a failli se tromper : DEUX mesures qu'on serait tenté d'invoquer ne discriminent RIEN. Regarde le tableau. Première mesure, l'écart de l'année du milieu à sa fenêtre : il vaut 2,69 % autour de 1700 et 2,70 % autour de 2000 — le même, à un centième près. Seconde mesure, l'étendue de la fenêtre, c'est-à-dire de combien la plus haute année dépasse la plus basse : autour de 1500 les vingt et une années s'étalent de 1 355 à 1 693 dollars, soit 24,9 % — mais l'étendue vaut 31,0 % autour de 2000, et 205,4 % autour de 1950. La plus grande étendue de tout le tableau est l'une des plus RÉCENTES. Ces deux mesures ne séparent pas les deux mondes, et un chapitre qui s'appuierait dessus se paierait de mots.

Ce qui sépare, c'est une troisième mesure, et elle demande un geste de plus — un geste indispensable, sur lequel ce chapitre s'est d'abord trompé. Prends les vingt variations d'une année à la suivante à l'intérieur d'une fenêtre, en pourcentage. Fais-en la moyenne : c'est la TENDANCE de la fenêtre, ce qui monte régulièrement. Retire-la de chacune des vingt variations, et fais la moyenne des écarts qui restent, sans tenir compte de leur signe. Appelons ce nombre la SECOUSSE — le mot n'est pas d'usage, il ne sert qu'ici. Autour de 1700, une variation s'écarte en moyenne de 7,52 % de la tendance de sa fenêtre. Autour de 2000, de 1,09 %. Sept fois moins. Sois précis sur ce que cette mesure sépare : les deux BOUTS du corpus — l'Ancien Régime et aujourd'hui —, et non les deux côtés de la date de bascule. Le paragraphe qui suit montre justement qu'elle ne les sépare pas.

Comprends bien pourquoi il faut retirer la tendance, car c'est là que ce chapitre s'était trompé et qu'un correcteur l'a repris. Sans ce geste, on mesure « de combien le niveau bouge d'une année à l'autre », variations prises en valeur absolue : sur la fenêtre 1990-2010, ce nombre vaut 1,72 %. Compare-le maintenant à la TENDANCE de la même fenêtre, c'est-à-dire à la moyenne des variations avec leur signe : 1,26 %. Les deux sont du même ordre, et il n'y a rien à soustraire de l'un pour obtenir l'autre — ce sont deux résumés différents des mêmes vingt nombres. Ce que leur proximité dit est ceci : sur une série qui monte presque tous les ans, la variation « en valeur absolue » EST presque toujours la montée, et la mesure brute ne renseigne donc guère sur les à-coups. Retire la tendance de chaque variation avant de moyenner, et il reste 1,09 % : celui-là est un à-coup.

Le même geste explique pourquoi l'étendue échouait. Entre 1990 et 2010 le produit par tête français gagne 28,3 % et jamais une année ne s'écarte de la précédente de plus de 3,5 % : l'étendue est grande parce que la courbe MONTE, la secousse est minuscule parce qu'elle monte régulièrement. Entre 1490 et 1510 il finit 7,1 % plus haut qu'il n'a commencé, après être passé par 1 355 et par 1 693 : l'étendue est plus petite et la secousse près de cinq fois plus grosse — 4,67 fois, exactement. Une mesure de dispersion ne dit rien tant qu'on n'a pas retiré la tendance, et la variation d'une année à la suivante la retire toute seule.

Voici maintenant le fait qui interdit de présenter la règle de ce chapitre comme un seuil, et je préfère l'écrire que le taire : la secousse NE CHUTE PAS en 1870 — elle y CULMINE. Suis-la sur le tableau : 3,26 % autour de 1840, 5,33 % autour de 1870, 2,45 % autour de 1900. Elle remonte jusqu'à la charnière avant de redescendre. Sois précis sur le sommet, et sur la portée de ce qu'on avance : de 1840 à 1900, le maximum ne tombe pas exactement en 1870 mais en 1866, à 5,41 %, et toutes les fenêtres de 1864 à 1871 dépassent 5 % — c'est un PALIER, pas une pointe, et chacune de ces huit fenêtres contient la guerre de 1870. Mais ne t'arrête pas là, car la guerre ne suffit pas à expliquer le palier : les VINGT ET UNE fenêtres centrées de 1860 à 1880 la contiennent toutes, et treize d'entre elles restent sous 5 % — la plus basse, celle de 1880, tombe à 3,85 %. Ce qui départage est le VOISINAGE : la fenêtre de 1866 garde les années agitées du milieu du siècle et laisse dehors les années calmes d'après 1876 ; celle de 1880 fait l'inverse. Une fenêtre mesure autant ce qu'elle exclut que ce qu'elle contient — c'est encore la sensibilité aux bornes du n°9, appliquée cette fois à une fenêtre. Ne dis surtout pas pour autant « le maximum du siècle » : la fenêtre 1802-1822 vaut 8,12 %, davantage encore, et elle contient l'Empire et ses guerres. Le XIXᵉ siècle français commence donc par une secousse plus forte que celle de 1870. Ajoute que la fenêtre 1940-1960, à 7,05 %, arrive au SECOND rang de tout le tableau, derrière la seule fenêtre de 1700 — une fenêtre postérieure à la bascule y est donc aussi agitée que les fenêtres d'Ancien Régime.

La règle de lecture n'est donc pas un seuil statistique, et la présenter comme tel serait faux. C'est un jugement, et le voici en une phrase : ON LISSE CE QUI EST DU BRUIT, PAS CE QUI EST DE L'HISTOIRE. Avant, une année s'écarte de ses voisines parce que la récolte a été bonne ou mauvaise : l'écart ne renseigne sur rien de daté, et le retirer fait apparaître le niveau. Après, une année s'écarte parce qu'il s'est passé quelque chose — la crise de 1929, l'occupation, la reconstruction — et cet écart EST ce qu'on cherche à voir. La fenêtre 1940-1960 le prouve : son étendue de 205,4 % n'est pas du bruit, c'est un effondrement suivi d'un redressement, et une moyenne l'effacerait.

Une dernière honnêteté sur la moyenne de vingt et un ans avant d'énoncer la règle : elle est ARITHMÉTIQUE. Une moyenne GÉOMÉTRIQUE se défendrait, parce que la série sous-jacente progresse par pas MULTIPLICATIFS et qu'on lisse mieux de tels pas en logarithme ; voici ce qu'elle coûterait : le niveau de 1500 passerait de 1 521 à 1 518, celui de 1820 de 1 822 à 1 815, et le taux de 1500 à 1820 de 0,0563 % à 0,0558 %. L'arithmétique a été retenue parce qu'un étudiant la refait sans calculatrice ; l'écart existe, et il fallait le dire. N'impute pas le choix au n°9, car l'argument n'est pas le sien : le n°9 impose la moyenne géométrique aux TAUX que l'on ENCHAÎNE. Les deux points de vue coexistent sans se contredire — la SÉRIE avance par pas multiplicatifs, mais la FENÊTRE, elle, est un paquet de vingt et une estimations d'un seul et même niveau, qui ne s'enchaînent pas. C'est le second qui commande le choix, et il est statistique.

La règle, énoncée, et appliquée partout ensuite. AVANT 1870, et quand ce chapitre a recopié les vingt et une années, un niveau est la MOYENNE de ces années centrées sur la date. À partir de 1870, et partout où il ne dispose que de repères, c'est l'année elle-même. Lis bien la condition : elle porte sur ce que CE CHAPITRE recopie, pas sur ce que la base publie. La base donne les États-Unis année par année depuis 1800 ; ce chapitre n'en recopie que des repères, et lit donc leur 1820 comme une année — la §VII et l'exercice 2 le disent à côté du nombre. La date de bascule est un choix, et il faut dire à quel point : la série britannique passe bien à Feinstein en 1870, mais la série française passe à Toutain dès 1850. 1870 est donc la date BRITANNIQUE, la plus tardive des deux, retenue pour que la règle vaille partout — pas une date que les sources imposent — et elle ne se lit sur aucun chiffre du tableau. Le lecteur doit le savoir.

Une conséquence désagréable de ce choix, que le tableau met sous les yeux : la première année FRANÇAISE lue à l'état brut, 1870, n'est pas une année ordinaire. Pour la France elle est BASSE — 5,46 % en dessous de la moyenne de sa fenêtre —, et elle l'est parce que la guerre l'a rendue telle : 3 198 dollars en 1869, 2 990 en 1870, 3 027 en 1871. Le chapitre la lit pourtant à l'état brut EXPRÈS, en application de sa propre règle : ce creux n'est pas du bruit, c'est un fait daté, et le lisser reviendrait à effacer la guerre. Mais regarde la même année au Royaume-Uni, qui n'est pas en guerre : elle y est HAUTE de 4,30 % au-dessus de sa fenêtre. La même convention tire donc le taux français vers le bas et le taux britannique vers le haut — et c'est exactement ce qui arrive aux 1,1109 % de la §V, qui arrivent sur cette borne-là. Une convention n'est jamais neutre ; elle est seulement explicite.

Une règle qui coupe le temps en deux a une conséquence gênante qu'il faut regarder en face : tout taux à cheval sur 1870 mélange une moyenne et une année. Le taux central du chapitre en est un. Les 1,53 % de la §I partent de la moyenne 1810-1830 et arrivent sur l'année 2022. Voici ce que ce mélange coûte, chiffré : lu sur les deux années seules, le même taux vaudrait 1,5326 % au lieu de 1,5292 %, et le facteur 21,59 au lieu de 21,45 — 0,7 % d'écart sur deux siècles. Et pas « 0,68 % » : selon le sens dans lequel on pose la division, ce même écart s'écrit 0,69 % ou 0,68 %. Quand un nombre change de deuxième décimale selon la façon de le calculer, on n'en donne qu'une. C'est petit, c'est dit, et aucun taux du chapitre n'est présenté sans qu'on puisse retrouver quelle lecture porte chacune de ses deux bornes.

Reste à montrer que tout cela n'est pas un raffinement, et la démonstration est brutale. De 1500 à 1800, la France PERD 0,61 % de produit par tête si l'on compare les deux années seules — l'année 1500 est haute, l'année 1800 est basse de 5,17 % —, et elle GAGNE 15,1 % si l'on compare les deux moyennes. Le signe du résultat change avec la convention. De même, le rapport entre le taux moderne et le taux ancien, celui que la §I annonçait à 27, vaudrait 61 sur les années seules. Les deux lectures disent la même chose sur le fond — le régime d'avant est presque immobile —, mais elles ne disent pas le même nombre, et un nombre cité sans sa convention ne veut rien dire.

La leçon générale dépasse ce chapitre, et le n°9 l'avait déjà formulée à propos des bornes de période : « une conclusion dont on ignore la sensibilité aux bornes n'est pas encore une conclusion ». Ici la sensibilité est telle qu'elle retourne un signe. Le réflexe à installer est donc : avant de citer une variation entre deux dates, se demander si le résultat survit à un déplacement d'un ou deux ans des bornes. S'il n'y survit pas, on ne mesure pas une tendance, on mesure deux accidents.

Une conséquence pratique, pour les chiffres que tu liras ailleurs. Le chapitre affiche partout la LECTURE qu'il applique — moyenne ou année. Quand la base n'a pas de série annuelle, comme pour la Chine avant 1820, un repère se lit tel quel et le chapitre l'écrit : il vaut mieux une lecture avouée qu'une homogénéité de façade.

Fenêtre de 21 ansL'année du milieuLa moyenneÉcart de l'annéeÉtendueSecousse
1490-15101 6701 5219,78 %24,9 %5,08 %
1690-17101 7581 7122,69 %53,6 %7,52 %
1790-18101 6601 750−5,17 %28,0 %4,13 %
1810-18301 8091 822−0,68 %38,9 %6,42 %
1830-18502 2762 2461,30 %37,3 %3,26 %
1860-18802 9903 163−5,46 %25,4 %5,33 %
1890-19104 5844 4233,65 %33,3 %2,45 %
1940-19608 2667 8924,74 %205,4 %7,05 %
1990-201033 41032 5312,70 %31,0 %1,09 %

IV. Le régime d'avant : produire plus sans vivre mieux

Le chapitre n°10 avait posé une identité et montré, sur une page, qu'elle éclaire l'histoire économique : le produit total est le produit par tête multiplié par le nombre de têtes. Comme ce sont des produits, leurs FACTEURS se multiplient — c'est la seule algèbre de cette section, et elle suffit.

Applique-la à la France, de 1500 à 1820. Le produit par tête est multiplié par 1,1975, la population par 2,0833. Le produit total est donc multiplié par 2,4948, et tu peux le vérifier à la main : 1,1975 × 2,0833 = 2,4948. En trois siècles, la France produit plus de deux fois plus, et chaque Français dispose de 20 % de plus. « Plus de deux fois », et non « deux fois et demie » : la sortie de cet encadré montre que le second énoncé ne survit pas à l'épreuve de sensibilité, et le corps ne peut pas dire ce que sa propre conclusion retire. Le pays a grossi ; les gens n'ont presque pas bougé.

C'est la définition même du régime que les économistes appellent MALTHUSIEN, du nom de Thomas Robert Malthus, dont l'Essai sur le principe de population paraît anonymement à Londres en 1798. Sa thèse tient en un contraste : la population, quand rien ne la freine, croît de façon géométrique — elle se multiplie par un facteur à chaque génération —, tandis que les subsistances ne croissent, au mieux, que de façon arithmétique. Le chapitre n°18 t'a appris à distinguer ces deux natures, et il a démontré que le composé dépasse le simple dès la deuxième année lorsque les deux partent du MÊME montant. Ce que Malthus invoque est plus large, et se déduit : une suite géométrique DE RAISON SUPÉRIEURE À 1 finit par dépasser n'importe quelle suite arithmétique, quel que soit l'écart de départ — il faut seulement attendre plus longtemps. La condition n'est pas décorative — une géométrique de raison inférieure à 1 s'écrase et ne dépasse jamais rien —, et c'est le n°18 lui-même qui impose de porter la condition avec la propriété. Ici elle est remplie : Malthus parle d'une population qui se multiplie.

Le mécanisme qui en découle, et qu'il faut savoir raconter en trois phrases. Une innovation, une paix, une bonne décennie augmentent le produit par tête. Mieux nourris, les gens survivent davantage et se marient plus tôt : la population monte. Comme la terre, elle, ne s'étend pas, chaque bras supplémentaire finit par produire moins que le précédent, et le produit par tête redescend vers son point de départ. Le gain a été converti en bouches, pas en niveau de vie. Ce sont les RENDEMENTS DÉCROISSANTS, que le chapitre n°1 attribuait à David Ricardo et que le n°16 a formalisés — et « finit par » n'est pas une précaution de style. Le n°16 y insiste : la fixité d'un facteur ne fait pas décroître les rendements dès la première unité, elle les rend inévitables PASSÉ UN CERTAIN NIVEAU, et sa troisième productrice a justement un four fixe et des rendements croissants jusqu'à sa soixante-sixième pièce. Sur les siècles que regarde ce chapitre, et à technique inchangée, ce niveau est franchi de longue date.

