Cours / EntraînementCursus étudiant
Cursus étudiant

Mesurer le chômage

15 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Appliquer les trois critères du BIT à n'importe quel cas concret — la règle de l'heure, la disponibilité sous deux semaines, la recherche active ou l'emploi qui commence dans moins de trois mois — et classer une personne dans une case et une seule.
  • Calculer les trois taux — chômage, activité, emploi — en choisissant le bon DÉNOMINATEUR pour chacun, et nommer la faute du candidat qui rapporte les chômeurs à la population totale.
  • Démontrer, chiffres à l'appui, qu'un taux de chômage peut BAISSER sans qu'un seul emploi apparaisse, et MONTER pendant que l'économie embauche — et savoir quel taux regarder pour ne pas s'y laisser prendre.
  • Distinguer le chômage, le HALO qui l'entoure et le SOUS-EMPLOI, et dire pourquoi leur somme ne fait pas un « vrai chômage » caché.
  • Expliquer pourquoi l'enquête de l'INSEE et le registre de France Travail comptent différemment sur la même population, DÉCOMPOSER leur écart, et refuser la question « lequel des deux est le vrai ».
  • Lire une publication de l'INSEE en réflexe : le champ, le trimestre, et la PRÉCISION — un taux estimé à plus ou moins 0,3 point près, où une variation isolée de 0,2 point n'est pas encore un signal.
  • Chiffrer le lien entre la croissance et le chômage — la relation d'Okun promise par le chapitre n°9 — et expliquer pourquoi elle a un SEUIL et pas seulement une pente.
  • Estimer u* en retournant la relation du chapitre n°12, puis faire trembler l'estimation d'un demi-point avec un bruit de 0,25 — et en tirer la seule conclusion honnête : le NAIRU se manie en intervalle, jamais en chiffre.
  • Situer la mesure dans son histoire : une catégorie CONSTRUITE à la fin du XIXe siècle, devenue un problème d'industrie avec Beveridge, puis une convention mondiale en 1982 — parce qu'avant de compter les chômeurs, il a fallu inventer le chômeur.

I. Huit habitants, quatre comptes honnêtes

Voici Clairval, une ville pédagogique — cinq mille habitants en âge de travailler, inventés pour ce chapitre comme le village l'était pour les précédents. Huit d'entre eux te sont présentés dans le tableau ci-dessous. Lis leurs huit situations, puis réponds à la question qui semble la plus simple du monde : combien y a-t-il de chômeurs parmi eux ?

Prends le temps de compter avant de lire la suite. Un premier lecteur répond DEUX : Sofia et Marc, ceux qui n'ont ni travail ni excuse apparente. Un deuxième répond QUATRE, en ajoutant Claire, qui candidate chaque semaine, et Ahmed, qui attend son contrat. Un troisième monte à SIX : Rosa ne vit pas de quinze heures de caisse, et Lina ne compte pas trois heures de garde d'enfants comme un emploi. Un quatrième, plus prudent, redescend à UN — Sofia — au motif que tous les autres ont soit une activité, soit une raison de ne pas en avoir. Aucun de ces lecteurs n'est de mauvaise foi. Ils répondent à des questions différentes, parce que « être au chômage » n'est pas un fait brut comme « mesurer un mètre soixante-dix » : c'est une FRONTIÈRE, et chacun la trace où son intuition la met.

Tu reconnais la situation : c'est celle du chapitre n°11, où deux étudiants honnêtes trouvaient deux inflations sur les mêmes prix. La réponse du cursus est la même ici : quand plusieurs comptes honnêtes coexistent, on ne cherche pas le « bon » — on pose une CONVENTION, on l'écrit noir sur blanc, et on s'y tient pour que deux enquêteurs qui examinent le même dossier trouvent le même résultat. La convention du chômage existe, elle est mondiale, et elle tient en trois critères : c'est la définition du Bureau international du travail, que la section III démonte pièce par pièce. Mais avant de l'apprendre, il faut savoir d'où elle vient — parce que sa forme même est une réponse à une histoire, et que la section II la raconte.

Le programme du chapitre, en quatre questions. D'où vient la catégorie « chômeur », et qui l'a définie (section II) ? Comment la définition tranche-t-elle les huit cas de Clairval (III) ? Que fait-on des effectifs une fois classés — les trois taux, leurs dénominateurs, et les mouvements de frontière qui font bouger un taux sans que rien de réel ne change (IV et V) ? Et que mesure-t-on autour du chômage — le halo et le sous-emploi (VI), le registre administratif face à l'enquête (VII) ? Les sections VIII et IX paient les deux dettes du cursus : le lien croissance-chômage promis par le chapitre n°9, et le NAIRU promis par le n°12.

Huit habitants de ClairvalLeur situation cette semaine-là
Lina, 22 ansÉtudiante, a gardé des enfants trois heures payées ; cherche un vrai poste pour la rentrée
Marc, 51 ansLicencié il y a deux ans, a cessé de chercher — « à quoi bon » — mais prendrait un poste demain matin
Sofia, 34 ansSans emploi, a répondu à trois offres ce mois-ci, peut commencer lundi
Ahmed, 28 ansSans emploi, ne cherche plus : contrat signé qui commence dans deux mois, libre d'ici là
Claire, 45 ansSans emploi, candidate chaque semaine, mais soigne son père : indisponible avant un mois
Hugo, 19 ansEn licence à plein temps, ne veut pas travailler cette année
Rosa, 58 ansQuinze heures par semaine en caisse, réclame un plein temps depuis des mois
Paul, 63 ansEn préretraite, inscrit au registre pour conserver ses droits ; ne cherche pas, pas disponible

II. Le chômeur a été inventé

Commence par une phrase qui surprend toujours : pendant la plus grande partie de l'histoire, le chômage n'existait pas. Non que personne ne manquât de travail — mais parce que la CATÉGORIE n'existait pas. On voyait des pauvres, des vagabonds, des journaliers sans ouvrage, des « sans-travail » ; on ne voyait pas des chômeurs, c'est-à-dire des personnes définies par un état mesurable, distinct de la pauvreté et de l'oisiveté. Deux livres d'historiens ont reconstitué cette naissance pour la France, et ils sont dans les sources : L'invention du chômage de Robert Salais, Nicolas Baverez et Bénédicte Reynaud (1986), et Naissance du chômeur de Christian Topalov (1994), dont le titre dit tout — le chômeur est né, il n'a pas toujours été là.

La date qui sert de repère : le recensement français de 1896, le premier à isoler les chômeurs comme une catégorie à dénombrer. Et son détail le plus instructif : la question du chômage n'y était posée QU'AUX SALARIÉS. Un paysan sans récolte, un artisan sans commande n'étaient pas « au chômage » — ils étaient dans une mauvaise passe. Le chômage naît donc avec le salariat industriel, comme l'état de celui dont le travail dépend d'un employeur qui n'embauche pas. Retiens ce que cela enseigne de toute statistique : avant de compter, il faut DÉCIDER ce qui compte, et cette décision a une date, des auteurs et des raisons. Le chapitre n°11 t'a appris qu'un indice se cite avec sa base, son champ et son millésime ; une catégorie aussi.

