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L'inflation

20 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Distinguer l'INFLATION de ce qu'on confond avec elle : la hausse d'un prix, le niveau des prix, la baisse du pouvoir d'achat.
  • Identifier la CAUSE d'une hausse des prix par sa SIGNATURE sur les quantités — et savoir pourquoi le sens des prix, seul, ne l'identifie jamais.
  • Expliquer l'inflation par la DEMANDE et l'inflation par les COÛTS, et dire pourquoi « inflation importée » nomme une origine et non un troisième mécanisme.
  • Situer la cause MONÉTAIRE dans son histoire — Bodin 1568, Hume 1752, Newcomb 1885, Fisher 1911, Friedman 1963 — et citer Friedman avec sa réserve, dans la forme canonique de 1970.
  • Calculer une BOUCLE PRIX-SALAIRES et dire à quelle condition exacte elle s'éteint, se perpétue ou s'emballe.
  • Montrer qu'entre les parties d'un contrat à TAUX FIXE la redistribution vient de la SURPRISE et non de l'inflation, en chiffrant ce qu'un créancier perd et ce qu'un débiteur gagne — puis dire où une inflation parfaitement ANTICIPÉE redistribue quand même, et au profit de qui.
  • Nommer ce qui rend une boucle ACCOMMODÉE — l'IMPÔT D'INFLATION d'un budget qui ne boucle pas — et dire ce que coûte de la casser : en production, et pour qui.
  • Expliquer pourquoi l'arbitrage de la courbe de PHILLIPS ne survit pas aux anticipations, dire ce qui a été réfuté — l'arbitrage DURABLE, pas la relation elle-même — et pourquoi la courbe est VERTICALE à long terme.
  • Distinguer les DEUX déflations — celle qui vient d'une bonne nouvelle et celle qui vient d'un effondrement — et expliquer la spirale de Fisher (1933).
  • Dire pourquoi les banques centrales visent 2 % et non zéro, et ce que « à moyen terme » et « symétrique » ajoutent à ce chiffre.

I. Quelqu'un a soutenu que la cherté n'existait pas

En 1566, un conseiller du roi nommé Jehan Cherruyt de Malestroit remet à Sa Majesté un mémoire qui soutient une thèse renversante : la vie n'a pas renchéri. Les prix affichés ont bien monté, dit-il, mais seulement parce que la monnaie de compte s'est affaiblie ; en poids d'argent, dit-il, une marchandise coûte ce qu'elle coûtait. La cherté serait une illusion d'optique de la mesure.

Deux ans plus tard, Jean BODIN lui répond. Sa Réponse aux paradoxes de Malestroit (1568) établit d'abord que la hausse est réelle, puis pose la question que Malestroit n'avait pas posée : d'où vient-elle ? Sa réponse principale tient en un mot — l'ABONDANCE. L'or et l'argent arrivés d'Amérique par l'Espagne se sont répandus en Europe, et il y a désormais plus de métal en face de la même quantité de marchandises. Bodin cite d'autres causes, les monopoles, la rareté, la prodigalité des princes, mais il donne la première pour la principale.

Ce chapitre commence là parce que le cursus vient de faire le même chemin. Le chapitre n°11 a répondu à Malestroit : il a construit l'indice, pesé le panier, départagé les deux conventions de pondération, et il sait maintenant dire si les prix montent et de combien. Ce qu'il ne dit pas, c'est POURQUOI. C'est la question de Bodin, et c'est celle-ci.

Voici la difficulté, et elle est plus sérieuse qu'il n'y paraît. Un même chiffre d'inflation — disons une hausse d'un tiers — peut recouvrir deux situations opposées. Dans la première, les ménages ont plus à dépenser et se disputent la même marchandise : les prix montent, et les quantités échangées montent avec eux. Dans la seconde, produire coûte plus cher et les vendeurs se retirent : les prix montent exactement autant, et les quantités RECULENT. Le chiffre est le même ; l'économie ne l'est pas du tout, et ce qu'il faudrait faire non plus.

Ce chapitre va donc établir une chose que le n°11 ne pouvait pas établir : le sens des prix ne suffit JAMAIS à identifier la cause d'une inflation. Il faut la SIGNATURE, c'est-à-dire ce que font les quantités en même temps. Le programme qui suit dit où chaque pièce arrive — et la figure du chapitre te fera voir la démonstration.

Le programme, en treize étapes courtes — la moitié CAUSES d'abord : ce que l'inflation n'est pas (section II) ; les deux poussées et leur signature (III) ; la monnaie, cause ou thermomètre (IV) ; quatre siècles pour le dire proprement (V) ; l'objection du choc de niveau (VI) ; la France 2022-2025 (VII) ; l'accommodation et l'impôt d'inflation (VIII) ; la boucle qui transforme un choc en régime (IX) ; les anticipations et la courbe de Phillips (X). La moitié EFFETS ensuite : le contrat, la surprise, et ce que l'inflation détruit (XI) ; l'État, le barème, et qui porte la perte (XII) ; les deux déflations, la cible des banques centrales et l'hyperinflation (XIII). Et l'atelier qui te fera pronostiquer les cinq chocs (XIV).

II. Ce que l'inflation n'est pas

Trois confusions coûtent des points à chaque session, et toutes trois se lèvent en une phrase. Il vaut mieux les traiter maintenant : la suite du chapitre suppose qu'elles sont derrière nous.

PREMIÈRE : l'inflation n'est pas la hausse d'UN prix. Si le prix du café double pendant que tous les autres restent immobiles, il ne s'est rien passé d'inflationniste : c'est un PRIX RELATIF qui a changé, et c'est même le signal qui oriente les choix : le chapitre n°3 en a fait la pente de la contrainte budgétaire, celle qui commande l'effet de substitution. L'inflation est la hausse du NIVEAU GÉNÉRAL, c'est-à-dire d'un panier pondéré, ce que le n°11 a passé un chapitre entier à construire. Le contrôle, et il n'est pas celui qu'on croit. Ne te demande pas si les prix RELATIFS sont restés intacts : dans une inflation réelle ils bougent toujours, et la section XI en fera même un coût. Demande-toi si tu regardes UN prix ou le PANIER PONDÉRÉ. L'inflation pure — tous les prix montant du même pourcentage, prix relatifs inchangés — est un cas limite d'école, commode pour penser et jamais observé.

DEUXIÈME : l'inflation n'est pas le NIVEAU des prix, c'est sa VARIATION. « La vie est chère à Paris » parle d'un niveau ; « les prix ont monté de 2 % » parle d'une variation. Une ville peut être la plus chère du pays et connaître l'inflation la plus faible. Le n°11 a déjà posé ce piège sous un autre nom : une inflation qui passe de 5,2 % à 0,9 % est une DÉSINFLATION, et les prix ont continué de monter tout du long.

TROISIÈME : l'inflation n'est pas la baisse du pouvoir d'achat. Elle ne le devient que si les revenus ne suivent pas. Le n°11 a donné l'outil exact — on divise les coefficients, on ne soustrait pas les taux — et le résultat dépend d'un rapport, pas de l'inflation seule. Un salaire qui progresse de 5 % avec 4 % d'inflation gagne du pouvoir d'achat, modestement mais réellement. Dire « l'inflation appauvrit » sans regarder les revenus, c'est répondre à une soustraction en n'ayant lu qu'un terme.

Attention à la conséquence, parce qu'elle porte tout le chapitre. Si l'inflation est un mouvement d'ENSEMBLE, alors l'expliquer par un prix particulier — « c'est la faute de l'énergie », « c'est la faute des loyers » — ne peut être qu'une explication partielle. Un poste ne fait de l'inflation d'ensemble qu'à hauteur de sa CONTRIBUTION, poids multiplié par hausse, que le n°11 t'a appris à calculer. Pour que le niveau général monte durablement, il faut une poussée d'ENSEMBLE — ce qui n'exige pas que chaque prix monte du même pas, les prix relatifs bougent toujours — et non la hausse d'un poste, si gros soit-il. Les sections qui suivent en trouvent trois — mais une seule, on le verra, peut entretenir le mouvement année après année.

La confusionCe que c’est vraimentLe contrôle
« Le café a doublé : inflation »un PRIX RELATIF qui changeun prix, ou le panier pondéré ?
« La vie est chère : inflation »un NIVEAU, pas une variationniveau, ou variation ?
« L’inflation appauvrit »un rapport prix / revenuset les revenus, pendant ce temps ?

III. La demande pousse, les coûts poussent

Une convention, d'abord, et il faut la poser explicitement parce que la section II vient d'interdire ce que celle-ci va faire. Nous allons raisonner sur le marché du café du chapitre n°1 — une MAQUETTE. Son axe vertical ne représentera plus le prix d'un bien mais le NIVEAU GÉNÉRAL des prix ; son axe horizontal, non plus des tasses mais la PRODUCTION de l'économie entière. C'est cette convention qui rend légitime d'appeler « inflation » ce qui, sur un vrai marché du café, ne serait qu'un prix relatif.

Attention à ce que la maquette ne dit pas, et un correcteur y sera sensible. Les courbes d'OFFRE GLOBALE et de DEMANDE GLOBALE d'une économie ne sont pas la somme des courbes individuelles, et elles ne penchent pas pour les mêmes raisons — le cursus les construira pour elles-mêmes. Ce qu'on transporte ici est un seul résultat, et il est robuste : un choc du côté des acheteurs déplace prix et production dans le MÊME sens, un choc du côté des vendeurs les déplace en sens OPPOSÉS. Retiens surtout l'idée ; l'appareil viendra.

Une commodité de langage, pour finir, sans quoi les pages qui suivent seraient illisibles : nous continuerons à écrire « tasses » et « euros », parce que c'est plus concret. Lis « unités de production » et « niveau des prix » — la maquette garde son vocabulaire, elle a changé de sujet. Cela posé, les nombres. La demande vaut Qd = 1 300 − 200 P, l'offre Qo = 200 P + 100, et l'équilibre se trouve à 3 € pour 700 tasses. Nous n'allons rien changer d'autre que ce qui déplace les courbes, et ce sera assez pour tout établir.

PREMIER CHOC : la demande pousse. Les ménages ont plus à dépenser — les revenus ont monté, ou le crédit est devenu facile — et à chaque prix ils veulent 400 tasses de plus. La courbe de demande se déplace vers la droite. Le nouvel équilibre s'établit à 4 € pour 900 tasses : les prix montent d'un tiers, et les quantités montent aussi. C'est l'INFLATION PAR LA DEMANDE, celle d'une économie qui tire sur ses capacités. On la reconnaît à ce qu'elle s'accompagne d'activité : on produit plus, on embauche, et les prix montent parce que la production ne suit pas assez vite.

SECOND CHOC : les coûts poussent. Rien n'a changé du côté des acheteurs. Mais le grain vert a renchéri, et à chaque prix les torréfacteurs peuvent servir 400 tasses de moins. La courbe d'offre recule. Le nouvel équilibre s'établit à 4 € pour 500 tasses. Regarde bien ce prix : 4 €, exactement le même que tout à l'heure. La hausse est identique au centime près — un tiers dans les deux cas — et pourtant les quantités, cette fois, ont RECULÉ de 200 tasses au lieu d'augmenter de 200. C'est l'INFLATION PAR LES COÛTS.

Nomme tout de suite ce que tu viens de construire, parce que le mot va te servir deux fois. Transpose ce second choc à l'économie entière : les prix montent, et la production recule — or une production qui recule, ce sont des emplois qui disparaissent. Prix en hausse ET chômage en hausse, simultanément : cela s'appelle la STAGFLATION. Retiens qu'elle n'est pas un troisième phénomène à côté des deux poussées ; c'est la SIGNATURE du choc de coûts, lue du côté de l'emploi — première des deux routes qui y mènent, l'application t'en fera rencontrer la seconde : casser une inflation installée fait aussi monter le chômage pendant que les prix montent encore. Et retiens surtout qu'elle a paru IMPOSSIBLE : la section X montrera que la LECTURE qu'on faisait d'une relation célèbre, dans les années 1960, la déclarait exclue — et que ce sont les années 1970 qui l'ont imposée aux faits. Tu viens donc de RETROUVER, sur deux droites, ce qui a renversé une théorie — la maquette ne le démontre pas — on t'en a prévenu quelques paragraphes plus haut, elle n'en a pas les moyens ; elle le rend visible, et c'est déjà beaucoup.

Voilà le résultat central du chapitre : deux causes opposées produisent la MÊME inflation, et une politique qui se tromperait de diagnostic ferait exactement le contraire de ce qu'il faut. Une honnêteté tout de suite, la même que la section IV s'imposera : si les deux prix tombent au MÊME centime, c'est que les deux chocs ont été CHOISIS de même ampleur, 400 tasses chacun. Le fond, lui, ne tient pas à ce choix : n'importe quelle hausse de prix peut sortir de l'un ou l'autre mécanisme, si bien que le prix seul ne dit jamais la cause — et le sens des quantités, qui la dit toujours, ne dépend pas de l'ampleur ; l'exercice 1 te le fera vérifier sur des ampleurs différentes. Ce qui les distingue est la SIGNATURE : la demande qui pousse fait monter les quantités, les coûts qui poussent les font reculer. La figure ci-dessous montre les deux déplacements sur le même repère, et l'on y voit les deux points d'arrivée à la même hauteur et de part et d'autre du point de départ.

