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Cursus étudiant

Les indices de prix

15 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Construire un indice de prix à partir d'un panier et de deux jeux de prix, et dire pourquoi ce n'est jamais la moyenne des hausses.
  • Calculer les deux conventions que le chapitre n°6 s'était contenté de nommer — LASPEYRES, au panier de départ, et PAASCHE, au panier d'arrivée — et dire laquelle l'INSEE emploie, et pourquoi elle n'a pas le choix.
  • Expliquer le BIAIS DE SUBSTITUTION : pourquoi un panier figé exagère la hausse du coût de la vie dès que les ménages se reportent sur ce qui augmente le moins.
  • Passer d'un indice à un taux d'inflation, et distinguer le GLISSEMENT de la MOYENNE ANNUELLE — deux nombres que l'INSEE publie pour la même année.
  • Déflater une grandeur nominale pour en tirer un POUVOIR D'ACHAT, et savoir dans quel sens la soustraction des taux se trompe.
  • Nommer les quatre biais de mesure qu'une commission d'experts a chiffrés en 1996, et CALCULER ce que vaut un dixième de point sur un indice qui sert à indexer.
  • Dire pourquoi plusieurs indices de prix coexistent — d'ensemble, sous-jacent, harmonisé — et pourquoi l'inflation ressentie n'est pas l'inflation mesurée.
  • Lire les pondérations réelles du panier français, calculer la CONTRIBUTION d'un poste à l'indice, et savoir pourquoi le « logement » de l'IPC ne pèse pas ce qu'un budget de ménage lui donne.
  • Situer les deux conventions dans leur histoire — Fleetwood pose la question en 1707, Laspeyres et Paasche y répondent différemment dans les années 1870, Fisher, en 1922, les recale TOUS LES DEUX par le test de RÉVERSION DES FACTEURS et propose un troisième indice qui le passe.

I. Deux calculs honnêtes, deux inflations

Reprends le village, et regarde ses ménages plutôt que sa production. Ils achètent deux choses : du pain et du lait. Entre l'an 1 et l'an 2, le prix du pain DOUBLE — il passe de 3 à 6 euros la baguette — pendant que celui du lait ne bouge pas d'un centime, à 2 euros le litre. Les villageois font ce que font les gens : ils achètent moitié moins de pain, dix mille baguettes devenues cinq mille, et deux fois plus de lait, dix mille litres devenus vingt mille.

Question de partiel : de combien les prix ont-ils augmenté au village ? Voici deux réponses, calculées par deux étudiants qui n'ont triché ni l'un ni l'autre. Le premier prend le panier de l'an 1 — celui qu'on achetait AVANT — et regarde ce qu'il coûterait aux prix de l'an 2 : il trouve une hausse de 60 %. Le second prend le panier de l'an 2 — celui qu'on achète MAINTENANT — et regarde ce qu'il aurait coûté aux prix de l'an 1 : il trouve 27 %. Du simple au double, sur les mêmes deux biens et les mêmes deux années.

Aucun des deux ne s'est trompé, et le chapitre va le démontrer plutôt que l'affirmer. Ce qui les sépare n'est pas une erreur de calcul mais une question à laquelle ils ne répondent pas de la même façon : « combien coûte aujourd'hui la vie que je menais avant » n'est pas « combien coûtait avant la vie que je mène aujourd'hui ». Un indice de prix doit choisir, et son chiffre dépend de ce choix.

Le chapitre n°6 t'avait laissé au bord de cette question. Il a posé l'indice en base 100 et t'a appris à le lire dans les deux sens ; il a défini le déflateur du PIB comme un rapport déduit ; il a nommé les deux conventions, Laspeyres et Paasche, sans les calculer ; et il a promis que l'indice des prix à la consommation viendrait plus loin. Nous y sommes. Le n°10 a laissé une seconde dette, plus courte : il a séparé les indices de prix, qui comparent une même économie à deux DATES, des parités de pouvoir d'achat, qui comparent deux PAYS à une même date. Ce chapitre tient les deux promesses.

Le programme, en quatre questions. Que met-on dans le panier, et comment le pèse-t-on (section II) ? Comment se calculent les deux conventions, et laquelle l'INSEE emploie-t-il (III) ? Pourquoi l'écart entre elles porte-t-il un nom et un coût (IV) ? Et que fait-on d'un indice une fois qu'on l'a — un taux, un pouvoir d'achat (V et VI) ? Les sections VII et VIII disent ce que l'indice mesure mal et pourquoi il en existe plusieurs, et la IX te met le panier entre les mains.

Le panier du villageAn 1An 2
Pain, prix de la baguette3 €6 €
Pain, quantité10 0005 000
Lait, prix du litre2 €2 €
Lait, quantité10 00020 000
Dépense totale50 000 €70 000 €

II. Le panier, et le poids de chaque chose

Un indice de prix ne mesure pas « les prix », qui ne forment pas une grandeur : il mesure ce que coûte un PANIER donné, à deux dates. Tout le travail est donc dans le panier — ce qu'on y met, et le poids qu'on donne à chaque chose.

Commence par écarter la fausse solution, car c'est celle que tout le monde propose. Le pain a augmenté de 100 %, le lait de 0 % : la moyenne des deux hausses vaut 50 %. Ce nombre n'est aucun des indices que ce chapitre va calculer, et il ne le sera jamais. La raison est simple : une moyenne SIMPLE traite le pain et le lait comme s'ils comptaient autant l'un que l'autre dans la vie des gens. Or à l'an 1, le pain représente 60 % de la dépense du village et le lait 40 %. Un indice de prix est donc une moyenne PONDÉRÉE, et sa pondération est la part de chaque bien dans la dépense.

C'est ce qui donne sa forme à l'indice réel. L'INSEE ne relève pas seulement des prix : il relève aussi ce que les ménages achètent, et il en tire des COEFFICIENTS DE PONDÉRATION, publiés chaque mois à côté de l'indice. Le tableau ci-dessous donne ceux de 2026, sur la base de 10 000 que l'INSEE emploie — 5 195 pour les services se lit donc « 51,95 % de la dépense ». Deux choses y sautent aux yeux, et aucune n'est celle qu'on attend.

La première : plus de la MOITIÉ du panier français est faite de services, 51,95 % à eux seuls. L'alimentation en pèse 14,85 %, l'énergie 7,64 %. Une hausse de 10 % sur l'alimentation ne pèse donc pas comme une hausse de 10 % sur un poste qui vaut un centième du budget — et la plupart de ce que l'indice mesure n'a pas de prix affiché en rayon. La seconde : le poste qu'on croirait le plus lourd, le logement, ne pèse ici que 8,31 %, loyers, eau et ordures ménagères réunis. Ce n'est pas une erreur de l'INSEE, c'est la définition du CHAMP. Un indice de prix relève des prix effectivement payés : le propriétaire qui occupe son logement ne verse de loyer à personne, aucun prix n'est donc relevé chez lui, et son « loyer imputé » — que la comptabilité nationale, elle, calcule : le chapitre n°4 l'a posé au titre de la production, et le n°5 en a mesuré le poids dans les revenus — sort du panier. L'électricité et le gaz, de leur côté, sont rangés dans l'énergie et non dans le logement. Retiens surtout l'idée : une pondération ne se commente jamais sans savoir ce que son poste contient.

Le contrôle qui vaut d'être fait, et qui coûte dix secondes. Les cinq lignes du tableau somment exactement à 10 000, c'est-à-dire à 100 % de la dépense. Un jeu de pondérations qui ne boucle pas n'est pas un panier : c'est une sélection de postes, et il n'en sort aucun indice. Prends l'habitude de sommer avant de commenter — trois jolis pourcentages qui ne totalisent rien ne sont peut-être pas des pondérations du tout.

Attention à une conséquence que le chapitre n°10 avait annoncée sans la traiter. Ces pondérations sont celles du ménage MOYEN, et personne n'est le ménage moyen. Un étudiant qui consacre la moitié de son budget au loyer et rien à l'automobile ne subit pas l'indice publié : il subit son propre panier. L'indice n'en est pas faux pour autant — il répond à la question « de combien la vie a-t-elle renchéri en moyenne », qui n'est pas « de combien MA vie a-t-elle renchéri ». La section VIII y reviendra, car c'est la première cause de l'écart entre inflation mesurée et inflation ressentie.

Reste une question qu'on oublie de poser, et qui est pourtant la première : d'où viennent les prix ? Pas d'un fichier que quelqu'un transmettrait. En France, l'INSEE fait relever chaque mois de l'ordre de 140 000 prix en magasin par des enquêteurs — la cible de la base 2025, contre 150 000 en base 2015, la collecte à la main reculant à mesure que les autres sources grandissent. Car il en existe deux autres, et la plus grosse est récente : les DONNÉES DE CAISSE de la grande distribution, qui apportent à elles seules de l'ordre du milliard d'observations chaque mois, et les prix moissonnés sur internet. Retiens deux conséquences plutôt que les chiffres. La première : un indice de prix est un objet d'ENQUÊTE, avec un échantillon de produits et un échantillon de points de vente, et non une lecture directe du réel. La seconde en découle, et la section VII y reviendra : puisqu'on suit un échantillon de magasins, un ménage qui change de magasin pour payer moins cher fait quelque chose que l'indice a du mal à voir.

Deux précisions de méthode, et elles tombent en examen. D'abord, les pondérations sont RÉVISÉES chaque année, et calées sur les comptes nationaux les plus récents — ceux-là mêmes que les chapitres n°4 à n°8 ont construits. Un indice de prix n'est donc pas un objet figé posé une fois pour toutes : son panier suit la consommation, avec un retard d'un an. Ensuite, le CHAMP est celui des ménages. Le chapitre n°6 l'avait dit en creux : le déflateur du PIB couvre tout ce qui entre dans le PIB, investissement et exportations compris, quand l'indice des prix à la consommation ne suit que le panier des ménages. Les deux ne peuvent pas donner le même chiffre, et il n'y a là aucune contradiction à relever.

Attention à un mot qui vient de changer de sens sous tes yeux. La « base de 10 000 » du tableau qui suit est une ÉCHELLE de pondération : elle dit comment se répartissent cent pour cent d'une dépense. La BASE d'un indice, dont parle le paragraphe suivant, est tout autre chose : c'est l'ANNÉE à laquelle on donne la valeur 100. Même mot, deux objets ; le contexte les sépare toujours, mais il faut l'avoir vu une fois.

Le piège, donc. Un indice ne se compare qu'à sa propre BASE, et la base change. À partir des résultats de janvier 2026, l'INSEE publie un indice rénové en base 2025 = 100, au titre d'un changement de base coordonné au niveau européen. Un indice de 118 en base 2015 et un indice de 101 en base 2025 peuvent décrire la même économie : ce ne sont pas deux niveaux de prix différents, ce sont deux règles graduées différemment.