Reste la question que ce mécanisme appelle et à laquelle la §V répondra en partie : par quoi s'est-il arrêté ? La condition se dit en une phrase, et il faut l'écrire avec la bonne grandeur : il a fallu que la production TOTALE croisse durablement plus vite que la population — c'est cela, et rien d'autre, qui fait monter le produit par tête. Deux mouvements peuvent y contribuer, mais ils ne font pas la même chose. Un progrès technique assez RAPIDE pour que la production totale dépasse durablement la population produit une croissance CUMULATIVE du produit par tête, celle que le régime interdit : c'est la rupture de la §V. Note bien l'adjectif : « soutenu » ne suffirait pas. La France de 1500 à 1820 multiplie sa production totale par 2,4948 — trois siècles de progrès continu — pour 19,8 % de gain par tête, parce que la population avance presque aussi vite. Un ralentissement de la population, seul et à technique donnée, relève le niveau par tête vers un nouveau palier et s'y arrête : il aide, il n'engendre pas la croissance. Ce second mouvement porte un nom, la TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE. Elle se déroule en deux temps décalés, et le décalage est tout : la mortalité baisse d'abord, ce qui ACCÉLÈRE la croissance de la population — le piège malthusien se referme donc plus fort avant de céder —, puis la natalité baisse à son tour, ce qui la ralentit et finit par la stabiliser. La France est ici une exception souvent citée : sa natalité baisse dès la fin du XVIIIᵉ siècle, ce qui explique qu'entre 1700 et 1820 sa population soit multipliée par 1,46 quand celle du Royaume-Uni l'est par 2,48. Attention pourtant à ne pas faire de cette transition un PRÉALABLE, car les chiffres l'interdisent : le Royaume-Uni sort du régime entre 1820 et 1870 avec une population qui croît encore de 0,7850 % par an, et sa natalité ne baisse que plus tard. La transition rend la sortie plus facile et plus rapide ; elle n'en est pas la condition. Le cursus reviendra sur ce mécanisme.

Et voici une comparaison qu'on serait tenté de faire ici, que ce chapitre a d'abord faite, et qu'il retire — parce qu'elle ne tient pas. On pourrait opposer les deux taux de 1820 à 1870 : 0,9961 % pour la France contre 1,1109 % pour le Royaume-Uni, et conclure que l'avance démographique française n'a servi à rien. NE LE FAIS PAS. Cette comparaison ne survit pas au changement de convention : lue sur deux moyennes de vingt et un ans de part et d'autre, elle donne 1,1095 % pour la France contre 1,0257 % pour le Royaume-Uni — et le classement S'INVERSE. La raison est celle de la §III : l'année 1870 est basse en France, où il y a la guerre, et haute au Royaume-Uni, où il n'y en a pas. Retiens la règle plutôt que le résultat : quand deux nombres se départagent d'un dixième de point, vérifie la convention avant de conclure quoi que ce soit. C'est le seul endroit du chapitre où une conclusion a dû être retirée pour cette raison, et il valait mieux l'écrire que la garder.

Attention à ce que ce modèle n'est pas. Ce n'est PAS une loi de la nature, et le prouver est facile : elle a cessé de valoir. Malthus publie en 1798, c'est-à-dire au moment précis où l'Angleterre commence à échapper à ce qu'il décrit. Ce n'est pas non plus une théorie de la misère universelle : le régime malthusien est compatible avec des périodes longues de niveau élevé, et la figure ci-contre montre que la France de 1700 est au-dessus de celle de 1600. Ce que le régime interdit, c'est la croissance CUMULATIVE du produit par tête, celle qui ne se rembourse pas.

Une précision d'honnêteté sur les nombres de cette section, et elle vaut d'être connue : la population d'avant 1820 est, dans la base, une estimation par repères — pour la France, 15 000 milliers d'habitants en 1500, 18 500 en 1600, 21 471 en 1700 et 31 250 en 1820 — et non une série annuelle. Note la forme de ces nombres : trois sont des chiffres ronds, un seul ne l'est pas. Un repère arrondi au million comme 15 000, au demi-million comme 18 500 ou au quart de million comme 31 250 est une estimation, et il se cite comme telle. Le produit TOTAL, lui, n'est pas publié du tout : il se déduit en multipliant les deux colonnes, exactement comme on vient de le faire. Ce chapitre le calcule donc, il ne le lit pas.

Un dernier chiffre, pour l'échelle. À 0,0563 % par an, le rythme de la France entre 1500 et 1820, le produit par tête met 1 231 ans à doubler. La règle des 70 du chapitre n°9, appliquée ici, annonce 1 242 ans : elle SURESTIME, comme le n°18 l'avait établi pour tout taux inférieur à 1,98 %. Ce n'est pas grave — un pour cent d'écart sur douze siècles —, mais c'est un bon test : une approximation dont on connaît le sens de l'erreur reste utilisable très loin de son domaine de confort.

L'identité du n°10, sur trois siècles

On cherche à séparer ce qui, dans la croissance d'un pays, revient au nombre d'habitants et ce qui revient à chacun d'eux. Le n°10 avait posé la définition ; il suffit de la retourner.

Le produit par tête est le produit total divisé par la population. Donc le produit total est le produit par tête multiplié par la population — et quand on compare deux dates, les rapports se multiplient de la même façon.

  1. Y = y × N

    le produit TOTAL Y est le produit par tête y multiplié par la population N

  2. Y₁₈₂₀ / Y₁₅₀₀ = (y₁₈₂₀ / y₁₅₀₀) × (N₁₈₂₀ / N₁₅₀₀)

    les facteurs de la période se multiplient entre eux, terme à terme

  3. y₁₈₂₀ / y₁₅₀₀ = 1 821,53 / 1 521,09 = 1,1975

    le produit par tête gagne 19,8 % en trois cent vingt ans — ce sont les moyennes PLEINES, pas les 1 822 et 1 521 arrondis du tableau, qui donneraient 1,1979

  4. N₁₈₂₀ / N₁₅₀₀ = 31 250 / 15 000 = 2,0833

    la population, elle, double et un peu plus

  5. 1,1975 × 2,0833 = 2,4948

    le produit total de la France est multiplié par près de deux et demi

Lis le résultat à l'endroit et à l'envers. À l'endroit : la production totale gagne 149,5 %, la population 108,3 %, et le produit par tête 19,8 %. Ne les additionne ni ne les soustrais — ce sont des FACTEURS, et le chapitre passe son temps à le répéter : c'est la division 2,4948 ÷ 2,0833 = 1,1975 qui dit ce qui reste une fois la population retirée. À l'envers : si l'on ne disposait que du produit TOTAL, on conclurait à une croissance vigoureuse là où le niveau de vie n'a presque pas bougé.

Contrôle à faire systématiquement, et il a une CONDITION qu'il faut énoncer avec lui : lorsque les deux facteurs dépassent 1, le total doit dépasser chacun d'eux. Ici c'est le cas — 2,4948 est bien supérieur à 2,0833 —, et un total plus petit signalerait une erreur. Mais dès qu'un facteur passe SOUS 1, ce n'est plus le bon contrôle, et il ne faut surtout pas l'appliquer tel quel. Deux cas, et il faut les distinguer. Quand les deux facteurs ENCADRENT 1, le total tombe ENTRE eux : la Chine de 1700 à 1950, que la §VI traite, a un produit par tête multiplié par 0,518 et une population par 3,962, donc un total à 2,052 — bien encadré par 0,518 et 3,962, et sans la moindre erreur. Quand ils sont tous DEUX sous 1 — un pays qui perd à la fois son produit par tête et sa population —, le total tombe SOUS chacun d'eux : 0,9 × 0,8 = 0,72. Un contrôle dont on oublie la condition devient un piège.

Regarde enfin la FORME des deux populations avant de te fier à la quatrième décimale : 15 000 et 31 250 milliers d'habitants, l'une arrondie au million, l'autre au quart de million. Ce sont des estimations reconstruites, comme le reste, et la §II a prévenu. Chiffre ce que cela coûte plutôt que de l'admettre. Le SEUL arrondi déplace déjà le produit total entre 2,40 et 2,59. Et si l'on admet, ces repères étant reconstruits, une incertitude de 10 %, il se déplace entre 2,27 et 2,77 — le même essai mené sur la population de 1820, et non sur celle de 1500, rendant 2,25 et 2,74. Ce qui survit à l'épreuve, c'est « la France produit PLUS DE DEUX FOIS plus » ; « deux fois et demie » n'y survit déjà pas, et 2,4948 encore moins. C'est précisément pourquoi ce chapitre écrit 2,4948 pour VÉRIFIER une multiplication, et « plus de deux fois » pour ÉNONCER un fait — la sensibilité de la méthode n°10 DE CE CHAPITRE, à ne pas confondre avec l'identité du n°10 du cursus citée plus haut, appliquée non plus à une date de borne mais à une DONNÉE d'entrée.

La France de 1500 à 1820 en indices base 100 : la population et le produit total montent, le produit par tête reste au bas du cadre100150200250produit totalpopulationpar tête1500160017001820indices, base 100 en 1500
La France de 1500 à 1820, en indices base 100 en 1500 (Maddison Project Database 2023, produit par tête en moyennes de vingt et un ans, populations aux repères). Trois courbes : le produit TOTAL monte à 249,5, la POPULATION à 208,3, et le produit PAR TÊTE reste dans le bas du cadre, à 119,8 — après être passé sous 100 en 1600. L'échelle verticale est LOGARITHMIQUE, et c'est ce qui rend l'identité du n°10 lisible au lieu de la rendre trompeuse. Cette identité est MULTIPLICATIVE — la courbe du total vaut à chaque date le produit des deux autres divisé par 100, soit 1,1975 × 2,0833 = 2,4948 en 1820 —, et le logarithme transforme un produit en somme : sur ce dessin, l'écart VERTICAL entre la courbe du total et celle du par-tête est exactement la hauteur de la courbe de population au-dessus de 100. Sur une échelle ordinaire, cette lecture serait fausse — 249,5 − 119,8 ne fait pas 208,3 —, et c'est précisément pour cela que la figure n'en emploie pas. Le prix de ce choix : une échelle logarithmique ne peut pas contenir le zéro, et celle-ci va de 90 à 280. Le produit total n'est pas publié par la base : il est déduit du produit par tête et de la population, et cette figure est donc un calcul, pas un relevé.

V. La rupture britannique, et pourquoi elle est lente

La sortie du régime malthusien ne se produit ni partout ni en même temps. Elle commence dans un pays, la Grande-Bretagne, et les nombres permettent de la dater d'assez près.

Prends « d'assez près » au pied de la lettre, et applique à cette section la méthode n°10 de ce chapitre, celle que la §VI applique aux régions : entre 1830 et 1860, ce chapitre n'a recopié AUCUNE année britannique — il lit la moyenne 1810-1830, puis l'année 1870 au milieu de la fenêtre 1860-1880. Et dis à qui la lacune appartient, car ce n'est pas la base : Broadberry et ses coauteurs donnent la série annuelle jusqu'en 1870, et c'est CE CHAPITRE qui n'en recopie que ce dont il se sert. Dater la rupture veut donc dire ici l'ENCADRER par deux bornes distantes de cinquante ans, sans voir la forme du décollage entre elles. Le 1,1109 % qui vient est un résumé de cinquante ans, pas une chronique.

Trois taux annuels moyens, sur la même série, et chacun avec la lecture de ses deux bornes. De 1500 à 1700 — moyenne 1490-1510 contre moyenne 1690-1710, donc la même lecture des deux côtés —, le produit par tête britannique croît de 0,1784 % par an. « Britannique » est ici un raccourci qu'il faut savoir défaire : la ligne du tableau de la §II qui porte l'essentiel de cette période s'intitule « 1252-1700 (Angleterre) », et la méthode n°9 de ce chapitre fait justement poser la question. Mais pas « la période entière » pour autant : le niveau de 1700 est la moyenne de 1690-1710, dont dix années — 48 % de la somme — relèvent déjà de la ligne « 1700-1870 », qui porte le Royaume-Uni. C'est exactement la couture que l'inventaire de la §II a nommée. Le raccourci vaut pour la commodité du récit, pas pour une copie. De 1700 à 1820, de 0,2667 %. De 1820 à 1870, de 1,1109 %. Le premier chiffre est celui du régime malthusien, comme en France. Le troisième est celui d'un autre monde : à 1,11 % par an, le niveau de vie double en 63 ans, contre 260 ans au rythme des cent vingt ans précédents. Une précision de lecture avant d'aller plus loin : le troisième taux est à cheval sur la bascule de la §III — il part d'une moyenne, celle de 1810-1830, et arrive sur l'année 1870. Lu sur les deux années seules il vaudrait 1,1407 %, trois centièmes de point de plus, dans le sens que l'exercice 4 fait prédire. Cela ne change rien à la conclusion ; le chapitre le signale tout de même, chaque fois que le cas se présente.

Regarde bien le nombre du milieu, parce qu'il contredit tout ce qu'on raconte d'ordinaire. La période 1700-1820 — qui recouvre l'essentiel de la révolution industrielle, que Crafts et Harley datent de 1760 à 1830 : elle lui ajoute soixante ans d'avant, et lui retranche ses dix dernières années — affiche 0,27 % de croissance du produit par tête par an. Le décor est pourtant en place : la machine à vapeur de Watt, les filatures, les hauts fourneaux au coke. C'est quatre fois moins que ce qui suivra — 0,2667 % contre 1,1109 %, soit un rapport de 4,17 — et à peine plus que le régime malthusien. La révolution industrielle a été LENTE.

Ce constat porte un nom dans la littérature. En 1992, N. F. R. Crafts et C. K. Harley publient dans l'Economic History Review la DÉFENSE de la révision des indices de production britannique qu'ils avaient donnée séparément en 1982 et en 1985 — leur article s'intitule « Output growth and the British industrial revolution: a restatement of the Crafts-Harley view ». Ils y maintiennent, contre les estimations plus anciennes, que la croissance britannique entre 1760 et 1830 fut nettement plus modérée qu'on ne le croyait, tout en réaffirmant que la période constitue bien une discontinuité majeure. Les deux affirmations ne se contredisent pas, et c'est exactement ce que les chiffres montrent : la rupture est réelle, mais elle est de RÉGIME, pas de vitesse instantanée.

Comment une révolution peut-elle être lente ? Parce que la transformation se concentre d'abord sur quelques secteurs — le coton, la métallurgie, le charbon — qui pèsent peu dans un produit encore largement agricole. Un secteur qui quadruple mais qui représente 5 % du total n'ajoute que 15 % au total. Il faut du temps pour que les secteurs neufs deviennent gros, et c'est ce délai, et non une paresse de l'innovation, que mesure le 0,27 %.

Le mot lui-même a une histoire, et elle illustre la §II. L'expression « révolution industrielle » est employée par l'économiste français Adolphe Blanqui dans son Histoire de l'économie politique en Europe, parue en 1837 — donc plusieurs décennies après le phénomène qu'elle nomme, et alors qu'il se poursuit. Beaucoup d'historiens lui préfèrent aujourd'hui « industrialisation », précisément parce que le mot « révolution » suggère une brusquerie que les séries démentent. Retiens le principe : le NOM d'un fait historique est lui aussi une construction, datée, et souvent postérieure au fait.

Et la CAUSE ? Ce chapitre décrit la rupture ; il ne tranche pas ce qui l'a produite, et il faut savoir pourquoi. L'historien Robert C. Allen — que le paragraphe suivant retrouvera sur une autre question — la fait tenir à une conjonction locale : des salaires anglais élevés et un charbon bon marché rendaient rentable, en Angleterre et presque nulle part ailleurs, une machine qui remplace du travail par de l'énergie. D'autres travaux mettent en avant les institutions — droits de propriété, brevets, État capable de s'engager —, une révolution agricole préalable qui libère des bras, ou l'accès aux ressources et aux débouchés coloniaux. Ces explications ne s'excluent pas toutes, et le débat n'est pas clos. Ce qu'un étudiant de L1 doit tenir, c'est la distinction : la CHRONOLOGIE de la rupture est établie et se mesure, sa CAUSE est discutée. Confondre les deux est une faute classique en dissertation.