L'INFLATION IMPORTÉE, maintenant, parce qu'on l'attend ici et qu'elle réserve une surprise. Quand le pétrole ou le gaz renchérissent sur les marchés mondiaux, une économie qui les importe voit ses coûts de production monter sans que rien n'ait changé chez elle. C'est ce que la zone euro a vécu en 2022. Et le prix mondial n'est pas le seul canal : une MONNAIE QUI SE DÉPRÉCIE renchérit tout ce qu'on achète à l'étranger sans qu'aucun prix étranger n'ait bougé — le taux de change est un chapitre du L2, retiens seulement qu'il ouvre la même porte. Mais attention : ce n'est pas un TROISIÈME mécanisme. C'est une inflation par les coûts dont l'origine est extérieure — même déplacement de l'offre, même signature, prix en hausse et quantités en recul. « Importée » qualifie la provenance du choc, pas sa mécanique. Une copie qui présente trois causes parallèles — demande, coûts, importée — a mal compris ce qu'elle range.

Le marché du café, deux chocsPrixQuantitésDépense
Avant le choc3,00 €700 tasses2 100 €
La demande pousse (+400 à chaque prix)4,00 €900 tasses3 600 €
— variation+33,33 %+28,57 %+71,43 %
Les coûts poussent (−400 à chaque prix)4,00 €500 tasses2 000 €
— variation+33,33 %−28,57 %−4,76 %

Les deux chocs, et pourquoi le prix est le même

L'équilibre se calcule une fois pour toutes. On égalise l'offre déplacée et la demande déplacée, où dD est ce qu'on ajoute à la demande à chaque prix et dO ce qu'on ajoute à l'offre — négatif si la courbe recule.

  1. 1 300 + dD − 200 P = 200 P + 100 + dO

    La demande égale l'offre, chacune déplacée de son côté. C'est l'équation du chapitre n°1, avec deux déplacements au lieu d'un.

  2. 1 200 + dD − dO = 400 P

    On rassemble, et c'est la seule ligne d'algèbre du chapitre : les constantes à gauche (1 300 − 100 = 1 200), les prix à droite (200 P + 200 P = 400 P). Le dO était du côté de l'offre : il change de côté, donc de SIGNE. C'est là, et nulle part ailleurs, que naît le signe moins qui fait toute la suite.

  3. P* = (1 200 + dD − dO) / 400

    On divise par 400. Regarde le signe : dD et dO y entrent en SENS OPPOSÉS. Ajouter 400 à la demande et retirer 400 à l'offre font donc EXACTEMENT le même effet sur le prix — c'est là, dans un signe moins, que tient tout le chapitre.

  4. demande : P* = (1 200 + 400 − 0) / 400 = 4,00 € ; Q* = 200 × 4 + 100 + 0 = 900

    La demande pousse : 4 € et 900 tasses.

  5. coûts : P* = (1 200 + 0 + 400) / 400 = 4,00 € ; Q* = 200 × 4 + 100 − 400 = 500

    Les coûts poussent : le MÊME 4 €, et 500 tasses. Le dO négatif s'est ajouté au numérateur du prix et retranché de la quantité — d'où l'écart symétrique, 200 tasses au-dessus de 700 dans un cas, 200 en dessous dans l'autre.

La règle à retenir, et elle vaut bien au-delà de ce marché : le PRIX ne distingue pas les deux causes, la QUANTITÉ les distingue toujours — à condition de regarder UN choc. La section VII dira ce qu'il advient quand on l'applique à une ANNÉE entière, qui en superpose plusieurs. Devant un chiffre d'inflation, la première question n'est donc pas « de combien ? » — le n°11 a réglé celle-là — mais « et la production, pendant ce temps ? ».

Le marché du café frappé de deux façons : la demande déplacée vers la droite et l'offre reculée mènent au MÊME prix de 4 €, l'une avec 900 tasses et l'autre avec 500, de part et d'autre des 700 du départP (€)Q (tasses)3 €7004 €9004 €500DD′OO′E₀E₁E₂
Le même marché, deux chocs. La demande poussée de 400 tasses vers la droite mène à l'équilibre E₁ ; l'offre reculée de 400 tasses mène à E₂. Les deux sont à la MÊME hauteur — 4 €, un tiers de plus qu'avant — et de part et d'autre de l'équilibre de départ E₀ sur l'axe des quantités, à 900 et 500 tasses contre 700. C'est toute la thèse du chapitre en une image : la hauteur ne dit rien de la cause, l'abscisse dit tout. Ne confonds pas les deux séries de lettres : D et O nomment les COURBES, E les ÉQUILIBRES.

IV. La monnaie, cause ou thermomètre

Reste la troisième cause, la plus ancienne et la plus discutée. Et la première chose à dire est POURQUOI elle mérite ce rang, quand la section III vient de le refuser à l'inflation importée. Et ce n'est PAS une affaire de signature, contrairement à ce qu'on pourrait croire après la section III : à l'impact, la monnaie qui afflue déplace la demande — exactement comme le premier choc —, et elle en emprunte donc la signature — retiens ce mot, À L'IMPACT : une fois tout ajusté, sa signature propre apparaîtra, prix plus hauts et quantités revenues, et le calcul du café te la montrera plus bas. Ce qui la distingue est ailleurs, et c'est le seul critère qui tienne : la DURÉE. Un renchérissement importé, comme n'importe quel choc de coûts, fait monter les prix d'un cran puis s'arrête : livré à lui-même il ne se réalimente pas, et la section IX dira ce qu'il faut pour le relayer. La quantité de monnaie, elle, peut croître année après année. Voilà le rang qu'on lui donne : non parce qu'elle agirait autrement que les deux autres, mais parce qu'elle seule peut agir DURABLEMENT. Les sections IV à VIII établissent ce point ; c'est même l'objection que la section VI se fera.

Un mot ensuite sur ce dont on parle, car le cursus n'a pas encore introduit la monnaie : par « quantité de monnaie », entends ici les moyens de paiement détenus par le public — les billets, et surtout les dépôts à vue, qui en forment l'essentiel. Ce qui les fait varier n'est pas une planche à billets mais, pour l'essentiel, le CRÉDIT bancaire. Le L2 y consacrera deux chapitres entiers ; il suffit ici de savoir que la grandeur existe et qu'elle bouge. Bodin l'a nommée en 1568 sans pouvoir la formuler ; il aura fallu quatre siècles pour l'écrire correctement, et l'histoire de cette formulation vaut d'être connue parce que chaque étape corrige la précédente. La section V les raconte, étape par étape.

Que devient tout cela sur notre marché du café ? Quand la monnaie afflue, les acheteurs ont plus à dépenser et la demande se déplace vers la droite, comme au premier choc ; puis, si l'on attend assez, les vendeurs paient tout plus cher — salaires, loyers, grain — et l'offre recule à son tour. Applique les deux ensemble, +400 et −400 : 5 € et 700 unités. Le prix a monté de deux tiers, la quantité est EXACTEMENT celle du départ, rien de réel n'a bougé.

Sois honnête sur ce que ce calcul démontre, parce que c'est là que beaucoup de manuels trichent. Le −400 n'est pas DÉRIVÉ : il est CHOISI pour que la production retombe sur 700. Ces trois nombres ILLUSTRENT la neutralité (ce « rien de réel n'a bougé », que la section V datera de Hume), ils ne la prouvent pas — la vraie démonstration multiplie toutes les grandeurs NOMINALES par un même facteur et retrouve le même équilibre RÉEL, ce qui demande un cran d'appareil de plus. Et elle ne vaut qu'une fois TOUT ajusté : à court terme la monnaie nouvelle déplace la demande avant les coûts, et l'activité bouge vraiment — Hume le disait dès 1752, et la section V y vient.

Le même marché, trois chocsPrixQuantités
Avant le choc3,00 €700 tasses
La demande pousse (+400)4,00 €900 tasses
Les coûts poussent (−400)4,00 €500 tasses
La monnaie afflue (+400, puis −400 une fois tout ajusté)5,00 €700 tasses

V. Quatre siècles d'une idée

David HUME, en 1752, dans l'essai « Of Money » de ses Political Discourses, ajoute ce qui manquait à Bodin : la PROPORTIONNALITÉ et le TEMPS. Si la quantité de monnaie double et que la quantité de marchandises ne bouge pas, les prix doublent — la monnaie est NEUTRE à long terme, elle ne change aucune grandeur réelle. Mais Hume observe aussi que pendant l'ajustement, l'économie s'anime : la monnaie nouvelle passe de main en main et stimule l'activité avant que les prix n'aient fini de monter. Court terme et long terme ne disent donc pas la même chose, et c'est encore vrai aujourd'hui.

Irving FISHER — le même que le n°11 a rencontré pour ses indices de prix — la FORMALISE en 1911 dans The Purchasing Power of Money. Il ne l'invente pas et le dit lui-même : l'équation des échanges vient de Simon Newcomb (1885). Fisher lui donne sa forme rigoureuse ; on la retient d'ordinaire sous sa forme abrégée, M V = P T. La masse de monnaie M multipliée par sa VITESSE de circulation V égale le niveau des prix P multiplié par le volume des TRANSACTIONS T. Prends le temps de la lire une fois dans chaque sens : à gauche, tout ce qui a été PAYÉ dans l'année ; à droite, tout ce qui a été VENDU. Ce sont les deux faces du même ensemble d'échanges, et c'est pourquoi les deux membres sont égaux.

PREMIÈRE mise en garde, et elle décide de tout : c'est une IDENTITÉ comptable. Elle est vraie par construction, comme le circuit du chapitre n°7, et une identité n'explique rien toute seule. Elle ne devient une THÉORIE que si l'on ajoute des hypothèses — V stable, T déterminé ailleurs. Une copie qui écrit « M V = P T donc la monnaie fait les prix » a sauté cette étape, et c'est la faute que l'on sanctionne le plus sûrement sur ce chapitre.

SECONDE mise en garde : T n'est pas la production. T désigne les TRANSACTIONS — tous les échanges payés dans l'année, y compris quand un même bien change trois fois de mains et que des actifs se vendent. La version moderne écrit donc M V = P Y, avec Y la production en VOLUME, le PIB réel du chapitre n°6. T est bien plus grand que Y, et V n'a pas la même valeur dans les deux écritures. On préfère aujourd'hui la seconde, parce que Y se mesure et que T non. Et ne confonds pas Y avec le PIB EN VALEUR, celui qu'on lit dans les journaux : ce dernier est à prix COURANTS, c'est-à-dire le PRODUIT P × Y, et non Y seul.

Milton FRIEDMAN, enfin, et il faut ici deux dates au lieu d'une — c'est toute l'explication de ce qui s'est perdu. La MAXIME, il la lance en Inde, à Bombay, en 1963, dans les conférences publiées la même année sous le titre Inflation: Causes and Consequences (reprises en 1968 dans Dollars and Deficits) : « l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ». Sous cette forme courte, elle a fait le tour du monde. La phrase COMPLÈTE — celle qu'une copie doit citer — est celle de The Counter-Revolution in Monetary Theory (1970), et c'est sa subordonnée que presque personne ne reprend : « Inflation is always and everywhere a monetary phenomenon in the sense that it is and can be produced only by a more rapid increase in the quantity of money than in output » — au sens où elle ne peut être produite que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production.

La subordonnée fait tout le travail : Friedman ne dit pas que tout mouvement de prix est monétaire, il dit qu'une inflation DURABLE suppose que la monnaie croisse plus vite que ce qu'il y a à acheter. Citer la phrase sans sa réserve, c'est lui faire dire ce qu'elle ne dit pas. Une maxime circule toujours plus vite que ce qui la limite — c'est la forme courte qui a fait le tour du monde, et c'est la subordonnée qui porte la thèse. Quant à la stagflation promise par la section III, elle attend la section X : les anticipations en sont la clé.

Quatre siècles, cinq étapesDateL’apport
Jean Bodin1568l’ABONDANCE nommée pour cause principale
David Hume1752la proportionnalité et le temps : neutre à long terme, remuant pendant l’ajustement
Simon Newcomb1885l’équation des échanges, écrite
Irving Fisher1911la formalisation M V = P T — une identité, pas encore une théorie
Milton Friedman1963 / 1970la maxime à Bombay ; la subordonnée qui la limite, en 1970

VI. L'objection : un choc de niveau n'est pas une inflation

Et voici l'objection qu'il faut se faire soi-même, parce qu'elle saute aux yeux : la section III a expliqué une hausse des prix par un choc de coûts qui n'a rien de monétaire. Friedman aurait-il tort ? Non — les deux énoncés ne parlent pas de la même chose, et la distinction est CELLE QU'UN PARTIEL ATTEND. Un choc de coûts non répété produit un CHOC DE NIVEAU : les prix montent une fois, d'un cran, puis cessent. Le taux d'inflation est élevé une année et retombe l'année suivante alors même que les prix restent hauts — c'est la désinflation du chapitre n°11, vue par sa cause. Pour que le taux reste élevé année après année, il faut que quelque chose alimente le mouvement en continu, et c'est de cela que Friedman parle.