Et l'on ne s'en tire pas en le disant : il faut savoir le FAIRE, parce qu'un sujet le demande. REBASER un indice tient en une division. Pour passer une série de la base 2015 à la base 2025, on divise chaque terme par la valeur de la série en 2025, puis on multiplie par 100. Un exemple, avec une série qui vaut 100 en 2015, 118 en 2024 et 120 en 2025 : en base 2025, elle vaut 100 / 120 × 100 = 83,33 pour 2015, 118 / 120 × 100 = 98,33 pour 2024, et 100,00 pour 2025 par construction. Le contrôle qui prouve qu'on ne s'est pas trompé : les ÉVOLUTIONS ne bougent pas d'un millième. De 2024 à 2025, l'ancienne série donne 120 / 118 = +1,69 % et la nouvelle 100,0000 / 98,3333 = +1,69 %. Garde tes décimales pour ce contrôle : avec un 98,3 arrondi tu trouverais +1,73 % et tu croirais avoir raté ton rebasage. C'est bien la même économie, sur une autre règle graduée. Retiens la règle du chapitre n°9, appliquée ici : un indice se cite avec sa base et son millésime, et deux indices de bases différentes ne se comparent qu'une fois ramenés à la même.

Le panier français, pondérations 2026 (INSEE)Base 10 000En % de la dépense
Services5 19551,95 %
— dont loyers, eau, ordures ménagères8318,31 %
— dont services de santé7827,82 %
— dont transports3003,00 %
— dont communications1921,92 %
— dont autres services3 09030,90 %
Produits manufacturés2 38823,88 %
Alimentation1 48514,85 %
— dont produits frais1701,70 %
— dont alimentation hors frais1 31513,15 %
Énergie7647,64 %
— dont produits pétroliers3703,70 %
Tabac1681,68 %
Ensemble10 000100 %

Un indice est une moyenne pondérée — et voici la moyenne

Cette section a dit deux fois qu'un indice de prix est une moyenne PONDÉRÉE des hausses. Il faut l'écrire, sans quoi la formule de la section III tombera du ciel. Reprends le village : le pain pèse 60 % de la dépense de l'an 1, le lait 40 %.

Ce qu'on pèse n'est pas le prix, c'est le RAPPORT de prix — ce que les statisticiens appellent le relatif de prix. Le pain passe de 3 à 6 euros : son relatif vaut 6/3 = 2. Le lait ne bouge pas : 2/2 = 1. On multiplie chaque relatif par le poids de son bien, et on additionne.

  1. indice = w_pain × (p₂ / p₁ du pain) + w_lait × (p₂ / p₁ du lait)

    w se lit « weight », le poids ; l'indice ₁ désigne l'année de départ, l'indice ₂ l'année d'arrivée — la même notation que partout ailleurs dans ce chapitre. Les poids sont ceux de l'année de DÉPART : on verra à la section III que ce choix porte un nom.

  2. indice = 0,60 × 2 + 0,40 × 1 = 1,20 + 0,40 = 1,600

    Soit 160,0 en base 100 — exactement le nombre que la section III obtiendra en divisant deux coûts de panier. Deux chemins, un résultat : c'est le même indice, écrit une fois comme un rapport de dépenses et une fois comme une moyenne de hausses.

  3. contribution du pain = w × (relatif − 1) = 0,60 × 1 = +0,60

    La CONTRIBUTION d'un poste : son poids multiplié par sa hausse. Le pain apporte 60 points des 60 que l'indice affiche ; le lait, 0,40 × 0 = 0. Les contributions s'ADDITIONNENT et redonnent le total — c'est le contrôle.

  4. énergie 2026 : 0,0764 × 12 % = +0,92 point ; services : 0,5195 × 2 % = +1,04 point

    Le même calcul sur le vrai panier français, et le résultat qui surprend : deux pour cent sur les services pèsent PLUS lourd que douze pour cent sur l'énergie. Un gros mouvement sur un petit poste compte moins qu'un petit mouvement sur un gros.

Le signe Σ, qui va servir dix fois : Σ p₂q₁ se lit « la somme, sur TOUS les biens du panier, du prix de l'année 2 multiplié par la quantité de l'année 1 ». Avec deux biens on peut écrire les termes un par un ; avec les milliers de produits d'un vrai indice, il faut ce raccourci.

Un piège pour plus tard. Cette moyenne-là est ARITHMÉTIQUE, et elle donne l'indice au panier de départ. On serait tenté de refaire la même somme avec les poids de l'année d'arrivée pour obtenir l'autre convention : ce serait faux. Avec les poids de l'an 2 — pain 42,9 %, lait 57,1 % —, la somme 0,429 × 2 + 0,571 × 1 donne 1,429, quand la section III trouvera 1,273. Il faut une moyenne HARMONIQUE : 1 / (0,4286/2 + 0,5714/1) = 1 / 0,7857 = 1,273. Et la raison se voit en une ligne, elle ne se subit pas. Un poids de l'an 2 est une part de la dépense de l'an 2, donc son numérateur porte déjà le prix de l'an 2. Quand tu remontes de cette dépense-là vers celle de l'an 1 — ce que fait Paasche —, chaque terme doit être DIVISÉ par son relatif pour revenir au prix d'avant, jamais multiplié par lui. D'où les rapports renversés, et l'inverse à la fin. Retiens surtout l'idée : on ne change pas seulement les poids en passant d'une convention à l'autre, on change aussi la façon de moyenner. Si le mot « harmonique » te gêne, garde la version de la section III — deux coûts de panier, une division — qui donne le même nombre sans ce détour.

III. Laspeyres et Paasche : le même panier, croisé

Le chapitre n°6 a nommé ces deux conventions ; il est temps de les calculer, et l'on verra qu'il n'y a rien d'autre à comprendre qu'un croisement. Un panier a des quantités et des prix, chacun disponible pour deux années. Rien n'oblige à prendre les deux du même côté : on peut valoriser les quantités de l'an 1 aux prix de l'an 2, ou celles de l'an 2 aux prix de l'an 1. Quatre combinaisons existent, et le tableau ci-dessous les donne toutes — rien que les quatre coûts, les indices viendront de leur division ; la figure qui suit montre pourquoi elles ne donnent pas le même résultat.

Avant de calculer, il faut savoir d'où viennent ces deux noms : la structure de ce chapitre EST une réponse historique. Réciter le nom de Laspeyres sans savoir qu'il s'agit d'un homme, c'est apprendre un dispositif sans connaître la question qu'il résout. Le chapitre n°6 a raconté la naissance de l'idée — le Chronicon Preciosum de William FLEETWOOD, 1707, qui met en regard les prix de 1440-1460 et ceux de 1686-1706. Retiens-en ICI ce que le n°6 notait sans pouvoir l'exploiter : Fleetwood ne pondère aucun panier. Il aligne des rapports de prix et tranche au jugement. C'est l'intuition de l'indice, pas l'outil, et ce qui lui manque est l'objet même de ce chapitre : le POIDS.

Le problème du poids reste entier un siècle et demi, puis il est tranché deux fois, différemment, dans l'Allemagne statisticienne des années 1870. En 1871, Étienne LASPEYRES pèse chaque bien par sa place dans la consommation de l'année de DÉPART ; en 1874, Hermann PAASCHE, sur les cotations de la Bourse de Hambourg, pèse par celle de l'année d'ARRIVÉE. Ils ne se corrigent pas l'un l'autre : ils répondent aux deux questions du début de ce chapitre, et c'est pourquoi les deux formules ont survécu ensemble cent cinquante ans. Retiens la filiation par sa logique : Fleetwood pose la question, Laspeyres et Paasche donnent les deux réponses, Fisher tentera de les départager à la section IV.

L'INDICE DE LASPEYRES pèse avec le panier de DÉPART. On demande : ce que j'achetais à l'an 1, combien coûte-t-il aujourd'hui ? Le panier de l'an 1 coûtait 50 000 euros aux prix de l'an 1 ; il coûterait 80 000 euros aux prix de l'an 2. L'indice vaut 80 000 / 50 000 = 1,60, soit 160 en base 100, soit une hausse de 60 %.

L'INDICE DE PAASCHE pèse avec le panier d'ARRIVÉE. On demande : ce que j'achète aujourd'hui, combien coûtait-il avant ? Le panier de l'an 2 coûte 70 000 euros aux prix de l'an 2 ; il aurait coûté 55 000 euros aux prix de l'an 1. L'indice vaut 70 000 / 55 000 = 1,2727, soit 127,3, soit une hausse de 27,3 %.

32,7 points d'écart — 160,0 contre 127,3 —, et c'est le sujet du chapitre. Mais avant d'expliquer l'écart, il faut établir qu'aucun des deux n'est faux, et cela se démontre en refermant les identités du chapitre n°6. La dépense des ménages passe de 50 000 à 70 000 euros : elle progresse de 40 %, et c'est un fait, pas une convention. Le volume, lui, dépend des prix qui servent à le mesurer — c'est exactement ce que le n°6 a établi. Aux prix de l'an 1, le panier de l'an 2 vaut 55 000 contre 50 000 : le volume progresse de 10 %. Aux prix de l'an 2, il vaut 70 000 contre 80 000 : le volume RECULE de 12,5 %. Divise maintenant la dépense par chacun de ces deux volumes : 1,40 / 1,10 donne 1,2727, c'est-à-dire Paasche, et 1,40 / 0,875 donne 1,60, c'est-à-dire Laspeyres. Les deux indices sont donc chacun le prix qui manque à une décomposition valeur = prix × volume parfaitement cohérente. Ils ne se contredisent pas : ils complètent deux mesures différentes du volume.

Attention, l'appariement va à l'envers de ce qu'on attend, et il faut voir pourquoi une fois pour toutes. Le volume mesuré aux prix de l'an 1 se marie avec PAASCHE, pas avec Laspeyres — alors que Laspeyres est partout ailleurs « la convention de l'an 1 ». La raison est arithmétique, et l'encadré ci-dessous l'ÉCRIT au lieu de la raconter — il ne suffit pas de dire qu'une simplification a lieu, il faut la voir. La règle à retenir, et elle sert en partiel : un indice de prix d'une convention se marie toujours avec l'indice de volume de l'AUTRE. Un Laspeyres de prix appelle un Paasche de volume, et réciproquement.

Deuxième chose à ne pas confondre, et elle vient du chapitre n°6. Ces noms désignent une FAÇON DE PONDÉRER, pas un jeu de données particulier. Pour un indice de PRIX, Laspeyres retient les QUANTITÉS de l'année de départ — c'est ce que le n°6 t'a dit. Pour un indice de VOLUME, le même nom, Laspeyres, retient les PRIX de l'année de départ. Le mot ne change pas, ce qui est figé change : dans les deux cas, c'est l'AUTRE facteur que celui qu'on mesure, pris à l'année de départ. Un étudiant qui n'a pas vu cela croit lire deux définitions contradictoires entre les deux chapitres.

Et voici la synthèse qu'un correcteur attend, que le cursus a préparée sans jamais l'énoncer. Regarde ce que tu viens d'écrire : « la dépense divisée par le volume aux prix de l'an 1 donne Paasche ». Or c'est exactement la définition du DÉFLATEUR du chapitre n°6 — PIB nominal divisé par PIB réel aux prix d'une année de base. Le déflateur du PIB est donc un indice de PAASCHE, quand l'indice des prix à la consommation est un indice de LASPEYRES. Avec la même nuance des deux côtés : l'un comme l'autre sont ENCHAÎNÉS d'année en année, comme le chapitre n°6 l'a établi pour les volumes — un Paasche chaîné face à un Laspeyres chaîné, jamais deux formules figées depuis dix ans. Deux instituts ne s'opposent pas : le même institut publie les deux, et ils diffèrent par leur champ ET par leur convention.