L'étape suivante porte un nom et un titre de livre. En 1909, William Beveridge publie Unemployment: A Problem of Industry — le chômage, un problème DE L'INDUSTRIE. Le titre est un manifeste : le chômage n'est pas un vice des hommes, une paresse à corriger, mais une propriété du système productif, qui se mesure, s'étudie et se traite comme telle. C'est le basculement qui rend la statistique nécessaire : on ne mesure sérieusement que ce qu'on cesse d'imputer à la morale. Le même Beveridge donnera en 1944, dans Full Employment in a Free Society, son objectif au plein emploi — et son nom, plus tard, à la courbe qui relie chômeurs et emplois vacants. Entre les deux, la Grande Dépression des années 1930 a fait du chômage de masse LE problème macroéconomique, et la Théorie générale de Keynes (1936) l'a installé au centre de la théorie. Expliquer le chômage attendra donc les chapitres de macroéconomie du cursus ; ici, on le mesure.

Restait à s'accorder sur la règle de mesure, et c'est une affaire internationale. L'Organisation internationale du travail naît en 1919, du traité de Versailles ; elle réunit périodiquement les statisticiens du travail de tous les pays en conférence — la CIST. C'est la TREIZIÈME de ces conférences, à Genève en octobre 1982, qui adopte la résolution définissant l'emploi et le chômage tels qu'on les mesure encore : la définition « au sens du BIT » que la section III détaille. Et la dix-neuvième, en octobre 2013, a formellement REMPLACÉ la résolution de 1982 — en reprenant presque inchangés les trois critères du chômage, en resserrant l'emploi au travail « pour un salaire ou un profit », et en élargissant le regard à la SOUS-UTILISATION de la main-d'œuvre — la section VI dira pourquoi ce mot était nécessaire.

Attention à ce que cette histoire n'autorise pas. « La catégorie est construite » ne signifie pas « le chiffre est arbitraire » — c'est même l'inverse. C'est PARCE QUE la frontière est une décision qu'il faut une convention écrite, mondiale et stable : chacun peut alors vérifier ce que le chiffre veut dire, le comparer d'un pays à l'autre et d'une année à l'autre, et contester la convention SANS accuser le compteur. Le chapitre n°11 disait exactement cela des indices de prix ; tout ce chapitre va le redire du chômage, et la section VII en fera un réflexe face aux polémiques sur les « vrais chiffres ».

III. Trois questions qui tranchent

Voici la convention de 1982, telle que l'INSEE l'applique en France. Est chômeur au sens du BIT une personne de quinze ans ou plus qui remplit SIMULTANÉMENT trois conditions : être SANS EMPLOI durant une semaine dite de référence ; être DISPONIBLE pour prendre un emploi dans les deux semaines ; avoir RECHERCHÉ activement un emploi au cours des quatre dernières semaines — ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois. Trois critères, trois questions, et l'ordre dans lequel on les pose fait de la définition un ARBRE : chaque personne tombe dans une case et une seule. C'est tout son mérite. Deux enquêteurs qui appliquent l'arbre au même dossier trouvent la même case — ce que les quatre lecteurs de la section I ne pouvaient pas faire.

Première question de l'arbre : avez-vous travaillé cette semaine-là ? Et voici la règle qui scandalise tous les amphithéâtres : UNE HEURE SUFFIT. La définition BIT de l'EMPLOI — car c'est là qu'elle loge, pas dans celle du chômage — compte comme « en emploi » quiconque a effectué au moins une heure de travail RÉMUNÉRÉ dans la semaine de référence, ainsi que quiconque garde un poste dont il est temporairement absent : congés, maladie, congé maternité. Lina et ses trois heures de garde d'enfants sont donc EN EMPLOI, au même titre que Rosa et ses quinze heures de caisse.

Avant de crier à l'absurde, regarde ce que la règle protège. D'abord une COHÉRENCE : les trois heures de Lina sont une production bien réelle — un service rémunéré, de ceux que le chapitre n°4 compte dans le PIB. Une comptabilité qui compte cette production d'un côté ne peut pas déclarer de l'autre que personne ne l'a fournie. Dit sans image : si l'heure payée de Lina produit un service que le PIB compte, la statistique ne peut pas la déclarer à la fois productrice et privée d'emploi. L'argument vaut pour le travail RÉMUNÉRÉ, qui est exactement ce que la règle borne — le PIB, lui, compte aussi quelques productions sans travailleur en face, comme les loyers imputés des propriétaires que le chapitre n°4 a posés. Ensuite une COMPARABILITÉ : « une heure » est une frontière nette, la même à Paris, à Lagos et à Séoul ; toute alternative — dix heures ? un mi-temps ? un « vrai » emploi ? — rouvrirait la négociation dans chaque pays, et les comparaisons internationales mourraient avec elle. Cette comparabilité n'est d'ailleurs pas une promesse en l'air : quand l'INSEE mesure 8,3 % en France au deuxième trimestre 2026, Eurostat publie, sur les mêmes critères et par des enquêtes harmonisées, 6,3 % pour la zone euro en juin 2026 — un chiffre MENSUEL face à un trimestriel, note-le au passage : même entre mesures comparables, une période se cite avec son chiffre. Et la phrase « la France est au-dessus de la moyenne de la zone euro » n'a de sens QUE parce que chaque pays applique le même arbre à trois questions. Enfin, la règle ne CACHE rien : travailler moins qu'on ne le voudrait porte un nom, le SOUS-EMPLOI, et la section VI le mesure séparément — Rosa y sera, et tu verras que Lina, elle, relève d'un critère plus fin. La règle de l'heure ne nie pas leur situation ; elle refuse de la confondre avec celle de Sofia, qui n'a rien du tout. Une bonne convention sépare les problèmes ; elle ne les fait pas disparaître.

Deuxième et troisième questions, pour ceux qui n'ont pas travaillé : êtes-vous DISPONIBLE sous deux semaines, et avez-vous CHERCHÉ activement dans le mois ? Il faut les deux à la fois. Sofia coche tout : chômeuse au sens du BIT. Ahmed n'a fait aucune démarche ce mois-ci — mais la définition a prévu son cas : un emploi TROUVÉ qui commence dans moins de trois mois vaut recherche, et comme il est disponible d'ici là, Ahmed est chômeur BIT lui aussi. Attention à la borne : trois mois, pas un jour de plus — l'exercice 2 tend le piège. Claire, elle, cherche chaque semaine mais ne peut pas commencer avant un mois : il lui manque la disponibilité. Marc pourrait commencer demain mais ne cherche plus : il lui manque la recherche. Ni l'un ni l'autre ne sont chômeurs au sens du BIT.

Où vont-ils, alors ? C'est la question qui fâche, et la statistique publique a appris à y répondre au lieu de l'esquiver. Marc et Claire SOUHAITENT travailler : ils forment ce que l'INSEE appelle le HALO autour du chômage — sans emploi, désireux d'un emploi, mais échouant à au moins un des critères. Hugo et Paul, eux, ne souhaitent pas travailler : INACTIFS hors halo, comme les retraités et la plupart des étudiants. Le tableau ci-dessous refait le chemin complet pour les huit. Compte les cases : deux en emploi, deux au chômage, deux dans le halo, deux inactifs — la réponse du BIT à la question de la section I est DEUX, et tu sais désormais exactement pourquoi ce n'est ni un ni six.