VII. La France 2022-2025, un cas d'école

Le choc de niveau n'est pas une abstraction : c'est ce que la France vient de vivre, et le chapitre n°11 en a publié les nombres sans pouvoir encore les expliquer — 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025, en moyenne annuelle. Voilà le premier vrai usage de ce chapitre, et il commence par un avertissement : le réflexe qu'on vient de t'apprendre va te trahir si tu l'appliques tel quel. Essaie, pour voir. Les prix montent de 5,2 % en 2022 ; et les quantités ? Le PIB français en VOLUME a progressé de 2,7 % cette année-là, et de 1,6 % la suivante — le chapitre n°9 porte la série. Prix en hausse, production en hausse : la règle de la section III conclut « la demande pousse ». Or 2022 est l'année du gaz et de l'électricité, c'est-à-dire d'un choc de COÛTS importé. La règle s'est-elle trompée ?

Non : c'est nous qui l'aurions mal employée, et il faut le dire une fois pour toutes. La signature identifie un CHOC, pas une ANNÉE — et une année civile n'est pas un choc, c'est une SUPERPOSITION de chocs. 2022 en porte au moins deux, de sens opposés sur les quantités : un renchérissement importé de l'énergie, qui pousse les prix en réduisant la production, et un rebond post-Covid qui pousse les deux à la hausse — le PIB avait chuté de 7,4 % en 2020 avant de rebondir de 6,9 % en 2021. Ce qu'on observe est leur SOMME, et cette somme reste positive sans que le choc de coûts ait cessé d'exister une seconde. Devant une année réelle, il faut donc SÉPARER les chocs avant de conclure. Les instituts publient pour cela une inflation SOUS-JACENTE, qui retire du panier les postes les plus volatils — énergie et alimentation — pour laisser voir le mouvement de fond. Et le cursus t'a donné le reste : les contributions par poste du chapitre n°11 pour les prix, celles des postes de demande du chapitre n°9 pour la production. C'est un travail, pas un coup d'œil — et confondre les deux est la faute la plus fréquente sur ce chapitre.

Reste la suite de la série, et la même prudence s'impose : la banque centrale a fortement relevé ses taux jusqu'à l'automne 2023, puis les a abaissés à partir de la mi-2024 — le L2 dira ce que ces mouvements pèsent. Le mécanisme, lui, se lit. Un choc de coûts qui ne se répète pas produit un choc de NIVEAU : les prix montent d'un cran, puis le taux redescend de lui-même. C'est ce qu'on lit de 2023 à 2025. Et le piège du n°11 se referme ici mieux qu'il ne pouvait s'y refermer : sur ces quatre années le taux a été divisé par près de six, et le niveau des prix a monté de 13,57 % sans reculer une seule année. Une désinflation n'est donc pas une baisse des prix — le niveau a monté tout du long. Et garde au mot son sens du n°11 : une désinflation est le RALENTISSEMENT du taux, rien de plus. Celle-ci s'explique par un choc de niveau que ni la monnaie ni l'indexation n'ont relayé ; d'autres ont d'autres causes. Ce qui décide entre quatre années et dix, les sections VIII et IX vont le dire — la condition d'abord, le mécanisme ensuite.

La France, année par annéeInflation (moyenne annuelle)PIB en volume
2020−7,4 %
2021+6,9 %
2022 — le gaz et l’électricité5,2 %+2,7 %
20234,9 %+1,6 %
20242,0 %
20250,9 %
Niveau des prix, cumulé 2022-2025+13,57 % en cumul

VIII. L'accommodation, et l'impôt d'inflation

Le mot qui manque encore s'appelle l'ACCOMMODATION, et la section IX ne se comprend pas sans lui. Une boucle prix-salaires ne peut tourner indéfiniment à quantité de monnaie inchangée, et l'équation de la section V le dit sans commentaire. Reprends M V = P Y et fige M. L'égalité tient toujours : P Y ne peut donc bouger que si V bouge. Si les prix montent à V inchangée, la production recule dans la proportion INVERSE — P multiplié par 1,10 impose Y divisé par 1,10, soit −9,1 % et non −10 % : la division du n°11, une fois encore ; si V monte, elle absorbe une partie de la hausse — et en général les deux se partagent la charge, ce n'est pas un choix entre deux cas mais un PARTAGE. L'identité, elle, ne dit pas dans quelles proportions : elle se tait toujours, la section V l'a montré. C'est l'observation qui tranche, et elle ajoute une HYPOTHÈSE : prix et salaires ne se retournent pas du jour au lendemain, si bien que la production cède une bonne part du chemin. On appelle cela une RÉCESSION — et retiens que cette hypothèse est AJOUTÉE, jamais déduite de l'identité.

Une boucle qui dure est donc une boucle ACCOMMODÉE, dont la monnaie a suivi ; et une boucle qu'on refuse d'accommoder ALORS QU'ELLE S'ENTRETIENT — la section IX donnera le critère exact, un produit de deux coefficients au moins égal à un — ne s'arrête pas toute seule : elle s'arrête en cassant la production. En dessous de ce seuil, elle s'éteint d'elle-même — à condition d'ATTENDRE : vouloir aller plus vite se paie de la même monnaie, en production. Retiens ce prix-là, la section XII dira qui l'acquitte. Les deux explications de la persistance ne sont donc pas rivales : la boucle décrit le MÉCANISME par lequel l'inflation se transmet d'une année à l'autre, l'accommodation monétaire en est la CONDITION. Retiens les deux ensemble, et l'objection de la section VI tombe.

Reste la question que tu es en droit de poser, et c'est la dernière de cette section : POURQUOI la monnaie suivrait-elle ? Ce n'est pas une fatalité, quelqu'un décide. Il y a deux réponses, et le cursus n'en développera qu'une. La première passe par le canal où l'on a dit que la monnaie naît — le CRÉDIT bancaire — et par la banque centrale qui en règle le coût : ses instruments et ses raisons sont quatre chapitres du L2, et ce chapitre-ci n'y touche pas. La seconde est bien plus ancienne, et de très loin la plus destructrice : un ÉTAT qui ne peut ni lever assez d'impôt ni emprunter assez couvre sa dépense en faisant créer de la monnaie.

Ce financement-là est lui-même un prélèvement, et il porte un nom qu'il faut connaître : l'IMPÔT D'INFLATION. Personne ne le vote et aucun percepteur ne le réclame ; il frappe quiconque détient de la monnaie, à proportion de ce qu'il en détient et du temps qu'il la garde, puisque l'inflation lui retire sa valeur pendant qu'il la garde. C'est un impôt réel, payé en pouvoir d'achat, dont le produit revient à celui qui émet. Voilà pourquoi il n'est pas besoin de mauvaise volonté pour qu'une boucle soit accommodée : il suffit d'un budget qui ne boucle pas. Et voilà aussi pourquoi la section XIII pourra dire d'où venait la monnaie de 1923 sans invoquer la folie de personne.

IX. Comment un choc devient un régime

Un choc pétrolier dure quelques trimestres. Une hausse de la demande se résorbe. Pourquoi certaines inflations s'éteignent-elles d'elles-mêmes quand d'autres s'installent pour dix ans ? Cette section décrit le MÉCANISME de la persistance ; garde en tête, tout du long, la condition que la section VIII vient de poser — une boucle qui tourne longtemps est une boucle ACCOMMODÉE, dont la monnaie a suivi le mouvement. Le mécanisme sans la condition n'expliquerait rien. La réponse ne tient pas au choc, elle tient à ce qui se passe APRÈS lui — et le n°11 en a posé la pièce maîtresse sans l'exploiter : un indice de prix INDEXE. Des salaires, des pensions, des loyers, des contrats suivent le chiffre publié.

Voici le mécanisme, et il se calcule. Les prix montent une année. Les salaires, l'année suivante, rattrapent une part de cette hausse — appelons-la a, comprise entre 0 et 1 tant qu'il s'agit bien de RATTRAPER. Retiens ce « tant que » : la fin de la section y reviendra, et c'est là que tout bascule. Les entreprises, dont les salaires sont un coût, en répercutent une part dans leurs prix — appelons-la b. L'inflation de l'année suivante vaut donc a × b fois celle de l'année en cours — ces reprises successives portent un nom, ce sont les EFFETS DE SECOND TOUR. Tout le sort de l'économie tient dans ce produit, et il n'y a que trois cas, que l'encadré ci-dessous calcule tous les trois : sous un la boucle s'ÉTEINT — un choc de 10 % ne laisse plus que 0,08 % la cinquième année —, à un elle SE PERPÉTUE sans que personne ne pousse, au-dessus elle S'EMBALLE.

Un mot sur ce que b mesure, parce que l'erreur est facile et qu'elle déplace le seuil. b n'est pas « la part des coûts répercutée » : c'est la part de la HAUSSE DES SALAIRES qui se retrouve dans les prix. Les deux diffèrent, puisque les salaires ne sont qu'une FRACTION des coûts : répercuter intégralement une hausse salariale de 10 % ne fait monter les prix de 10 % que si le travail est le seul coût. b = 1 est donc une hypothèse FORTE, ce qui rend le régime perpétué plus rare que la lecture « chacun répercute tout » ne le laisse croire.

Le troisième cas mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est celui qui fait les catastrophes. Si a × b DÉPASSE 1, chaque tour est plus grand que le précédent. Il suffit alors, quand les prix répercutent intégralement, que les salaires cessent de rattraper l'inflation passée pour se mettre à ANTICIPER la future — demander dix pour cent de plus que la dernière hausse, comme on le fait quand la série n'a cessé d'accélérer — et le produit passe au-dessus de un. Le choc de 10 % devient 11 %, puis 12,1 %, puis 13,31 % : sur les cinq mêmes années, les prix montent de 77,80 % au lieu de 14,72 %, plus de cinq fois plus que si la boucle s'éteignait. Rien dans ce calcul ne l'arrête, et c'est le chemin qui mène à la section XIII.

La leçon que le partiel attend, et elle est contre-intuitive : ce qui fait durer une inflation n'est pas la force du choc, c'est le DEGRÉ D'INDEXATION de l'économie — la monnaie ayant suivi, condition que la section VIII a posée et sans laquelle rien de tout ceci ne tourne. Deux pays frappés par le même choc pétrolier peuvent en sortir en deux ans ou en dix, selon que leurs salaires suivent les prix à moitié ou intégralement. C'est aussi pourquoi la désindexation a été, dans beaucoup de pays et notamment en France dans les années 1980, un instrument de désinflation en soi — on n'a pas touché au choc, on a coupé la boucle. Coupé, pas supprimé : le SMIC, les pensions, une part des loyers restent indexés de plein droit en France — a n'y est pas nul, il est seulement plus petit qu'alors.

La boucle, et le seul nombre qui décide

Un choc initial π₀, un coefficient de rattrapage salarial a, un coefficient de répercussion b. On suit l'inflation année après année.

  1. π₁ = a × b × π₀

    Les salaires rattrapent a fois l'inflation ; les prix en répercutent b fois. Une seule multiplication par tour.

  2. π_t = π₀ × (a·b)^t

    Par récurrence : chaque année multiplie par le même facteur. La trajectoire est une suite GÉOMÉTRIQUE, et son sort ne dépend que de sa raison.

  3. a·b = 0,50 × 0,60 = 0,30 → 10 % ; 3 % ; 0,9 % ; 0,27 % ; 0,081 %

    La boucle s'éteint. Cumul sur ces cinq années : ×1,1472, soit +14,72 % de niveau de prix. Les taux se MULTIPLIENT, comme au n°9 et au n°11 : les additionner donnerait 14,25 %, et ce serait faux.

  4. a·b = 1,00 → 10 % chaque année ; cumul sur cinq ans ×1,6105, soit +61,05 %

    La boucle se perpétue. Aucun nouveau choc, et pourtant l'inflation ne descend pas d'un dixième. Compte bien tes facteurs : cinq années, c'est 1,10 élevé à la puissance CINQ, pas six.

  5. a·b = 1,10 → 10 % ; 11 % ; 12,1 % ; 13,31 % ; 14,64 % ; cumul ×1,7780

    La boucle s'emballe : +77,80 % sur les cinq mêmes années, contre +14,72 % quand elle s'éteint. Il a suffi que a passe de 1 à 1,1 — et rien, dans ce calcul, ne l'arrête.

Le seuil est en a·b = 1, et il est brutal : de part et d'autre, deux mondes. C'est pour cela qu'une banque centrale surveille les ANTICIPATIONS autant que les prix — la section X dira pourquoi. Tant que chacun croit que l'inflation reviendra à 2 %, a reste petit.