Laquelle l'INSEE emploie-t-il ? LASPEYRES, et il n'a pas vraiment le choix. Pour calculer un Paasche, il faut connaître les quantités de l'année en cours — donc attendre que l'année soit finie et que les comptes soient faits. Or l'indice des prix à la consommation est publié chaque mois, une quinzaine de jours après le mois qu'il mesure. Seul un panier fixé À L'AVANCE permet cela. Retiens la formulation qui explique la convention plutôt que de la réciter : on emploie Laspeyres parce qu'il est le seul des deux qu'on puisse calculer sans savoir l'avenir.

Attention à ce que cette phrase n'autorise pas. Que Laspeyres soit commode ne le rend pas neutre, et la section IV montre ce qu'il coûte. Attention aussi à une confusion de vocabulaire fréquente en copie : l'indice des prix à la consommation français est un Laspeyres dont les pondérations sont RENOUVELÉES chaque année et enchaînées, ce qui n'est pas la même chose qu'un panier figé depuis dix ans. C'est le chaînage du chapitre n°6, appliqué aux prix au lieu des volumes.

Coût du panier — les quatre croisementsAux prix de l'an 1Aux prix de l'an 2
Quantités de l'an 150 000 €80 000 €
Quantités de l'an 255 000 €70 000 €

Les deux indices, et le contrôle qui les réconcilie

Deux divisions, puis deux contrôles. Les contrôles comptent autant que les divisions : ce sont eux qui prouvent qu'aucun des deux indices n'est faux.

  1. Laspeyres = Σ p₂q₁ / Σ p₁q₁ = 80 000 / 50 000 = 1,600

    p₂q₁ : les prix de l'année d'arrivée, les quantités de l'année de départ. Le panier reste celui d'avant ; seuls les prix changent. C'est la convention de l'indice publié.

  2. Paasche = Σ p₂q₂ / Σ p₁q₂ = 70 000 / 55 000 = 1,2727

    Cette fois le panier est celui d'aujourd'hui, valorisé aux deux jeux de prix. Il tient compte des reports, et c'est pourquoi il ne se calcule qu'après coup.

  3. dépense = Σ p₂q₂ / Σ p₁q₁ = 70 000 / 50 000 = 1,400

    Ce que les ménages paient réellement : prix et quantités mêlés. Ce n'est pas un indice de prix, et le confondre avec un est la faute la plus fréquente sur ce chapitre.

  4. Σp₂q₂/Σp₁q₁ ÷ Σp₁q₂/Σp₁q₁ = Σp₂q₂/Σp₁q₁ × Σp₁q₁/Σp₁q₂ = Σp₂q₂/Σp₁q₂

    La ligne que la section promettait, posée en entier. Diviser par une fraction, c'est multiplier par son inverse ; les deux Σp₁q₁ se simplifient, et ce qui reste — prix de l'an 2 sur prix de l'an 1, aux quantités de l'an 2 — EST Paasche. Le volume a emporté l'année de départ que le prix portait, et lui a laissé la sienne.

  5. contrôle : 1,400 / 1,100 = 1,2727 = Paasche

    1,100 est le volume mesuré aux prix de l'an 1 (55 000 / 50 000). La dépense divisée par CE volume redonne exactement Paasche — c'est la ligne précédente, en nombres.

  6. contrôle : 1,400 / 0,875 = 1,600 = Laspeyres

    0,875 est le volume mesuré aux prix de l'an 2 (70 000 / 80 000). La dépense divisée par CE volume-là redonne Laspeyres. Deux décompositions valeur = prix × volume, toutes deux exactes.

La règle à retenir : un indice de prix n'existe pas seul. Il est toujours l'autre moitié d'une mesure de volume, et changer la pondération de l'un déplace l'autre en sens inverse. C'est la leçon du chapitre n°6 sur le déflateur, retrouvée de l'autre côté du rapport.

Les deux paniers du village en parts de la dépense : le pain, dont le prix a doublé, pèse 60 % du panier de départ et 42,9 % du panier d'arrivée — d'où un indice de 160,0 dans un cas et de 127,3 dans l'autrepain 60,0 %lait 40,0 %panier de l'an 1Laspeyres 160,0pain 42,9 %lait 57,1 %panier de l'an 2Paasche 127,3le prix du pain a doublé, celui du lait n'a pas bougé
Les deux paniers du village, en parts de la dépense. L'échelle va de 0 à 100 % : ce ne sont pas des niveaux mais des POIDS, et il n'y a donc ici aucun cadrage à avouer. À gauche, le panier de l'an 1 — celui d'AVANT — où le pain pèse 60 % ; à droite, celui de l'an 2 — celui d'APRÈS le report vers le lait — où il ne pèse plus que 42,9 %. Le prix du pain a doublé, celui du lait n'a pas bougé : peser la même hausse une fois avec 60 % et une fois avec 42,9 % donne 160,0 d'un côté et 127,3 de l'autre. Toute la différence entre Laspeyres et Paasche tient dans ces deux barres.

IV. Le biais de substitution

Pourquoi Laspeyres annonce-t-il 60 % quand Paasche annonce 27 % ? La réponse tient au comportement des ménages, et non à l'arithmétique. Quand le pain double, les villageois en achètent moins et se reportent sur le lait, qui n'a pas bougé. Le panier de l'an 1 contient donc beaucoup de ce qui a le plus augmenté ; le panier de l'an 2 en contient peu. Peser avec le premier, c'est faire porter un poids de 60 % au bien dont le prix a doublé ; peser avec le second, c'est ne lui en accorder que 42,9 %.

Cela porte un nom que le partiel attend : le BIAIS DE SUBSTITUTION. Un indice au panier de départ EXAGÈRE le renchérissement du coût de la vie, parce qu'il fait comme si les ménages continuaient d'acheter ce qui est devenu cher, alors qu'ils s'en détournent. Et il l'exagère d'autant plus que les prix relatifs bougent et que les gens y répondent — les deux conditions doivent être réunies.

Attention à ne pas transformer un mécanisme en théorème, et c'est la nuance qui distingue une bonne copie. Il n'est pas vrai que Laspeyres dépasse Paasche par nécessité mathématique : il le dépasse parce que les quantités varient EN SENS INVERSE des prix relatifs, ce qui est le comportement ordinaire des consommateurs et non une loi de l'arithmétique. Le chapitre n°3 a construit ce comportement — l'effet de substitution y a son nom. Si les ménages achetaient DAVANTAGE de ce qui augmente le plus, l'ordre s'inverserait. Dis donc « Laspeyres majore dès que les consommateurs substituent », jamais « Laspeyres est toujours supérieur ».

Cette phrase-là ne se croit pas sur parole, alors la figure ci-dessous la fait constater. On y reprend le village et l'on ne touche à RIEN d'autre qu'au report : les prix ne bougent pas d'un centime d'un bout à l'autre de l'axe, seule change la façon dont les ménages répartissent leurs achats à l'an 2. Deux choses s'y lisent d'un coup. La première : Laspeyres est une DROITE HORIZONTALE, plate à 160,0 quoi que fassent les ménages — et c'est logique, puisque ses deux termes, Σp₂q₁ et Σp₁q₁, ne contiennent que des quantités de l'année de départ. Le comportement de l'année d'arrivée n'entre nulle part dans sa formule : c'est sa commodité et son biais dans le même trait. La seconde : les deux courbes se CROISENT au report nul, et à gauche du croisement Paasche passe devant. L'ordre s'inverse sans qu'aucune formule ait changé, ce qui règle la question — ce n'était pas un théorème.

Reste à trancher, puisque les deux chiffres sont exacts et qu'aucun ne décrit vraiment le coût de la vie. La solution la plus employée porte le nom d'Irving FISHER, l'économiste américain que le chapitre n°6 citait déjà dans ses sources. En 1922, dans The Making of Index Numbers, il fait ce que personne n'avait fait : il compare SYSTÉMATIQUEMENT les formules d'indice existantes en les soumettant à des tests — notamment celui-ci, qu'un correcteur aime voir cité, le test de RÉVERSION DES FACTEURS : l'indice des prix multiplié par l'indice des volumes DE LA MÊME CONVENTION doit rendre exactement l'évolution de la dépense. La précision « de la même convention » n'est pas un détail — on vient de voir qu'en croisant les conventions on retombe toujours sur la dépense, et le test serait sans objet. Or ni Laspeyres ni Paasche ne le passent avec leur propre jumeau : au village, 1,60 × 1,10 donne 1,76 et 1,2727 × 0,875 donne 1,1136, quand la dépense vaut 1,40.

La moyenne GÉOMÉTRIQUE des deux, elle, le passe — et pour une raison qui se DÉMONTRE, en trois lignes, plutôt que de s'emprunter au chapitre n°9. L'encadré ci-dessous les écrit. Attention d'ailleurs à ne pas invoquer ici la justification du n°9 : là-bas, des taux se MULTIPLIENT dans le temps ; ici, deux mesures CONCURRENTES du même objet se moyennent. Même moyenne, deux raisons différentes.

Le nombre, pour finir : la racine de 1,60 × 1,2727 vaut 1,427, soit un indice de 142,7, entre les deux comme il se doit. Fisher appelait le sien l'indice « idéal » — ce qui ne l'a pas rendu publiable en cours d'année, puisqu'il contient un Paasche.

Un mot sur ce que cet écart coûte, car il n'est pas d'école. Sur notre village, il vaut 32,7 points, parce que le prix d'un bien a doublé en un an. Sur un pays réel, où les prix relatifs bougent moins brutalement, il se compte en dixièmes de point par an — et c'est déjà énorme, pour la raison que la section VII expliquera : un indice de prix ne sert pas qu'à décrire, il sert à INDEXER.

Pourquoi la moyenne géométrique passe le test

Trois lignes, et pas une de plus. On note P_L et P_P les deux indices de PRIX, Q_L et Q_P les deux indices de VOLUME, V l'évolution de la dépense. La section III vient d'établir que les paires CROISÉES tombent juste ; on les pose l'une sous l'autre, et on les multiplie.

  1. (1) P_L × Q_P = V

    Prix au panier de départ, volume au panier d'arrivée. Au village : 1,600 × 0,875 = 1,400.

  2. (2) P_P × Q_L = V

    Et l'autre croisement, qui tombe juste lui aussi : 1,2727 × 1,100 = 1,400.

  3. (1) × (2) : (P_L × P_P) × (Q_L × Q_P) = V²

    On multiplie les deux égalités membre à membre. À gauche on REGROUPE : les deux prix ensemble, les deux volumes ensemble ; à droite, V × V. Au village, ce regroupement-là donne (1,600 × 1,2727) × (1,100 × 0,875) = 2,0364 × 0,9625 = 1,96. Ne confonds pas avec 1,76 × 1,1136, qui vaut 1,96 aussi : c'est le produit des paires de MÊME convention, celui de l'exercice 6. Même total, deux regroupements — la multiplication s'en moque, pas toi.