Attention, enfin, à ce que l'arbre ne demande JAMAIS : être inscrit quelque part. Paul est inscrit au registre de la ville, et il n'est ni chômeur ni dans le halo ; Sofia serait chômeuse BIT même sans inscription nulle part. L'inscription administrative est un AUTRE thermomètre, qui compte autre chose — la section VII lui est réservée, et c'est le malentendu le plus répandu de tout le chapitre.

HabitantUne heure travaillée ?Disponible sous 2 sem. ?Recherche active ?Sa case
LinaOUI — trois heures payéesEN EMPLOI
RosaOUI — quinze heuresEN EMPLOI
SofianonouiouiCHÔMEUSE (BIT)
Ahmednonouioui — contrat sous 3 moisCHÔMEUR (BIT)
MarcnonouinonHALO
ClairenonnonouiHALO
Hugononnonnon — ne souhaite pasINACTIF
Paulnonnonnon — ne souhaite pasINACTIF

IV. Trois taux, deux dénominateurs

Classer ne suffit pas : il faut des taux, pour comparer Clairval à une autre ville et cette année à la précédente. Voici les effectifs complets de Clairval — les huit habitants de la section I y ont quatre mille neuf cent quatre-vingt-douze compagnons : 3 600 personnes en emploi, 400 chômeurs au sens du BIT, 300 dans le halo, 700 inactifs hors halo. Somme : 5 000, la population en âge de travailler — la partition boucle, et ce contrôle-là est le premier réflexe devant tout tableau d'effectifs, exactement comme les pondérations du chapitre n°11 devaient sommer à 10 000.

La première grandeur à construire s'appelle la POPULATION ACTIVE, et c'est une ADDITION avant d'être un mot : les actifs sont ceux qui occupent un emploi PLUS ceux qui en cherchent un — 3 600 + 400 = 4 000 à Clairval. Un chômeur est un ACTIF : il participe au marché du travail, du côté de l'offre qui ne trouve pas preneur. Le halo n'en est pas ; les inactifs non plus. Cette addition est la clé de tout le chapitre, parce qu'elle est le DÉNOMINATEUR du taux le plus célèbre de la statistique publique.

Le TAUX DE CHÔMAGE rapporte les chômeurs aux ACTIFS — jamais à la population. À Clairval : 400 sur 4 000, soit 10,0 %. Le piège. Un candidat sur deux écrit 400 / 5 000 = 8,0 % : c'est la faute canonique du chapitre, et elle mérite d'être comprise plutôt que raillée — car ce nombre-là EXISTE dans la statistique publique. Il s'appelle la PART DE CHÔMAGE, et il répond à une autre question : quelle fraction de la classe d'âge est au chômage. L'INSEE la publie surtout pour les JEUNES, et pour une raison lumineuse : chez les 15-24 ans, la plupart étudient et ne sont pas actifs — un taux de chômage calculé sur ce petit noyau d'actifs grimpe très haut et fait croire qu'« un jeune sur cinq est au chômage », quand la part, elle, dit combien de jeunes le sont vraiment. La faute du candidat n'est donc pas d'avoir calculé un objet absurde : c'est de l'appeler taux de chômage, et de le comparer à des taux. Le chapitre n°10 t'a appris qu'une division ne vaut que par son dénominateur ; en voici l'application la plus fréquente en partiel — deux dénominateurs honnêtes, deux noms, et zéro droit de les confondre.

Les deux autres taux, eux, se rapportent à la POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER — la convention usuelle la borne de 15 à 64 ans, et c'est celle de Clairval. Le TAUX D'ACTIVITÉ : 4 000 / 5 000 = 80,0 % — la part de la population qui se présente sur le marché du travail. Le TAUX D'EMPLOI : 3 600 / 5 000 = 72,0 % — la part qui travaille effectivement. Trois taux, deux dénominateurs, et l'encadré ci-dessous les fait naître dans l'ordre. Retiens leur différence de nature : le taux de chômage mesure une TENSION (parmi ceux qui veulent, combien ne trouvent pas), les deux autres mesurent une MOBILISATION (parmi ceux qui pourraient, combien participent, combien travaillent).

Les vrais nombres, maintenant, pour donner l'échelle — tous du même communiqué : INSEE, Informations rapides n° 192 du 7 août 2026, deuxième trimestre 2026. Taux de chômage : 8,3 % de la population active, soit 2,7 millions de chômeurs — en hausse de 0,2 point, au plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020 ; et la série des tableaux joints au même communiqué aligne une SIXIÈME hausse trimestrielle consécutive. Taux d'emploi des 15-64 ans : 69,0 %. Taux d'activité : 75,4 %. Le tout en séries corrigées des variations saisonnières — la famille de corrections que le chapitre n°9 a posée sous son sigle complet CVS-CJO ; pour un taux issu d'une enquête en continu, la correction des jours ouvrables n'a pas d'objet, et l'INSEE publie « données CVS ».

Attention avant de dégainer le contrôle de l'encadré sur ce trio : il ne boucle qu'à CHAMP IDENTIQUE, et le trio français mélange deux champs d'âge — le taux de chômage est calculé sur les actifs de 15 ans OU PLUS, quand les taux d'emploi et d'activité mis en avant portent sur les 15-64 ans. Fais le calcul : 75,4 % × (1 − 0,083) donne 69,1, pas 69,0 — l'INSEE ne se contredit pas, ses trois nombres ne partagent pas le même dénominateur d'âge.

Et une ligne du communiqué que presque personne ne lit mais qui est une leçon à elle seule : à partir de cette publication, le champ TERRITORIAL devient « France » — Mayotte comprise — là où toutes les séries précédentes disaient « France hors Mayotte », l'INSEE ayant recalculé le passé sur le nouveau champ. Écrire « France hors Mayotte » est donc devenu FAUX en une publication. C'est la leçon de MILLÉSIME, retrouvée sur le champ — et le champ a DEUX dimensions, le territoire et l'âge : un taux de chômage se cite avec son trimestre, son champ et sa source, sans quoi il n'est qu'un nombre en l'air.

Les trois taux, construits dans l'ordre

D'abord le dénominateur, ensuite les taux — jamais l'inverse. On note E l'emploi, C les chômeurs BIT, PAT la population en âge de travailler. Clairval : E = 3 600, C = 400, PAT = 5 000.

  1. population active : A = E + C = 3 600 + 400 = 4 000

    L'addition qui précède toute division. Un chômeur est un actif — il offre son travail ; le halo et les inactifs restent dehors.

  2. taux de chômage : u = C / A = 400 / 4 000 = 10,0 %

    u, la notation héritée du chapitre n°12 — la même lettre que dans sa relation π = πᵃ − α (u − u*), où π est l'inflation et πᵃ l'inflation anticipée (la section IX y revient). Le dénominateur est A, les ACTIFS. C'est la part de l'offre de travail qui ne trouve pas preneur.

  3. taux d'activité : A / PAT = 4 000 / 5 000 = 80,0 %

    Changement de dénominateur : on rapporte à tous ceux qui POURRAIENT se présenter. La part de la population qui participe au marché du travail.

  4. taux d'emploi : E / PAT = 3 600 / 5 000 = 72,0 %

    Même dénominateur que l'activité, numérateur restreint à ceux qui travaillent. C'est le taux le plus difficile à faire mentir — la section V montre pourquoi.