Arrête-toi sur a, parce qu'il vient de changer de nature et que rien ne l'annonçait. Tant que les salaires RATTRAPENT l'inflation passée, a est une PART : il vaut entre 0 et 1, et le mot « part » interdit qu'il dépasse un. Le jour où l'on cesse de rattraper pour ANTICIPER — demander d'avance ce qu'on craint —, a n'est plus une part et plus rien ne le plafonne. Et il n'y a là rien d'irrationnel : quand l'inflation a ACCÉLÉRÉ plusieurs années de suite — 6 %, puis 8 %, puis 10 % —, extrapoler le passé ne veut plus dire reprendre le dernier chiffre, cela veut dire prolonger la PENTE et réclamer davantage ; rapporté à la dernière hausse, cela fait a supérieur à un. C'est ce BASCULEMENT qui ouvre l'emballement, et non une hausse de a à l'intérieur de son intervalle d'origine.

Mais a supérieur à un ne suffit pas, et la logique mérite d'être posée exactement plutôt que retenue de travers. Nous convenons ici que b reste une PART, donc au plus 1 — une entreprise qui tarifierait sur des coûts ANTICIPÉS pourrait le porter au-delà, mais ce n'est pas notre cas. Sous cette convention, le produit a·b ne peut franchir 1 que si a le franchit d'abord. Autrement dit : a > 1 est NÉCESSAIRE à l'emballement — sans basculement des anticipations, pas d'emballement possible — mais il n'est pas SUFFISANT, car un b assez petit ramène le produit sous un. Avec a = 1,20 et b = 0,50, le produit vaut 0,60 : les salaires anticipent, et la boucle s'éteint pourtant. Retiens les deux moitiés ensemble, elles ne valent rien séparées : le basculement des anticipations est la CONDITION D'ENTRÉE, le produit rend le VERDICT. Et l'exercice 3 te montrera l'autre bout du même fait : avec a = 1,00 et b = 0,80, le produit vaut 0,80 — des salaires PLEINEMENT indexés, et la boucle s'éteint quand même.

X. Ce que les gens croient qu'il va se passer

La section IX s'est terminée sur un mot qu'il faut maintenant prendre au sérieux : les ANTICIPATIONS. Elles ne sont pas un supplément d'âme de la théorie, elles en sont devenues le cœur, et l'histoire de ce basculement se raconte en deux dates.

En 1958, dans la revue Economica, l'économiste néo-zélandais A. W. PHILLIPS publie une étude sur le Royaume-Uni de 1861 à 1957 et met en évidence une relation inverse remarquablement stable : quand le chômage est bas, les SALAIRES montent vite ; quand le chômage est haut, ils montent lentement. Note bien : Phillips relie le chômage au taux de variation des salaires, pas des prix. Ce sont Paul SAMUELSON et Robert SOLOW qui, en 1960, transposent sa courbe aux PRIX — ce qui se défend, les salaires étant un coût, la section IX vient de le dire, mais qui n'est pas ce que Phillips avait écrit. Le chapitre n°13 mesurera le chômage ; retiens ici la relation, pas son appareil.

C'est du même article de 1960 que vient la lecture séduisante, et le mot de Samuelson et Solow qui l'a rendue célèbre : la courbe offrirait un MENU. Un pays choisirait sa position dessus, acceptant un peu d'inflation contre un peu moins de chômage. Puis les années 1970 sont arrivées, avec une inflation forte ET un chômage élevé — ce qu'on a appelé la stagflation, et que cette LECTURE de la courbe déclarait impossible — la relation, elle, n'a jamais rien déclaré.

Deux économistes l'avaient annoncé, chacun de son côté et avant les faits. Edmund PHELPS d'abord, dans Economica en 1967. Friedman ensuite, dans son adresse présidentielle prononcée fin décembre 1967 et publiée en 1968 — celle qu'il ne faut pas confondre avec la maxime de Bombay. Leur raison tient en une phrase : l'arbitrage n'existe que tant que les gens se trompent. Si la banque centrale crée de l'inflation pour faire baisser le chômage, les salariés le remarquent, l'intègrent à leurs demandes salariales, et l'effet s'évanouit — il ne reste que l'inflation. La courbe de Phillips ne se parcourt pas DURABLEMENT : on glisse le long d'elle un temps — c'est la relation de court terme que les banques centrales observent encore —, puis elle se DÉPLACE vers le haut à mesure que les anticipations montent, et le gain s'évanouit.

Voilà pourquoi une banque centrale parle autant. Sa matière première n'est pas seulement le taux d'intérêt, c'est la CRÉDIBILITÉ : si chacun croit que l'inflation reviendra à la cible, personne ne demande d'avance ce qu'il craint, et le coefficient a de la section IX reste petit tout seul. Les anticipations font partie du mécanisme qu'elles anticipent — une propriété que l'économie partage avec peu de sciences, et qui explique qu'on y prenne les mots au sérieux.

Deux mots, pour finir de nommer ce que tu as déjà manipulé. Le premier : la façon dont les salariés forment leurs prévisions à la section IX — rattraper une part a de l'inflation PASSÉE — porte un nom, ce sont des ANTICIPATIONS ADAPTATIVES. On extrapole ce qu'on a vu — et le basculement de la fin de la section IX reste adaptatif : prolonger une accélération passée, c'est encore regarder en arrière. Adaptatif ne veut pas dire modéré, il veut dire tourné vers le passé. Tout le mécanisme de la boucle repose là-dessus, et un chapitre plus tardif du cursus demandera si les agents ne font pas mieux que d'extrapoler.

Le second : si la courbe se déplace vers le haut chaque fois que l'inflation anticipée monte, alors À LONG TERME elle est VERTICALE. Cette phrase s'écrit d'ailleurs en une ligne — π = πᵃ − α (u − u*), avec πᵃ l'inflation ANTICIPÉE, u le chômage, u* son niveau d'équilibre et α une sensibilité — et la ligne dit tout. Si u = u*, alors π = πᵃ : l'inflation est exactement ce que chacun attend qu'elle soit, la crédibilité écrite en symboles. Et tenir u SOUS u* exige de battre les anticipations année après année — π monte alors sans fin, et c'est la boucle emballée de la section IX retrouvée par l'algèbre.

Il ne reste aucun menu DURABLE, mais un seul taux de chômage compatible avec une inflation stable — celui vers lequel l'économie revient quelle que soit l'inflation qu'on y met. C'est ce que la littérature appelle le NAIRU — le taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation. Friedman parlait, lui, d'un taux NATUREL, défini par l'équilibre du marché du travail : les deux notions se rejoignent souvent sans se confondre. Le chapitre n°13 dira comment on les mesure, et à quel point c'est difficile. Vouloir s'y tenir en dessous ne baisse pas durablement le chômage : cela fait monter l'inflation année après année, exactement comme la boucle emballée de la section IX. Les deux résultats du chapitre se rejoignent ici, et c'est le meilleur endroit pour le voir.

Une pause, et elle est conseillée. Tu viens de terminer la moitié CAUSES du chapitre : ce qui précède répond à « pourquoi les prix montent » — les confusions levées, les deux poussées et leur signature, la monnaie, son histoire et son objection, la France qui superpose, l'accommodation et l'impôt qui la font durer, la boucle qui transforme un choc en régime, les anticipations qui la nourrissent. Ce qui suit répond à l'autre moitié, « et qu'est-ce que cela fait » : qui y gagne, qui y perd, ce que coûte d'y mettre fin, et pourquoi des prix qui baissent ne sont pas toujours une bonne nouvelle. Si tu lis d'une traite, c'est ici qu'il faut poser le chapitre : la seconde moitié demande la première reposée, pas la première fraîche.

La courbe de Phillips, quatre datesQuiCe qui s’est joué
1958A. W. Phillipsle chômage contre la variation des SALAIRES, Royaume-Uni 1861-1957
1960Samuelson et Solowla transposition aux PRIX, et le mot « menu »
1967-1968Phelps, puis Friedmanl’arbitrage ne survit pas aux anticipations
Années 1970les faitsla stagflation, que la lecture « menu » déclarait impossible

XI. Le contrat, la surprise — et ce que l'inflation détruit

On dit que l'inflation fait des perdants. C'est vrai, mais pas pour la raison qu'on avance d'ordinaire, et le modèle va le montrer d'une façon qui surprend.

Prends un prêt de 10 000 euros à 3 % sur un an. Au moment de signer, prêteur et emprunteur anticipent 2 % d'inflation. Le taux d'intérêt RÉEL attendu vaut donc 1,03 / 1,02 − 1, soit 0,98 % — la division du n°11, appliquée à un intérêt au lieu d'un salaire, jamais la soustraction. Si l'inflation réalisée est bien de 2 %, personne n'est lésé : le remboursement vaut 10 098,04 euros en euros de la signature, exactement ce que les deux parties avaient en tête. Le transfert est de zéro euro.

Change maintenant une seule chose : l'inflation réalisée est de 6 % au lieu des 2 % prévus. Le remboursement, toujours de 10 300 euros courants, ne vaut plus que 9 716,98 euros de la signature. Le taux réel n'est plus de 0,98 % mais de −2,83 % : le prêteur a payé pour prêter. Et l'emprunteur ? Il gagne exactement ce que le prêteur perd — 381,06 euros, au centime près. Rien n'a été détruit ; quelque chose a changé de camp.

Voilà le point, et il est central : entre les deux parties d'un CONTRAT À TAUX FIXE, la redistribution ne vient pas de l'inflation, elle vient de sa SURPRISE. Une inflation de 6 % correctement anticipée aurait été mise dans le taux au moment de signer — on appelle EFFET FISHER cette incorporation de l'inflation attendue au taux nominal — et personne n'aurait été lésé. Une inflation de 2 % là où l'on en attendait 6 aurait joué en sens inverse et enrichi le prêteur. C'est pourquoi les économistes distinguent inflation anticipée et non anticipée, et pourquoi une inflation stable et prévisible coûte bien moins cher qu'une inflation moyenne mais erratique.

Il existe aussi des coûts qui, eux, ne redistribuent rien parce qu'ils DÉTRUISENT, et qu'on nomme par des images. Les COÛTS DE MENU : changer les étiquettes, réimprimer les catalogues, renégocier les contrats — dérisoires à 2 %, considérables quand les prix changent chaque semaine. Les COÛTS DE SEMELLE : à forte inflation, garder de la monnaie coûte cher, alors on court à la banque plus souvent — l'image vient de l'usure des chaussures. Et le brouillage du SIGNAL-PRIX, le plus sérieux : quand tout monte, plus personne ne sait si un prix qui augmente signale une rareté réelle ou seulement l'inflation ambiante. Le chapitre n°3 avait fait du prix relatif ce qui commande les arbitrages — la pente de la contrainte budgétaire, l'effet de substitution ; une inflation forte en dérègle la lecture. Et un mot qui pèse, parce qu'un « qui gagne, qui perd » serait incomplet sans lui : la même inflation n'est pas la même pour tous. L'énergie et l'alimentation pèsent plus lourd en bas de l'échelle des revenus qu'en haut — le panier du n°11 est une MOYENNE, chacun vit le sien — si bien qu'un choc énergétique frappe le plus fort ceux qui peuvent le moins s'en protéger.

La surprise, et le transfert qu'elle opère

Un prêt de 10 000 € à 3 % sur un an. On fait varier la seule inflation RÉALISÉE, et l'on regarde ce que le remboursement vaut en euros de la signature.

  1. taux réel = (1 + i) / (1 + π) − 1

    La division du chapitre n°11, avec un intérêt au numérateur. Jamais i − π : à 3 % et 6 %, la soustraction annonce −3,00 % quand l'exact vaut −2,83 %.

  2. inflation conforme (2 % prévus, 2 % réalisés) : 10 300 / 1,02 = 10 098,04 € ; réel +0,98 %

    Ce que les deux parties avaient en tête. Transfert : 0,00 €. Entre ELLES, l'inflation seule ne redistribue RIEN.

  3. surprise à la hausse (6 % réalisés) : 10 300 / 1,06 = 9 716,98 € ; réel −2,83 %

    Le prêteur reçoit 381,06 € de moins qu'attendu, en euros de la signature. L'emprunteur garde exactement ces 381,06 €.

  4. surprise à la baisse (0 % réalisés) : 10 300 / 1,00 = 10 300,00 € ; réel +3,00 %

    Le sens s'inverse : le prêteur gagne 201,96 € de plus qu'attendu. Une inflation plus FAIBLE que prévu enrichit les créanciers — et c'est la clé de la section XIII.

Le contrôle qui prouve qu'on n'a rien inventé : la somme des gains et des pertes vaut zéro dans chaque cas. Une redistribution déplace, elle ne détruit pas. Les coûts qui, eux, DÉTRUISENT — menu, semelle, brouillage du signal — sont d'une autre nature et ne se lisent pas sur ce prêt.