Reste une question que les chiffres de production ne peuvent pas trancher seuls, et c'est la plus importante pour un étudiant : pendant cette montée, qui touche le gain ? Le même Allen a donné à la réponse un nom qui est resté. Dans un article de 2009 intitulé « Engels' pause », il montre qu'entre 1790 et 1840 environ, la production par travailleur britannique augmente alors que le salaire réel stagne, le taux de profit doublant et la part des profits dans le revenu national s'élevant aux dépens du travail et de la terre ; ce n'est qu'après le milieu du XIXᵉ siècle que les salaires réels se remettent à suivre la productivité. Les deux dates ne se touchent pas, et ce n'est pas une coquille : la pause est datée « 1790-1840 environ », la reprise « après le milieu du siècle ». Un tournant de ce genre ne se date pas à l'année, et l'intervalle qui reste entre les deux formules est la précision que la série autorise. Le nom vient de Friedrich Engels, qui décrivait en 1845 la condition ouvrière anglaise au moment même où le produit par tête montait.

Tire-en la conclusion de méthode, elle vaut pour tout ce chapitre et pour tout le cursus. Le produit par tête est une MOYENNE : il ne dit rien de la répartition. Sur cinquante ans d'histoire britannique, le produit par tête et le salaire réel racontent deux histoires différentes, et les deux sont vraies. Un chapitre qui ne montrerait que la première ne mentirait pas, mais il laisserait croire qu'elle est toute l'histoire. La §XI y revient.

VI. La Grande Divergence, et son reflux partiel

Si un pays sort du régime malthusien et pas les autres, un écart se creuse. C'est l'objet le plus spectaculaire de l'histoire économique, et il porte un nom depuis le livre de Kenneth Pomeranz paru en 2000, The Great Divergence: China, Europe, and the Making of the Modern World Economy.

Les chiffres, d'abord, tous tirés de la même base. Le produit par tête chinois vaut 1 543 dollars en 1700, 882 en 1820, 945 en 1870, 985 en 1913, 799 en 1950. Lis-les deux fois : entre 1700 et 1950, la Chine ne stagne pas, elle RECULE. Le taux annuel moyen vaut −0,2628 %, ce qui divise le niveau par deux en 263 ans — et le facteur sur la période entière est de 0,5179, c'est-à-dire à peu près exactement la moitié.

Un taux négatif n'a pas de temps de doublement, et le chapitre ne lui en invente pas. Il a un temps de MOITIÉ, qui est le même calcul avec une autre cible : on cherche le nombre d'années au bout desquelles le facteur vaut 0,5 au lieu de 2. C'est la formule du n°9, dont on change la seule cible — lui n'écrit que le doublement, et l'exercice 6 te fera vérifier qu'elle accepte n'importe quelle cible. Quand une grandeur décroît régulièrement, c'est ce nombre-là qui donne l'échelle humaine.

Le rapport entre les deux pays raconte alors une histoire en trois temps, et le tableau la donne. En 1700, le produit par tête britannique vaut 1,58 fois le chinois : un écart, pas un abîme. En 1950, il vaut 13,84 fois. En 2022, il vaut 2,00 fois. La divergence s'est creusée pendant deux siècles et demi, puis s'est refermée aux TROIS QUARTS en soixante-douze ans — 73,7 % de l'écart en logarithme —, et il reste un facteur deux entre un Britannique et un Chinois.

Voici la mécanique, et elle est exacte, pas imagée. De 1950 à 2022, le produit par tête britannique croît de 1,7439 % par an et le chinois de 4,5175 % : un écart de 2,77 points. Sur soixante-douze ans, le rapport des deux facteurs annuels — 1,045175 divisé par 1,017439, soit 1,027261 — élevé à la puissance 72 vaut 6,934. Et 13,844 divisé par 6,934 fait 1,997, à un millième du rapport de 2022, qui vaut 1,996 — l'écart est celui des deux arrondis, et sur les valeurs pleines l'identité est exacte. On DIVISE, et il faut voir pourquoi : le rapport qu'on suit est écrit avec le pays rapide au DÉNOMINATEUR. Chaque année, le facteur de croissance chinois vaut 1,027261 fois le britannique, et le rapport se réduit d'autant — le rattrapage du dénominateur écrase la fraction. Le rattrapage n'est pas une métaphore : c'est une division exacte.

Attention à la faute que ce calcul rend tentante, et elle est classique en partiel. On serait tenté d'écrire : « l'écart de taux vaut 2,77 points, donc le rapport se referme de 1,0277 puissance 72 ». C'est FAUX. Ce qui se compose, ce n'est pas la DIFFÉRENCE des taux, c'est le RAPPORT des facteurs. Ici la différence donne 2,77 % par an quand le rapport donne 2,7261 %, et l'écart entre les deux résultats se voit dès la deuxième décimale. Le chapitre n°18 l'avait dit des taux qui s'empilent : les taux ne s'additionnent pas. Ils ne se soustraient pas davantage.

Une réserve d'unité avant la réserve de portée qui suit, et la §XI la retrouvera : le 13,84 de 1950 et le 2,00 de 2022 ne sont pas ancrés sur le même repère de parité — le premier relève de la comparaison de prix de 1990, le second de celle de 2011. La couture décrite à la §II passe donc À L'INTÉRIEUR de ce rapport, comme elle passe à l'intérieur du contrôle régional qui va de 1,83 à 12,02. Cela ne retire rien au mouvement, qui est d'un ordre de grandeur ; cela interdit d'en citer les décimales comme si elles sortaient d'un seul instrument. Et la remarque ne vaut pas que de ce rapport-ci : TOUTE comparaison de ce chapitre dont une borne est antérieure à 1990 et l'autre postérieure enjambe la même couture — celles du Japon, de l'Inde et du Monde qui suivent, le contrôle régional, et jusqu'au facteur 25,7 de la §II. Elle ne touche en revanche pas les identités INTERNES : quand 13,844 est divisé par 6,934 pour rendre 1,997, les mêmes niveaux sont des deux côtés de la division, et ces décimales-là tiennent.

Avant d'aller plus loin, une réserve capitale sur le mot « reflux » du titre de cette section, car il faut savoir jusqu'où il porte. Il n'est PAS une singularité du couple choisi : sur la même base et sur les mêmes soixante-douze ans, le rapport du Royaume-Uni au Japon tombe de 3,61 à 1,00, à l'Inde de 11,21 à 4,95, et même à l'agrégat MONDE de 3,29 à 2,30. Mais il n'est pas non plus une propriété du siècle, et la même base le montre : entre eux, le Japon et l'Inde s'ÉCARTENT sur ces mêmes années, leur rapport passant de 3,10 à 4,93. C'est ce que « partiel » veut dire dans le titre, et le mot porte deux sens à la fois : le rapport de 2022 vaut ENCORE 2,00, donc l'écart s'est refermé sans s'annuler ; et le mouvement ne vaut pas de tous les couples. Un mot enfin sur le contrôle régional qui suit, et sur une lacune qu'il faut imputer correctement : la base donne l'agrégat régional en dix-huit points pour l'Afrique subsaharienne et vingt-huit pour l'Europe occidentale ; c'est CE CHAPITRE qui n'en recopie que quatre. Quatre suffisent pourtant à dire quelque chose de ce reflux, et le paragraphe suivant le dira.

Un contrôle s'impose, précisément parce qu'on pourrait m'objecter d'avoir choisi deux pays qui arrangent la démonstration. Refais-la sur des RÉGIONS entières, que la même base agrège. En 1820, l'Europe occidentale a un produit par tête de 2 171 dollars, l'Afrique subsaharienne de 1 188 : le rapport vaut 1,83. En 2022, 41 323 contre 3 437 : le rapport vaut 12,02. Les taux annuels sont de 1,4693 % et 0,5272 %, et leur rapport de facteurs — 1,009371 — élevé à la puissance 202 rend 6,58 — et c'est exactement le rapport de 2022 divisé par celui de 1820, 12,024 ÷ 1,827. Refais la division sur les valeurs ARRONDIES et tu trouveras 6,57 : c'est encore le piège des arrondis, et il ne cesse jamais de valoir. Moins d'un point d'écart annuel, tenu deux siècles, multiplie le rapport par plus de six. La DIVERGENCE ne tient donc pas au choix de la Chine et du Royaume-Uni. Et du reflux, ce contrôle dit maintenant quelque chose, parce qu'on a cessé de s'en priver : à ses quatre repères le rapport MONTE sans exception. Voici les deux qui manquaient, avec leurs niveaux : en 1870, 3 288 dollars contre 1 286, soit 2,56 ; en 1950, 7 240 contre 1 327, soit 5,46. Avec les deux bornes déjà données, la suite est donc 1,83 puis 2,56, 5,46 et 12,02. Ce que la Chine et le Royaume-Uni montrent après 1950 n'a donc pas d'équivalent entre ces deux régions. Quatre repères ne font pas une série : de ce qui s'est passé entre eux, ce contrôle se tait, et la méthode n°10 vaut ici comme ailleurs.

Deux précautions sur la thèse de Pomeranz, parce qu'un étudiant qui la cite doit savoir ce qu'elle dit exactement. D'abord, elle porte sur des RÉGIONS et non sur des pays : elle compare les zones les plus avancées de chaque continent, l'Angleterre et le delta du Yangzi, et soutient qu'elles étaient de niveau comparable au milieu du XVIIIᵉ siècle. Le rapport de 1,58 calculé plus haut porte, lui, sur des moyennes nationales : ce n'est pas le même objet, et il ne prouve ni ne réfute la thèse. Ensuite, l'explication qu'il propose — le charbon accessible et les ressources tirées des colonies — est discutée ; d'autres historiens mettent en avant les institutions, les salaires élevés qui rendaient les machines rentables, ou la démographie. Ce chapitre décrit la divergence ; il ne tranche pas sa cause.

AnnéeRoyaume-UniChineRapport
17002 4371 5431,58
18203 3558823,80
18705 8299456,17
19138 2129858,34
195011 06179913,84
202238 40719 2382,00
Le produit par tête du Royaume-Uni et de la Chine de 1700 à 2022 en échelle logarithmique : deux traits qui partent ensemble, s'écartent jusqu'en 1950 puis se rapprochent1 0003 00010 00030 000×1,58×13,84×2,00Royaume-UniChine1700180019002022dollars internationaux de 2011 par habitant (échelle logarithmique)
Le produit par tête du Royaume-Uni et de la Chine, de 1700 à 2022, en dollars internationaux de 2011 (Maddison Project Database 2023), en échelle LOGARITHMIQUE — donc l'écart VERTICAL entre les deux traits est le logarithme de leur rapport, et l'œil lit directement le rapport, pas la différence. Les points britanniques de 1700 et 1820 sont des moyennes de vingt et un ans, tous les autres sont des années : la Chine n'a pas de série annuelle ancienne dans la base. Les deux premiers rapports mélangent donc les lectures, et voici ce que cela coûte : en lisant l'année seule du côté britannique — le côté chinois EST déjà une année —, ils vaudraient 1,56 au lieu de 1,58 en 1700, et 3,75 au lieu de 3,80 en 1820, soit 1,0 % et 1,5 % d'écart. Une seule décimale, et c'est la règle de la §III qui l'impose : selon le sens dans lequel on pose la division, ces deux écarts s'écrivent 1,03 % ou 1,04 %, 1,46 % ou 1,48 %. Ils ne changent rien à l'histoire, mais ils se disent. Les deux traits partent presque ensemble (rapport de 1,58 en 1700), s'écartent au maximum en 1950 (13,84), puis se rapprochent jusqu'à 2022 (2,00). Le trait chinois n'est pas monotone : il chute de 1700 à 1820, remonte de 882 à 985 dollars entre 1820 et 1913, puis rechute jusqu'en 1950 — c'est le NIVEAU d'arrivée qui est plus bas que celui de départ, pas chaque pas du chemin. Les trois traits verticaux rouges mesurent le rapport entre les deux courbes en 1700, en 1950 et en 2022 : sur une échelle logarithmique, c'est leur LONGUEUR qui porte ce rapport, et le nombre est écrit à côté de chacun.

VII. La première mondialisation, et le déclin du premier

Entre 1870 et 1914, l'économie mondiale connaît une phase d'intégration que les historiens appellent la PREMIÈRE MONDIALISATION, et qu'il faut connaître pour comprendre que la seconde n'a rien d'inédit.

Ce qui la rend possible tient en trois transformations. Les coûts de transport s'effondrent — navire à vapeur, coque en acier, canal de Suez ouvert en 1869 —, si bien que le prix du blé de Chicago cesse d'être une curiosité pour le paysan beauceron. L'information circule presque instantanément : le premier câble télégraphique transatlantique durable est posé en 1866. Et la plupart des grandes économies adoptent l'ÉTALON-OR, c'est-à-dire une monnaie définie par un poids d'or fixe, ce qui rend les changes stables et les contrats internationaux calculables — le cursus reviendra sur les régimes de change en licence 3.

Le livre de référence sur cette période est celui de Kevin H. O'Rourke et Jeffrey G. Williamson, Globalization and History: The Evolution of a Nineteenth-Century Atlantic Economy, paru en 1999. Ils y étudient ensemble les trois flux — marchandises, capitaux et surtout MIGRANTS, que l'on oublie souvent — et montrent que les salaires réels des pays de l'Atlantique, après avoir divergé jusqu'au milieu du siècle, convergent ensuite jusqu'en 1914. Retiens ce point : la première mondialisation n'a pas seulement fait circuler des biens, elle a fait circuler des gens, dans des proportions que la seconde n'a jamais retrouvées.

Côté production, le monde entier avance : le produit par tête mondial passe de 1 543 dollars en 1870 à 2 265 en 1900, soit 1,2879 % par an. C'est peu au regard de ce qui viendra après 1950, et c'est énorme au regard des trois siècles de la §IV — plus de vingt fois le rythme français d'avant 1820.

Mais le fait le plus instructif de cette période est ailleurs, et il ruine une idée reçue. Le pays qui a inventé la rupture n'est pas celui qui en profite le plus. De 1870 à 1913, le produit par tête britannique croît de 0,8003 % par an, quand celui de la France croît de 1,4509 % et celui des États-Unis de 1,7455 %. Le Royaume-Uni, premier entré dans le régime moderne, y est désormais le plus lent des trois. C'est ce que les historiens appellent le DÉCLIN RELATIF britannique, et le mot « relatif » est essentiel : le Royaume-Uni continue de s'enrichir, et reste en 1913 au-dessus de la France, mais son avance se réduit.

Ne transforme pas ce constat en loi. « Le premier finit toujours par être rattrapé » serait une généralisation abusive : aux six dates que ce chapitre lit pour ces trois pays — 1820, 1870, 1913, 1950, 1973, 2022 —, les États-Unis sont chaque fois au-dessus de la FRANCE — mais pas du Royaume-Uni, qui les dépasse encore en 1820 — 3 355 dollars, moyenne de vingt et un ans, contre 2 674, repère — et en 1870 — 5 829 contre 4 803, deux années. Et six dates ne sont pas une série continue : ce chapitre ne prétend pas savoir ce qui s'est passé entre elles. Ce que les données autorisent est plus modeste et plus utile : l'avance d'un pays n'est jamais garantie par son antériorité, parce que ce qui creuse ou comble un écart est un écart de TAUX, et qu'un taux se rejoue chaque année.