  5. contrôle : taux d'emploi = taux d'activité × (1 − u) : 80,0 % × 0,90 = 72,0 %

    Les trois taux ne sont pas indépendants — deux suffisent, le troisième se déduit. C'est le contrôle à faire sur tout énoncé, avec sa CONDITION : les trois taux doivent porter sur la même population. S'il ne boucle pas, cherche d'abord un changement de champ — d'âge, notamment : le trio français commenté dans cette même section ne boucle pas, et c'est le champ, pas une erreur — et ensuite seulement l'erreur d'énoncé.

La confusion à ne plus jamais commettre : C / PAT = 400 / 5 000 = 8,0 % n'est PAS un taux de chômage — c'est une PART de chômage, un autre indicateur, qui répond à une autre question et ne se compare jamais à un taux. En copie, écris le dénominateur en toutes lettres avant de diviser — « rapporté à la population active, soit… » — et nomme ce que tu calcules.

La partition de Clairval : 5 000 personnes en âge de travailler découpées en emploi, chômage BIT, halo et inactifs, avec l'accolade de la population active — le dénominateur du taux de chômage — qui s'arrête avant le haloClairval — 5 000 personnes en âge de travaillerpopulation active 4 000 — le dénominateur du taux de chômageemploi 3 600chômage 400halo 300inactifs 700taux de chômage 10,0 % — taux d'activité 80,0 % — taux d'emploi 72,0 %
La partition de Clairval, en une barre : 5 000 personnes en âge de travailler, découpées en emploi (3 600), chômage BIT (400), halo (300) et inactifs hors halo (700). L'accolade marque la POPULATION ACTIVE — emploi plus chômage, 4 000 personnes : c'est le dénominateur du taux de chômage, et il s'arrête AVANT le halo. Les trois taux se lisent sur la même barre : 400/4 000 = 10,0 % de chômage, 4 000/5 000 = 80,0 % d'activité, 3 600/5 000 = 72,0 % d'emploi. L'échelle part de zéro : ce sont des effectifs, et les proportions se comparent à l'œil.

V. Le thermomètre bouge, la fièvre non

Voici maintenant LE mécanisme du chapitre — celui qui justifie tout ce qui précède, et qui fait la différence entre lire un chiffre et comprendre ce qu'il dit. Le taux de chômage a ceci de particulier que son numérateur ET son dénominateur dépendent d'une frontière comportementale : chercher, ou ne plus chercher. Quand quelqu'un franchit cette frontière, le taux bouge — sans qu'un seul emploi ait été créé ou détruit. Deux mouvements suffisent à tout montrer, et Clairval va les faire l'un après l'autre, chacun depuis l'état initial de la section IV.

Premier mouvement : le DÉCOURAGEMENT. Cent chômeurs de Clairval, à force de candidatures sans réponse, cessent de chercher. Ils ne déménagent pas, ne trouvent rien, ne changent rien à leur vie — ils arrêtent seulement les démarches. Au sens du BIT, ils quittent le chômage pour le halo, et ils quittent du même coup la population ACTIVE. Refais les comptes : chômeurs 300, actifs 3 900, taux de chômage 300 / 3 900 = 7,69 % — il tombe de 10,0 % à 7,7 %, 2,3 points de baisse, et il ne s'est RIEN passé de bon. Pas une embauche. L'emploi est resté à 3 600 exactement, et le taux d'emploi à 72,0 % exactement. Voilà pourquoi ce taux-là est le témoin : le découragement ne peut pas le déplacer, puisque ni son numérateur ni son dénominateur ne dépendent de qui cherche.

Attention au réflexe que ce mécanisme doit t'installer. Devant « le chômage baisse », la question de la bonne copie n'est pas « de combien ? » mais « OÙ SONT PASSÉS LES GENS ? ». Vers l'emploi — c'est une amélioration ; vers le halo et l'inactivité — c'est un renoncement, qui MAQUILLE le thermomètre en guérison. Les deux se distinguent en une ligne : si le taux d'emploi n'a pas bougé, l'emploi n'a pas bougé. Lis toujours les deux taux ensemble ; l'un sans l'autre est une demi-information.

Second mouvement, et il est plus contre-intuitif encore : la REPRISE QUI FAIT MONTER LE CHÔMAGE. Repars de l'état initial. L'économie de Clairval repart : 120 personnes du halo sont embauchées, et la bonne nouvelle fait son œuvre — 80 AUTRES personnes du halo, revigorées, se remettent à chercher. Elles ne trouvent pas tout de suite : les voilà chômeuses au sens du BIT, puisqu'elles cherchent et sont disponibles. Refais les comptes : emploi 3 720, chômeurs 480, actifs 4 200. Taux de chômage : 480 / 4 200 = 11,43 % — il MONTE de 1,4 point, pendant que la ville crée cent vingt emplois. Le taux d'emploi, lui, dit la vérité : 3 720 / 5 000 = 74,4 %, en hausse de 2,4 points. Une reprise commence souvent par faire GONFLER le chômage mesuré, parce qu'elle rappelle vers la population active des gens que le découragement en avait sortis. Un commentateur qui l'ignore lira une rechute là où il y a un redémarrage.

Ces deux mouvements ne sont pas des curiosités d'école : ils sont la raison pour laquelle l'INSEE publie ENSEMBLE, dans le même communiqué, le taux de chômage, le taux d'emploi et le halo — le trimestre du chapitre en est la démonstration grandeur nature, taux de chômage en hausse ET taux d'emploi en baisse, un vrai refroidissement celui-là, confirmé par les deux thermomètres à la fois. L'atelier ci-dessous te met aux commandes : classe les habitants, déplace les frontières, et regarde quel taux bouge — et lequel refuse de mentir.

Les deux chocs, refaits au propre

Deux recalculs complets, depuis l'état initial à chaque fois — les chocs ne s'enchaînent pas. Note le mécanisme commun : dans u = C / (E + C), la frontière chercher / ne plus chercher déplace C dans les DEUX étages de la fraction.

  1. découragement : C = 400 − 100 = 300 ; A = 3 600 + 300 = 3 900

    Cent personnes passent du chômage au halo. L'emploi E = 3 600 n'a pas bougé — relis la ligne : aucun terme d'emploi n'a changé.

  2. u = 300 / 3 900 = 7,6923… % ≈ 7,69 %

    De 10,0 % à 7,7 % : 2,3 points de « mieux » sans une seule embauche. Le nombre ne tombe pas rond — 7,6923 périodique — et c'est voulu : arrondis en le DISANT, « environ 7,7 % », jamais en le taisant.

  3. témoin : taux d'emploi = 3 600 / 5 000 = 72,0 % — inchangé

    Le découragement est invisible sur ce taux, par construction. C'est lui qui départage une baisse-guérison d'une baisse-renoncement.

  4. reprise : E = 3 600 + 120 = 3 720 ; C = 400 + 80 = 480 ; A = 4 200

    Cent vingt embauches prises dans le halo, quatre-vingts retours en recherche. Le halo se vide de deux cents personnes ; la population active en gagne deux cents.

  5. u = 480 / 4 200 = 11,4285… % ≈ 11,43 % ; taux d'emploi = 74,4 %

    Le chômage mesuré MONTE de 1,4 point pendant que l'emploi gagne 2,4 points. Les deux effets sont vrais en même temps ; seul le second dit ce qui arrive à la production.