  4. √(P_L × P_P) × √(Q_L × Q_P) = V

    La racine des deux côtés. Le premier facteur EST le Fisher des prix, le second le Fisher des volumes : 1,4270 × 0,9811 = 1,4000, et √1,96 = 1,40. Le test est passé par construction, pas par chance.

Ce qu'il faut retenir si tu ne retiens qu'une chose : Fisher passe le test PARCE QUE les deux échecs de Laspeyres et de Paasche sont symétriques — l'un majore, l'autre minore, et leurs deux facteurs sont exactement inverses — 44/35 pour l'un, 35/44 pour l'autre, produit 1. Ne fais pas ce contrôle sur les arrondis : 1,257 × 0,795 rend 0,9993 et te ferait croire à une approximation là où l'égalité est exacte. La moyenne géométrique est la seule qui annule une paire d'erreurs inverses.

Les deux indices du village quand seul le REPORT des ménages varie : Laspeyres reste une droite horizontale à 160, Paasche descend en la croisant au report nul, et passe au-dessus d'elle quand le report se fait vers le bien dont le prix a doubléle village, 127,3Laspeyres 160,0 — il ne bouge pasPaasche100160200aucun report← vers ce qui a augmentévers ce qui n'a pas augmenté →
Les deux indices du village quand SEUL le report varie — les prix, eux, ne bougent pas de tout le graphique. En abscisse, le nombre de baguettes auxquelles les ménages renoncent à l'an 2, chacune s'accompagnant de deux litres de lait en plus, dans la proportion observée au village. Ce n'est pas un troc à budget constant : renoncer à une baguette libère 6 euros et deux litres n'en coûtent que 4, si bien que la dépense de l'an 2 décroît le long de l'axe. Le village du chapitre est le point marqué, à 5 000 baguettes abandonnées. Laspeyres ne bouge pas : les quantités de l'an 2 n'entrent pas dans sa formule. Paasche descend, croise Laspeyres exactement au report nul, et passe AU-DESSUS de lui à gauche, quand le report se fait vers le bien dont le prix a doublé. L'échelle des ordonnées part de 100 et non de zéro, sinon le croisement — qui est tout le propos — serait écrasé.

V. De l'indice au taux d'inflation

Un indice est un niveau ; l'INFLATION est sa variation. Le passage de l'un à l'autre est le calcul de taux du chapitre n°9, et il n'y a rien de neuf à y apprendre — sauf une chose, qui est justement la même qu'au n°9 et qui en fait donc une règle du cursus plutôt qu'une curiosité.

Voici les quatre dernières années françaises, en moyenne annuelle : les prix à la consommation augmentent de 5,2 % en 2022, de 4,9 % en 2023, de 2,0 % en 2024 et de 0,9 % en 2025. Quatre années, quatre taux, et une question immédiate : de combien les prix ont-ils monté au total ? Certainement pas de la somme, 13,0 %. Les coefficients se multiplient — 1,052 × 1,049 × 1,020 × 1,009 — et donnent 1,1357, soit 13,57 %. Plus d'un demi-point d'écart en quatre ans, et l'addition sous-estime — tant que les taux sont tous POSITIFS. Le paragraphe suivant introduit le cas où l'un devient négatif ; l'addition se trompe alors dans l'autre sens, +5 % puis −4 % donnant 1,008 quand elle annonce +1,0 %.

Trois mots pour trois situations, et une copie qui les confond perd tout le bénéfice de son calcul. INFLATION : les prix montent, le taux est positif. DÉSINFLATION : ils montent MOINS VITE, le taux baisse mais reste positif. DÉFLATION : ils baissent, le taux est négatif. Relis maintenant les quatre années ci-dessus : de +5,2 % à +0,9 %, la France a connu une DÉSINFLATION, et à aucun moment une déflation. Le niveau des prix n'a jamais reculé — il a fini 13,57 % au-dessus de son point de départ. Le raccourci « l'inflation baisse, donc les prix baissent » est la faute la plus fréquente sur ce chapitre, et elle est facile à désamorcer : c'est le TAUX qui baisse, pas le NIVEAU.

Le piège, et c'est celui du chapitre n°9 transposé. Pour cette même année 2025, l'INSEE publie DEUX nombres. La MOYENNE ANNUELLE vaut +0,9 % : elle compare la moyenne des douze mois de 2025 à celle des douze mois de 2024, et c'est le chiffre qu'on appelle « l'inflation de 2025 ». Le GLISSEMENT sur un an de décembre 2025 vaut +0,8 % : il compare le seul mois de décembre 2025 au seul mois de décembre 2024. Aucun n'est faux, ils ne répondent pas à la même question, et une copie qui les confond compare une moyenne à un point — exactement la faute que le n°9 apprend à ne pas commettre sur la croissance.

Une dernière chose, qui explique pourquoi ces deux nombres bougent de façon déroutante : l'EFFET DE BASE. Un glissement compare deux mois ; il dépend donc autant du mois d'arrivée que du mois de départ. Si les prix avaient brutalement bondi en décembre 2024, le glissement de décembre 2025 s'effondrerait — non parce que les prix auraient baissé en 2025, mais parce que le point de comparaison était haut. Un commentaire qui lit une accalmie là où il n'y a qu'un effet de base a manqué la moitié de l'information. Le réflexe : devant un glissement qui change nettement, demander ce qui s'est passé un an plus tôt. Ne confonds pas l'effet de base avec l'ACQUIS que le chapitre n°9 t'a appris. L'acquis est une projection en AVANT : ce que ferait l'année entière si la grandeur restait jusqu'en décembre au niveau du dernier point connu. L'effet de base regarde en ARRIÈRE, vers le point de comparaison. Le n°9 pose donc une prudence voisine, et distincte.

Retiens la façon de choisir plutôt que les deux définitions. Si la question porte sur ce qu'une année a coûté — un budget, une indexation, une comparaison avec la croissance annuelle du chapitre n°9 —, c'est la moyenne annuelle. Si elle porte sur l'état des prix à un moment, sur la tendance en cours, sur ce que la banque centrale regarde ce mois-ci, c'est le glissement. Et avant de commenter un chiffre d'inflation, demande toujours lequel des deux il est : les journaux annoncent l'un en janvier et l'autre le reste de l'année, sans toujours le dire.

France, inflation en moyenne annuelleTauxCoefficient
2022+5,2 %× 1,052
2023+4,9 %× 1,049
2024+2,0 %× 1,020
2025+0,9 %× 1,009
Cumul des quatre années+13,57 %× 1,1357

VI. Le pouvoir d'achat : diviser par l'indice

Voici l'usage que tout étudiant rencontrera, et il tient en une division. Un salaire de 2 000 euros ne dit rien tant qu'on ignore ce qu'on peut en faire. Divise-le par l'indice des prix et multiplie par 100, et tu obtiens ce même salaire exprimé aux prix de l'année de base : c'est le SALAIRE RÉEL, et sa variation est le pouvoir d'achat. Avec un indice à 110, un salaire nominal de 2 000 euros vaut 1 818 euros aux prix de la base — le même geste que le chapitre n°6 faisait sur le PIB, appliqué à une feuille de paie. Le vocabulaire qui va avec, et qu'un correcteur attend : les 2 000 euros sont en EUROS COURANTS, ceux du moment où on les touche ; les 1 818 sont en EUROS CONSTANTS, c'est-à-dire aux prix d'une année de référence qu'il faut TOUJOURS nommer. « 1 818 euros constants » ne veut rien dire ; « 1 818 euros constants de l'année de base » en veut un.

Le calcul intéressant n'est pas ce niveau, c'est sa variation, et il rejoue une règle que le chapitre n°10 a établie sur un autre dénominateur. Un salaire qui progresse de 5,0 % pendant que les prix montent de 4,0 % ne gagne pas 1,0 % de pouvoir d'achat : il gagne 1,05 / 1,04 − 1, soit 0,96 %. La soustraction exagère, et elle exagère exactement de l'inflation en relatif — c'est la loi que le n°10 a démontrée pour la population, avec l'indice des prix à la place du nombre d'habitants. Deux chapitres, deux dénominateurs, une seule règle : on divise des coefficients, on ne soustrait pas des taux.

Attention à ne pas conclure trop vite sur le pouvoir d'achat d'un pays. Ce que l'INSEE publie sous ce nom porte sur le revenu disponible de l'ENSEMBLE des ménages, déflaté ; il augmente donc quand la population augmente, même si chacun stagne. Le chapitre n°10 a construit exactement l'outil qui manque ici : le pouvoir d'achat PAR HABITANT, ou mieux par unité de consommation. Un débat public sur le pouvoir d'achat qui ne dit pas lequel des trois il commente n'est pas un débat, c'est un malentendu.

Déflater, et ce que la soustraction coûte

Une division pour le niveau, une division pour la variation. La seconde est celle qu'on rate.

  1. salaire réel = salaire nominal / indice × 100 = 2 000 / 110 × 100 = 1 818 €

    Le salaire exprimé aux prix de l'année de base. Le « × 100 » n'est là que parce que l'indice est en base 100 : sans lui, on diviserait par 1,10.

  2. pouvoir d'achat = (1 + salaire) / (1 + prix) − 1 = 1,05 / 1,04 − 1 = +0,96 %

    La division des coefficients, comme au chapitre n°10 pour la population. Le résultat est le gain réel.

  3. la soustraction annoncerait 5,0 − 4,0 = +1,00 %

    Quatre centièmes de point de trop, et l'erreur vaut exactement l'inflation en relatif : 1,000 / 0,9615 = 1,04. Fais la division sur la valeur non arrondie : avec le 0,96 imprimé plus haut on trouverait 1,0417, et l'on croirait la règle approximative alors qu'elle est exacte. La règle du n°10, retrouvée avec un autre dénominateur.

  4. même geste sur un placement : taux d'intérêt réel = (1 + i) / (1 + π) − 1

    Un livret à 3,0 % quand les prix montent de 2,4 % ne rapporte pas 0,6 % mais 0,59 %, et rapporte NÉGATIF dès que l'inflation dépasse le taux servi. C'est la même division, avec un intérêt au numérateur au lieu d'un salaire — le cursus la retrouvera sur l'épargne.

Le contrôle qui évite la faute, et il faut l'énoncer correctement — la version paresseuse (« le gain réel est plus petit que la différence ») est fausse une fois sur deux. Le taux exact vaut (g_salaire − g_prix) / (1 + g_prix) : c'est la différence, DIVISÉE par le coefficient des prix. Quand les prix montent, on divise par un nombre supérieur à 1, donc le résultat est plus PROCHE DE ZÉRO que la différence — plus petit qu'elle si elle est positive, mais plus GRAND qu'elle si elle est négative. Vérifie-le sur l'exercice 4 : +1,0 % de salaire contre +2,4 % de prix donnent −1,37 % en exact, quand la soustraction annonce −1,4 %. C'est bien la soustraction qui s'éloigne de zéro, exactement comme le chapitre n°10 l'a démontré pour la population.