Un mot enfin sur ce que cette période a d'inquiétant pour qui la lit après coup. Une économie mondiale profondément intégrée, des changes stables, des migrations massives, une conviction largement partagée que le commerce rend la guerre improbable — et 1914. La §VIII raconte ce qui suit ; retiens seulement que l'intégration n'a pas empêché la rupture, et que ce fut le plus grand démenti du siècle.

VIII. Quand la série se casse : 1914-1945

Trente et un ans séparent le début de la Première Guerre mondiale de la fin de la Seconde. Sur les séries de production, cette période forme un bloc, et c'est le seul du chapitre où aucun des quatre pays suivis ne dépasse 1,12 % par an, et où l'un d'eux, l'Allemagne, retombe à un taux d'Ancien Régime. « L'un d'eux », et non « le seul du chapitre à le faire » : la Chine, que la §VI suit, croît de 0,1381 % par an de 1820 à 1870, de 0,0965 % de 1870 à 1913, et RECULE de 0,5640 % par an de 1913 à 1950 — plus bas encore. Ces trois taux couvrent cent trente ans, de 1820 à 1950. Les trois taux se refont sur le tableau de la §VI, qui donne 882, 945, 985 et 799 dollars.

Regarde les taux annuels moyens de 1913 à 1950. La France : 1,0800 %. Le Royaume-Uni : 0,8082 %. Les États-Unis : 1,1159 %. Et l'Allemagne : 0,1673 %, c'est-à-dire le rythme du Royaume-Uni d'AVANT sa rupture — 0,1784 % de 1500 à 1700, à la §V —, et le triple du rythme malthusien français de la §IV, qui vaut 0,0563 %. Trente-sept ans pour à peine 6,4 % de gain.

Ce chiffre allemand demande une précaution que ce chapitre ne peut pas escamoter : l'Allemagne de 1913 et celle de 1950 ne couvrent pas le même territoire. Entre les deux, il y a les pertes territoriales de 1919, l'annexion de 1938, et la partition de 1945. Comparer « l'Allemagne » à ces deux dates, c'est comparer deux objets qui portent le même nom. Une base de données doit trancher — elle raccorde des périmètres —, mais l'étudiant qui cite le nombre doit dire qu'il l'a fait. Règle générale : avant de comparer un pays à cent ans d'écart, se demander si c'est le même pays.

Au milieu de ce bloc, une crise qui a sa propre place dans le corpus. Aux États-Unis, le produit par tête passe de 11 954 dollars en 1929 à 8 048 en 1933 : il perd 32,67 % en quatre ans, soit −9,4174 % par an. La France plonge moins fort — de 7 508 dollars en 1929 à 6 311 en 1932, soit −15,94 % — et son creux tombe un an plus TÔT DANS LA BASE, non plus tard : 1932 pour la France, 1933 pour les États-Unis. Ce chapitre, lui, ne te permet pas de le vérifier, et il faut le dire : il ne recopie de ces années-là que deux repères, et il n'a rien entre eux — la figure de la §I relie 1929 à 1932 par un trait qui ne montre pas le chemin, et 1933 n'y est même pas. De la remontée, ce chapitre ne peut rien dire : il ne recopie aucune année française entre 1932 et 1940, ni aucune année américaine après 1933 — la base, elle, donne les États-Unis année par année depuis 1800. C'est encore une lacune de RECOPIE, pas de source. Le chapitre n°4 a rappelé que c'est cette crise qui a fait naître la comptabilité nationale : les gouvernements ont découvert qu'ils pilotaient sans instruments. Le chapitre n°13 a rappelé qu'elle a fait du chômage de masse LE problème macroéconomique, et que c'est la Théorie générale de Keynes, parue en 1936, qui a installé ce problème au centre de la théorie.

Un fait mondial mérite d'être isolé, parce qu'il est unique dans la série. Le produit par tête MONDIAL vaut 3 413 dollars en 1940 et 3 360 en 1950 : il recule de 1,55 %. Ce chapitre retient huit observations mondiales — 1820, 1870, 1900, 1940, 1950, 1970, 2000 et 2022 —, et celle de 1950 est la seule qui soit plus basse que la précédente. Les huit sont nommées exprès : une affirmation de ce genre ne vaut que si le lecteur peut la refaire. Une décennie entière, à l'échelle de la planète, n'a pas gagné un dollar de produit par tête.

Deux réserves sur ce dernier chiffre, et elles sont dues. D'abord, 1940 est une année de guerre : elle est basse en Europe et en Asie, haute aux États-Unis, et une moyenne mondiale y mélange des situations opposées. Ensuite, la base ne donne le monde que par tranches de dix ans sur cette période — on compare donc deux points, pas deux moyennes, et la §III a dit ce que cela coûte. Le fait reste : sur les observations que ce chapitre retient, c'est la seule qui recule. Mais il se cite avec ses réserves, ou pas du tout.

Le chapitre n°12 t'a déjà montré le versant monétaire de cette période, avec l'hyperinflation allemande du début des années 1920 — l'épisode où la racine n-ième défait une puissance n. Assemble les deux chapitres : la même période détruit la monnaie d'un côté et la production de l'autre, et c'est ce double effondrement qui explique la brutalité de ce qui suit.

La sortie s'organise avant même la fin de la guerre. Du 1ᵉʳ au 22 juillet 1944, les délégués de quarante-quatre nations se réunissent au Mount Washington Hotel de Bretton Woods, dans le New Hampshire, pour la Conférence monétaire et financière des Nations unies. Il en sort le Fonds monétaire international, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement — future Banque mondiale — et un système de changes fixes ajustables adossé au dollar, lui-même convertible en or. La §X dira comment ce système finit ; retiens pour l'instant que la période 1945-1971 est la seule du chapitre où le cadre monétaire international est explicitement construit.

IX. Les Trente Glorieuses, ou le rattrapage

De 1950 à 1973, le monde riche connaît la période de croissance la plus rapide de son histoire mesurée. En France, elle porte le nom que lui a donné Jean Fourastié en 1979 dans « Les Trente Glorieuses, ou la Révolution invisible de 1946 à 1975 » — le chapitre n°9 t'a raconté pourquoi il l'appelait invisible : une transformation matérielle sans précédent, vécue sans être perçue comme un événement.

Le tableau ci-dessous donne les cinq pays, avec pour chacun le produit par tête de 1950, celui de 1973, le facteur, le taux annuel moyen et le temps de doublement. Prends le temps de le lire dans l'ordre des taux, puis dans l'ordre des niveaux de départ.

Ce que tu vois est le RATTRAPAGE, et il se formule ainsi : plus un pays part bas, plus il croît vite. Le Japon part le plus bas — 3 062 dollars, soit un cinquième du niveau américain — et croît le plus vite, à 8,0642 % par an, ce qui double son niveau tous les 8,9 ans. Les États-Unis partent le plus haut et croissent PRESQUE le moins vite — « presque », et c'est le paragraphe suivant qui dit où se loge l'exception. Entre les deux, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se rangent presque exactement dans l'ordre inverse de leur niveau de 1950.

« Presque exactement », et il faut dire où l'exception se trouve, sans quoi on énoncerait une loi que les données démentent. Sur les cinq pays, quatre se rangent bien à l'envers de leur niveau de départ. La seule inversion oppose le Royaume-Uni et les États-Unis : le Royaume-Uni partait 27,4 % plus bas et croît pourtant un peu MOINS vite, 2,4193 % contre 2,4516 %. L'écart est de trois centièmes de point — il ne renverse pas la tendance d'ensemble —, mais il existe, et il prolonge ce que la §VII a montré pour 1870-1913. Le déclin relatif britannique n'est pas une invention de commentateur : il se lit deux fois dans les séries, à soixante ans d'intervalle.

Pourquoi un pays en retard croît-il plus vite ? Trois raisons se combinent, et il faut savoir les distinguer. Il peut ADOPTER des techniques déjà mises au point ailleurs, sans en payer le coût de découverte. Il a un stock de capital détruit ou vétuste, donc chaque investissement neuf y rapporte davantage — c'est la logique que la licence 3 formalisera avec le modèle de Solow. Et il transfère de la main-d'œuvre de l'agriculture, où la productivité est basse, vers l'industrie et les services, où elle est haute : ce déplacement augmente le produit total sans qu'aucun métier n'ait progressé. Cette dernière raison a une conséquence claire : le rattrapage s'épuise quand la réserve agricole est vidée.

Maintenant, une difficulté que ce chapitre ne peut pas laisser passer, parce qu'elle oppose deux chapitres du même cursus. Le chapitre n°9 annonce, pour la France, 5,33 % de croissance annuelle moyenne de 1950 à 1974. Ce chapitre-ci annonce 4,0150 % de 1950 à 1973. Les deux sont justes. L'encadré ci-dessous montre pourquoi, et le raisonnement qu'il déroule est exactement celui qu'on attend d'un étudiant devant deux chiffres qui se contredisent : identifier la GRANDEUR, la PÉRIODE et la SOURCE avant de crier à l'erreur.

Pays19501973FacteurTaux annuel moyenDoublement
Japon3 06218 226×5,958,06 %8,9 ans
Allemagne6 18619 074×3,085,02 %14,2 ans
France8 26620 441×2,474,01 %17,6 ans
Royaume-Uni11 06119 168×1,732,42 %29,0 ans
États-Unis15 24026 602×1,752,45 %28,6 ans

Deux chiffres qui se contredisent, et la façon de les réconcilier

Le n°9 dit 5,33 %, ce chapitre dit 4,01 %, et il s'agit du même pays aux mêmes années ou presque. Trois questions suffisent, toujours les mêmes, et dans cet ordre.

Première question : la même GRANDEUR ? Non. Le n°9 mesure le PIB en volume, c'est-à-dire le produit TOTAL. Ce chapitre mesure le produit PAR TÊTE. Or l'identité du n°10 relie les deux par la population, et la population française a augmenté pendant la période.

  1. N₁₉₅₀ = 42,5 millions → N₁₉₇₃ = 53,3 millions

    la population française gagne près de onze millions de personnes en vingt-trois ans

  2. g(population) = 0,9902 % par an

    le taux annuel moyen de la population, calculé comme tous les autres

  3. (1 + 4,0150 %) × (1 + 0,9902 %) − 1 = 5,0450 %

    les facteurs se multiplient : produit par tête et population donnent le produit TOTAL

  4. 5,33 % − 5,0450 % = 0,285 point

    il reste un écart, et c'est aux deux autres questions d'en rendre compte

Deuxième question : la même PÉRIODE ? Non, et l'écart est de DEUX ans, pas d'un. Compte les flèches, comme le n°9 l'exige : il donne vingt-cinq taux, donc vingt-cinq intervalles, de l'année 1949 à l'année 1974 ; ce chapitre lit vingt-trois intervalles, de 1950 à 1973. Il part un an plus tôt et finit un an plus tard, et 1974 est encore une bonne année en France. Troisième question : la même SOURCE ? Non plus. Le n°9 lit les comptes nationaux de l'INSEE en base 2020 ; ce chapitre lit la base Maddison, qui raccorde des travaux plus anciens. Deux reconstructions du même pays ne coïncident jamais à la décimale.

Retiens la démarche plutôt que le résultat : de 1,3 point d'écart apparent, la seule identité du n°10 en explique plus d'un — 5,0450 contre 4,0150 —, et le reste, 0,285 point, s'explique par les bornes et la source. Aucun des deux chiffres n'est faux, et celui qui les opposerait sans poser les trois questions se serait trompé de débat.

Vérifie au passage que tu n'as pas ADDITIONNÉ les taux. 4,0150 + 0,9902 donne 5,0052, pas 5,0450 : quatre centièmes de point manquent, et ce sont ceux du produit croisé. Sur des taux de cet ordre l'approximation additive est acceptable, mais elle est FAUSSE, et sur des taux à deux chiffres elle devient grossière. Le n°18 l'a établi une fois pour toutes.

X. 1973, et ce qui a suivi

Les Trente Glorieuses ne s'arrêtent pas doucement. Deux ruptures s'enchaînent, l'une monétaire, l'autre énergétique, et la croissance qui les suit ne retrouvera jamais son rythme antérieur.

La rupture monétaire d'abord. Le 15 août 1971, à l'issue de trois jours de réunion à Camp David, le président américain Richard Nixon annonce la suspension de la convertibilité du dollar en or. Le système de changes fixes de Bretton Woods, décrit à la §VIII, ne survit pas : après des tentatives de réaménagement, les grandes monnaies flottent à partir de mars 1973. Le prix d'une monnaie en une autre devient un prix de marché, et cette question occupera plusieurs chapitres de licence 2 et 3.

La rupture énergétique ensuite. Le 19 octobre 1973, pendant la guerre du Kippour, l'organisation des pays arabes exportateurs de pétrole décrète un embargo sur les livraisons aux États-Unis et engage une série de baisses de production. Le prix du baril, qui valait 2,90 dollars avant l'embargo, atteint 11,65 dollars en janvier 1974 : il est donc à peu près quadruplé en quelques mois, et l'embargo lui-même est levé en mars 1974 sans que le prix redescende. Une économie construite sur une énergie bon marché voit son coût de base changer d'ordre de grandeur.

Ce que les séries montrent ensuite est net. De 1973 à 2022, le produit par tête français croît de 1,3306 % par an, contre 4,0150 % de 1950 à 1973 : le rythme est divisé par 3,02. Le temps de doublement passe de 17,6 à 52,4 ans, c'est-à-dire qu'il est multiplié par 2,98 et non par 3,02 — le logarithme comprime les écarts, comme le chapitre n°9 l'avait déjà fait remarquer sur les trois périodes françaises.

Et le ralentissement n'est pas français. Sur 1973-2022, les cinq pays du tableau de la §IX se rangent tous entre 1,33 % et 1,85 % par an : France 1,3306 %, Royaume-Uni 1,4284 %, Japon 1,5254 %, États-Unis 1,6208 %, Allemagne 1,8419 %. Ils étaient étalés de 2,42 % à 8,06 % pendant les Trente Glorieuses ; les voici tous dans un couloir large d'un demi-point. Le rattrapage est terminé — ce qui était à rattraper l'a été —, et les économies avancées avancent désormais à un rythme voisin.

Ne conclus pas qu'un demi-point ne compte pas. L'Allemagne à 1,8419 % et la France à 1,3306 %, c'est un rapport de facteurs de 1,005045 par an — sur les taux PLEINS ; refais la division sur les deux nombres imprimés et tu liras 1,005046, qui est l'écart des arrondis, pas une autre valeur ; sur quarante-neuf ans, l'écart accumulé atteint 28 %. Le n°18 l'a démontré sur des placements ; l'histoire économique le démontre sur des pays. Un demi-point de croissance est une différence de génération.

Pendant ce temps, le rattrapage change de continent. La Chine, dont la §VI a montré le recul séculaire, engage à partir de 1978 une transformation de son économie : son produit par tête passe de 1 744 dollars cette année-là à 19 238 en 2022, soit un facteur 11,03 et un taux annuel moyen de 5,6078 % — un doublement tous les 12,7 ans, quarante-quatre ans durant. C'est ce mouvement, et non un ralentissement occidental, qui referme le rapport de 13,84 à 2,00 calculé à la §VI.