XII. L'État, le barème, et qui porte la perte

Voici maintenant le plus gros des transferts que la surprise opère, parce que le premier débiteur du pays est l'ÉTAT. Sa dette est libellée en euros et une bonne part porte un taux fixé le jour de l'émission : tout ce qu'on vient d'établir sur le prêt de 10 000 € s'y applique à l'identique, au montant près — qui se compte en milliers de milliards. Prends une dette de 100, dans une économie dont la production RÉELLE ne bouge pas : les 100 dus ne changent pas, c'est ce qu'ils PÈSENT qui change. Rapportés à un PIB nominal qui a gagné 5 % là où l'on en attendait 2, ils ne pèsent plus 100 / 1,02 mais 100 / 1,05 — le ratio recule de 2,86 %, soit exactement 1,02 / 1,05 − 1, la division du n°11 une fois de plus. Et note bien que c'est la SURPRISE qui opère ici, exactement comme sur le prêt : une inflation attendue aurait été mise dans le taux à l'émission. Retiens surtout le motif — celui qui décide de la monnaie est aussi le premier à gagner à l'inflation, ce qui n'est pas la position d'un arbitre neutre. C'est la raison de fond de l'INDÉPENDANCE des banques centrales ; le L2 dira comment elle s'organise.

Retiens maintenant la restriction, parce qu'une copie qui l'oublie se fait prendre. « Seule la surprise redistribue » vaut là où les deux parties ont pu METTRE L'INFLATION DANS LEUR PRIX — un taux qui se négocie, un contrat qui se signe. Là où une grandeur nominale est FIXÉE PAR AILLEURS et que personne ne renégocie, une inflation parfaitement ANTICIPÉE redistribue quand même. Le cas d'école est fiscal : un barème d'impôt libellé en euros et non revalorisé fait passer les contribuables dans des tranches supérieures alors que leur pouvoir d'achat n'a pas bougé — on parle de « progressivité à froid ». Un salaire de 30 000 € qui suit exactement une inflation de 5 % devient 31 500 € ; s'il franchit ainsi le seuil d'une tranche restée à 30 500 €, le contribuable paie davantage en proportion pour un pouvoir d'achat rigoureusement identique. Personne n'a décidé cet impôt supplémentaire, et personne n'a été surpris : un seuil écrit en euros ne se renégocie pas. Le bénéficiaire, lui, a un nom — l'ÉTAT, que le paragraphe précédent montrait gagner à la surprise et qui gagne ici sans surprise du tout. C'est pourquoi beaucoup de pays indexent leur barème — et pourquoi ne pas l'indexer une année est une décision budgétaire, pas un oubli.

Reste la question que ce chapitre a repoussée depuis la section IX, et c'est la plus importante de la section. Quand un choc de coûts vient de l'extérieur — un baril, un mètre cube de gaz —, le pays est réellement plus pauvre : il donne davantage de son travail contre la même importation. Cette perte-là n'est pas un transfert, elle ne s'annule pas, et QUELQU'UN la porte. Le coefficient a de la section IX dit qui. Si a vaut 1, les salariés refusent de la porter : ils récupèrent toute la hausse passée, et la perte repart vers les entreprises, qui en renvoient aux prix la fraction b. Si a vaut 0,5, ils n'en récupèrent que la moitié — le SALAIRE RÉEL baisse, et ce sont eux qui l'absorbent.

Et il existe un troisième porteur : la MARGE. Entre le salaire qui ne rattrape pas tout et le prix qui ne répercute pas tout, ce qui reste se loge dans les marges des entreprises — comprimées si elles absorbent, gonflées si elles répercutent plus que leurs coûts n'ont monté. Qui, des salaires ou des marges, a porté ou amplifié le choc européen de 2021-2023 est une question de MESURE — le partage de la valeur ajoutée du chapitre n°5 permet de la poser — et elle a fait débat précisément parce que les réponses appellent des politiques opposées. Ne confonds pas cette question avec celle de la section IX : a = 1 dit qui PORTE la perte, il ne dit pas que la boucle s'emballe — pour cela il faut le produit a·b, et l'exercice 3 montre justement des salaires pleinement indexés dont la boucle s'éteint. Deux questions distinctes sur le même coefficient.

Voilà pourquoi « couper la boucle » n'est pas une opération neutre : ce que la section IX présentait comme un paramètre technique est un partage, et la désinflation par la désindexation se paie par les salaires réels de ceux qui ne rattrapent pas. Une copie qui recommande la désindexation sans nommer qui paie n'a fait que la moitié du raisonnement.

Le mécanismeQui perdQui gagne
La surprise, dans un contrat à taux fixele prêteur, à la haussel’emprunteur — l’État en premier
Anticipée, sans renégociation : le barèmele contribuablel’État, sans surprise du tout
La perte de termes de l’échangeles salaires (a < 1) ou les margespersonne : elle ne s’annule pas

XIII. Deux déflations, et une seule catastrophe

Le n°11 a nommé la DÉFLATION — les prix baissent, le taux est négatif — et l'a distinguée de la désinflation. Il n'a pas dit ce qu'elle fait. C'est ici, et la première chose à défaire est l'idée que des prix qui baissent seraient forcément une bonne nouvelle, ou forcément une catastrophe. Il y en a deux sortes, et notre marché du café les distingue aussi nettement qu'il distinguait les deux inflations.

PREMIÈRE DÉFLATION : l'aubaine. Une récolte exceptionnelle fait tomber le coût du grain, et à chaque prix les torréfacteurs peuvent servir 400 tasses de plus. L'offre se déplace vers la droite. Résultat : 2 € la tasse et 900 tasses. Les prix ont baissé d'un tiers et l'on consomme davantage. Personne n'est à plaindre — c'est ce qui arrive quand une technique progresse ou qu'une matière première s'effondre. Historiquement, une bonne part de la baisse des prix du XIXᵉ siècle a cette nature.

SECONDE DÉFLATION : l'effondrement. Rien n'a changé du côté des coûts, mais les ménages, inquiets, remettent leurs achats à plus tard : à chaque prix ils veulent 400 tasses de moins. Résultat : 2 € la tasse et 500 tasses. Le prix a baissé exactement autant que dans le cas précédent — d'un tiers, au centime près — et pourtant on produit 400 tasses de moins qu'à l'aubaine. Même baisse de prix, deux mondes.

Reste à comprendre pourquoi la seconde est redoutée à ce point, et c'est Irving FISHER qui l'a expliqué — le même homme, une troisième fois dans ce cursus. Ruiné par la crise de 1929, il publie en 1933 dans Econometrica « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », et il y décrit un engrenage. Les prix baissent ; or les dettes, elles, sont libellées en euros courants et ne baissent pas. Le poids réel de la dette augmente donc mécaniquement — c'est la section XI lue à l'envers : une inflation plus faible que prévu enrichit les créanciers et appauvrit les débiteurs. Les débiteurs, étranglés, vendent leurs actifs pour rembourser ; ces ventes forcées font baisser les prix davantage ; le poids réel des dettes augmente encore. Fisher résume l'engrenage d'une formule terrible : plus les débiteurs remboursent, plus ils doivent.

Deux mécanismes s'y ajoutent, et ils suffisent à eux seuls. L'ATTENTE : si l'on sait que ce sera moins cher dans six mois, on reporte l'achat — ce qui fait baisser la demande, donc les prix, donc justifie l'attente. Et le PLANCHER des taux : une banque centrale peut baisser son taux jusqu'à zéro, guère en dessous ; or c'est le taux RÉEL qui compte, et avec une inflation négative le taux réel reste élevé même à taux nominal nul. La division du n°11 le dit sans commentaire : à taux nominal nul et inflation de −2 %, le taux réel vaut 1,00 / 0,98 − 1, soit +2,04 %. L'arme est bloquée au moment précis où elle servirait.

Voilà ce qui répond à la question qu'on se pose toujours : pourquoi les banques centrales visent-elles 2 % et non zéro ? Trois raisons, toutes vues dans ce chapitre. D'abord, une petite inflation éloigne du plancher des taux et laisse de la marge pour agir. Ensuite, elle facilite les ajustements de salaires relatifs — il est plus facile de laisser un salaire stagner deux ans que de le baisser. Enfin, le n°11 l'a établi : les indices SURESTIMENT un peu l'inflation, les quatre biais de Boskin allant majoritairement dans le même sens ; viser zéro au thermomètre, ce serait viser une déflation légère en réalité. La BCE, depuis sa revue de stratégie de juillet 2021, vise 2 % à MOYEN TERME avec un engagement SYMÉTRIQUE — les écarts positifs et négatifs sont également indésirables. Les deux précisions comptent : ce n'est pas un plafond mensuel, et 1,5 % rate la cible autant que 2,5 %.

Le cas extrême, pour finir, et il éclaire tout le chapitre. Un mot d'abord sur le seuil, puisqu'il est conventionnel : depuis Phillip CAGAN (1956), on parle d'HYPERINFLATION au-delà de 50 % PAR MOIS — ce qui fait déjà près de treize mille pour cent par an, 1,5 élevé à la puissance douze valant 129,75. En octobre 1923 — le pic mensuel du relevé de référence de Hanke et Krus, quelques sources plaçant le sommet en novembre — les prix allemands montent d'environ 29 500 % EN UN MOIS : ce qui coûtait un mark au début du mois en coûte 296 à la fin. Traduit en rythme quotidien — en comptant, par convention, un mois de TRENTE jours —, cela fait près de 21 % par jour, et les prix DOUBLENT en un peu plus de trois jours et demi (3,65 ; l'exercice 5 le calcule). La convention n'est pas un détail : c'est elle qui fixe le chiffre quotidien — sur 31 jours il serait plus faible, et les relevés publiés ne s'accordent pas tous au dixième de jour. L'exercice 5 te fera refaire ce passage du mois au jour. À ce régime, la monnaie cesse de remplir ses fonctions : personne ne l'accepte, personne ne prête, les salaires se paient deux fois par jour et se dépensent en courant.

Reste à dire D'OÙ VENAIT cette monnaie, car une boucle prix-salaires ne fabrique pas 29 500 % à elle seule — elle transmet, elle n'émet pas. La réponse est celle que la section VIII a préparée. L'Allemagne de 1923 devait des réparations qu'elle ne pouvait pas payer ; l'occupation de la Ruhr lui fit répondre par une résistance passive dont l'État prit à sa charge les salaires et les assurances des grévistes ; et cette dépense-là, il ne pouvait ni l'imposer ni l'emprunter. Il la fit créer. La Reichsbank monétisa les déficits, et le mark s'effondra à mesure. C'est l'IMPÔT D'INFLATION de la section VIII poussé à sa limite : un prélèvement que personne ne vote, jusqu'au point où l'assiette elle-même disparaît, plus personne ne voulant détenir la monnaie qu'on taxe ainsi. Une hyperinflation n'est donc pas une boucle devenue folle, c'est un BUDGET financé à la planche — et la boucle par-dessus.

Les prix baissent — mais pourquoi ?PrixQuantitésVerdict
Avant le choc3,00 €700 tasses
L'aubaine : l'offre progresse2,00 €900 tassesbonne nouvelle
— variation−33,33 %+28,57 %on consomme plus
L'effondrement : la demande recule2,00 €500 tassesengrenage
— variation−33,33 %−28,57 %on consomme moins

XIV. Atelier : la signature, pas le sens

Une chose de ce chapitre ne s'apprend pas en la lisant, et c'est celle que le partiel piège : devant une variation de prix, le réflexe est de conclure. Les prix montent, donc surchauffe. Les prix baissent, donc crise. Les deux réflexes sont faux une fois sur deux, et cet atelier existe pour te le faire constater sur toi.

Il te donne cinq chocs, décrits en mots — ce que font les acheteurs, ce que font les vendeurs — et jamais en résultats. Avant qu'il ne calcule quoi que ce soit, tu poses DEUX pronostics : le sens des PRIX, puis le sens des QUANTITÉS. Tant que les deux ne sont pas posés, rien ne se révèle.

Le second ne se déduit pas du premier, et c'est toute la démonstration. Trois des cinq chocs font monter les prix, et leurs quantités montent, reculent ou ne bougent pas. Deux les font baisser, et leurs quantités divergent de la même façon. Les cinq couples sont donc tous différents : connaître le sens des prix ne te dit jamais lequel des cinq tu regardes, connaître les deux te le dit toujours.