La règle de copie qui sort de ces deux calculs : ne commente JAMAIS une variation du taux de chômage sans regarder, dans le même mouvement, le taux d'emploi et le halo. Trois lignes du même communiqué, et les trois questions auxquelles elles répondent ensemble : le thermomètre a-t-il bougé, la fièvre a-t-elle bougé, et qui a franchi la frontière.

Les deux chocs de Clairval : le découragement fait plonger le taux de chômage sans déplacer le taux d'emploi, la reprise le fait monter pendant que le taux d'emploi gagne 2,4 pointsle découragement10,07,772,072,0taux de chômagetaux d'emploiavant → aprèsla reprise10,011,472,074,4taux de chômagetaux d'emploiavant → après050100
Les deux mouvements de frontière de Clairval, chacun depuis l'état initial, et ce qu'ils font aux deux taux. À gauche, le DÉCOURAGEMENT : cent chômeurs cessent de chercher — le taux de chômage plonge de 10,0 % à 7,7 %, le taux d'emploi ne bouge pas d'un cheveu, à 72,0 % : rien n'a été créé. À droite, la REPRISE : cent vingt embauches et quatre-vingts retours en recherche — le taux de chômage MONTE à 11,4 % pendant que le taux d'emploi gagne 2,4 points, à 74,4 %. Les deux barres du taux de chômage racontent l'inverse de ce qui arrive ; les deux barres du taux d'emploi racontent ce qui arrive. L'échelle des ordonnées part de zéro sur les deux panneaux — les hauteurs se comparent honnêtement.
Choisis un habitant de Clairval
Pronostique avant de dérouler

Pose ton pronostic d'abord : l'arbre ne se déroule qu'ensuite. Applique les critères de la section III, pas ton intuition — c'est elle que les portraits piègent.

VI. Le halo et le sous-emploi

Il faut maintenant donner leur pleine mesure aux deux zones grises que les sections précédentes ont ouvertes — car la statistique publique ne se contente pas de les nommer, elle les compte.

Le HALO d'abord. La définition officielle de l'INSEE tient en deux branches : sont dans le halo les personnes sans emploi qui, SOIT recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines, SOIT souhaitent travailler sans avoir fait de démarche active dans le mois — qu'elles soient disponibles ou non. Les publications de l'INSEE en tirent une lecture en trois composantes, et Clairval s'y range : 100 personnes qui cherchent sans être disponibles — les Claire —, 120 disponibles qui ne cherchent plus — les Marc, et les découragés en sont le cœur —, 80 qui souhaitent travailler sans chercher ni être disponibles. Somme : 300, le halo de la section IV. Note ce que le mot dit bien : un halo ENTOURE — ces personnes ne sont ni dans le chômage, ni loin de lui, et un frémissement de l'économie les fait basculer d'un côté ou de l'autre, comme la section V l'a chiffré.

L'ordre de grandeur français, même communiqué que la section IV : 1,9 MILLION de personnes dans le halo au deuxième trimestre 2026 — à côté de 2,7 millions de chômeurs BIT. Plus des deux tiers du chômage officiel, en périphérie du chômage officiel. Ce n'est pas un détail de bas de page ; c'est la deuxième ligne à lire dans tout communiqué.

Le SOUS-EMPLOI ensuite, et il loge de l'AUTRE côté de la frontière : DANS l'emploi. L'INSEE y range les personnes à temps partiel qui souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire — Rosa et ses quinze heures —, ainsi que celles qui ont involontairement travaillé moins que d'habitude, chômage technique ou partiel. À Clairval : 200 personnes, soit 5,6 % de l'emploi — note le dénominateur, un sous-ensemble de l'emploi se rapporte à l'EMPLOI, pas à la population. En France : 4,4 % des personnes en emploi, toujours au deuxième trimestre 2026. La règle de l'heure de la section III trouve ici sa contrepartie promise — mais applique la définition jusqu'au bout, elle a DEUX exigences. Rosa coche les deux : elle veut un plein temps et pourrait le prendre — sous-emploi. Lina, non : étudiante à plein temps qui vise la rentrée, elle souhaite travailler davantage mais n'est pas DISPONIBLE pour le faire dès maintenant — en emploi, hors sous-emploi. Le cas limite vaut la peine d'être retenu : même autour d'une notion annexe, c'est toujours un critère écrit qui tranche, jamais l'impression.

C'est pour embrasser tout cela d'un seul mot que la dix-neuvième CIST, en 2013, a consacré le terme de SOUS-UTILISATION de la main-d'œuvre : le chômage au sens strict, plus le halo, plus le sous-emploi — trois façons distinctes pour une économie de laisser du travail disponible sans usage. Attention, et c'est le piège de la section : cette somme ne fabrique PAS un « vrai chômage » que l'INSEE cacherait. Chômage, halo et sous-emploi mesurent trois situations différentes — rien du tout, pas de démarches, pas assez d'heures — qui n'ont ni la même intensité ni les mêmes remèdes. Les additionner en un chiffre unique détruirait l'information que leur séparation apporte ; c'est une BATTERIE d'indicateurs qu'il faut lire, pas un thermomètre unique. La batterie a d'ailleurs d'autres cadrans que ce chapitre nomme sans les déplier : le même communiqué publie le taux de chômage de LONGUE DURÉE — la part des actifs au chômage depuis un an ou plus —, car un chômage de masse fait de courts passages n'a ni les mêmes causes ni les mêmes dégâts qu'un chômage plus rare mais qui enferme. Tu reconnais la leçon du chapitre n°11 sur l'indice d'ensemble et l'indice sous-jacent : plusieurs mesures coexistent parce qu'elles répondent à plusieurs questions.

VII. L'enquête et le registre

D'où viennent les nombres, maintenant. Car il y a en France DEUX machines à compter les sans-emploi, elles ne comptent pas la même chose, et la confusion entre les deux alimente une polémique nationale à chaque publication.

La première machine est une ENQUÊTE. Depuis 1950, l'INSEE mène l'enquête Emploi — en continu et en rythme trimestriel depuis 2003 — auprès d'un échantillon d'environ 90 000 personnes par trimestre, à qui l'on pose précisément les questions de l'arbre de la section III : avez-vous travaillé ne serait-ce qu'une heure, êtes-vous disponible, avez-vous cherché. C'est la SEULE source du chômage au sens du BIT en France ; les 8,3 % et les 2,7 millions de la section IV en sortent, et rien d'autre n'aurait pu les produire — aucun fichier administratif ne sait qui a cherché sans s'inscrire nulle part.

Une enquête, donc un ÉCHANTILLON — et un aveu de précision, imprimé sous les tableaux du communiqué lui-même : le taux de chômage trimestriel est estimé « à +/- 0,3 point près », en niveau comme en évolution. Lis ce que cela fait au commentaire. Le 8,3 % du deuxième trimestre 2026 signifie « entre 8,0 % et 8,6 %, avec 95 chances sur 100 ». Et la hausse de 0,2 point du trimestre est, À ELLE SEULE, plus petite que la marge : isolée, elle ne prouverait rien. Ce qui fait le signal, c'est qu'elle est la SIXIÈME hausse consécutive — six variations de suite du même côté, voilà qui ne ressemble plus au hasard d'échantillonnage ; d'autant que l'enquête est un PANEL, dont les échantillons successifs se recouvrent en partie : les ÉVOLUTIONS y sont mieux mesurées que les niveaux, et une suite y est un signal d'autant plus solide. Retiens le réflexe, il vaut pour toute statistique d'enquête : une variation sous la marge n'est pas une information ; une SUITE de variations dans le même sens en est une.