Une précaution de méthode sur la date de 1978, parce qu'elle est le genre de borne qu'un correcteur interroge. Elle correspond au lancement des réformes économiques chinoises, et c'est pour cela qu'elle est retenue. Ce n'est PAS un creux, et il faut le dire plutôt que de se réclamer d'une précaution qu'on n'a pas prise : sur les repères chinois que ce chapitre porte, 1978 est le plus HAUT avant 2022 — 1 744 dollars, contre 799 en 1950. Ce que cette borne fait n'est donc pas de partir d'un point bas, c'est d'isoler la période d'ACCÉLÉRATION : de 1950 à 1978 le taux chinois vaut 2,8270 % par an, de 1978 à 2022 il vaut 5,6078 %. Le contrôle est alors immédiat, et il va dans l'autre sens : sur 1950-2022, période qui inclut les vingt-huit années d'avant les réformes, le taux vaut ENCORE 4,5175 % par an. La conclusion ne tient donc pas au choix de cette borne, et c'est ce qu'il fallait vérifier avant de la publier.

Le monde, enfin, pour finir sur l'agrégat. Le produit par tête mondial croît de 2,9160 % par an de 1950 à 1970, puis de 1,9949 % de 1970 à 2022. Il ralentit lui aussi — mais beaucoup moins que les pays riches, parce que la population et la croissance se sont déplacées vers des pays qui rattrapaient. Sur les deux siècles entiers, de 1820 à 2022, le produit par tête mondial est multiplié par 14,8, la population par 7,5, et le produit total par 110,7. Vérifie : 14,788 × 7,487 = 110,7. C'est l'identité du n°10, à l'échelle de la planète.

XI. Ce que ces séries ne disent pas

Un chapitre entier vient d'être construit sur un seul indicateur. Il doit finir en disant ce que cet indicateur ignore — non par scrupule de forme, mais parce que la moitié des erreurs d'interprétation qu'on lit dans la presse viennent de là.

Premier silence, déjà rencontré à la §V : le produit par tête est une MOYENNE, et une moyenne ne dit rien de la répartition. Les cinquante ans d'« Engels' pause » britannique en sont la démonstration : le produit par tête montait, les salaires réels stagnaient, et les deux affirmations sont vraies simultanément. Le chapitre n°10 disait la même chose autrement — deux pays de même produit par tête peuvent avoir des sociétés sans ressemblance. Ne jamais lire une courbe de produit par tête comme une courbe de niveau de vie du plus grand nombre.

Deuxième silence, et c'est un piège que ce chapitre va tendre volontairement pour le désamorcer. On est tenté de ramener ces montants à la journée : 1 521 dollars par an en 1500, cela fait 4,17 dollars par jour ; 39 066 dollars en 2022, cela fait 107,03 dollars. Le rapport est juste — c'est le facteur 25,7 entre les deux dates — et l'image est parlante. Mais la comparaison qui vient ensuite à l'esprit, celle avec les seuils internationaux de pauvreté exprimés eux aussi en dollars par jour, est FAUSSE, pour deux raisons cumulées. D'abord un PIB par habitant n'est pas un revenu, et encore moins une consommation. Le chapitre n°5 l'a décomposé par la dépense en C + I + G + ΔS + X − M : l'investissement, les dépenses publiques et les variations de stocks en font partie. L'investissement et les stocks n'arrivent chez aucun ménage sous forme de revenu disponible — par l'approche des REVENUS du même n°5 l'investissement est bien le revenu de quelqu'un, celui qui produit la machine ; ce n'est simplement pas le ménage dont on parle ici, et une variation de STOCKS n'est vendue à personne — ce qui ne la rend pas anonyme pour autant : par l'approche des revenus, une production mise en stock a déjà payé le travail et le capital qui l'ont faite, et c'est bien pourquoi les trois approches du n°5 mesurent la même grandeur. Les dépenses publiques, elles, arrivent en partie chez les ménages, puisqu'elles paient des salaires de fonctionnaires — mais la part qui achète une route, un pont ou un vaccin n'arrive chez personne sous forme de revenu. Le chapitre n°4 disait déjà la même chose autrement — « le PIB ne voit pas qui reçoit les 120 000 € ». Ensuite les seuils de pauvreté sont exprimés dans une autre année de référence et sur une autre base de parités. Deux nombres en « dollars par jour » ne sont pas comparables du seul fait qu'ils portent le même mot.

Troisième silence : ce qui n'est pas échangé n'est pas compté. Le chapitre n°4 avait tracé la frontière, et sa règle est plus fine qu'on ne le retient : un BIEN produit pour soi COMPTE — les légumes du potager que leur producteur mange —, tandis qu'un SERVICE rendu à soi-même reste dehors — la soupe qu'il en tire pour sa famille. Et le n°4 lui donne UNE exception, qu'il dit énorme : le LOYER IMPUTÉ. Le propriétaire qui habite son logement est traité comme s'il se louait à lui-même, au prix du marché — c'est bien un service rendu à soi-même, et il est DANS le PIB. Restent donc dehors le travail domestique, le bénévolat et les services rendus à soi-même, celui-là excepté. Cette frontière déforme particulièrement les comparaisons historiques, parce que la part de la production passant par un marché a énormément augmenté. Un repas préparé à la maison en 1900 et le même repas acheté en 2022 ne pèsent pas pareil dans les comptes, alors que le repas est le même. Une part — impossible à chiffrer avec cette base — de la croissance mesurée est un déplacement de la frontière, pas une production nouvelle.

Quatrième silence : les séries de ce chapitre ne portent aucune trace des ressources consommées ni des dommages causés pour produire. Un pays qui épuise un sol, vide une nappe ou brûle un stock de carbone apparaît dans ces courbes exactement comme un pays qui n'en fait rien. Le cursus y consacrera un chapitre en licence 3 ; ici, il suffit de savoir que le silence existe et qu'il est structurel, pas accidentel.

Cinquième silence, le plus contre-intuitif : la longueur d'une série ne dit rien de sa suite. Deux siècles de croissance ne prouvent pas un troisième, exactement comme trois siècles de stagnation n'annonçaient pas l'immobilité perpétuelle — et c'est bien ce que Malthus a cru voir en 1798, à la veille du démenti. Une régularité historique n'est pas une loi ; elle est un fait, valable sur la période où on l'a mesurée. C'est aussi pour cela que ce chapitre date chacun de ses taux.

Termine sur une comparaison qui remet toutes les autres à leur place, et qui se calcule sur la même base. Le produit par tête de l'Afrique subsaharienne en 2022 vaut 3 437 dollars, soit 2,26 fois celui de la France de 1500. Autrement dit, l'Afrique subsaharienne est, en produit par tête, deux fois au-dessus de la France de Louis XII. Et pas « la région la plus pauvre du monde » : ce classement-là vient de la littérature, pas d'ici — cette base ne charge que DEUX régions dans ce chapitre, et deux ne font pas un classement. C'est un rapport lu dans une unité unique, mais PAS sous un repère unique : le niveau de 1500 est ancré sur la comparaison de prix de 1990, celui de 2022 sur celle de 2011. C'est exactement la couture que la §II a décrite, et elle passe ici entre les deux termes du rapport. Entre une reconstruction du tournant du XVIᵉ siècle et une estimation contemporaine, il ne se cite pas comme un fait brut. Et il ne console de rien : il dit seulement que le rattrapage dont parle ce chapitre est très inégalement distribué, et que le régime malthusien de la §IV a été quitté par tous les pays que ce chapitre suit, mais à des dates et à des vitesses qui font la carte du monde d'aujourd'hui. « Par tous ceux que ce chapitre suit », et non « par tous » — l'universel serait faux, et la même base le montre : huit des cent quarante-six pays pour lesquels elle donne à la fois 1950 et 2022 y ont un produit par tête INFÉRIEUR en 2022, la République centrafricaine passant de 1 307 à 596 dollars, le Liberia de 3 151 à 811, le Venezuela de 8 462 à 5 267. La Centrafrique d'aujourd'hui est donc SOUS la France de 1500 qu'on vient de prendre pour étalon. Ces effondrements ne sont pas malthusiens — ce sont des guerres et des ruines d'État —, mais ils interdisent l'universel.

XII. À toi : lire un siècle dans un taux

L'atelier ci-dessous te donne dix épisodes réels, tous tirés de la base de ce chapitre. Pour chacun, tu vois les DEUX bornes — la date de départ, la date d'arrivée, et le produit par tête à chacune, avec sa lecture — et tu dois prédire la classe du taux annuel moyen AVANT de la faire calculer.

La difficulté est celle de tout le chapitre, et elle est double. Un facteur spectaculaire sur une longue durée cache souvent un taux modeste : la France multiplie son produit par tête par 21,4 en deux siècles, ce qui ne fait que 1,53 % par an. Et symétriquement, un taux modeste sur une longue durée cache un facteur spectaculaire. Ton intuition te trompera dans les deux sens, et l'atelier range tes erreurs en TROIS familles pour te dire laquelle est la tienne : le SENS quand tu annonces une hausse là où il y a un recul ou l'inverse, la SURESTIMATION quand tu vises une classe trop haute, la SOUS-ESTIMATION quand tu vises trop bas.

Les quatre bornes qui séparent les cinq classes — 0, 0,5 %, 2 % et 5 % — ne sont pas de même nature, et c'est important. Le zéro n'est pas une convention : il sépare un niveau qui monte d'un niveau qui descend, et se tromper là n'est pas se tromper d'ampleur. Les trois autres sont un choix, affiché avant l'exercice. Aucun des dix épisodes ne tombe à moins de deux dixièmes de point de l'une de ces TROIS bornes conventionnelles, pour que la question reste jouable — le plus serré, le Royaume-Uni de 1700 à 1820, en reste à 0,23 point de la borne des 0,5 %.

Une fois ta prédiction rendue, un second réglage apparaît, et il est la moitié de l'exercice. Il demande combien d'années il faudrait, à ce rythme, pour que le niveau soit multiplié par 2, par 10 ou par 100 — ou, si le taux est négatif, divisé par 2 ou par 10, puisqu'un recul ne double pas. Change de cible et compare les durées : tu constateras qu'atteindre ×100 prend exactement le double du temps d'atteindre ×10, et non dix fois plus. C'est la propriété du logarithme que le chapitre n°9 a démontrée, et elle se vérifie ici en deux clics.

Quand tu as répondu trois ou quatre fois, regarde le compte des erreurs, affiché sous la question, plutôt que le nombre de bonnes réponses. Une erreur isolée est un accident ; deux erreurs de la même famille sont une habitude de lecture, et c'est elle qu'il faut corriger — l'atelier te la nomme dès que la même famille revient une deuxième fois.

L'épisode que tu examines

Départ : 1 521 $ (moyenne 1490-1510). Arrivée : 1 822 $ (moyenne 1810-1830). Soit 320 années entre les deux bornes. Chaque borne affiche SA lecture — une moyenne de vingt et un ans, ou l'année elle-même : c'est la règle de la section III, et elle ne tombe pas pareil pour toutes les séries.

Ta prédiction

Commence par le sens : le niveau d'arrivée est-il au-dessus ou au-dessous de celui du départ ? Puis l'ampleur : divise mentalement (facteur − 1) par la durée pour te faire une idée — sur 320 ans à ×1,198, cela donne 0,06 % par an. Ce calcul-là SURESTIME toujours le vrai taux, parce qu'une croissance se compose au lieu de s'additionner ; il ne sert qu'à trouver l'ordre de grandeur.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Un journal écrit : « depuis 1820, le PIB par habitant de la France a été multiplié par plus de vingt, soit environ 2 % de croissance par an ». Un camarade en conclut que la France de 1500 devait donc croître « autour de 1 % par an, un peu moins vite ». Corrigez les deux affirmations, en donnant les nombres et en disant, pour chacune, quelle règle de méthode est violée.

  1. Première affirmation, le facteur. Il est juste : de 1820 à 2022, le produit par tête français passe de 1 822 à 39 066 dollars internationaux de 2011, soit un facteur 21,4. Rien à corriger ici, et il faut le dire — corriger ce qui est juste est aussi grave que valider ce qui est faux.
  2. Première affirmation, le taux. Il est faux, et l'erreur est grosse. Le bon calcul est celui du n°9 : on cherche le taux g tel que (1 + g) élevé à la puissance 202 vaille 21,4467. Donc 1 + g = 21,4467^(1/202) = 1,015292, soit g = 1,53 % par an. L'écart avec les 2 % annoncés paraît petit ; il ne l'est pas. À 2 % par an pendant 202 ans, le facteur serait de 1,02^202 = 54,6, c'est-à-dire deux fois et demie le facteur réellement observé.
  3. La règle violée est celle du chapitre n°18 : sur une longue durée, un taux ne s'estime pas à vue. Un demi-point d'erreur sur le taux devient un facteur 2,5 sur deux siècles, parce que l'écart lui-même est élevé à la puissance 202. Le sens du contrôle : quand on te donne un facteur et une durée, calcule le taux ; quand on te donne un taux et une durée, calcule le facteur. Ne jamais accepter les trois nombres ensemble sans vérifier qu'ils bouclent.
  4. Deuxième affirmation, le taux de 1500. Il est faux d'un ordre de grandeur, pas d'un demi-point. Entre 1500 et 1820, le produit par tête français croît de 0,0563 % par an — vingt-sept fois moins que le taux moderne, et non « un peu moins ». Un camarade qui écrit 1 % ne se trompe pas seulement de valeur, il se trompe de RÉGIME : à 1 % par an sur trois cent vingt ans, le facteur serait de 24,1, c'est-à-dire davantage que ce que la France a accompli depuis 1820.
  5. La règle violée ici est celle de la §I : avant 1820, le produit par tête ne croît pas lentement, il ne croît pratiquement pas. Le doublement demande 1 231 ans, soit plus de quarante générations. Toute intuition qui place l'Ancien Régime « un peu en dessous » du monde moderne rate le fait central du chapitre.
  6. Un contrôle final, à faire en copie — et il faut le faire PROPREMENT, en gardant toutes les décimales dont on dispose. Avec les niveaux et les taux à huit décimales : 1 521,0897 × 1,00056343^320 = 1 821,52, contre 1 821,53 attendu ; puis 1 821,5274 × 1,01529183^202 = 39 065,72, contre 39 065,71 attendu. Les deux bouclent au centième de dollar, pas mieux — parce que même à huit décimales le taux est arrondi, et qu'un arrondi élevé à la puissance 202 se voit. Refais-le maintenant avec les niveaux arrondis à l'unité et les taux à six décimales : 1 521 × 1,000563^320 = 1 821,2, puis 1 821,2 × 1,015292^202 = 39 060 — six dollars EN DESSOUS de la vraie valeur. Si tu repars du 1 822 imprimé au lieu de ton propre 1 821,2, tu obtiens 39 077, onze dollars AU-DESSUS. Les deux chemins encadrent le vrai résultat, et c'est tout ce qu'un arrondi permet.
  7. Retiens la conclusion de méthode, elle vaut pour toute la licence : un contrôle de bouclage ne prouve jamais l'égalité à la décimale près, il prouve qu'on est dans le bon voisinage. Annoncer qu'il « boucle » sans dire à quelle précision, c'est promettre ce que l'arrondi ne peut pas tenir.
  8. Précise enfin ta convention de lecture — ces niveaux anciens sont des moyennes de vingt et un ans —, faute de quoi un correcteur qui refait le calcul sur les années seules trouvera 0,0250 % et croira à une erreur.