Choisis un choc
Pronostique avant de révéler

Les deux pronostics sont nécessaires, et le second ne se déduit pas du premier : deux chocs font monter les prix d'autant, avec des quantités opposées.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Un pays connaît une inflation de 7 % sur l'année. (1) Un commentateur en conclut que « la demande est trop forte, il faut freiner ». De quelle information as-tu besoin avant de le suivre, et pourquoi ? (2) On t'apprend que la production a reculé de 1,5 % sur la même année et que le prix du gaz importé a triplé. Quelle est la cause la plus probable, et quelle en est la signature ? (3) Les salaires de ce pays sont indexés à 80 % sur l'inflation passée, et les entreprises répercutent 90 % de la hausse des salaires dans leurs prix. La boucle s'éteint-elle ? Calcule l'inflation des trois années suivantes si aucun nouveau choc ne survient. (4) Un ménage a emprunté 20 000 euros à 4 % en anticipant 2 % d'inflation. Que lui rapporte la surprise ? (5) Le gouvernement propose d'indexer intégralement les salaires pour « protéger le pouvoir d'achat ». Que réponds-tu, en une phrase appuyée sur la question (3) ? (6) Un autre conseiller propose au contraire de casser la boucle tout de suite, sans attendre les quatre ans de la question (3). Que coûte cette option, à qui, et comment s'appelle ce coût ?

  1. (1) Il te manque ce qu'ont fait les QUANTITÉS. Une inflation de 7 % est compatible avec une demande qui pousse — production en hausse — et avec des coûts qui poussent — production en baisse. Les deux appellent des réponses opposées, et le chiffre d'inflation ne les distingue pas : la section III le montre sur deux chocs qui donnent le même prix à 4 € exactement. Et une prudence avant même cela : 7 % « sur l'année » peut SUPERPOSER plusieurs chocs — la section VII l'a montré sur 2022 —, si bien qu'avant de conclure il faudrait aussi les séparer : inflation sous-jacente, contributions par poste.
  2. (2) Une inflation par les COÛTS, d'origine importée — en gardant la prudence que la section VII impose aux chiffres d'ANNÉE, qui peuvent superposer plusieurs chocs. Ici les deux indices convergent : le choc est identifié par sa source, le gaz a triplé, et la production recule malgré tout ce qui aurait pu la porter. La signature est celle du choc de coûts : prix en hausse, quantités en recul (−1,5 %). Attention à la formulation : « importée » dit d'où vient le choc, pas comment il agit — c'est un déplacement de l'offre, comme n'importe quel choc de coûts.
  3. (3) a × b = 0,80 × 0,90 = 0,72, donc inférieur à 1 : la boucle s'ÉTEINT. Les trois années suivantes : 7 × 0,72 = 5,04 %, puis 3,63 %, puis 2,61 %. Elle décroît : on repasse sous 2 % la quatrième année (1,88 %). Ce n'est ni immédiat ni interminable, et c'est exactement l'objet du débat de politique économique — faut-il attendre quatre ans, ou casser la boucle plus tôt ?
  4. (4) Sa dette de 20 000 € à 4 % donne 20 800 € à rembourser. Anticipés 2 % : cela vaut 20 800 / 1,02 = 20 392,16 € de la signature. Ce qu'il faut ensuite, c'est l'inflation RÉALISÉE — et l'énoncé te la donne dès sa première ligne : 7 %. Sans elle le calcul s'arrêterait ici, et c'est tout le point de la section XI. Avec elle : le remboursement ne vaut plus que 20 800 / 1,07 = 19 439,25 €, et le ménage gagne 952,90 € aux dépens de son prêteur. Si l'inflation était au contraire retombée à 0 %, il aurait PERDU 407,84 €. C'est la SURPRISE qui redistribue entre les parties d'un contrat ; l'inflation anticipée, elle, ne redistribue que là où un montant nominal ne se renégocie pas.
  5. (5) Qu'elle protégerait le pouvoir d'achat de l'année en cours en faisant passer a de 0,80 à 1,00 : le produit a × b monterait à 0,90, encore sous un, mais la boucle mettrait bien plus longtemps à s'éteindre — et si les entreprises répercutaient intégralement, le produit atteindrait 1 et l'inflation ne redescendrait plus jamais d'elle-même. On protégerait un revenu cette année en installant l'inflation pour dix ans.
  6. (6) Elle coûte de la PRODUCTION, et le calcul de la question (3) ne le montre pas — c'est même pour cela qu'il faut la poser. La boucle de (3) s'éteindrait d'elle-même, mais en quatre ans : casser tout de suite, c'est aller plus vite qu'elle, et c'est ce surcroît de vitesse qui se paie. Casser la boucle, c'est refuser d'accommoder ; or à monnaie figée, M V = P Y impose que la hausse des prix soit absorbée par la vitesse ou par la production, et en pratique surtout par la seconde : l'activité ralentit et le chômage monte. Ne confonds pas avec la section XII : elle nommait qui porte la perte de TERMES DE L'ÉCHANGE d'un choc importé ; ici, ce sont ceux que la récession prive d'emploi. Le nom du coût est le RATIO DE SACRIFICE : le nombre de points de production perdus pour un point d'inflation en moins. La bonne copie ne tranche pas entre les deux conseillers, elle montre que le choix est un ARBITRAGE — quatre ans d'inflation contre une récession — et elle nomme les deux prix. Répondre « il faut agir vite » sans nommer ce que cela coûte, c'est répondre à moitié.

Phrase de copie : « Une inflation ne se diagnostique pas au sens des prix mais à la SIGNATURE des quantités — celle d'UN choc à la fois, jamais d'une année : la demande qui pousse fait monter les deux, les coûts qui poussent font monter les prix et reculer la production, et la monnaie, qui à l'impact ressemble à la demande, se trahit par sa DURÉE. Sa DURÉE ne dépend pas de la force du choc mais du degré d'indexation, une boucle ne se perpétuant que si le produit des coefficients de rattrapage et de répercussion atteint un ET que la monnaie suive — sans ACCOMMODATION monétaire, le mécanisme tourne à vide. Et sa REDISTRIBUTION ne vient pas de l'inflation mais de sa surprise — entre les parties d'un contrat, une inflation correctement anticipée est mise dans les taux et ne lèse personne ; là où rien ne se renégocie, un barème fiscal, elle redistribue même parfaitement anticipée. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Reprends le marché du café : Qd = 1 300 − 200 P, Qo = 200 P + 100. (a) Retrouve l'équilibre de départ. (b) La demande gagne 200 tasses à chaque prix : quel est le nouvel équilibre ? (c) L'offre en perd 200 à chaque prix, sans que la demande bouge : quel est le nouvel équilibre ? (d) Compare les deux prix obtenus et les deux quantités. Que conclus-tu ? (e) L'égalité parfaite des deux prix vient-elle du mécanisme, ou du choix de deux chocs de même ampleur ? Compare le choc (b) — demande +200 — au choc de coûts de la section III — offre −400.

    Un coup de pouce

    L'équilibre déplacé vaut P* = (1 200 + dD − dO) / 400. Regarde le signe devant dO avant de calculer.

    Voir le corrigé

    (a) 1 300 − 200 P = 200 P + 100, donc 1 200 = 400 P et P* = 3 €. Q* = 200 × 3 + 100 = 700 tasses.

    (b) dD = +200 : P* = (1 200 + 200) / 400 = 3,50 €. Q* = 200 × 3,5 + 100 = 800 tasses.

    (c) dO = −200 : P* = (1 200 + 200) / 400 = 3,50 €. Q* = 200 × 3,5 + 100 − 200 = 600 tasses.

    (d) Les deux prix sont IDENTIQUES — 3,50 € — et les deux quantités encadrent symétriquement les 700 tasses du départ, 800 d'un côté, 600 de l'autre. C'est le résultat central du chapitre, retrouvé sur un choc deux fois plus petit : la hausse des prix ne dit rien de la cause, l'écart de quantité dit tout. Et la symétrie n'est pas un hasard : dD et dO entrent avec des signes opposés dans le prix et avec le même signe dans la quantité.

    (e) Du choix des ampleurs. Demande +200 : 3,50 € et 800 tasses. Coûts −400 : 4,00 € et 500. Les prix montent cette fois DIFFÉREMMENT — l'égalité au centime tenait aux ampleurs égales — et pourtant la règle tient : la demande a fait MONTER les quantités, les coûts les ont fait RECULER. Le sens des quantités identifie le CÔTÉ du choc — demande ou coûts — quelle que soit l'ampleur ; l'égalité des prix n'était qu'une mise en scène.

  2. Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) « Le prix du café a doublé : il y a de l'inflation. » (b) « Une inflation forte peut coexister avec un chômage élevé. » (c) « L'inflation fait baisser le pouvoir d'achat. » (d) « Une inflation de 7 % signifie que la demande est trop forte. » (e) « L'inflation importée est une troisième cause, à côté de la demande et des coûts. » (f) « Quand les prix baissent, les ménages y gagnent. » (g) « Une inflation correctement anticipée ne redistribue rien entre prêteurs et emprunteurs. » (h) « Ce qui fait durer une inflation, c'est la force du choc initial. »

    Un coup de pouce

    DEUX de ces huit affirmations sont VRAIES. Justifie CHACUNE : plusieurs ne sont fausses que telles quelles, et c'est la justification qui compte, pas le verdict.

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    (a) FAUX : c'est un PRIX RELATIF qui a changé. L'inflation est la hausse du niveau général, donc d'un panier pondéré (chapitre n°11). Un seul prix ne fait de l'inflation qu'à hauteur de sa contribution, poids × hausse.

    (b) VRAI, et c'est la PREMIÈRE des deux affirmations vraies. La lecture naïve de la courbe de Phillips la déclare impossible ; les années 1970 l'ont pourtant vécue, et on l'a nommée STAGFLATION. Phelps (1967) et Friedman (1968) l'avaient annoncée chacun de son côté : l'arbitrage n'existe que tant que les gens se trompent.

    (c) FAUX tel quel, et c'est une nuance et non un simple non : cela dépend des revenus. Un salaire à +5 % face à 4 % d'inflation GAGNE 0,96 % de pouvoir d'achat. On divise les coefficients, on ne soustrait pas les taux (chapitre n°11).

    (d) FAUX : c'est exactement la faute que la section III interdit. Une hausse de 33,33 % s'obtient aussi bien par un déplacement de la demande que par un recul de l'offre — au même centime. Il faut connaître les QUANTITÉS.

    (e) FAUX : c'est une inflation par les COÛTS dont l'origine est extérieure. Même déplacement de l'offre, même signature. « Importée » qualifie la provenance, pas le mécanisme.

    (f) FAUX tel quel, et c'est la seconde nuance : cela dépend de POURQUOI ils baissent. Si c'est une aubaine du côté de l'offre, on consomme plus (900 tasses au lieu de 700) et les ménages y gagnent. Si c'est un effondrement de la demande, on consomme moins (500 tasses), et l'engrenage de Fisher menace. Même baisse de prix — un tiers dans les deux cas — deux situations opposées.

    (g) VRAI, et c'est la SECONDE des deux affirmations vraies. Elle contredit l'intuition. Le transfert vaut 0,00 € quand l'inflation réalisée est celle qu'on avait prévue : elle a été mise dans le taux au moment de signer. C'est la SURPRISE qui redistribue entre les parties d'un contrat — ce que l'affirmation dit bien, en se limitant aux prêteurs et aux emprunteurs.

    (h) FAUX, et c'est la leçon de la section IX : ce qui fait durer une inflation est le DEGRÉ D'INDEXATION — à monnaie accommodante, la section VIII l'exige aussi. Le même choc de 10 % laisse 0,08 % au bout de cinq années si a·b = 0,30, et 14,64 % si a·b = 1,10.

  3. Une économie subit un choc inflationniste de 6 %. Ses salaires rattrapent 70 % de l'inflation passée ; ses entreprises en répercutent 80 % dans leurs prix. (a) La boucle s'éteint-elle ? Justifie par un nombre. (b) Calcule l'inflation des quatre années suivantes. (c) De combien le niveau des prix aura-t-il monté au total sur les cinq années (l'année du choc comprise) ? (d) Un syndicat obtient que le rattrapage passe à 100 %. Refais (a) et dis ce qui change.

    Un coup de pouce

    Tout tient dans le produit a × b. Pour (c), les taux se MULTIPLIENT — c'est la règle du chapitre n°9, retrouvée pour la troisième fois.

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    (a) a × b = 0,70 × 0,80 = 0,56, inférieur à 1 : la boucle s'ÉTEINT. Chaque année, l'inflation vaut 56 % de la précédente.

    (b) 6 × 0,56 = 3,36 % ; puis 1,88 % ; puis 1,05 % ; puis 0,59 %.

    (c) On multiplie les coefficients : 1,06 × 1,0336 × 1,018816 × 1,010537 × 1,005901 = 1,1346, soit +13,46 %. Le piège. L'addition des cinq taux exacts donnerait 12,89 % : elle sous-estime, comme toujours quand les taux sont positifs.

    (d) a × b = 1,00 × 0,80 = 0,80, toujours inférieur à 1 : la boucle s'éteint ENCORE, mais bien plus lentement — 4,80 % l'année suivante au lieu de 3,36 %, et il faut désormais une dizaine d'années pour revenir sous 1 %. Le syndicat n'a pas déclenché l'inflation permanente, il a allongé le retour. Le seuil, lui, est en a × b = 1 : il faudrait que les entreprises répercutent intégralement pour l'atteindre.