La seconde machine est un REGISTRE. France Travail — le nom de Pôle emploi depuis le 1er janvier 2024, loi du 18 décembre 2023 — tient la liste des demandeurs d'emploi INSCRITS, que la Dares publie par catégories : A, sans aucune activité dans le mois et tenus de faire des actes de recherche ; B et C, tenus de chercher mais ayant exercé une activité réduite — jusqu'à 78 heures pour B, davantage pour C ; D et E, non tenus de chercher, sans emploi pour D — formation, maladie —, en emploi pour E. Un registre ne pose pas les questions du BIT : il enregistre des inscriptions, des actualisations, des radiations. Il ne mesure pas un état, il gère des dossiers — et il compte au passage.

Mets maintenant les deux machines face à la MÊME ville, et regarde le tableau croisé de Clairval. L'enquête compte 400 chômeurs BIT. Le registre compte 450 inscrits en catégorie A. Et le recouvrement n'est que de 280 personnes — sept chômeurs BIT sur dix. Décompose l'écart, ligne à ligne : 80 chômeurs BIT ne sont inscrits nulle part — des jeunes sans droits à faire valoir, souvent ; 40 autres sont inscrits mais en B, une mission d'intérim plus tôt dans le mois les ayant sortis de A sans les sortir du chômage BIT ; et en face, 170 personnes du halo sont inscrites en A — leur actualisation mensuelle vaut démarche pour le registre, mais l'enquête ne leur trouve pas ce que le BIT exige : pas de recherche active, ou pas de disponibilité. Total : 400 − 80 − 40 + 170 = 450. Aucune de ces lignes n'est une anomalie ; chacune est une personne réelle que les deux frontières découpent différemment. Et si tu cherches la colonne E dans le tableau : elle serait vide — personne à Clairval n'y est inscrit ; les 130 personnes en emploi inscrites au registre le sont en B-C, au titre d'une activité réduite avec obligation de recherche.

La France grandeur nature, mêmes trimestres : 2,7 millions de chômeurs BIT, 3,32 millions d'inscrits en catégorie A — environ six cent mille d'écart, et l'INSEE publie l'explication détaillée de cette divergence depuis des années. Mieux : au moment même du chapitre, les deux thermomètres ÉVOLUENT EN SENS CONTRAIRES — le chômage BIT monte depuis six trimestres, pendant que la catégorie A, corrigée des changements de son propre champ, baisse sur un an. Aucun scandale là-dedans : une machine mesure un état défini par une convention internationale, l'autre gère une liste dont le périmètre dépend des règles d'inscription du moment. Et ce périmètre vient justement de bouger : la loi de 2023 a élargi les inscriptions automatiques (bénéficiaires du RSA, jeunes suivis en mission locale), le suivi statistique s'est doté en 2025 de deux catégories nouvelles — F, les inscrits orientés vers un parcours social, et G, ceux en attente d'orientation —, et ces changements-là déforment les évolutions brutes du registre. Deux thermomètres, deux questions, deux réponses.

D'où le réflexe final, celui qui coupe court aux polémiques sur « les vrais chiffres du chômage ». À la question « lequel des deux est le vrai ? », la seule réponse d'économiste est : AUCUN, et ce n'est pas leur rôle. Demande plutôt : de quoi ai-je besoin ? La tension sur le marché du travail, comparable dans le temps et entre pays : l'enquête, le BIT. Le nombre de dossiers que le service public de l'emploi doit servir : le registre. Le chapitre n°11 posait la même règle devant le déflateur et l'indice des prix : deux champs, deux conventions, deux nombres — et aucun des deux n'est faux. Une copie qui compare un chiffre BIT de 2026 à un chiffre de catégorie A de 2019 commet, elle, une vraie faute : elle change de thermomètre au milieu de la phrase.

Clairval : enquête × registreInscrits en AInscrits en B-CInscrits en DNon inscritsTotal
Chômeurs BIT2804080400
Halo17030100300
En emploi1303 4703 600
Inactifs hors halo30670700
Catégorie A totale450

VIII. Ce que la croissance fait au chômage

Le chapitre n°9 a laissé une dette en toutes lettres : « Arthur Okun est le premier à mettre ce lien en chiffres, en 1962, et le chapitre « Mesurer le chômage » y reviendra ». Nous y sommes. Okun — l'économiste américain dont le n°9 t'a déjà donné la référence de 1962 — cherchait à chiffrer ce que coûtait, en production, un point de chômage, et il a trouvé au passage la relation qui porte son nom : la variation du taux de chômage est liée, en sens inverse, à l'ÉCART entre la croissance et un seuil.

Écris-la comme le cursus écrit tout : Δu = − k × (g − g₀). Trois symboles à nommer. Δu, la variation du taux de chômage sur l'année, en points. g, la croissance du PIB réel — celle du chapitre n°9, en moyenne annuelle. Et g₀, le SEUIL : la croissance qui laisse le chômage immobile. La pente k dit combien un point de croissance au-delà du seuil rapporte en points de chômage en moins.

Tout l'intérêt conceptuel est dans g₀, et une identité d'une ligne suffit à le comprendre : la production, c'est l'emploi multiplié par la productivité — ce que chaque travailleur produit en moyenne. En croissance, ce produit devient une somme : pour de petits taux, la croissance de la production vaut, à un cheveu près, croissance de l'emploi PLUS gains de productivité — vérifie-le sur un exemple : 1,010 × 1,005 = 1,01505, quasiment 1,015, et l'écart, produit des deux petits taux, se perd à la troisième décimale. Si la productivité progresse de 1 % et la population active de 0,5 %, il faut donc environ 1,5 % de croissance JUSTE POUR ABSORBER ces deux progressions — car pour laisser les taux immobiles, l'emploi doit croître au même rythme que les actifs (relis A = E + C : si A monte de 0,5 % et u ne bouge pas, E monte de 0,5 % aussi) — produire 1,5 % de plus avec les mêmes taux d'emploi et de chômage. Une croissance de 1 % dans cette économie-là n'est pas « de la croissance quand même » : c'est une année où le chômage MONTE. Voilà pourquoi la relation a un seuil et pas seulement une pente, et pourquoi « il y a de la croissance, donc le chômage va baisser » est une phrase fausse en l'état — tout dépend d'où se trouve g par rapport à g₀.

La Vallonie, pays imaginaire de ce chapitre, en donne un jouet parfaitement propre — quatre années dans le tableau ci-dessous, fabriquées avec k = 0,4 et g₀ = 1,5 %. Vérifie une ligne à la main : g = 3,5 % donne Δu = −0,4 × (3,5 − 1,5) = −0,8 point. L'année à 1,5 % laisse le chômage exactement immobile ; l'année à 0,5 % le fait MONTER de 0,4 point, croissance positive ou pas. L'exercice 7 te fera retrouver k et g₀ depuis les données, comme si tu ne les connaissais pas.