Le facteur annoncé, 21,4, est exact, mais le taux ne vaut pas 2 % par an : il vaut 1,53 %, car (1 + g)^202 = 21,4467 donne g = 1,53 %, et 2 % par an aurait produit un facteur 54,6. Quant à la France de 1500 à 1820, elle croît de 0,0563 % par an — vingt-sept fois moins, soit 1 231 ans pour doubler — de sorte qu'il ne s'agit pas d'une croissance plus lente mais d'un autre régime ; ces niveaux anciens sont lus en moyennes de vingt et un ans, convention sans laquelle le même calcul donnerait 0,0250 %.

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Le produit par tête de l'Inde passe de 987 dollars internationaux de 2011 en 1950 à 7 766 dollars en 2022. Calculez le facteur, le taux annuel moyen et le temps de doublement. Le résultat vous paraît-il compatible avec ce que la §X dit du déplacement du rattrapage ?

    Un coup de pouce

    Soixante-douze ans séparent les deux dates. Pour le temps de doublement, la formule du n°9 : ln 2 divisé par ln(1 + g), avec g en décimal.

    Voir le corrigé

    Facteur : 7 766 ÷ 987 = 7,87. Le produit par tête indien est donc multiplié par près de huit en soixante-douze ans.

    Taux annuel moyen : (7,87)^(1/72) − 1 = 0,029068, soit 2,91 % par an. Sur les niveaux PLEINS — 7 765,59 ÷ 987, soit 7,867875 — on obtient 0,029064 : la quatrième décimale bouge parce que le facteur a été arrondi à 7,87. C'est le piège que l'exercice 3 signale, et les deux chaînes donnent 2,91 %. Attention à ne pas diviser le facteur par la durée — ce serait confondre une suite géométrique et une suite arithmétique, la faute que le n°18 rend impossible.

    Temps de doublement : ln 2 ÷ ln(1,029064) = 0,6931 ÷ 0,028650 = 24,2 ans. Le chapitre poursuit sur le taux des niveaux PLEINS, celui qui vaut 0,029064 ; en repartant du 0,029068 de la ligne précédente on lit 0,028654, et le doublement reste 24,2 ans — l'arrondi du facteur ne se voit pas à cette échelle. La règle des 70 annoncerait 70 ÷ 2,91 = 24,1 ans, contre 24,2 au calcul exact : elle SOUS-ESTIME, comme le n°18 l'a établi pour tout taux supérieur à 1,9838 %. Elle reste donc commode ici — mais « commode » n'est pas « juste », et on ne la cite jamais sans dire de quel côté elle penche.

    Compatibilité : oui, et avec une nuance à formuler. 2,91 % par an, c'est plus du double du rythme français d'après 1973 (1,33 %), donc l'Inde rattrape ; mais c'est deux fois moins que le rythme chinois d'après 1978 (5,61 %), donc elle rattrape beaucoup plus lentement. « Le rattrapage se déplace vers l'Asie » est vrai ; « l'Asie rattrape à la même vitesse » serait faux.

  2. Le produit par tête des États-Unis passe de 2 674 dollars en 1820 — un REPÈRE, ce chapitre ne recopiant aucune année américaine — à 58 487 dollars en 2022. Calculez son facteur et son taux annuel moyen, puis comparez-les à ceux de la France sur exactement les mêmes dates (facteur 21,4 ; taux 1,5292 %, lu de la MOYENNE 1810-1830 à l'année 2022). Que faut-il en conclure, et surtout que ne faut-il PAS en conclure ?

    Un coup de pouce

    Deux cent deux ans, comme pour la France. Comparez d'abord les taux, ensuite les niveaux.

    Voir le corrigé

    Facteur : 58 487 ÷ 2 674 = 21,87. Taux annuel moyen : 1,5391 % par an. Ce 1,5391 % sort des niveaux PLEINS ; en repartant du 21,87 arrondi tu trouverais 1,5390 %, et c'est exactement le geste que l'exercice 6 te fait vérifier.

    Comparaison : 1,5391 % contre 1,5292 %, soit un centième de point d'écart sur deux siècles. Déclare le mélange avant de conclure, comme la méthode n°3 l'exige : le taux américain va d'une ANNÉE à une année, le français d'une MOYENNE à une année. Lu à l'américaine — année contre année —, le taux français vaut 1,5326 %, et l'écart se resserre de 0,0099 à 0,0064 point. La conclusion survit à la déclaration : un centième de point, ou moins. Deux pays aux histoires politiques, démographiques et territoriales sans commune mesure — l'un a vu se succéder depuis 1820 la Restauration, la Monarchie de Juillet, la IIᵉ République, le Second Empire, la IIIᵉ République, l'État français, la IVᵉ et la Vᵉ, et son territoire envahi en 1870, en 1914 et en 1940, l'autre s'est étendu d'un océan à l'autre — affichent quasiment le même taux moyen de produit par tête sur deux cents ans.

    Ce qu'il faut en conclure : sur très longue période, les économies avancées croissent à des rythmes remarquablement voisins, et les écarts de NIVEAU qu'on observe aujourd'hui viennent moins de la période récente que de la position de départ et des épisodes intermédiaires.

    Ce qu'il ne faut PAS en conclure : que les deux pays ont eu la même trajectoire. Les taux moyens égaux masquent des chemins opposés — aux six repères que ce chapitre met côte à côte pour ces deux pays — 1820, 1870, 1913, 1950, 1973 et 2022 —, les États-Unis sont chaque fois au-dessus de la France, mais l'écart bouge : le rapport France/États-Unis vaut 0,542 en 1950, 0,768 en 1973 et 0,668 en 2022. Le rapport France/États-Unis BAISSE d'abord — 0,681 en 1820, 0,623 en 1870, 0,550 en 1913, 0,542 en 1950 —, remonte jusqu'en 1973, puis redescend. La France s'éloigne pendant plus d'un siècle, rattrape en vingt-trois ans, et s'éloigne de nouveau depuis. Un taux moyen sur deux siècles est un résumé, et tout résumé écrase.

  3. De 1700 à 1820, le produit par tête britannique passe de 2 437 à 3 355 dollars internationaux de 2011 — moyennes de vingt et un ans, selon la règle de la §III — et sa population de 8 565 à 21 239 milliers d'habitants, qui sont des repères, la base n'ayant pas de population annuelle avant 1820. De combien le produit TOTAL a-t-il été multiplié ? Quel est le taux annuel moyen de ce total ? Et pourquoi ce chiffre ne doit-il pas être présenté comme « la croissance britannique » sans autre précision ?

    Un coup de pouce

    L'identité du n°10, et cent vingt ans.

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    D'abord ce que l'énoncé t'oblige à déclarer : les deux niveaux de produit sont des moyennes, les deux populations des repères. La méthode n°2 de ce chapitre — la liste en fin de page, à ne pas confondre avec le chapitre n°2 du cursus — demande de noter la convention à côté du nombre ; on ne peut pas faire mieux ici, puisque la base ne donne pas de population annuelle avant 1820. Les deux facteurs, ensuite : le produit par tête est multiplié par 3 355 ÷ 2 437 = 1,3767, la population par 21 239 ÷ 8 565 = 2,4797. Le produit total l'est donc par 1,3767 × 2,4797 = 3,4138 — près de trois fois et demie en cent vingt ans.

    Taux annuel moyen du total : (3,4138)^(1/120) − 1 = 1,03 % par an. À comparer aux 0,27 % du produit par tête sur la même période — (1,3767)^(1/120) − 1 — : le total croît près de quatre fois plus vite. Deux décimales, pas quatre : les niveaux de l'énoncé sont arrondis à l'unité, et prétendre à la quatrième décimale d'un taux calculé sur des données arrondies serait afficher une précision qu'on n'a pas. Le chapitre, lui, calcule sur les niveaux pleins et trouve 1,0284 % et 0,2667 % — le même résultat, à la précision près.

    Pourquoi la précision est nécessaire : les deux nombres décrivent le même pays aux mêmes dates et racontent des choses opposées. 1,03 % par an suggère une économie qui décolle ; 0,27 % dit que chaque Britannique, individuellement, ne gagne presque rien. La différence est entièrement dans la population, qui a plus que doublé.

    C'est la même famille que la situation de la §IX entre le n°9 et ce chapitre — mais pas le même cas : là-bas les trois questions de la méthode n°8 changent à la fois (grandeur, période, source), ici une seule, la grandeur. Le réflexe de copie : dire toujours de quelle grandeur on parle — total ou par tête — avant de citer un taux de croissance historique.

  4. En 1600, la série française donne 1 576 dollars pour l'année seule et 1 490 pour la moyenne des vingt et une années centrées sur 1600. Calculez l'écart en pourcentage. Puis expliquez ce qui se produirait si un étudiant calculait le taux 1600 → 1820 en prenant l'année 1600 comme départ et la moyenne de 1820 comme arrivée.

    Un coup de pouce

    Pour la seconde question, il n'est pas nécessaire de calculer les deux taux : le sens de l'erreur suffit, mais il faut le justifier.

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    Écart : (1 576 ÷ 1 490) − 1 = 0,0577, soit 5,8 % au-dessus de la moyenne. L'année 1600 est donc une année haute de sa fenêtre.

    Le mélange des conventions : partir d'une année HAUTE et arriver sur une moyenne, c'est gonfler artificiellement le point de départ, donc SOUS-ESTIMER la croissance de la période. L'erreur est systématique, pas aléatoire — à la différence des à-coups de récolte de la §III, qui n'ont, eux, aucune direction : elle a un sens, et on peut le prédire avant tout calcul.

    Le remède est celui de la §III : appliquer la même règle de lecture aux deux bornes, et l'écrire. Ici, moyenne contre moyenne — 1 490 en 1600, 1 822 en 1820 —, ce qui donne un facteur de 1,223 sur deux cent vingt ans, soit 0,0914 % par an. Refais-le sur les deux nombres IMPRIMÉS ci-dessus et tu trouveras 0,0915 % : ils sont arrondis à l'unité, et l'exercice 3 vient de prévenir qu'on ne prétend pas à la quatrième décimale d'un taux calculé sur des données arrondies. Le 0,0914 % sort des moyennes pleines.

    Note que ce taux (0,0914 %) est supérieur à celui de 1500-1820 (0,0563 %), et pour une raison qui n'a rien de mystérieux : la fenêtre de 1600 est un creux du siècle des guerres de Religion, plus bas que celle de 1500. Changer la borne de départ change le taux — c'est la leçon des bornes du n°9, et c'est pourquoi le chapitre affiche toujours les deux dates.

  5. De 1973 à 2022, le produit par tête allemand croît de 1,8419 % par an et le français de 1,3306 %. Par quel facteur le rapport du niveau allemand au niveau français a-t-il été multiplié sur la période ? Comparez au résultat qu'on obtiendrait en composant la DIFFÉRENCE des deux taux, et dites lequel est juste.

    Un coup de pouce

    Quarante-neuf ans. Deux calculs à mener, et un seul est correct.

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    Le calcul juste : on compose le RAPPORT des facteurs annuels. 1,018419 ÷ 1,013306 = 1,005046 — sur les taux PLEINS la division rend 1,005045, et c'est cette valeur-là que la §X emploie ; l'écart est celui des arrondis de l'énoncé. Élevé à la puissance 49 : 1,005045^49 = 1,280. Le rapport Allemagne/France s'est donc écarté de 28 % en quarante-neuf ans.

    Vérification directe sur les niveaux : le rapport vaut 19 074 ÷ 20 441 = 0,933 en 1973 et 46 648 ÷ 39 066 = 1,194 en 2022. Et 1,194 ÷ 0,933 = 1,280. Les deux méthodes concordent — c'est le contrôle à faire.

    Le calcul fautif : composer la différence des taux, soit 0,5112 point, puis 1,005112^49 = 1,284. On trouve 28,4 % au lieu de 28,0 %. L'écart est petit ici, mais l'erreur est de PRINCIPE, et elle grossit avec les taux — sur les 2,77 points de la §VI elle se voit dès la deuxième décimale.

    Un piège dans le piège, et c'est celui du n°18 sur les arrondis : en soustrayant les deux taux tels qu'ils s'AFFICHENT, 1,8419 − 1,3306, on trouve 0,5113 et non 0,5112. Une différence d'arrondis n'est pas l'arrondi de la différence, et quand un calcul doit être refait ce sont les valeurs NON arrondies qu'il faut reprendre.

    Ce qu'il faut retenir : un taux de croissance est un FACTEUR déguisé, et les facteurs se multiplient et se divisent, jamais ne s'ajoutent ni ne se retranchent. Le n°18 l'a établi sur les intérêts ; ce chapitre le retrouve sur les pays. Et l'ampleur du résultat mérite d'être soulignée : un demi-point de taux, sur une vie active, c'est plus d'un quart d'écart de niveau.

  6. Le produit par tête MONDIAL passe de 3 413 dollars en 1940 à 3 360 en 1950. Calculez le taux annuel moyen de cette décennie, puis le nombre d'années au bout desquelles, à ce rythme, le produit par tête serait divisé par deux. Que valent ces deux nombres, et que faut-il en dire ?

    Un coup de pouce

    La formule du n°9 accepte une autre cible que 2. Commence par regarder lequel des deux niveaux est le plus haut.

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    Taux annuel moyen : (3 360 ÷ 3 413)^(1/10) − 1 = (0,984471)^(0,1) − 1 = −0,001564, soit −0,1564 % par an. Sur les niveaux PLEINS le facteur vaut 0,98446 et le taux −0,1565 % : c'est l'écart que la suite de ce corrigé chiffre.

    Temps de moitié : on poursuit sur le taux de la ligne précédente, celui que l'énoncé permet de calculer. On cherche le nombre d'années n tel que (1 − 0,001564)^n = 0,5, donc n = ln 0,5 ÷ ln(0,998436) = −0,6931 ÷ −0,001565 = 442,9 ans. Repars du taux des niveaux PLEINS — le −0,1565 % de la ligne précédente — et tu trouveras 442,6 ans. Trois dixièmes d'écart, et c'est encore l'arrondi : la chaîne entière doit tenir sur la même convention, sans quoi on ne sait plus lequel des deux nombres on lit. Et voici le même piège une couche plus bas, car il ne s'arrête jamais : le 442,9 ci-dessus sort du facteur 0,984471 NON arrondi. Si tu repars du taux tel qu'il s'AFFICHE, −0,001564 à la sixième décimale, tu liras 442,8. Trois nombres pour une seule question, et chacun est juste dans sa convention — c'est pourquoi on la déclare.

    Ce que valent ces nombres : le taux est un fait de la base — des huit observations mondiales que ce chapitre retient — 1820, 1870, 1900, 1940, 1950, 1970, 2000, 2022 —, c'est la seule qui soit plus basse que la précédente. Le temps de moitié, lui, est un pur exercice d'échelle : il suppose que ce rythme se prolonge quatre siècles et demi, ce qui n'a aucun sens historique. On le calcule pour donner une mesure à un taux, pas pour prédire.

    Ce qu'il faut en dire, et c'est le vrai contenu de l'exercice : 1940 est une année de guerre, haute aux États-Unis et basse ailleurs, et la base ne donne le monde que tous les dix ans sur cette période. Le chiffre se cite donc avec ces deux réserves — sans quoi on transforme une observation fragile en fait établi.