  4. Un prêt de 50 000 euros à 5 % sur un an. Les deux parties anticipent 3 % d'inflation en signant. (a) Que vaut le remboursement en euros de la signature si l'inflation est de 3 % ? Quel est le taux réel ? (b) Même question si l'inflation atteint 9 %. (c) Combien le prêteur perd-il, et qui gagne ce montant ? (d) Même question si l'inflation tombe à 1 %. (e) Que conclus-tu sur la phrase « l'inflation ruine les épargnants » ?

    Un coup de pouce

    Le remboursement nominal ne change jamais : c'est ce qu'il VAUT qui change. Taux réel par la division, jamais par la soustraction.

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    (a) Remboursement nominal : 50 000 × 1,05 = 52 500 €. En euros de la signature : 52 500 / 1,03 = 50 970,87 €. Taux réel : 1,05 / 1,03 − 1 = +1,94 %.

    (b) 52 500 / 1,09 = 48 165,14 €. Taux réel : 1,05 / 1,09 − 1 = −3,67 %. Le prêteur récupère moins qu'il n'a prêté, en pouvoir d'achat.

    (c) Il perd 50 970,87 − 48 165,14 = 2 805,74 € (sur les valeurs non arrondies : 50 970,8738 − 48 165,1376), et l'emprunteur gagne exactement ce montant. Une redistribution déplace, elle ne détruit pas.

    (d) 52 500 / 1,01 = 51 980,20 €, taux réel +3,96 %. Cette fois le prêteur GAGNE 1 009,32 € par rapport à ce qu'il attendait, aux dépens de l'emprunteur. Une inflation plus faible que prévu enrichit les créanciers — c'est le mécanisme de la déflation de la section XIII.

    (e) Qu'elle est vraie seulement de l'inflation NON ANTICIPÉE. Une inflation de 9 % connue d'avance aurait été mise dans le taux — le prêteur aurait exigé davantage que 5 % — et personne n'aurait été lésé. Ce qui ruine un épargnant n'est pas l'inflation, c'est de s'être trompé sur elle, ou de détenir un actif dont le taux ne s'ajuste pas.

  5. En octobre 1923, les prix allemands montent d'environ 29 500 % en un mois. (a) Par combien les prix sont-ils multipliés dans le mois ? (b) Quelle est la hausse MOYENNE par jour, sur trente jours ? (c) Tous les combien de jours les prix doublent-ils ? (d) Un salarié payé le 1ᵉʳ du mois attend le 15 pour dépenser sa paie : que lui reste-t-il, en pouvoir d'achat, de ce qu'il aurait eu le 1ᵉʳ ? (e) Pourquoi une banque centrale ne peut-elle pas régler cela par ses taux ?

    Un coup de pouce

    Attention au passage du TAUX au FACTEUR : une hausse de x % ne multiplie pas par x/100. Pour (b) et (c), la hausse quotidienne est la racine trentième du facteur mensuel.

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    (a) ×296. Une hausse de 29 500 % ajoute 295 fois le prix initial à lui-même : 1 + 295 = 296. Ce qui coûtait un mark en coûte 296.

    (b) La racine trentième de 296 vaut 1,2089 : environ +20,9 % PAR JOUR.

    (c) On cherche le nombre de jours n tel que 1,2089ⁿ = 2, soit n = ln 2 / ln 1,2089 = 3,65. Les prix doublent donc en un peu plus de trois jours et demi.

    (d) Quatorze jours de hausse multiplient les prix par 296^(14/30) = 14,2. Il ne lui reste donc que 1 / 14,2, soit environ 7,0 % de ce qu'il aurait pu acheter le 1ᵉʳ. Fais la puissance sur le facteur EXACT, pas sur le 1,2089 arrondi : l'erreur se compose quatorze fois. C'est pourquoi on payait les salaires deux fois par jour et qu'on courait les dépenser.

    (e) Parce qu'à ce stade l'instrument n'a plus de prise : aucun taux d'intérêt nominal ne compense 21 % par jour, et surtout plus personne n'accepte la monnaie dans laquelle il serait libellé. On n'ajuste pas une monnaie que le public a quittée — on la remplace, ce que l'Allemagne fit en novembre 1923 avec le Rentenmark.

  6. Une banque centrale vise 2 % à moyen terme, avec un engagement symétrique. Trois commentaires à corriger, puis un calcul. (a) L'inflation ressort à 2,4 % sur un mois ; un éditorialiste écrit que la cible est ratée et qu'il faut relever les taux. Que réponds-tu ? (b) L'inflation s'installe à 1,4 % pendant deux ans ; un autre juge que « c'est sous la cible, donc ce n'est pas un problème ». Que réponds-tu ? (c) Un troisième propose de viser zéro, « puisque la stabilité des prix, c'est zéro ». Donne-lui trois raisons de ne pas le faire, dont une qui ne doit rien à la politique monétaire. (d) L'inflation est à 0 % et la banque centrale a déjà porté son taux nominal à 0 %. Calcule le taux réel. Puis refais le calcul avec une inflation de −2 %. Que constates-tu ?

    Un coup de pouce

    Pour (a) et (b), tout est dans les deux qualificatifs de la formulation : lequel des deux chaque commentateur oublie-t-il ? Pour (d), taux réel par la division.

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    (a) Il oublie « à MOYEN TERME ». Un dépassement d'un mois ne rate rien : la cible porte sur une trajectoire de plusieurs trimestres, ce n'est pas un plafond mensuel. C'est même ce qui autorise la banque centrale à « regarder à travers » un choc temporaire — un pic d'énergie — sans casser l'activité pour un mouvement qui se dissipera seul. Relever les taux ici, ce serait payer une récession pour un chiffre déjà éteint.

    (b) Il oublie « SYMÉTRIQUE ». Les écarts positifs et négatifs sont également indésirables : 1,4 % pendant deux ans rate la cible autant que 2,6 %. Traiter la cible comme un plafond qu'il suffirait de ne pas franchir, c'est laisser l'inflation dériver sous elle sans réagir — et la section XIII a dit vers quoi cette pente descend.

    (c) Premièrement, une petite inflation éloigne du PLANCHER des taux et laisse de la marge pour agir en cas de crise. Deuxièmement, elle permet aux salaires relatifs de s'ajuster sans baisse nominale, plus facile à faire accepter. Troisièmement — et c'est celle qui ne doit rien à la politique monétaire, elle vient du chapitre n°11 — les indices SURESTIMENT légèrement l'inflation, les quatre biais recensés par la commission Boskin allant majoritairement dans le même sens : viser zéro au thermomètre reviendrait à viser une déflation légère en réalité.

    (d) À 0 % d'inflation et 0 % de taux nominal : 1,00 / 1,00 − 1 = 0,00 %. À −2 % d'inflation : 1,00 / 0,98 − 1 = +2,04 %. Le taux réel a MONTÉ de deux points alors que la banque centrale n'a rien fait et ne peut plus rien faire. C'est le piège de la section XIII : la déflation resserre la politique monétaire au moment précis où il faudrait l'assouplir.

  7. Une économie se résume à quatre nombres : la masse monétaire M = 1 000, sa vitesse de circulation V = 2, la production en volume Y = 500 et le niveau des prix P = 4. (a) Vérifie que l'identité M V = P Y est satisfaite, et dis ce qu'on devrait conclure si elle ne l'était pas. (b) La monnaie augmente de 10 %, la production de 2 %, la vitesse ne bouge pas : que devient P, et quelle est l'inflation ? (c) Reprends (b) avec une production qui augmente de 10 % elle aussi. Que vaut l'inflation, et qu'est-ce que cela dit de la phrase de Friedman ? (d) On observe en réalité, dans la situation (b), une inflation de 3 % et non celle que tu as calculée. Qu'a nécessairement fait la vitesse V ? (e) Que prouve (d) sur le STATUT de M V = P Y, et qu'est-ce qui sépare alors Fisher de Friedman ?

    Un coup de pouce

    Une identité ne se discute pas, elle se vérifie : P = M V / Y. Et pour les variations, la règle du chapitre n°11 vaut ici comme partout — on divise les coefficients, on ne soustrait pas les taux.

    Voir le corrigé

    (a) M V = 1 000 × 2 = 2 000 ; P Y = 4 × 500 = 2 000. L'identité est vérifiée — et elle l'est TOUJOURS, quels que soient les quatre nombres. Si elle ne tombait pas juste, la conclusion ne serait jamais « la relation est fausse » mais « l'un des quatre termes est mal mesuré ». C'est exactement ce que veut dire identité comptable, et c'est le même statut que le circuit du chapitre n°7.

    (b) M V vaut désormais 1 100 × 2 = 2 200, et Y vaut 510. Donc P = 2 200 / 510 = 4,3137, soit une inflation de 4,3137 / 4 − 1 = +7,84 %. Le piège attendu, et il est tendu exprès : 10 − 2 = 8 %. C'est faux, et c'est la faute que le cursus corrige depuis le chapitre n°9 — on divise les coefficients, 1,10 / 1,02 = 1,0784, on ne soustrait pas les taux.

    (c) M V = 2 200 et Y = 550, donc P = 2 200 / 550 = 4 exactement : l'inflation est NULLE. La monnaie a pourtant augmenté de 10 %. Voilà la subordonnée de Friedman réduite à un calcul : ce n'est pas la croissance de la monnaie qui fait l'inflation, c'est son AVANCE sur la production. Une copie qui écrit « la monnaie augmente, donc les prix montent » vient d'être démentie par l'identité elle-même.

    (d) On revient à la situation (b) : Y vaut 510, et non les 550 de la question (c). Il faut donc que P Y = (4 × 1,03) × 510 = 2 101,2 alors que M vaut 1 100. Donc V = 2 101,2 / 1 100 = 1,9102 : la vitesse a BAISSÉ de 4,49 %. Rien ne l'interdit — il suffit que les agents aient gardé leur monnaie un peu plus longtemps.

    (e) Que ce n'est PAS une théorie. L'identité est vraie par construction : quoi qu'on observe, V s'ajuste pour qu'elle le reste, comme on vient de le voir en (d). Elle ne prédit donc rien toute seule et ne peut être démentie par aucune observation. Elle ne devient une théorie qu'avec une HYPOTHÈSE sur V — sa stabilité, par exemple. Et sois juste avec Fisher : il ne s'arrête pas à l'identité, The Purchasing Power of Money est l'exposé classique de la théorie QUANTITATIVE, hypothèses sur V comprises. Ce qui se distingue ici, ce ne sont pas deux hommes, ce sont deux OBJETS — une identité, qu'on ne peut pas réfuter, et une théorie, qu'on peut confronter aux faits.