L'aveu, maintenant, et il est double. D'abord ce jouet est EXACT par construction — quatre points parfaitement alignés — quand la vraie relation est un NUAGE : les points réels s'écartent de la droite, la pente varie d'un pays à l'autre et d'une décennie à l'autre, et Okun lui-même publiait des estimations chiffrées sur les États-Unis de son temps, pas une loi universelle. « Loi d'Okun » est un raccourci d'usage ; RÉGULARITÉ EMPIRIQUE est le mot juste, et une copie qui le dit gagne en rigueur ce qu'elle perd en emphase. Pour l'échelle : dans son étude de 1962, Okun chiffrait autour de trois points de production perdus par point de chômage en plus — soit, retourné dans notre écriture, un k voisin de 0,3, pas si loin du 0,4 de la Vallonie. Et il en existe une seconde écriture, en ÉCART au PIB potentiel plutôt qu'en variation, que les chapitres de cycles retrouveront. Ensuite, la relation ne dit RIEN des mécanismes — pourquoi les entreprises embauchent avec retard, pourquoi la productivité absorbe les premiers trimestres d'une reprise : ces questions appartiennent aux chapitres « Les cycles économiques » et suivants, plus loin dans le cursus. Ici, on mesure une covariation ; on ne l'explique pas encore.

Un dernier fil à nouer, car tu as tout pour le voir : la section V a montré une reprise qui fait MONTER le chômage mesuré — les retours du halo — quand la relation d'Okun prédit qu'une croissance au-dessus du seuil le fait BAISSER. Les deux sont vrais, sur des horizons différents : les allers-retours de frontière dominent les premiers trimestres, la relation de fond finit par l'emporter. Une régularité empirique se lit sur des années, pas sur un trimestre — c'est la même prudence que la marge de ±0,3 point de la section VII, à une échelle de temps près.

La Vallonie, quatre annéesCroissance gVariation du chômage Δu
Année 13,5 %−0,8 point
Année 21,5 %0,0 point
Année 30,5 %+0,4 point
Année 42,5 %−0,4 point

Retrouver k et g₀ depuis deux années

La relation Δu = − k (g − g₀) a deux inconnues : deux années suffisent. Prends les deux premières de la Vallonie : (g = 3,5 ; Δu = −0,8) et (g = 1,5 ; Δu = 0,0).

  1. k = − (Δu₁ − Δu₂) / (g₁ − g₂) = − (−0,8 − 0,0) / (3,5 − 1,5) = 0,4

    La pente, au signe près : 0,8 point de chômage en moins pour 2 points de croissance en plus, soit 0,4 par point. Le signe moins de la relation absorbe le sens inverse.

  2. g₀ : là où Δu = 0 — la deuxième année le donne directement : g₀ = 1,5 %

    Le seuil est l'abscisse où la droite coupe zéro. Quand aucune année ne tombe pile dessus, on le tire de n'importe quel point : g₀ = g + Δu / k.

  3. contrôle sur une année NON utilisée : g = 0,5 → Δu = −0,4 × (0,5 − 1,5) = +0,4

    Exactement l'observation de l'année 3. L'estimation se contrôle sur un point qui n'a pas servi à la produire — le réflexe vaut pour toute calibration, et l'exercice 7 l'exige.

  4. prédiction : g = 4,0 → Δu = −0,4 × (4,0 − 1,5) = −1,0 point

    Le jouet prédit un point de chômage en moins. Sur données réelles, on écrirait « de l'ordre d'un point, si la relation passée tient » — et c'est cette réserve qui distingue une régularité d'une loi.

Retiens la lecture en seuil plutôt que la formule : la croissance ne fait baisser le chômage qu'AU-DELÀ de ce que la productivité et la population active absorbent. En copie, toute phrase du type « la croissance crée des emplois » se corrige d'elle-même en « la croissance au-delà de g₀… ».

Les quatre années de la Vallonie dans le plan d'Okun : une droite qui coupe l'axe au seuil g₀ = 1,5 % — à droite le chômage baisse, à gauche il monte, croissance positive ou pasg₀ = 1,5 %(3,5 ; −0,8)(1,5 ; 0,0)(0,5 ; +0,4)(2,5 ; −0,4)croissance gΔu (points)le chômage baisseil monte — croissance positive ou pas
Les quatre années de la Vallonie dans le plan d'Okun : la croissance g en abscisse, la variation du chômage Δu en ordonnée. Les quatre points sont EXACTEMENT alignés sur la droite Δu = −0,4 (g − 1,5) — c'est un jouet, et la légende l'avoue : des données réelles formeraient un nuage autour d'une telle droite, pas un alignement. La droite coupe l'axe horizontal en g₀ = 1,5 % : à droite du seuil le chômage baisse, à gauche il monte — même quand la croissance reste positive, et c'est tout ce que la figure demande de retenir. L'axe horizontal est posé à Δu = 0 : le signe se lit d'un coup d'œil, selon que l'année est au-dessus ou au-dessous de la ligne.

IX. Le taux qu'on ne voit pas

Reste la seconde dette, la plus délicate. Le chapitre n°12 a écrit la courbe de Phillips augmentée — π = πᵃ − α (u − u*), où π est l'inflation, πᵃ l'inflation ANTICIPÉE par les salariés et α une sensibilité (le n°12 raconte le mécanisme, salaires contre anticipations ; ici on se contente de RETOURNER la relation) — et conclu qu'il existe UN taux de chômage compatible avec une inflation stable : u*, le NAIRU, ou le taux « naturel » de Friedman, deux notions voisines sans être identiques. Puis il a promis : « Le chapitre n°13 dira comment on les mesure, et à quel point c'est difficile. » Voici la réponse, et elle commence par un aveu : u* NE SE MESURE PAS. Aucune enquête ne le relève, aucun registre ne le contient — relis les sections IV à VII : tout ce qu'on y compte, ce sont des personnes et des taux OBSERVÉS. u* est un paramètre de modèle. Il ne s'observe pas, il s'ESTIME.

Comment ? En retournant la relation qui le définit. Si π = πᵃ − α (u − u*), alors u* est le taux de chômage auquel l'inflation cesse de surprendre — celui où π = πᵃ, où la SURPRISE d'inflation π − πᵃ s'annule. La recette d'estimation s'en déduit : observe plusieurs années le couple (u ; π − πᵃ), trace la droite, et lis son ZÉRO. Le jouet du chapitre tient en deux années : u = 8 % avec une surprise de −0,5 point — l'inflation ralentit —, u = 6 % avec une surprise de +0,5 point — elle accélère. L'encadré fait le calcul : α = 0,5, et u* = 7,0 %. Entre 6 et 8 % de chômage, quelque part, l'inflation ne bouge plus : le jouet dit exactement où.

Maintenant, la partie « à quel point c'est difficile », et elle ne tient pas à la paresse des économistes. Les surprises d'inflation sont MESURÉES, donc bruitées — un indice de prix a ses biais, une enquête a sa marge (section VII). Décale les deux surprises du jouet d'un bruit e = 0,25 point vers le haut — un rien, l'épaisseur d'un biais de mesure : l'estimation devient u* = 7,5 %. Décale-les vers le bas : 6,5 %. Un demi-point de NAIRU dans chaque sens, pour un quart de point de bruit — et la règle est GÉNÉRALE : un biais e partagé par toutes les observations soulève la droite entière, et son zéro glisse de e/α, toujours. Notre jouet a en prime une propriété qui n'est qu'à lui, et l'exercice 8 te fera toucher la différence : ses deux points encadrent le zéro symétriquement, si bien qu'un bruit qui PENCHE la droite — plus sur l'un, moins sur l'autre — la fait pivoter autour du MILIEU des deux observations ; et comme ce milieu est ici posé pile sur le zéro, u* ne bouge pas. Prends en revanche un couple d'observations DÉCENTRÉ — dont le milieu ne tombe plus sur le zéro — et la même rotation déplace u* : ce confort-là était un cadeau du jouet, pas une loi. La leçon qui reste est double : la fragilité de u* est écrite dans la géométrie de son estimation, et rien ne protège jamais du biais partagé.