  7. Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) Le produit par tête de la Chine était plus élevé en 1700 qu'en 1950. (b) La révolution industrielle britannique se traduit immédiatement par une croissance forte du produit par tête. (c) Une série de produit par tête exprimée en dollars internationaux de 2011 est corrigée à la fois de l'inflation et des différences de niveau de prix entre pays. (d) Le Royaume-Uni a connu, entre 1950 et 1973, une croissance du produit par tête plus rapide que les États-Unis.

    Un coup de pouce

    Pour chacune, cherche dans le chapitre le nombre ou la définition qui tranche. Trois se règlent par un calcul ; la (c), elle, par une convention d'unité.

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    (a) VRAI. 1 543 dollars en 1700 contre 799 en 1950 : le produit par tête chinois a été divisé par près de deux en deux siècles et demi, soit −0,2628 % par an.

    (b) FAUX. De 1700 à 1820, le produit par tête britannique croît de 0,2667 % par an seulement, contre 1,1109 % de 1820 à 1870. La rupture est de régime, pas de vitesse immédiate — c'est la THÈSE de Crafts et Harley. Leurs nombres à eux ne sont pas ceux-ci : ces deux taux sortent de Broadberry et de ses coauteurs, et sur d'autres bornes que le 1760-1830 dont ils traitent.

    (c) VRAI. L'expression « dollars internationaux de 2011 » contient DEUX conversions : l'une retire l'inflation (n°6), l'autre convertit à la parité de pouvoir d'achat pour comparer les pays. Un montant qui n'aurait subi que la première ne se comparerait pas d'un pays à l'autre.

    (d) FAUX, et c'est l'exception de la §IX. Le Royaume-Uni croît de 2,4193 % par an contre 2,4516 % pour les États-Unis, soit trois centièmes de point de MOINS — alors qu'il partait 27,4 % plus bas et aurait donc dû, selon la logique du rattrapage, croître plus vite.

  8. Un site affirme : « le PIB par habitant de la France a été multiplié par 21,6 depuis 1820 ». Le chapitre écrit 21,4. Qui a raison ? Répondez en identifiant la source possible de l'écart, sans conclure trop vite à une erreur.

    Un coup de pouce

    Refaites le calcul du facteur deux fois, en ne changeant qu'une seule chose. La §III dit laquelle.

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    Les deux peuvent avoir raison, et il faut le dire avant tout. 21,4467 est le facteur obtenu en lisant 1820 comme la MOYENNE des années 1810-1830, soit 1 822 dollars. 21,5939 est le facteur obtenu en lisant l'ANNÉE 1820 seule, soit 1 809 dollars. Même base, même arrivée, deux conventions de lecture.

    L'écart tient au fait que l'année 1820 est 0,7 % en dessous de la moyenne de sa fenêtre. Un point de départ plus bas donne mécaniquement un facteur plus grand.

    Ce qu'il faut répondre : demander la convention avant de trancher. Le désaccord n'est pas sur les faits, il est sur la règle de lecture. Et attention à ne pas en tirer que tout se vaut : aucune des deux conventions n'est fausse EN SOI, mais les MÉLANGER l'est — c'est l'objet de l'exercice 4.

    Et ce qu'il ne faut pas faire : conclure que « la différence est négligeable, donc peu importe ». Sur ce cas précis elle l'est (0,7 %), mais la même question posée sur 1500 change le SIGNE du résultat entre 1500 et 1800 : sur les moyennes, la France GAGNE 15,1 % ; sur les années seules, elle PERD 0,61 %. L'écart de l'année 1500 à sa fenêtre y atteint 9,8 %, contre 0,7 % pour celle de 1820. La négligeabilité se vérifie, elle ne se suppose pas.

  9. En vous appuyant sur les §V et §XI, expliquez en cinq lignes maximum pourquoi les affirmations « le produit par tête britannique augmente entre 1790 et 1840 » et « la condition ouvrière anglaise ne s'améliore pas entre 1790 et 1840 » peuvent être vraies toutes les deux. Nommez le phénomène et son auteur.

    Un coup de pouce

    Ce n'est pas une question de dates ni de fiabilité des sources.

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    Les deux affirmations portent sur des grandeurs différentes : la première sur une MOYENNE de production, la seconde sur la part de cette production qui revient au travail. Un produit par tête peut monter pendant que le salaire réel stagne, si la part des profits augmente.

    C'est ce que Robert C. Allen a nommé, dans un article de 2009, la « pause d'Engels » : entre 1790 et 1840 environ, la production par travailleur britannique augmente tandis que le salaire réel stagne, le taux de profit double et la part des profits dans le revenu national s'élève ; les salaires réels ne se remettent à suivre la productivité qu'après le milieu du XIXᵉ siècle.

    Le nom vient de Friedrich Engels, qui décrit la condition ouvrière anglaise en 1845, au moment même où les séries de production montent.

    La règle de méthode à retenir : une moyenne et une répartition sont deux objets. Un chapitre qui ne montre que la moyenne ne ment pas, mais il n'a pas fini de dire ce qu'il sait.

  10. Le chapitre affirme qu'entre 1950 et 2022, le rapport du produit par tête britannique au chinois passe de 13,84 à 2,00. Montrez que ce résultat découle exactement des deux taux annuels moyens de la période — 1,7439 % pour le Royaume-Uni, 4,5175 % pour la Chine — et non d'une coïncidence.

    Un coup de pouce

    Soixante-douze ans. Et souvenez-vous de ce qui, dans un taux de croissance, se compose vraiment.

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    Rapport des facteurs annuels : 1,045175 ÷ 1,017439 = 1,027261. Autrement dit, chaque année, la Chine réduit l'écart d'un facteur 1,027261.

    Sur soixante-douze ans : 1,027261^72 = 6,934. Le rapport initial doit donc être divisé par 6,934.

    Vérification : 13,844 ÷ 6,934 = 1,997, quand le rapport de 2022 vaut 1,996. L'écart est celui des arrondis, et il se dit : sur les valeurs pleines la division rend 1,9964, c'est-à-dire le rapport lui-même. Le résultat n'est pas une coïncidence, c'est une identité — le rapport de deux suites géométriques est une suite géométrique de raison le rapport des raisons.

    Si l'on avait composé la différence des taux (2,7736 points), on aurait obtenu 1,027736^72 = 7,169 et donc un rapport final de 13,844 ÷ 7,169 = 1,931 au lieu de 1,996. La faute change la conclusion : elle ferait croire que la Chine a dépassé la moitié du niveau britannique — 51,8 % — alors qu'elle en est tout juste à la moitié, 50,1 %.