Définitions à connaître

Inflation
La hausse du NIVEAU GÉNÉRAL des prix, mesurée sur un panier pondéré (chapitre n°11) — ni la hausse d'un prix particulier, qui n'est qu'un prix relatif, ni le niveau des prix. Le mot « durable » qu'on y ajoute ne définit rien : il distingue un choc de NIVEAU, qui cesse, d'une inflation entretenue, qui suppose que la monnaie suive.
Prix relatif
Le prix d'un bien rapporté à celui des autres. Il change quand un prix bouge plus ou moins que la moyenne — et il ne change pas du tout si TOUS les prix montent du même pourcentage, ce qui est le cas de l'inflation pure.
Inflation par la demande, par les coûts
Deux mécanismes qui ne se comprennent que l'un par l'autre. Par la DEMANDE : la courbe se déplace vers la droite, prix ET quantités montent — 3 € et 700 tasses deviennent 4 € et 900. Par les COÛTS : l'offre recule, les prix montent et les quantités RECULENT — 4 € et 500. Même prix, signatures opposées.
Inflation importée
Une inflation par les coûts dont l'origine est extérieure — énergie, matières premières, change. Ce n'est PAS un troisième mécanisme : même déplacement de l'offre, même signature. Le mot qualifie la provenance du choc, pas sa mécanique.
Signature d'un choc
Le couple formé par le sens des PRIX et le sens des QUANTITÉS — le diagnostic fiable du CÔTÉ d'où vient UN choc, demande ou coûts. Deux limites : la monnaie, à l'impact, ressemble à la demande — sa DURÉE la trahit (section IV) — et une année superpose souvent plusieurs chocs. Sur les cinq chocs du chapitre, le SENS des prix laisse un trio (trois hausses) et une paire (deux baisses) ; celui des quantités, seul, laisse encore deux paires ; c'est le COUPLE qui les sépare tous les cinq. L'AMPLEUR peut suffire là où le sens échoue : +66,67 % isole le choc monétaire.
Neutralité de la monnaie
L'idée, posée par Hume en 1752, qu'une variation de la quantité de monnaie ne change à long terme que les prix, pas les grandeurs réelles. Marché du café : demande et offre déplacées ensemble donnent 5 € pour 700 tasses, la quantité de départ. Ce marché l'ILLUSTRE sans la démontrer — le second déplacement est CHOISI pour cela. Ne vaut qu'à LONG terme.
Équation des échanges
M V = P T : la masse monétaire par sa vitesse de circulation égale le niveau des prix par le volume des transactions. Écriture de Newcomb (1885), formalisée par Fisher (1911). C'est une IDENTITÉ comptable, vraie par construction : elle ne devient une théorie qu'avec une hypothèse sur V. T sont les transactions, pas la production — la version moderne écrit M V = P Y.
Boucle prix-salaires
L'enchaînement par lequel les salaires rattrapent une part a de l'inflation passée et les prix en répercutent une part b. L'inflation est multipliée par a·b chaque année : elle s'éteint si a·b < 1, se perpétue si a·b = 1, s'emballe si a·b > 1. Ce qui fait DURER une inflation est ce produit — à monnaie ACCOMMODANTE, condition posée à la section VIII —, jamais la force du choc.
Indexation
Le fait de faire suivre automatiquement à un revenu ou à un contrat l'indice des prix publié. Elle protège le pouvoir d'achat de l'année en cours et augmente le coefficient a de la boucle : c'est un arbitrage, jamais un gain net. La désindexation a servi d'instrument de désinflation dans les années 1980.
Anticipations
Ce que les agents croient qu'il va se passer, et qui entre dans leurs décisions d'aujourd'hui. Elles font partie du mécanisme qu'elles anticipent : si chacun croit la cible tenue, le coefficient a reste petit tout seul — d'où l'importance de la CRÉDIBILITÉ. Formées en extrapolant le passé, on les dit ADAPTATIVES : c'est l'hypothèse de toute la boucle.
Courbe de Phillips
La relation inverse établie par A. W. Phillips (1958) entre le chômage et la variation des SALAIRES — pas des prix : Samuelson et Solow (1960) la transposent aux PRIX et y lisent un « menu ». L'arbitrage DURABLE qu'on en a tiré a été réfuté par la stagflation des années 1970, annoncée par Phelps (1967) et Friedman (1968). À LONG TERME elle est VERTICALE.
Inflation non anticipée
L'écart entre l'inflation réalisée et celle qu'on avait prévue. C'est ELLE qui redistribue entre les parties d'un CONTRAT À TAUX FIXE, et non l'inflation : à inflation conforme, le transfert entre prêteur et emprunteur vaut exactement zéro euro. Une surprise à la hausse enrichit les débiteurs, une surprise à la baisse les créanciers. Là où un montant nominal ne se renégocie pas — un barème fiscal —, l'inflation redistribue même parfaitement ANTICIPÉE.
Taux d'intérêt réel
(1 + i) / (1 + π) − 1, jamais i − π. À 3 % nominal et 6 % d'inflation, l'exact vaut −2,83 % quand la soustraction annonce −3,00 %. C'est la division du chapitre n°11, avec un intérêt au numérateur au lieu d'un salaire.
Impôt d'inflation
Le prélèvement qu'opère la création de monnaie destinée à financer une dépense publique. Personne ne le vote : il frappe quiconque DÉTIENT de la monnaie, à proportion de ce qu'il en détient et du temps qu'il la garde. C'est lui qui rend une boucle ACCOMMODÉE sans décision monétaire explicite — il suffit d'un budget qui ne boucle pas. Poussé à sa limite, il vide son assiette. Allemagne, 1923.
Ratio de sacrifice
Le nombre de points de production perdus pour un point d'inflation en moins. Il mesure le coût de faire refluer l'inflation PLUS VITE que la boucle ne s'éteindrait d'elle-même. À a·b au moins égal à un, elle ne le fait jamais et le prix est inévitable ; en dessous, elle s'éteint seule — mais vouloir aller plus vite se paie quand même, et c'est tout le débat de l'application.
Coûts de menu et de semelle
Les coûts réels d'une inflation, indépendants de la surprise. MENU : changer les étiquettes, réimprimer, renégocier. SEMELLE : détenir de la monnaie coûte cher, donc on court à la banque — l'image vient de l'usure des chaussures. À quoi s'ajoute le plus sérieux : le brouillage du signal-prix.
Stagflation
La coexistence d'une inflation forte et d'un chômage élevé. Ce n'est pas une cause de plus, et deux routes y mènent : la SIGNATURE du choc de coûts lue du côté de l'emploi — l'offre recule, les prix montent, la production et l'emploi baissent (4 € et 500 tasses) — et la désinflation d'une boucle installée, où le chômage monte pendant que les prix montent encore. Une lecture naïve de PHILLIPS la déclarait impossible.
Désinflation
Un ralentissement de l'inflation qui reste POSITIVE : les prix montent moins vite, ils ne baissent pas. À ne pas confondre avec la déflation, où le taux devient négatif. France 2022-2025 : de 5,2 % à 0,9 %, et un niveau de prix en hausse de 13,57 % malgré tout.
Déflation
Une baisse du niveau général des prix. Il y en a DEUX. Celle qui vient d'un progrès de l'offre s'accompagne de quantités en HAUSSE et n'est pas un problème. Celle qui vient d'un effondrement de la demande s'accompagne de quantités en BAISSE, alourdit le poids réel des dettes et enclenche la spirale de Fisher.
Déflation par la dette
L'engrenage décrit par Irving Fisher en 1933 : les prix baissent, les dettes restent libellées en euros courants, leur poids réel augmente, les débiteurs vendent pour rembourser, ces ventes font baisser les prix davantage. Plus les débiteurs remboursent, plus ils doivent.
Hyperinflation
Une inflation si rapide que la monnaie cesse de remplir ses fonctions. Allemagne, octobre 1923 : environ 29 500 % en un mois, soit ×296, près de 21 % par jour et un doublement des prix en un peu plus de trois jours et demi (3,65). On en sort par un changement de monnaie, pas par un ajustement de taux.
Cible d'inflation
Le chiffre qu'une banque centrale s'engage à viser. La BCE, depuis sa revue de stratégie de juillet 2021, vise 2 % à MOYEN TERME avec un engagement SYMÉTRIQUE. Les deux mots comptent : ce n'est pas un plafond mensuel, et 1,5 % rate la cible autant que 2,5 %.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Devant un chiffre d'inflation, ne conclus JAMAIS sur le seul sens des prix. Demande ce qu'ont fait les QUANTITÉS : la signature d'UN choc sépare la demande des coûts. Et souviens-toi de ses deux limites — la monnaie, à l'impact, ressemble à la demande, c'est sa DURÉE qui la trahit ; et une année superpose souvent plusieurs chocs.
  2. Vérifie d'abord que c'est bien de l'inflation. Un seul prix qui monte est un prix RELATIF ; un niveau élevé n'est pas une variation ; une baisse de pouvoir d'achat dépend aussi des revenus.
  3. Ne présente jamais l'inflation importée comme une troisième cause. C'est une inflation par les coûts, et le mot dit l'origine du choc, pas son mécanisme.
  4. Cite Friedman avec sa subordonnée — « au sens où elle ne peut être produite que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production » : la maxime courte est née à Bombay (1963), la phrase complète se cite dans la forme de la conférence de 1970.
  5. Pour la durée d'une inflation, calcule a × b : sous un elle s'éteint, à un elle se perpétue, au-dessus elle s'emballe — et seulement si la monnaie suit. La force du choc initial ne décide de rien.
  6. Distingue inflation ANTICIPÉE et NON ANTICIPÉE avant de parler de gagnants et de perdants : à inflation conforme, le transfert entre les parties d'un contrat est nul. Mais un barème fiscal que personne ne renégocie redistribue même parfaitement anticipé.
  7. Devant toute recommandation — indexer, désindexer, freiner, attendre —, nomme QUI paie. Casser une boucle coûte de la production : c'est le RATIO DE SACRIFICE.
  8. Taux réel par la DIVISION des coefficients, jamais par la soustraction — la règle du chapitre n°11, valable ici pour un intérêt.
  9. N'écris jamais que la courbe de Phillips est « fausse ». Ce que les années 1970 ont réfuté est l'arbitrage DURABLE ; une relation de court terme entre tension du marché du travail et pression sur les salaires reste observée.
  10. Devant une baisse des prix, demande-toi de quel côté vient le choc. L'offre qui progresse est une aubaine ; la demande qui s'effondre est un engrenage. Le chiffre est le même.
  11. Cite une cible d'inflation avec ses deux qualificatifs : « à moyen terme » et « symétrique ». Sans eux, on en fait un plafond mensuel, ce qu'elle n'est pas.

Sources

  • Jehan Cherruyt de Malestroit, Les Paradoxes du seigneur de Malestroit, sur le faict des monnoyes, présentés au roi en mars 1566 — la thèse que ce chapitre réfute d'entrée : la cherté ne serait qu'un effet de l'affaiblissement de la monnaie de compte, 1566
  • Jean Bodin, La Response de M. Iean Bodin aux Paradoxes de Malestroit (Paris, Martin le Jeune, 1568) — parue DANS LE MÊME VOLUME que les Paradoxes, dont la page de titre annonce « Avec la response de Iean Bodin ausdicts Paradoxes » ; version revue en 1578 sous le titre Discours sur le rehaussement et diminution des monnoyes. On y trouve l'établissement que la cherté est réelle, et l'abondance d'or et d'argent d'Amérique donnée pour sa cause principale, 1568
  • David Hume, « Of Money », essai des Political Discourses — la proportionnalité entre quantité de monnaie et niveau des prix, la neutralité de long terme, et l'observation que l'ajustement, lui, remue l'activité, 1752
  • Simon Newcomb, Principles of Political Economy — la première écriture de l'équation des échanges, que Fisher formalisera en 1911 et qu'il lui crédite explicitement, 1885
  • Irving Fisher, The Purchasing Power of Money (Macmillan) — l'équation des échanges M V = P T, dont ce chapitre retient qu'elle est une identité comptable avant d'être une théorie, et que T désigne les transactions, 1911
  • Irving Fisher, « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions » (Econometrica, vol. 1, n° 4, octobre 1933) — l'engrenage de la section XIII : les prix baissent, les dettes ne baissent pas, les ventes forcées font baisser les prix davantage, 1933
  • Phillip Cagan, « The Monetary Dynamics of Hyperinflation », dans Studies in the Quantity Theory of Money (dir. M. Friedman, University of Chicago Press) — le SEUIL conventionnel de 50 % par mois au-delà duquel on parle d'hyperinflation, que la littérature retient depuis, 1956
  • A. W. Phillips, « The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates in the United Kingdom, 1861-1957 » (Economica, vol. 25, p. 283-299) — la relation inverse entre chômage et variation des SALAIRES, que la littérature a ensuite transposée aux prix, 1958
  • Milton Friedman, Inflation: Causes and Consequences, conférences de Bombay (Asia Publishing House), reprises en 1968 dans Dollars and Deficits — la MAXIME de la section V, sous sa forme courte — celle qui a fait le tour du monde est née ici, à la page 39 de la réédition. À ne pas confondre avec « The Role of Monetary Policy », adresse présidentielle publiée en 1968 sur les anticipations, citée en section X, 1963
  • Milton Friedman, The Counter-Revolution in Monetary Theory (Wincott Memorial Lecture, Londres, 16 septembre 1970 ; IEA, Occasional Paper n° 33) — la forme CANONIQUE de la phrase complète, avec sa subordonnée « in the sense that it is and can be produced only by a more rapid increase in the quantity of money than in output » ; c'est cette version qu'une copie cite, 1970
  • Paul Samuelson et Robert Solow, « Analytical Aspects of Anti-Inflation Policy » (American Economic Review 50-2, mai 1960, p. 177-194) — c'est ICI, et non chez Phillips, que la courbe passe des SALAIRES aux PRIX et qu'on y lit un « menu » offert au décideur, 1960
  • Edmund Phelps, « Phillips Curves, Expectations of Inflation and Optimal Unemployment over Time » (Economica, 1967) — la démonstration, indépendante de Friedman, que l'arbitrage de Phillips ne survit pas aux anticipations, 1967
  • Michael Boskin et la Commission consultative sur l'indice des prix à la consommation, Toward a More Accurate Measure of the Cost of Living (rapport au Sénat des États-Unis, 4 décembre 1996) — les quatre biais de mesure d'un indice de prix, majoritairement orientés dans le même sens — la formulation du n°11, sur laquelle ce chapitre s'aligne. Ce chapitre ne les REFAIT pas, le n°11 s'en charge : il s'appuie sur leur DIRECTION pour la troisième raison de ne pas viser zéro (section XIII), 1996
  • Steve H. Hanke et Nicholas Krus, World Hyperinflations (Cato Institute, working paper n° 8 ; repris chez Routledge, 2013) — le relevé d'où ce chapitre tire le pic d'environ 29 500 % en octobre 1923, table construite sur le seuil de Cagan, 2012
  • Banque centrale européenne, Déclaration relative à la stratégie de politique monétaire, 8 juillet 2021 — la cible de 2 % à moyen terme et l'engagement symétrique, dont la formulation précise que « les écarts positifs ou négatifs par rapport à l'objectif sont également indésirables », 2021