VII. Les quatre biais, et ce qu'un dixième de point coûte

Un indice de prix n'est pas une mesure au sens où une balance en est une : c'est une construction, et toute construction a des défauts connus. Ceux-ci ont été recensés et chiffrés une fois pour toutes, par une commission d'experts réunie par le Sénat américain et présidée par l'économiste Michael Boskin. Son rapport, remis le 4 décembre 1996, s'intitule « Vers une mesure plus exacte du coût de la vie » et conclut que l'indice américain surestimait alors l'inflation d'environ 1,1 point de pourcentage par an.

Il en nomme quatre causes, et il faut savoir les distinguer. La première, tu la connais : la SUBSTITUTION entre produits, celle de la section IV — les ménages se détournent de ce qui augmente, le panier figé l'ignore. La deuxième est la substitution de POINTS DE VENTE : quand les consommateurs se reportent vers des enseignes moins chères, l'indice enregistre la baisse comme un changement de qualité de service plutôt que comme une baisse de prix. La troisième est la QUALITÉ : un produit qui coûte 10 % de plus mais dure deux fois plus longtemps n'a pas renchéri de 10 %. Les instituts corrigent cela par un AJUSTEMENT HÉDONIQUE — on estime statistiquement ce que vaut chacune des caractéristiques d'un produit, mémoire, autonomie, garantie, et l'on retranche du prix la part imputable à ce qui s'est amélioré. Nomme la méthode en copie, mais nomme aussi sa limite : elle repose sur des conventions qu'on peut discuter, et elle s'applique mieux à un ordinateur qu'à une consultation médicale. La quatrième est celle des PRODUITS NOUVEAUX : ils entrent dans le panier avec retard, souvent après que leur prix a beaucoup baissé, si bien que cette baisse-là n'est jamais comptée.

Attention à l'usage qu'on fait de ce rapport. Il porte sur l'indice AMÉRICAIN des années 1990, et les instituts ont depuis modifié leurs méthodes — la France renouvelle et enchaîne ses pondérations chaque année, ce qui traite une partie du premier biais. Citer « 1,1 point » comme s'il valait pour l'indice français d'aujourd'hui serait une faute de millésime, exactement celle que le chapitre n°8 interdit. Ce qu'il faut retenir n'est pas le nombre mais son ORDRE DE GRANDEUR et sa direction : les biais connus vont majoritairement dans le même sens, celui de la surestimation.

Reste à comprendre pourquoi un dixième de point mérite une commission d'experts, et c'est le vrai sujet de cette section. Un indice de prix ne sert pas seulement à décrire : il INDEXE. Des pensions, des salaires minimums, des loyers, des contrats, et dans certains pays des barèmes d'impôt suivent l'indice publié. Un dixième de point d'erreur, appliqué chaque année à des dizaines de millions de personnes et composé sur des décennies, se chiffre en milliards — l'exercice 8 te fera trouver une dizaine de milliards sur dix ans, pour les seules pensions d'un seul pays, à un seul dixième de point. C'est la raison pour laquelle la méthode d'un indice de prix est une question politique autant que statistique, et pourquoi son producteur doit être indépendant de celui qui paie.

VIII. Pourquoi il en existe plusieurs

Il n'existe pas un indice des prix, mais une famille, et un sujet peut demander de les distinguer. L'indice d'ENSEMBLE couvre tout le panier des ménages : c'est celui que les journaux annoncent. L'indice SOUS-JACENT en retire ce qui bouge pour des raisons qui ne disent rien de la tendance — produits à prix volatils comme l'énergie et les produits frais, et tarifs publics et fiscalité indirecte — afin de lire le mouvement de fond plutôt que ses secousses. L'indice HARMONISÉ, l'IPCH, est calculé selon une méthode commune à tous les pays européens, ce qui le rend comparable d'un pays à l'autre ; c'est lui que la Banque centrale européenne regarde pour la zone euro, et il diffère un peu de l'indice national parce que son champ n'est pas identique.

Il faut en ajouter un quatrième, et c'est la dette que le chapitre n°10 nous a laissée. Une PARITÉ DE POUVOIR D'ACHAT est elle aussi un rapport de coûts de paniers — mais elle ne compare pas deux DATES, elle compare deux PAYS à une même date. On y relève le prix d'un même panier en France et au Japon, et le rapport dit combien de yens achètent ce qu'un euro achète ici. Tout ce que ce chapitre vient d'apprendre s'y transpose, y compris le pire : le panier doit être le même, or les Japonais et les Français ne consomment pas la même chose, et l'on retrouve donc le choix de Laspeyres et de Paasche — panier du pays A, panier du pays B —, l'écart entre les deux, et la moyenne géométrique pour les départager. Ce que le chapitre n°10 disait sans pouvoir le montrer prend ici son sens : un classement de pays dépend du panier retenu, exactement comme une inflation dépend du sien.

Les trois premiers décrivent la même économie et ne donnent pas le même chiffre. Le cursus a rencontré ce motif au n°6, au n°9 et au n°10, et il vaut d'être formulé en règle : deux chiffres du même institut, sur la même grandeur et la même année, diffèrent par ce qu'on a décidé de couvrir ou de corriger. Le réflexe n'est pas de chercher lequel est faux, c'est de demander lequel répond à la question posée.

Reste la question que tout le monde pose, et elle mérite mieux qu'un haussement d'épaules : pourquoi l'inflation qu'on ressent dépasse-t-elle si souvent l'inflation publiée ? Trois raisons, toutes légitimes. La première est la pondération, vue à la section II : personne n'est le ménage moyen, et un budget contraint est plus exposé aux postes qui augmentent le plus. La deuxième est la FRÉQUENCE d'achat — on constate le prix du pain ou du carburant plusieurs fois par semaine, celui d'un téléviseur tous les huit ans, si bien que la mémoire des prix est dominée par ce qu'on achète souvent. La troisième est l'asymétrie de l'attention : une hausse se remarque, une baisse passe inaperçue.

La deuxième raison se chiffre, et c'est ce qui la rend convaincante plutôt que plaisante. Reprends le tableau de la section II. Les deux postes qu'un ménage voit défiler chaque semaine — les produits frais, 1,70 % du panier, et les produits pétroliers, 3,70 % — pèsent ensemble 5,40 % de la dépense. La ligne « autres services », que personne ne surveille et dont presque personne ne saurait citer un prix, en pèse 30,90 %, soit près de six fois plus. L'inflation dont on se souvient est donc faite d'un dix-huitième du panier — 5,40 % sur cent ; celle qui est publiée pèse les cent. Les deux nombres peuvent diverger longtemps sans que ni l'un ni l'autre ne se trompe.

Attention à la conclusion qu'on en tire. Rien de tout cela ne rend l'indice mensonger, et une copie qui glisse vers « les chiffres officiels sont truqués » sort de l'économie. Ce que ces trois raisons établissent est plus intéressant : un indice moyen ne peut pas décrire une expérience individuelle, et il n'a jamais prétendu le faire. C'est exactement ce que le chapitre n°10 a montré pour la moyenne face à la médiane — un chiffre d'ensemble et une condition ordinaire sont deux objets différents.

IX. Atelier : c'est le panier qui décide

Une chose de ce chapitre ne s'apprend pas en la lisant, et c'est justement celle que le partiel piège : l'écart entre les deux conventions n'est pas dans les formules, il est dans le COMPORTEMENT des ménages. Tant qu'on ne l'a pas manipulé, on ressort du cours avec « Laspeyres est supérieur à Paasche » retenu comme une loi — l'exacte faute que la section IV interdit.

L'atelier ci-dessous te donne cinq situations décrites en mots. Chacune te dit ce que font les PRIX et ce que font les MÉNAGES — c'est tout ce qu'il faut pour trancher —, et aucune ne te donne le moindre résultat : ni indice, ni écart, ni dépense. Tu as donc quelque chose à déduire. Avant que l'atelier ne calcule quoi que ce soit, tu poses DEUX pronostics. Le premier : lequel des deux indices sera le plus élevé — ou seront-ils égaux ? Le second : la dépense réellement payée par les ménages progressera-t-elle plus vite, moins vite, ou exactement autant que l'indice publié ? Tant que les deux ne sont pas posés, rien ne se révèle.

Le second pronostic ne se déduit PAS du premier, et c'est pour cela qu'il y en a deux. Deux des cinq situations désignent le même vainqueur et répondent différemment sur la dépense. Pour le trouver, sers-toi de l'identité de la section III : la dépense est le produit d'un prix par un volume, donc une dépense qui monte moins vite que l'indice publié dit exactement qu'on a acheté MOINS en volume — au sens du volume mesuré aux prix de l'année d'ARRIVÉE, le seul dont ce rapport parle. Au village, l'autre mesure du volume progresse de 10 % : c'est pourquoi le chapitre répète qu'un volume ne se cite pas sans dire à quels prix on l'a mesuré.

Trois des cinq scénarios valent qu'on s'y arrête, et je te conseille cet ordre. Commence par « l'hiver sans échappatoire », le plus simple : personne ne peut réduire son chauffage, donc personne ne substitue, et les deux conventions pèsent le même panier — elles tombent sur le même nombre. Passe ensuite à « la hausse générale », qui est le plus instructif du lot : les ménages y changent massivement de panier, et pourtant les deux indices coïncident encore. Cherche pourquoi avant de révéler. La réponse tient en un mot, et elle corrige la formulation que presque toutes les copies emploient : la condition n'est pas que les ménages substituent, c'est que les prix RELATIFS bougent. Termine par « le report à contre-courant », où Paasche passe devant : c'est la contre-preuve, et elle vaut mieux que la phrase du cours qui l'annonce.

Une dernière chose, une fois les cinq scénarios joués : compare la colonne des poids d'un panier à l'autre. C'est le seul endroit où l'on VOIT le mécanisme.

Choisis une situation
Pronostique avant de révéler

Les deux pronostics sont nécessaires, et le second ne se déduit pas du premier : deux de ces situations désignent le même vainqueur et répondent différemment sur la dépense.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Un pays ne consomme que deux biens. An 1 : le riz vaut 2 euros le kilo, il s'en achète 30 000 kilos ; l'huile vaut 5 euros le litre, il s'en achète 10 000 litres. An 2 : le riz vaut 2,20 euros et il s'en achète 33 000 kilos ; l'huile vaut 8 euros et il ne s'en achète plus que 6 000 litres. (1) Calcule les quatre coûts croisés du panier. (2) Calcule l'indice de Laspeyres et l'indice de Paasche, en base 100. (3) Lequel est le plus élevé, et pourquoi ? Nomme le phénomène. (4) Calcule l'indice de Fisher. (5) La dépense totale des ménages a-t-elle augmenté autant que les prix ? Que peux-tu en conclure sur le volume consommé ?