Définitions à connaître

Histoire des faits économiques
L'étude des transformations économiques du passé au moyen de faits établis et datés — production, population, prix, échanges — par opposition à l'histoire de la pensée économique, qui étudie les doctrines. Elle suppose une reconstruction des grandeurs mesurées, puisque les instruments de mesure sont plus récents que les faits.
Comptabilité nationale rétrospective
La reconstruction, après coup, des agrégats d'une économie ancienne, à partir de sources produites pour d'autres usages : registres fiscaux, comptes de domaines, mercuriales, livres de douane, gages. Un chiffre qui en est issu s'énonce toujours avec l'auteur de la reconstruction, ses bornes et sa méthode.
Dollar international (de 2011)
Unité de compte dans laquelle un montant a subi DEUX conversions : le retrait de l'inflation, qui permet de comparer deux dates dans un même pays (n°6), et la conversion à parité de pouvoir d'achat, qui permet de comparer deux pays à une même date (n°10). L'année mentionnée est celle de l'UNITÉ DE COMPTE — ici 2011 — et pas nécessairement celle du REPÈRE sur lequel la comparaison entre pays est ancrée : la base de ce chapitre exprime tout en dollars de 2011 et ancre les niveaux d'avant 1990 sur le repère de 1990.
Repère de parité (benchmark)
Année pour laquelle une comparaison de niveau entre pays a été établie directement, à partir de relevés de prix comparables, et à partir de laquelle les séries de croissance nationales font remonter ou descendre les niveaux des autres années. Le choix de cette année modifie les estimations anciennes : c'est un paramètre de la reconstruction, pas une propriété du passé — la base de ce chapitre est en dollars de 2011, mais elle ancre ses niveaux d'AVANT 1990 sur le repère de 1990 et ceux d'après sur celui de 2011. Un rapport qui enjambe 1990 enjambe donc une couture, et les §VI et §XI en donnent les cas. Ne pas confondre avec l'autre emploi du mot dans ce chapitre : une année de repère, c'est aussi, plus simplement, une année pour laquelle la base donne une valeur.
Moyenne centrée sur vingt et un ans
Lecture d'un niveau ancien comme la moyenne ARITHMÉTIQUE des dix années qui précèdent la date, de la date elle-même et des dix qui la suivent. Elle sert à éliminer les à-coups de récolte, qui rendent une année isolée non représentative ; elle est une CONVENTION, et se déclare comme telle chaque fois qu'un nombre en est issu. Arithmétique et non GÉOMÉTRIQUE : la seconde se défendrait, la série sous-jacente avançant par pas multiplicatifs ; le choix de la première est assumé — dans une fenêtre, les vingt et une valeurs estiment un seul et même niveau, et un étudiant refait une arithmétique sans calculatrice — et l'écart qu'il coûte est chiffré à la section III. Ne l'impute pas au n°9 : celui-ci impose la géométrique aux TAUX que l'on enchaîne, pas aux valeurs d'une fenêtre.
Les cinq ruptures du chapitre
1820 : le produit par tête décroche durablement de la population, d'abord au Royaume-Uni. 1870-1914 : première mondialisation, sous étalon-or, avec des flux de marchandises, de capitaux et de migrants. 1914-1945 : trois décennies d'événements, que les séries mesurent de 1913 à 1950 — sur ces bornes-là, aucun des quatre pays suivis ne dépasse 1,1159 % par an et l'Allemagne tombe à 0,1673 %, avec la Grande Dépression au milieu — le produit par tête américain perd 32,67 % de 1929 à 1933. 1950-1973 : rattrapage des pays détruits ou en retard ; le TAUX le plus élevé de tout le corpus s'y trouve — 8,06 % au Japon —, mais les pays de la période n'y sont pas tous portés au même rythme, le Royaume-Uni n'y faisant que 2,42 %. 1973 : fin des changes fixes de Bretton Woods et premier choc pétrolier ; la croissance par tête des cinq pays du tableau de la §IX retombe entre 1,33 % et 1,85 % par an. Ce sont cinq taux MOYENS sur les quarante-neuf ans de 1973 à 2022, pas un couloir dont les années ne sortiraient plus : sur cette période, la série annuelle FRANÇAISE descend à −8,11 % en 2020 et remonte à +6,48 % en 2021 — deux années que le chapitre recopie exprès. Il ne recopie pas toutes les années de 1973 à 2022, et ne prétend donc pas que ces deux-là en soient les extrêmes : il montre seulement que les années sortent largement du couloir des moyennes.
Secousse (nom propre à ce chapitre)
De combien, en moyenne, une variation annuelle s'écarte de la variation MOYENNE de sa fenêtre. Trois gestes : on calcule les vingt variations x(t+1) ÷ x(t) − 1 de la fenêtre de vingt et un ans ; on en prend la moyenne, qui est la TENDANCE ; on moyenne enfin les écarts à cette tendance, en valeur absolue. Le troisième geste est essentiel : sans lui, dès que la série monte régulièrement, la mesure est dominée par la tendance. Sur la fenêtre 1990-2010, la moyenne des variations prises en VALEUR ABSOLUE vaut 1,72 % ; la tendance, c'est-à-dire la moyenne des variations avec leur signe, vaut 1,26 %. Les deux sont du même ordre, et c'est le signe que la première ne mesure presque pas d'à-coups. Une fois la tendance retirée, il reste 1,09 %. C'est ce qui distingue la secousse de l'ÉTENDUE, l'écart entre la plus haute et la plus basse année de la fenêtre, qui confond les deux. Le mot « secousse » n'est pas d'usage dans la discipline : il est commode ici, il ne se cite pas ailleurs.
Transition démographique
Le passage, en deux temps décalés, d'un régime à forte mortalité et forte natalité à un régime où les deux sont faibles : la mortalité baisse d'abord, ce qui accélère la croissance de la population, puis la natalité baisse à son tour, ce qui la ralentit. Ce décalage FACILITE la sortie du régime malthusien — un gain de production cesse alors d'être absorbé par le nombre —, mais il n'en est PAS la condition : le Royaume-Uni en sort entre 1820 et 1870 avec une population qui croît encore de 0,7850 % par an, et sa natalité ne baisse que plus tard. Et dans son PREMIER temps, quand seule la mortalité a reculé, la transition referme le piège au lieu de l'ouvrir.
Régime malthusien
Régime dans lequel, À TECHNIQUE INCHANGÉE, tout gain de produit par tête finit absorbé par une hausse de la population, si bien que le produit TOTAL croît mais que le produit PAR TÊTE revient vers son point de départ. Il repose sur les rendements décroissants de la terre, et il a cessé de valoir — ce n'est pas une loi de la nature mais la description d'une période.
Rendements décroissants (en histoire économique)
Le fait que, la terre étant fixe, chaque travailleur supplémentaire finit par ajouter moins de production que le précédent. Formalisés au n°16, ils sont le rouage qui rend le régime malthusien stable : À TECHNIQUE INCHANGÉE, ils convertissent une hausse de population en baisse du produit par tête. DEUX restrictions se récitent avec la définition, et la seconde s'oublie tout le temps. La première : quand la technique progresse, population et produit par tête peuvent monter ensemble. La seconde, que le n°16 pose expressément : la fixité d'un facteur ne fait pas décroître les rendements dès la première unité, elle les rend inévitables PASSÉ UN CERTAIN NIVEAU — chez lui, une productrice au four fixe a des rendements croissants jusqu'à sa soixante-sixième pièce. Sur les siècles que ce chapitre regarde, ce niveau est franchi de longue date, et c'est ce qui autorise l'emploi de la règle ici. La France de 1600 à 1700 le fait — 1 490 à 1 712 dollars, 18 500 à 21 471 milliers d'habitants —, mais ne t'en sers pas comme d'une preuve : l'exercice 4 explique ce point de départ par un CREUX du siècle des guerres de Religion, et une remontée depuis un creux n'atteste pas à elle seule un progrès. Ne renverse pas la prudence pour autant : le niveau de 1700 dépasse de 12,5 % le plateau de 1500, il ne se contente donc pas de rejoindre ce qui précédait le creux.
Révolution industrielle
Le passage, à partir du dernier tiers du XVIIIᵉ siècle en Grande-Bretagne, à une économie où la machine, l'énergie fossile et l'usine deviennent le mode dominant de production. L'expression, employée par Adolphe Blanqui en 1837, est postérieure au phénomène ; les séries montrent une transformation étalée sur près d'un siècle, ce qui a conduit une partie des historiens à lui préférer « industrialisation ».
Pause d'Engels
Période, située environ entre 1790 et 1840 en Grande-Bretagne, pendant laquelle la production par travailleur augmente alors que le salaire réel stagne : la part du revenu national qui revient aux profits s'élève, aux dépens de celle qui revient aux salaires et aux propriétaires de la terre. Nommée par Robert C. Allen en 2009, elle est l'exemple canonique d'une moyenne qui monte sans que la répartition suive.
Grande Divergence
Le creusement de l'écart de produit par tête entre l'Europe occidentale — puis ses prolongements — et le reste du monde. Les séries de ce chapitre le montrent déjà engagé avant le XIXᵉ siècle — le rapport Royaume-Uni/Chine passe de 1,58 en 1700 à 3,80 en 1820 —, culminant au milieu du XXᵉ, puis se refermant entre ces deux pays. Sa DATE est aussi discutée que sa cause : les séries chinoises citées ici sont celles de Broadberry, Guan et Li, que le classeur associe de 1661 à 1933 à celle de Xu et de ses coauteurs, et elles placent la divergence tôt ; Pomeranz et l'école dite de Californie tiennent les régions les plus avancées des deux continents pour comparables jusqu'au milieu du XVIIIᵉ siècle, ce qui la place bien plus tard. Ce chapitre donne les chiffres d'une reconstruction, pas le verdict d'un débat. Elle résulte d'un écart de TAUX de croissance maintenu longtemps, et non d'une différence de nature entre les économies concernées.
Rattrapage
Le fait, pour une économie partie d'un niveau plus bas, de croître plus vite qu'une économie avancée, en adoptant des techniques déjà éprouvées, en investissant sur un stock de capital faible et en transférant de la main-d'œuvre vers des activités plus productives. Il se constate ; il n'est pas automatique, et le Royaume-Uni des Trente Glorieuses en est le contre-exemple : parti 27,4 % plus bas que les États-Unis en 1950, il croît pourtant moins vite. Ne confonds pas un rattrapage MANQUÉ avec un DÉCLIN RELATIF. L'épisode britannique de 1870-1913 est un déclin relatif — la fiche suivante le définit — et il n'est PAS un rattrapage manqué : le Royaume-Uni PART devant — 5 829 dollars contre 4 803 aux États-Unis en 1870 — et se fait dépasser avant 1913, où il est à 8 212 contre 10 108. Croître moins vite quand on est devant, c'est le rattrapage des AUTRES qui fonctionne, pas le sien qui échoue.
Déclin relatif
Le fait, pour un pays, de continuer à s'enrichir tout en perdant du terrain sur d'autres, parce qu'ils croissent plus vite. Le mot RELATIF est essentiel : le Royaume-Uni de 1870 à 1913 voit son produit par tête monter de 5 829 à 8 212 dollars, et se fait pourtant dépasser par les États-Unis, passés de 4 803 à 10 108. Un déclin relatif n'est pas un appauvrissement, et c'est le rattrapage des autres qui le produit — le confondre avec une baisse est la faute la plus fréquente sur ce point.
Première mondialisation
La phase d'intégration des économies entre 1870 et 1914, portée par l'effondrement des coûts de transport, le télégraphe et l'étalon-or, et caractérisée par des flux de marchandises et de capitaux, et surtout par des flux de MIGRANTS dans des PROPORTIONS — rapportées à la population — que la période contemporaine n'a pas retrouvées. La comparaison ne vaut que pour les migrants : l'ouverture commerciale d'aujourd'hui, elle, dépasse celle de 1913.
Étalon-or
Régime monétaire dans lequel l'unité monétaire d'un pays est définie par un poids fixe d'or, ce qui fixe mécaniquement les taux de change entre les pays qui l'adoptent. Généralisé entre 1870 et 1914, il est le cadre monétaire de la première mondialisation.
Système de Bretton Woods
Le cadre monétaire international issu de la conférence tenue du 1ᵉʳ au 22 juillet 1944 à Bretton Woods (New Hampshire) entre quarante-quatre nations : changes fixes mais ajustables, adossés au dollar lui-même convertible en or, et deux institutions, le Fonds monétaire international et la future Banque mondiale. Il prend fin entre le 15 août 1971 et mars 1973.
Trente Glorieuses
Nom donné par Jean Fourastié en 1979 à la période de croissance exceptionnelle qui suit la Seconde Guerre mondiale dans les pays développés. Les bornes du livre sont 1946-1975 ; toute statistique citée sous ce nom doit préciser les bornes sur lesquelles elle a été calculée, faute de quoi deux personnes ne parlent pas de la même période.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Avant de citer un nombre historique, dis QUI l'a reconstruit, sur quelles BORNES et dans quelle UNITÉ. Un chiffre sans ces trois éléments ne se discute pas, donc ne s'utilise pas. (Pour les nombres de produit et de population, les trois sont les mêmes dans tout ce chapitre : Maddison Project Database 2023, bornes affichées à côté de chaque taux, dollars internationaux de 2011. Les deux prix du baril de la §X, eux, sont en dollars courants et viennent d'une autre source, créditée en fin de page.)
  2. Le critère de lecture est une DATE, pas une amplitude. AVANT 1870, et quand ce chapitre a recopié les vingt et une années, un niveau se lit sur la MOYENNE de ces années centrées ; à partir de 1870, et partout où il ne dispose que de repères, c'est l'année elle-même. La condition porte sur ce que le chapitre RECOPIE, pas sur ce que la base publie : le 1820 américain est un repère alors que la base donne les États-Unis année par année depuis 1800. Ne présente jamais cette règle comme un seuil statistique : la fenêtre 1940-1960 est l'une des plus agitées de tout le corpus et se lit pourtant à l'année, parce que son agitation est de l'HISTOIRE et non du bruit. Dans les deux cas, note la convention retenue à côté du nombre : deux conventions différentes peuvent donner deux résultats de signe opposé.
  3. Applique la même règle de lecture aux deux bornes d'un taux quand tu le peux. Quand tu ne le peux pas — une période à cheval sur la date de bascule, une série sans années annuelles d'un côté —, dis-le et CHIFFRE ce que le mélange coûte : sur les 1,53 % de la France de 1820 à 2022, il vaut trois millièmes de point de taux et 0,7 % de facteur. Partir d'une année haute pour arriver sur une moyenne fabrique une erreur dont on peut prédire le sens avant tout calcul — à condition de disposer de la série annuelle, sans quoi on ne sait pas si l'année est haute ou basse.
  4. Un taux de croissance sur longue période est toujours une moyenne GÉOMÉTRIQUE (n°9). Ne divise jamais un facteur par une durée : ce serait traiter une suite géométrique comme une suite arithmétique.
  5. Traduis tout taux en temps de doublement pour lui donner une échelle humaine — et, si le taux est négatif, en temps de MOITIÉ : c'est la même formule avec une autre cible. Un taux négatif n'a pas de temps de doublement.
  6. Ce qui se compose n'est jamais la DIFFÉRENCE de deux taux, c'est le RAPPORT de leurs facteurs. Pour savoir de combien un écart se creuse ou se referme, calcule (1 + g₁)/(1 + g₂), puis élève à la puissance du nombre d'années.
  7. Dis toujours si tu parles du produit TOTAL ou du produit PAR TÊTE. L'identité du n°10 relie les deux par la population, et l'écart entre leurs deux taux vaut le taux de la population, au facteur (1 + taux par tête) près : 0,76 point pour le Royaume-Uni de 1700 à 1820, 1,03 point pour la France de 1950 à 1973.
  8. Devant deux chiffres qui se contredisent, pose trois questions dans l'ordre : même GRANDEUR ? même PÉRIODE ? même SOURCE ? La plupart des contradictions apparentes tombent dès la première.
  9. Avant de comparer un pays à lui-même à un siècle d'écart, demande-toi si c'est le même pays : les frontières changent, et la base doit trancher là où l'histoire ne tranche pas.
  10. Vérifie qu'une conclusion survit à un déplacement des bornes de un ou deux ans, quand la série le permet. Quand elle ne le permet pas — une base qui ne donne qu'un point tous les dix ans —, dis-le au lieu de conclure comme si tu l'avais vérifié. Si la conclusion ne survit pas au déplacement, tu ne mesures pas une tendance : tu mesures deux accidents.
  11. Quand une borne de période est un creux ou un sommet, dis-le et donne un second calcul sur une période plus large. Une conclusion qui ne tient qu'à une borne choisie n'est pas encore une conclusion.
  12. N'oppose jamais « le chiffre est construit » et « le chiffre est valide ». Une convention écrite, publiée et critiquable est ce qui rend un chiffre discutable ; c'est l'impression non chiffrée qui ne l'est pas (n°11, n°13).
  13. Un produit par tête est une MOYENNE : il ne dit rien de la répartition, rien de ce qui n'est pas échangé, rien des ressources consommées. Nomme le silence avant qu'on te l'oppose.
  14. Une régularité historique n'est pas une loi : elle vaut sur la période où elle a été mesurée, et le régime malthusien — trois siècles de stagnation suivis d'un démenti — en est la démonstration.
  15. Toute comparaison — entre pays comme entre dates d'un même pays — dont une borne est ANTÉRIEURE à 1990 et l'autre postérieure enjambe un changement de REPÈRE de parité — 1990 avant, 2011 après. Le mouvement reste lisible ; ses décimales ne se citent pas comme si elles sortaient d'un seul instrument.
  16. Le contrôle de l'identité TOTAL = PAR TÊTE × POPULATION porte une condition qu'il faut réciter avec lui : quand les DEUX facteurs dépassent 1, le facteur total dépasse chacun d'eux ; quand ils ENCADRENT 1, il tombe entre les deux ; et quand tous DEUX sont sous 1, il tombe sous chacun d'eux — 0,9 × 0,8 = 0,72. Un contrôle dont on oublie la condition devient un piège.
  17. Un produit par tête n'est pas un revenu, et le ramener à la journée ne le rend pas comparable à un seuil de pauvreté : il contient l'investissement, les stocks et la dépense publique, et les seuils sont exprimés sur une autre base de parités. Deux nombres en « dollars par jour » ne se comparent pas du seul fait qu'ils portent le même mot.

Sources

  • Jutta Bolt et Jan Luiten van Zanden, Maddison style estimates of the evolution of the world economy: A new 2023 update, Journal of Economic Surveys — la base de données dont sortent TOUS les nombres de ce chapitre, sa méthode, et la discussion du choix de l'année de repère pour les estimations antérieures à 1940, 2024
  • Angus Maddison, The World Economy: A Millennial Perspective (OCDE) — la reconstitution longue de la production mondiale, poursuivie après sa mort par le Maddison Project du Groningen Growth and Development Centre, 2001
  • William Petty, Verbum Sapienti (écrit vers 1665, publié à titre posthume) — le premier chiffrage du revenu d'un pays, que la section II rappelle pour dater le geste de compter une économie, 1691
  • Simon Kuznets, National Income, 1929-1932 (document du Sénat des États-Unis n° 124, 73ᵉ Congrès) — l'acte de naissance de la comptabilité nationale moderne, et donc la frontière au-delà de laquelle tout chiffre de production est une reconstruction (section II), 1934
  • Leonardo Ridolfi et Alessandro Nuvolari, L'histoire immobile? A reappraisal of French economic growth using the demand-side approach, 1280-1850, European Review of Economic History — la reconstruction de la série française d'avant 1800, celle que les sections I, III et IV lisent, 2021
  • Stephen Broadberry, Bruce Campbell, Alexander Klein, Mark Overton et Bas van Leeuwen, British Economic Growth 1270-1870 (Cambridge University Press) — la reconstruction de la série britannique dont la section V tire les trois taux qui datent la rupture, 2015
  • Stephen Broadberry, Hanhui Guan et David Daokui Li, China, Europe and the Great Divergence: a Study in Historical National Accounting, 980-1850, Journal of Economic History — la reconstruction chinoise que le tableau de la section II porte sur 1000-1661 et qu'il associe à la suivante de 1661 à 1933 : ensemble, elles donnent les quatre niveaux chinois de 1700, 1820, 1870 et 1913 dont les sections VI et VIII se servent, 2018
  • Yi Xu, Zhihong Shi, Bas van Leeuwen, Yuping Ni, Zipeng Zhang et Ye Ma, Chinese National Income, ca. 1661-1933, Australian Economic History Review — la seconde reconstruction chinoise, que le classeur associe à la précédente sur toute la période 1661-1933 : les quatre niveaux chinois que ce chapitre lit entre ces deux dates en relèvent donc autant que de la première, 2016
  • Jean-Claude Toutain, Le produit intérieur brut de la France de 1789 à 1982 — la reconstruction annuelle française que la base porte de 1850 à 1913 et de 1920 à 1950 — la première des sources sur lesquelles ce chapitre lit ses niveaux postérieurs à la bascule de la section III, et non la seule : les niveaux d'après 1950 n'en viennent pas, 1987
  • Charles H. Feinstein, National Income, Expenditure and Output of the United Kingdom 1855-1965 (Cambridge University Press) — son équivalent britannique, de 1870 à 1950, 1972
  • Thomas Robert Malthus, An Essay on the Principle of Population (publié anonymement à Londres) — la population croissant géométriquement quand les subsistances ne croissent qu'arithmétiquement, thèse à laquelle le régime décrit à la section IV doit son nom, 1798
  • David Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt — les rendements décroissants de la terre, qui sont le rouage par lequel une hausse de population fait redescendre le produit par tête (section IV), 1817
  • Adolphe Blanqui, Histoire de l'économie politique en Europe — l'ouvrage où l'expression « révolution industrielle » est employée, plusieurs décennies après le phénomène qu'elle nomme (section V), 1837
  • Friedrich Engels, Die Lage der arbeitenden Klasse in England (La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Leipzig) — la description de la condition ouvrière anglaise contemporaine de la montée du produit par tête, d'où le nom donné par Allen à la période (section V), 1845
  • Nicholas F. R. Crafts et C. Knick Harley, Output growth and the British industrial revolution: a restatement of the Crafts-Harley view, Economic History Review — la DÉFENSE, sept à dix ans après, de la révision que ces deux auteurs avaient publiée séparément en 1982 et 1985 : la croissance britannique de 1760 à 1830 fut plus modérée qu'on ne le croyait, sans cesser d'être une discontinuité (section V), 1992
  • Robert C. Allen, Engels' pause: technical change, capital accumulation, and inequality in the British industrial revolution, Explorations in Economic History — la démonstration que le produit par travailleur monte pendant que le salaire réel stagne (sections V et XI), 2009
  • Robert C. Allen, The British Industrial Revolution in Global Perspective (Cambridge University Press) — la thèse des salaires élevés et du charbon bon marché, que la section V rapporte comme UNE explication du décollage britannique parmi d'autres : c'est ce LIVRE qui la développe, et non l'article de 2009 ci-dessus, qui porte sur la répartition, 2009
  • Kenneth Pomeranz, The Great Divergence: China, Europe, and the Making of the Modern World Economy (Princeton University Press) — la thèse d'une parité entre les régions les plus avancées d'Europe et d'Asie jusqu'au milieu du XVIIIᵉ siècle, discutée à la section VI, 2000
  • Kevin H. O'Rourke et Jeffrey G. Williamson, Globalization and History: The Evolution of a Nineteenth-Century Atlantic Economy (MIT Press) — les marchandises, les capitaux et les migrants de la première mondialisation, et la convergence des salaires réels jusqu'en 1914 (section VII), 1999
  • John Maynard Keynes, The General Theory of Employment, Interest and Money (Macmillan) — l'ouvrage qui installe le chômage de masse au centre de la théorie, au milieu du bloc 1914-1945 que décrit la section VIII, 1936
  • Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, ou la Révolution invisible de 1946 à 1975 — le livre qui donne son nom à la période de la section IX, et dont les bornes ne sont pas celles des séries statistiques disponibles, 1979
  • Michael Corbett (Federal Reserve History), Oil Shock of 1973-74 — la chronologie de l'embargo, du 19 octobre 1973 à sa levée en mars 1974, et les prix du baril, de 2,90 dollars avant l'embargo à 11,65 dollars en janvier 1974 (section X), 2013