  1. (1) Quantités de l'an 1 aux prix de l'an 1 : 2 × 30 000 + 5 × 10 000 = 110 000 euros. Aux prix de l'an 2 : 2,20 × 30 000 + 8 × 10 000 = 146 000 euros. Quantités de l'an 2 aux prix de l'an 2 : 2,20 × 33 000 + 8 × 6 000 = 120 600 euros. Aux prix de l'an 1 : 2 × 33 000 + 5 × 6 000 = 96 000 euros.
  2. (2) Laspeyres = 146 000 / 110 000 = 1,3273, soit 132,7. Paasche = 120 600 / 96 000 = 1,2563, soit 125,6.
  3. (3) Laspeyres est le plus élevé, de 7,1 points. C'est le BIAIS DE SUBSTITUTION : l'huile a augmenté de 60 % quand le riz n'a pris que 10 %, et les ménages se sont reportés du premier vers le second. Le panier de départ contient beaucoup d'huile, donc beaucoup de ce qui a le plus augmenté ; le panier d'arrivée en contient peu.
  4. (4) Fisher = racine de (1,3273 × 1,2563) = racine de 1,6675 = 1,2913, soit 129,1. Il tombe bien entre les deux, par construction.
  5. (5) La dépense passe de 110 000 à 120 600 euros, soit +9,6 % — beaucoup moins que les 25 à 33 % de hausse des prix. Le volume consommé a donc RECULÉ : aux prix de l'an 1, le panier de l'an 2 vaut 96 000 contre 110 000, soit −12,7 %. Les ménages paient un peu plus pour nettement moins.

Phrase de copie : « Un indice de prix mesure ce que coûte un PANIER à deux dates, et sa valeur dépend du panier retenu : celui de départ donne Laspeyres, seul calculable sans connaître l'avenir et donc retenu par les instituts, celui d'arrivée donne Paasche, et l'écart entre les deux est le biais de substitution. Un indice se cite avec sa base, son champ et son millésime, et ne se confond ni avec la dépense, qui mêle prix et quantités, ni avec le déflateur du PIB, dont le champ est tout autre. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Un panier ne contient que deux biens. An 1 : le café vaut 4 euros et il s'en achète 2 000 unités ; le thé vaut 3 euros et il s'en achète 1 000 unités. An 2 : le café vaut 6 euros et il s'en achète 1 000 unités ; le thé vaut 3 euros et il s'en achète 3 000 unités. (a) Calcule les quatre coûts croisés. (b) Calcule Laspeyres et Paasche en base 100. (c) La moyenne simple des deux hausses de prix vaut-elle l'un des deux indices ? (d) Explique en une phrase pourquoi les deux indices diffèrent.

    Un coup de pouce

    Un coût croisé se lit « prix de l'année X, quantités de l'année Y ». Pour (c), calcule d'abord les deux hausses séparément.

    Voir le corrigé

    (a) p₁q₁ = 4 × 2 000 + 3 × 1 000 = 11 000 €. p₂q₁ = 6 × 2 000 + 3 × 1 000 = 15 000 €. p₂q₂ = 6 × 1 000 + 3 × 3 000 = 15 000 €. p₁q₂ = 4 × 1 000 + 3 × 3 000 = 13 000 €.

    (b) Laspeyres = 15 000 / 11 000 = 1,3636, soit 136,4. Paasche = 15 000 / 13 000 = 1,1538, soit 115,4.

    (c) Non. Le café augmente de 50 %, le thé de 0 % : la moyenne simple vaut 25 %, soit un indice de 125, qui n'est ni 136,4 ni 115,4. Une moyenne simple ignore le poids de chaque bien dans la dépense.

    (d) Parce que les ménages se sont détournés du café, qui a augmenté : le panier de départ en contient beaucoup, celui d'arrivée peu, et peser avec l'un ou l'autre ne donne pas le même résultat.

  2. L'indice des prix d'un pays vaut 100 en année de base, 104 l'année suivante, puis 110. (a) De combien les prix ont-ils augmenté la première année ? La deuxième ? (b) De combien au total ? (c) Un étudiant additionne les deux taux et annonce le total : de combien se trompe-t-il, et dans quel sens ? (d) Un salaire de 1 800 euros à la base vaut combien en euros de la base quand l'indice atteint 110 ?

    Un coup de pouce

    Un indice se lit comme un coefficient : 104 vaut × 1,04. Pour (b), pars des deux indices, pas des deux taux.

    Voir le corrigé

    (a) Première année : 104 / 100 − 1 = +4,00 %. Deuxième : 110 / 104 − 1 = +5,77 %.

    (b) 110 / 100 − 1 = +10,00 %.

    (c) Il annonce 4,00 + 5,77 = 9,77 % au lieu de 10,00 % : il sous-estime de 0,23 point. Les taux ne s'additionnent pas, les coefficients se multiplient — 1,04 × 1,0577 = 1,10.

    (d) 1 800 / 110 × 100 = 1 636 euros aux prix de la base. Le salaire n'a pas bougé en euros courants ; il a perdu 9,1 % de pouvoir d'achat.

  3. En France, les prix à la consommation augmentent de 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025, en moyenne annuelle (INSEE). (a) De combien les prix ont-ils augmenté au total sur les quatre années ? (b) Un étudiant additionne les quatre taux : de combien se trompe-t-il ? (c) Un salaire de 2 000 euros en moyenne en 2021 aurait dû valoir combien, en moyenne en 2025, pour conserver son pouvoir d'achat ? Attention à la formulation de ta réponse : les quatre taux sont des moyennes annuelles. (d) L'INSEE annonce aussi +0,8 % pour décembre 2025 sur un an. Est-ce contradictoire avec le +0,9 % de l'année 2025 ?

    Un coup de pouce

    Traduis chaque taux en coefficient avant de les enchaîner. Pour (d), demande-toi ce que chacun des deux nombres compare.

    Voir le corrigé

    (a) 1,052 × 1,049 × 1,020 × 1,009 = 1,1357, soit +13,57 %.

    (b) L'addition donne 13,0 % : il sous-estime de 0,57 point, soit près de six dixièmes. L'écart vient des « intérêts sur les intérêts » — chaque hausse s'applique à un niveau de prix déjà relevé par les précédentes.

    (c) 2 000 × 1,1357 = 2 271 euros. Un salaire resté à 2 000 euros a perdu 12,0 % de pouvoir d'achat sur la période (1 / 1,1357 = 0,880).

    (d) Non. Le +0,9 % est une MOYENNE ANNUELLE : il compare la moyenne des douze mois de 2025 à celle des douze mois de 2024. Le +0,8 % est un GLISSEMENT : il compare le seul mois de décembre 2025 au seul mois de décembre 2024. Deux questions différentes, deux nombres justes — c'est la distinction que le chapitre n°9 a établie pour la croissance.

  4. Un salaire progresse de 3,0 % dans l'année, pendant que l'indice des prix progresse de 2,4 %. (a) Calcule le gain de pouvoir d'achat par la division. (b) Calcule-le par la soustraction. (c) De combien la soustraction se trompe-t-elle, et dans quel sens ? (d) Même question si le salaire progresse de 1,0 % et les prix de 2,4 %.

    Un coup de pouce

    C'est la relation du chapitre n°10, avec l'indice des prix au dénominateur à la place de la population.

    Voir le corrigé

    (a) 1,030 / 1,024 = 1,005859, soit +0,59 %.

    (b) 3,0 − 2,4 = 0,6 %.

    (c) La soustraction annonce 0,60 % contre 0,59 % : elle exagère le gain. Son erreur relative vaut exactement l'inflation, 2,4 % — 0,600 / 0,5859 = 1,024.

    (d) Division : 1,010 / 1,024 = 0,986328, soit −1,37 %. Soustraction : 1,0 − 2,4 = −1,4 %. Elle annonce une perte plus profonde que la réalité. Dans les deux cas elle s'éloigne de zéro, puisque le taux exact est la soustraction divisée par 1,024.

  5. Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) « L'indice des prix à la consommation est la moyenne des hausses de prix. » (b) « L'indice de Laspeyres est toujours supérieur à celui de Paasche. » (c) « L'INSEE emploie Laspeyres parce qu'il est plus exact. » (d) « Le déflateur du PIB et l'indice des prix à la consommation devraient donner le même chiffre. » (e) « Un indice de 118 en base 2015 et un indice de 101 en base 2025 peuvent décrire exactement la même économie. » (f) « L'inflation ressentie plus forte que l'inflation mesurée prouve que l'indice est mal calculé. » (g) « Laspeyres et Paasche peuvent donner le même chiffre alors même que les ménages ont massivement changé de panier. » (h) « Une inflation qui passe de 5,2 % à 0,9 % en trois ans signifie que les prix ont baissé. »

    Un coup de pouce

    DEUX de ces huit affirmations sont VRAIES — ne réponds pas « faux » par réflexe. Et deux des six fausses demandent une nuance plutôt qu'un simple non. Pour (g), rejoue le scénario « la hausse générale » de l'atelier.

    Voir le corrigé

    (a) FAUX : c'est une moyenne PONDÉRÉE par la part de chaque bien dans la dépense. Au village, la moyenne simple donnerait 50 %, qui n'est aucun des trois indices calculés.

    (b) FAUX en tant que loi, et c'est la première des deux nuances : Laspeyres l'emporte dès que les consommateurs se détournent de ce qui augmente, ce qui est le cas ordinaire, mais c'est une conséquence du comportement et non un théorème arithmétique. L'exercice 7 en donne un contre-exemple chiffré.

    (c) FAUX : parce qu'il est le seul CALCULABLE sans connaître les quantités de l'année en cours. La section IV montre justement qu'il majore.

    (d) FAUX, et il y a DEUX raisons, pas une. Le CHAMP d'abord : le déflateur couvre tout le PIB, investissement et exportations compris, quand l'indice des prix à la consommation ne suit que le panier des ménages (chapitre n°6). La CONVENTION ensuite, que la section III établit : le déflateur est un indice de PAASCHE, l'indice des prix à la consommation un LASPEYRES — et le village vient de montrer que deux conventions séparent 32,7 points sur un panier pourtant identique. Une copie qui ne cite que le champ n'a que la moitié de la réponse.

    (e) VRAI. C'est la première des deux affirmations vraies, et elle piège ceux qui ont retenu « deux bases ne se comparent pas » sans comprendre pourquoi. Deux bases ne se comparent pas TELLES QUELLES — mais ce sont deux règles graduées différemment posées sur la même réalité, pas deux niveaux de prix. Il faut les ramener à la même base avant de conclure, et alors elles disent la même chose.

    (f) FAUX, et c'est la seconde nuance : les trois causes de l'écart — pondération personnelle, fréquence d'achat, asymétrie de l'attention — sont légitimes et n'impliquent aucune erreur de calcul. L'écart est réel, il est explicable, et il ne met en cause ni le calcul ni la bonne foi de l'institut. Un indice moyen ne décrit pas une expérience individuelle, et ne l'a jamais prétendu.

    (g) VRAI, et c'est la seconde vraie. La condition de l'écart n'est pas que les ménages substituent, c'est que les prix RELATIFS bougent. Si tous les prix montent du même pourcentage, les deux conventions donnent ce pourcentage quoi que les ménages achètent — le scénario « la hausse générale » de l'atelier le fait constater, et voici ses nombres pour que tu puisses le refaire sans lui : thé 4 → 4,20 € avec 1 000 → 2 000 boîtes, café 5 → 5,25 € avec 3 000 → 1 500 paquets. Panier bouleversé, et 105,0 des deux côtés.

    (h) FAUX : les prix ont continué de MONTER chaque année, seulement de moins en moins vite. Cela s'appelle une DÉSINFLATION, et ce n'est pas une déflation — le niveau des prix de 2025 est supérieur de 13,57 % à celui de 2021. Confondre les deux est la faute la plus fréquente sur ce chapitre après celle de l'énoncé (a).

  6. Le TEST DE RÉVERSION DES FACTEURS, celui par lequel la section IV justifie Fisher : l'indice des prix multiplié par l'indice des volumes DE LA MÊME CONVENTION doit rendre exactement l'évolution de la dépense. Reprends le village — 50 000 € pour p₁q₁, 80 000 pour p₂q₁, 70 000 pour p₂q₂, 55 000 pour p₁q₂. (a) Calcule l'indice de VOLUME de Laspeyres, Σp₁q₂ / Σp₁q₁, et multiplie-le par l'indice de PRIX de Laspeyres. (b) Fais de même avec la paire de Paasche : volume Σp₂q₂ / Σp₂q₁, prix Σp₂q₂ / Σp₁q₂. (c) L'évolution de la dépense vaut 1,40. Laquelle des deux paires tombe juste ? (d) Recommence avec Fisher, en prenant la moyenne géométrique des deux prix ET celle des deux volumes.

    Un coup de pouce

    Un indice de volume est le MÊME croisement que celui des prix, les rôles échangés : on fige les prix et on laisse bouger les quantités. Pour (d), √a × √b = √(ab).

    Voir le corrigé

    (a) Volume de Laspeyres = 55 000 / 50 000 = 1,1000. Prix de Laspeyres = 1,6000. Produit : 1,76.

    (b) Volume de Paasche = 70 000 / 80 000 = 0,8750. Prix de Paasche = 1,2727. Produit : 1,1136.

    (c) AUCUNE des deux. La paire de Laspeyres annonce 1,76 pour une dépense de 1,40 : elle la majore de 25,7 %. Celle de Paasche annonce 1,1136 : elle la minore de 20,5 %. C'est le résultat qui a occupé Fisher — les deux conventions les plus naturelles échouent toutes deux au test le plus élémentaire qu'on puisse leur poser.

    (d) Prix de Fisher = √(1,6000 × 1,2727) = 1,4270. Volume de Fisher = √(1,1000 × 0,8750) = √0,9625 = 0,9811. Produit : 1,4270 × 0,9811 = 1,4000, soit exactement la dépense. Et ce n'est pas une coïncidence de ce village : √(P_L·P_P) × √(Q_L·Q_P) = √(P_L·Q_L) × √(P_P·Q_P) = √(1,76 × 1,1136) = √1,96 = 1,40. La réversion tombe juste PARCE QUE les deux échecs sont symétriques en moyenne géométrique.

  7. Un quartier ne se chauffe que de deux façons. An 1 : le réseau de chaleur vaut 4 euros l'unité et il s'en consomme 2 000 ; le fioul vaut 6 euros et il s'en consomme 5 000. An 2 : le réseau de chaleur, devenu recherché, vaut 6 euros et il s'en consomme 6 000 ; le fioul vaut toujours 6 euros et il ne s'en consomme plus que 1 000. (Le scénario « report à contre-courant » de l'atelier montre le même mécanisme sur d'autres nombres : traite celui-ci sans le rejouer.) (a) Calcule les quatre coûts croisés, puis Laspeyres et Paasche. (b) Lequel l'emporte ? (c) Le cours a-t-il dit une chose fausse à la section IV ? Recopie la condition exacte qu'il pose. (d) Calcule aussi la dépense : que dis-tu du volume consommé ?

    Un coup de pouce

    Regarde d'abord DANS QUEL SENS les ménages se déplacent par rapport au prix qui monte. C'est cela, et rien d'autre, qui décide. Pour (d), calcule les DEUX volumes.

    Voir le corrigé

    (a) p₁q₁ = 4 × 2 000 + 6 × 5 000 = 38 000 €. p₂q₁ = 6 × 2 000 + 6 × 5 000 = 42 000 €. p₂q₂ = 6 × 6 000 + 6 × 1 000 = 42 000 €. p₁q₂ = 4 × 6 000 + 6 × 1 000 = 30 000 €. Laspeyres = 42 000 / 38 000 = 1,1053, soit 110,5. Paasche = 42 000 / 30 000 = 1,4000, soit 140,0.

    (b) PAASCHE, de 29,5 points. L'ordre habituel est renversé, et largement.

    (c) Non, et c'est tout l'intérêt de l'exercice. Le cours n'écrit jamais que Laspeyres est supérieur : il écrit qu'il MAJORE DÈS QUE les consommateurs se détournent de ce qui augmente. Ici, ils font l'inverse — le réseau de chaleur prend 50 % et c'est vers lui qu'on se tourne. Le panier d'arrivée est donc le plus chargé en hausses, et c'est lui qui donne le chiffre le plus élevé. Une copie qui aurait retenu « Laspeyres > Paasche » comme une loi se serait trompée sur cet énoncé, qui n'a rien d'exotique : un report vers ce qui renchérit s'observe chaque fois qu'un bien devient désirable — ou obligatoire — en même temps qu'il devient cher.

    (d) La dépense passe de 38 000 à 42 000 €, soit 110,5 : exactement l'indice de Laspeyres. Le volume mesuré aux prix de l'an 2 n'a donc pas bougé d'un pouce (42 000 / 42 000 = 1). Mais aux prix de l'an 1, il RECULE — 30 000 contre 38 000, soit −21,1 %. Deux mesures du même volume, l'une NULLE et l'autre nettement négative : c'est la situation que la section III décrivait au village, et elle rappelle qu'un « volume » ne se cite pas sans dire à quels prix on l'a mesuré.

  8. Un pays imaginaire, aux ordres de grandeur d'un pays européen moyen, indexe 15 millions de pensions sur son indice des prix ; la pension moyenne vaut 1 200 euros par mois. On établit que l'indice surestime l'inflation de 0,1 point par an. (a) Quelle est la masse annuelle indexée ? (b) Que coûte l'erreur la première année ? (c) Que coûte-t-elle la dixième année, si elle se répète chaque année ? Attention au piège du chapitre n°9. (d) Combien l'erreur a-t-elle coûté au total sur les dix ans ? (e) Le rapport Boskin chiffrait le biais américain à 1,1 point, non à 0,1. Qu'en conclus-tu ?

    Un coup de pouce

    Pour (c), l'écart de niveau après dix ans ne vaut pas dix fois 0,1 % : les erreurs se composent, comme les taux d'inflation de la section V.

    Voir le corrigé

    (a) 15 000 000 × 1 200 × 12 = 216 milliards d'euros par an.

    (b) 0,1 % de 216 milliards = 216 millions d'euros.

    (c) Pas 10 × 0,1 % = 1 %, mais 1,001¹⁰ − 1 = 1,00451 %, soit 2,17 milliards d'euros la dixième année. C'est exactement la règle de la section V : les coefficients se multiplient, les taux ne s'additionnent pas — et ici l'addition sous-estime.

    (d) La somme des dix surcoûts annuels vaut 11,9 milliards d'euros. Pour un seul dixième de point, sur un seul poste de dépense publique, dans un seul pays.

    (e) Que l'ordre de grandeur du rapport Boskin est onze fois celui-ci, et qu'il portait sur TOUT ce qu'un indice indexe aux États-Unis — pensions, salaires, contrats, et jusqu'aux barèmes d'impôt — et non sur les seules pensions. La « dizaine de milliards » annoncée à la section VII n'était donc pas une formule d'estrade, c'était un minorant. C'est aussi la réponse à la question de la section VII : la méthode d'un indice de prix est une affaire politique autant que statistique, et son producteur doit être indépendant de celui qui paie.

  9. Reprends le tableau des pondérations françaises de la section II. (a) Un commentateur écrit : « le logement pèse près de 15 % du panier des Français ». Que lui réponds-tu ? (b) L'énergie augmente de 15 % dans l'année et rien d'autre ne bouge : de combien l'indice d'ensemble progresse-t-il ? (c) Même question si ce sont les services qui prennent 3 % et rien d'autre. (d) Un ménage consacre 12 % de son budget à l'énergie au lieu des 7,64 % du panier moyen : dans le cas (b), de combien SON inflation dépasse-t-elle l'indice publié ? (L'encadré de la section II a fait ce calcul sur d'autres taux : refais-le, ne le recopie pas.)

    Un coup de pouce

    La contribution d'un poste à l'indice vaut son POIDS multiplié par sa hausse. Pour (a), demande-toi ce que la ligne « logement » de l'IPC contient exactement — et ce qu'elle ne contient pas.

    Voir le corrigé

    (a) Deux objections, et il faut les deux. D'abord, la ligne de l'IPC s'appelle « loyers, eau, ordures ménagères » et ne pèse que 8,31 % : l'électricité et le gaz sont rangés dans l'ÉNERGIE, pas dans le logement. Ensuite, l'IPC ignore les loyers imputés des propriétaires occupants, pour la raison que la section II donne, alors qu'une enquête sur le budget des ménages les compte. Le 15 % du commentateur vient probablement de là. Deux champs, deux nombres, et aucun des deux n'est faux : c'est le réflexe de la section VIII.

    (b) 7,64 % × 15 % = 1,15 point. Une flambée spectaculaire sur l'énergie ne fait pas un point et demi d'inflation d'ensemble, parce que l'énergie ne pèse qu'un treizième du panier.

    (c) 51,95 % × 3 % = 1,56 point. Trois pour cent sur les services pèsent PLUS lourd que quinze pour cent sur l'énergie — cinq fois moins de hausse, et davantage d'effet. C'est le résultat qui surprend, et c'est la meilleure raison de regarder les pondérations avant de commenter un chiffre d'inflation.

    (d) 12 % × 15 % = 1,80 point, contre 1,15 pour l'indice publié : 0,65 point de plus. Ce ménage n'a pas tort de ressentir davantage que ce qu'annoncent les journaux — il subit son propre panier, et personne n'est le ménage moyen.

Définitions à connaître

Indice de prix
Le rapport entre ce que coûte un PANIER donné à deux dates, exprimé en base 100. Il ne mesure pas « les prix » — qui ne forment pas une grandeur — mais le coût d'un panier précis, et sa valeur dépend du panier retenu.
Pondération
La part de chaque bien dans la dépense, qui sert de poids dans l'indice. C'est elle qui distingue un indice d'une moyenne simple des hausses. En France, les coefficients sont révisés chaque année et calés sur les comptes nationaux les plus récents.
Indice de Laspeyres
Σ p₂q₁ / Σ p₁q₁ : le panier de l'année de DÉPART, valorisé aux deux jeux de prix. C'est la convention des indices publiés, parce que c'est la seule calculable sans connaître les quantités de l'année en cours. Village : 160,0.
Indice de Paasche
Σ p₂q₂ / Σ p₁q₂ : le panier de l'année d'ARRIVÉE, valorisé aux deux jeux de prix. Il tient compte des reports de consommation et ne se calcule donc qu'après coup. Village : 127,3.
Indice de Fisher
La moyenne GÉOMÉTRIQUE des deux précédents, racine de leur produit. Il tombe entre les deux par construction, et Fisher (1922) l'appelait « idéal » parce qu'il est le seul des trois à passer le test de réversion des facteurs. Sa justification n'est PAS celle du chapitre n°9 : elle vient de la réversion croisée, V² = (P_L·P_P)(Q_L·Q_P), démontrée à la section IV. Village : 142,7.
Test de réversion des facteurs
L'épreuve qu'Irving Fisher fait passer aux formules d'indice : l'indice des PRIX multiplié par l'indice des VOLUMES DE LA MÊME CONVENTION doit rendre exactement l'évolution de la dépense. La précision « de la même convention » fait tout : en CROISANT les conventions on retombe toujours sur la dépense, et le test serait sans objet. Sur le village, la paire de Laspeyres donne 1,76 et celle de Paasche 1,1136 pour une dépense de 1,40 — elles échouent toutes deux ; la paire de Fisher donne 1,40 exactement.
Contribution d'un poste
Le POIDS d'un poste dans le panier multiplié par sa hausse de prix — ce qu'il apporte à l'indice d'ensemble. Douze pour cent sur l'énergie (7,64 % du panier) valent 0,92 point ; deux pour cent sur les services (51,95 %) en valent 1,04. Un gros mouvement sur un petit poste pèse moins qu'un petit mouvement sur un gros.
Biais de substitution
La majoration que produit un panier figé quand les ménages se détournent de ce qui augmente le plus. Attention à la formulation : Laspeyres majore PARCE QUE les consommateurs substituent, non par nécessité arithmétique.
Inflation
La variation de l'indice des prix, en %. Se publie en MOYENNE ANNUELLE (les douze mois d'une année contre les douze de la précédente) ou en GLISSEMENT (un mois contre le même mois un an plus tôt). France 2025 : +0,9 % et +0,8 %, et aucun des deux n'est faux.
Pouvoir d'achat
Une grandeur nominale divisée par l'indice des prix : ce qu'elle permet réellement d'acheter. Un salaire ainsi déflaté s'appelle le SALAIRE RÉEL, et s'exprime en EUROS CONSTANTS d'une année qu'il faut nommer — par opposition aux EUROS COURANTS du moment. La variation se calcule en DIVISANT les coefficients — (1 + g_salaire) / (1 + g_prix) − 1 —, jamais en soustrayant les taux.
Dépense (ou valeur)
Ce que les ménages paient réellement : Σp₂q₂ / Σp₁q₁, prix ET quantités mêlés. Ce n'est PAS un indice de prix, et les confondre est la faute la plus fréquente sur ce chapitre. La dépense est le produit d'un indice de prix par un indice de volume — village : 1,40 = 1,60 × 0,875 = 1,2727 × 1,10.
Les quatre biais de Boskin
Les quatre défauts connus d'un indice de prix, recensés en 1996 et à citer PAR LEUR NOM : la SUBSTITUTION entre produits (le panier figé ignore les reports), la substitution de POINTS DE VENTE (le report vers des enseignes moins chères passe pour un changement de service), la QUALITÉ (un produit meilleur n'a pas renchéri d'autant, d'où l'ajustement hédonique), et les PRODUITS NOUVEAUX (ils entrent au panier après que leur prix a beaucoup baissé). Ils vont majoritairement dans le même sens : la surestimation.
Indice sous-jacent
L'indice d'ensemble expurgé de ce qui bouge pour des raisons qui ne disent rien de la tendance : produits à prix volatils, tarifs publics, fiscalité indirecte. Il sert à lire le mouvement de fond, pas à décrire le budget d'un ménage.
Indice harmonisé (IPCH)
L'indice calculé selon une méthode commune aux pays européens, donc comparable de l'un à l'autre ; c'est celui que la Banque centrale européenne suit pour la zone euro. Son champ diffère un peu de l'indice national, et leurs chiffres aussi.
Base d'un indice
L'année à laquelle on donne la valeur 100. Un indice ne se compare qu'à sa propre base : depuis les résultats de janvier 2026, l'INSEE publie en base 2025 = 100. Deux indices de bases différentes ne se comparent qu'une fois ramenés à la même.
Relatif de prix
Ce par quoi le prix d'un bien a été multiplié entre les deux dates : p₂/p₁. C'est LUI qu'un indice moyenne, jamais le prix lui-même. Village : 2 pour le pain, 1 pour le lait.
Rebaser un indice
Ramener une série à une nouvelle année de référence : diviser chaque terme par la valeur de cette année, puis multiplier par 100. Le contrôle qui prouve qu'on ne s'est pas trompé, c'est que les ÉVOLUTIONS ne bougent pas d'un millième — seule la graduation change, pas l'économie.
Champ d'un indice
Ce que l'indice couvre, et ce qu'il exclut. Celui de l'indice des prix à la consommation est la dépense des MÉNAGES, hors loyers imputés des propriétaires occupants ; celui du déflateur du PIB est tout ce qui entre dans le PIB, investissement et exportations compris. Deux champs différents donnent deux chiffres différents sans qu'aucun soit faux — c'est la première question à poser devant un écart.
Millésime
L'année à laquelle se rapporte un chiffre ou une méthode. Le 1,1 point du rapport Boskin est un millésime 1996 sur l'indice américain : le citer pour l'indice français d'aujourd'hui est une faute de millésime, pas une approximation. Un indice se cite avec sa base, son champ ET son millésime.
Désinflation
Un ralentissement de la hausse des prix : le TAUX baisse, le NIVEAU continue de monter. À distinguer de la DÉFLATION, où le niveau recule et le taux devient négatif. France 2022-2025 : de +5,2 % à +0,9 %, une désinflation — et un niveau de prix arrivé 13,57 % plus haut.
Effet de base
L'influence du point de COMPARAISON sur un glissement. Un glissement peut s'effondrer parce que le mois d'il y a un an était exceptionnellement haut, sans qu'aucun prix n'ait baissé depuis. Devant un glissement qui change nettement, demander d'abord ce qui s'est passé douze mois plus tôt.
Ajustement hédonique
La correction par laquelle un institut retranche du prix d'un produit ce qui revient à l'amélioration de ses caractéristiques — mémoire, autonomie, garantie — pour ne garder que la hausse de prix « à qualité constante ». C'est la réponse au biais de QUALITÉ du rapport Boskin, et elle repose sur des conventions discutables.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Écris toujours les quatre coûts croisés avant de choisir un indice : prix de l'année X, quantités de l'année Y. Tout le chapitre est dans ce croisement.
  2. Ne présente jamais un indice comme la moyenne des hausses. C'est une moyenne PONDÉRÉE, et la pondération est la part dans la dépense.
  3. Dis quelle convention tu emploies. Laspeyres au panier de départ, Paasche au panier d'arrivée, Fisher entre les deux — et dis pourquoi les instituts retiennent le premier.
  4. N'écris jamais « Laspeyres est supérieur à Paasche » comme une loi : écris qu'il majore dès que les consommateurs substituent.
  5. Ne confonds pas l'indice de prix avec la DÉPENSE, qui mêle prix et quantités, ni avec le déflateur du PIB — dont le champ est tout autre ET la convention aussi : le déflateur est un Paasche, l'indice des prix à la consommation un Laspeyres.
  6. Devant un chiffre d'inflation, demande s'il est en moyenne annuelle ou en glissement. Les deux existent pour la même année.
  7. Pour un pouvoir d'achat, divise les coefficients. La soustraction s'éloigne toujours de zéro quand les prix montent.
  8. Cite un indice avec sa BASE, son CHAMP et son millésime. Deux bases différentes ne se comparent pas.
  9. DEVANT UN ÉNONCÉ NEUF, la règle de décision tient en une phrase : si l'on te donne les quantités de la seule année de départ, ou si l'on te demande ce que l'indice PUBLIÉ dirait, c'est Laspeyres ; si l'on te donne celles de l'année d'arrivée, ou si l'on te demande le coût de la vie qu'on mène AUJOURD'HUI, c'est Paasche ; si l'on te donne les deux et qu'on te demande d'arbitrer, c'est Fisher.
  10. Devant un jeu de pondérations, SOMME-LE avant de le commenter : un panier boucle à 100 %. Trois jolis pourcentages qui ne totalisent rien ne sont pas des pondérations.
  11. Pour juger l'effet d'un poste, calcule sa CONTRIBUTION — son poids × sa hausse —, jamais sa hausse seule. Un gros mouvement sur un petit poste pèse moins qu'un petit mouvement sur un gros.

Sources

  • INSEE, Indice des prix à la consommation — Informations rapides n° 8 du 15 janvier 2026, « En 2025, nouveau ralentissement des prix à la consommation en moyenne annuelle » : les quatre taux de moyenne annuelle 2022-2025 (+5,2, +4,9, +2,0 et +0,9 %). Le glissement de décembre 2025 (+0,8 %) est dans l'Informations rapides n° 7, parue le MÊME JOUR — deux nombres, deux publications, et c'est déjà la leçon de la section V, 2026
  • INSEE, Informations rapides n° 60, février 2026 : le tableau des PONDÉRATIONS 2026 que reproduit la section II — services 5 195, produits manufacturés 2 388, alimentation 1 485, énergie 764, tabac 168 sur une base de 10 000, et le détail des services d'où viennent les 831 de loyers-eau-ordures et les 3 090 d'autres services, 2026
  • INSEE, Présentation de la méthode de l'IPC — la COLLECTE dont la section II donne l'ordre de grandeur : ~140 000 relevés en magasin par mois, les données de caisse, les relevés en ligne, 2026
  • INSEE, Documentation des changements d'année — la révision annuelle des pondérations, et le passage en base 2025 = 100 à partir des résultats de janvier 2026, 2026
  • Étienne Laspeyres, Die Berechnung einer mittleren Waarenpreissteigerung (Jahrbücher für Nationalökonomie und Statistik) — la formule au panier de départ, seule calculable sans connaître l'avenir, 1871
  • Hermann Paasche, Über die Preisentwicklung der letzten Jahre nach den Hamburger Börsennotirungen — la formule au panier d'arrivée, établie sur les cotations de la Bourse de Hambourg, calculable seulement après coup, 1874
  • Irving Fisher, The Making of Index Numbers (Houghton Mifflin) — la comparaison systématique des formules d'indice, le test de RÉVERSION DES FACTEURS que la section IV et l'exercice 6 font passer au village, et la moyenne géométrique qu'il nomme l'indice « idéal », 1922
  • William Fleetwood, Chronicon Preciosum (publié anonymement, Londres, Charles Harper) — la comparaison des prix de 1440-1460 à ceux de 1686-1706 : l'intuition de l'indice deux siècles avant sa formalisation, mais sans panier pondéré. C'est le n°6 qui raconte l'affaire ; ce chapitre-ci n'en retient que le POIDS manquant, 1707
  • Michael Boskin et la Commission consultative sur l'indice des prix à la consommation, Toward a More Accurate Measure of the Cost of Living (rapport au Sénat des États-Unis, 4 décembre 1996) — les quatre biais de la section VII et leur chiffrage à environ 1,1 point par an sur l'indice américain d'alors, 1996