Le monde réel est pire que le jouet, et il faut le dire sans chiffrer ce qu'on n'a pas sous les yeux : les vraies estimations utilisent des dizaines d'années, des anticipations elles-mêmes estimées, des courbes qui se déplacent pendant qu'on les mesure — et les institutions qui publient un u* le RÉVISENT régulièrement, parfois de beaucoup, y compris pour le passé. Un u* de l'an dernier n'est pas un fait de l'an dernier : c'est l'opinion actuelle d'un modèle sur l'an dernier. Tu reconnais la parenté avec la section VII — le 8,3 % aussi portait sa marge — mais l'analogie a une limite qu'il faut nommer : la marge de l'enquête est CALCULÉE, publiée, imprimée sous le tableau ; l'incertitude d'un u* dépend du modèle choisi autant que des données, et personne ne peut l'imprimer en une ligne. C'est une incertitude de SECONDE espèce : on n'est pas sûr du chiffre, et on n'est pas sûr non plus de la marge.

D'où la seule règle d'usage honnête, et elle referme le chapitre. Un NAIRU se manie en INTERVALLE — « quelque part entre 6,5 et 7,5 % » — jamais en point ; et une décision qui exige de connaître u* au dixième près est une décision qui repose sur ce qu'on sait le moins bien. Le chapitre n°12 a montré ce que coûte l'erreur : viser durablement un chômage SOUS u*, c'est nourrir la boucle inflationniste année après année. Mesurer, ici, c'est d'abord savoir dire l'épaisseur de ce qu'on ignore — les chapitres « La politique monétaire » et « La banque centrale », plus loin dans le cursus, montreront comment on décide malgré elle. Et le chapitre suivant ouvre le quatrième et dernier champ de la mesure : après la production, les prix et l'emploi, « La balance commerciale » compte ce qui traverse les frontières.

Estimer u*, puis le faire trembler

Deux années, deux inconnues — α et u* —, puis le test de fragilité. La surprise s = π − πᵃ suit s = − α (u − u*) : une droite dans le plan (u ; s), et u* est son zéro.

  1. α = − (s₂ − s₁) / (u₂ − u₁) = − (0,5 − (−0,5)) / (6 − 8) = 0,5

    La pente : un point de chômage en moins ajoute un demi-point de surprise d'inflation. Même geste que pour k dans l'encadré d'Okun — deux points, une pente.

  2. u* = u₁ + s₁ / α = 8 + (−0,5) / 0,5 = 7,0 %

    Le zéro de la droite : le taux de chômage où l'inflation cesse de surprendre. C'est LA définition d'u*, lue graphiquement.

  3. bruit e = +0,25 sur les deux surprises : u* estimé = 7 + 0,25 / 0,5 = 7,5 %

    Un décalage de MÊME SIGNE soulève la droite entière : son zéro glisse de e / α — et cela, c'est général, quel que soit le couple d'observations.

  4. bruit antisymétrique ±0,25 : α passe de 0,5 à 0,25… et u* = 7,0 % — inchangé ICI

    Le bruit qui PENCHE la droite la fait tourner autour du milieu des observations — et NOTRE milieu est pile sur le zéro, u = 7. C'est une propriété du jouet, pas une loi : l'exercice 8 refait le calcul sur un couple décentré, et la même rotation y déplace u*. Retiens la partie générale — le biais partagé — et méfie-toi de l'autre.

L'ordre de grandeur à retenir n'est pas 7,0 : c'est le RAPPORT e / α. Plus la courbe de Phillips est PLATE — α petit, et c'est le cas des dernières décennies —, plus le même bruit déplace u* : à α = 0,25, le même quart de point de biais déplace u* d'un point entier. Une relation plate rend le taux d'équilibre presque invisible — voilà, en une ligne, « à quel point c'est difficile ».

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Sujet type partiel. La Vallonie compte 30 millions d'habitants de 15 à 64 ans : 21 millions occupent un emploi, 1,5 million sont chômeurs au sens du BIT, 0,9 million forment le halo, 6,6 millions sont inactifs hors halo. (1) Calculez le taux de chômage, le taux d'activité et le taux d'emploi. (2) L'année suivante, 300 000 chômeurs découragés cessent toute recherche ; rien d'autre ne change. Recalculez les trois taux. (3) Le ministre déclare : « le chômage recule de plus d'un point, notre politique de l'emploi porte ses fruits. » Rédigez la réponse du candidat.

  1. (1) Le dénominateur d'abord. Population active : 21 + 1,5 = 22,5 millions. Taux de chômage : 1,5 / 22,5 = 6,67 % — sur les ACTIFS, jamais sur les 30 millions. Taux d'activité : 22,5 / 30 = 75,0 %. Taux d'emploi : 21 / 30 = 70,0 %. Contrôle : 75,0 % × (1 − 0,0667) = 70,0 % — les trois taux bouclent.
  2. (2) Les 300 000 découragés quittent le chômage ET la population active — ils entrent dans le halo. Chômeurs : 1,2 million ; actifs : 22,2 millions. Taux de chômage : 1,2 / 22,2 = 5,41 %. Taux d'activité : 22,2 / 30 = 74,0 %. Taux d'emploi : 21 / 30 = 70,0 % — INCHANGÉ, et c'est la ligne décisive : l'emploi n'a pas créé un poste.
  3. (3) La réponse se construit en trois temps. D'abord le fait : le taux de chômage affiché baisse bien, de 6,67 % à 5,41 %, soit 1,26 point. Ensuite le mécanisme : cette baisse ne vient d'aucune embauche — l'emploi est resté à 21 millions et le taux d'emploi à 70,0 % ; elle vient de 300 000 personnes qui ont cessé de chercher et sont passées du chômage au halo, réduisant le numérateur ET le dénominateur du taux. Enfin le verdict : une amélioration du marché du travail se serait lue sur le taux d'emploi ; ici, le thermomètre a changé, pas la situation.

La phrase de copie : « La baisse du taux de chômage (6,67 % → 5,41 %) reflète ici un effet de découragement — 300 000 chômeurs basculés dans le halo — et non des créations d'emploi : le taux d'emploi, insensible à ce basculement, est inchangé à 70,0 %. Une variation du taux de chômage ne s'interprète jamais sans le taux d'emploi et le halo. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. L'île de Port-Neuf compte 2 000 habitants en âge de travailler : 1 302 en emploi, 98 chômeurs BIT, 100 dans le halo, 500 inactifs hors halo. (a) Vérifiez que la partition boucle. (b) Calculez le taux de chômage, le taux d'activité et le taux d'emploi. (c) Vérifiez la relation qui lie les trois. (d) Un candidat répond « 4,9 % de chômage ». Qu'a-t-il fait, et pourquoi est-ce une faute et non une variante ?

    Un coup de pouce

    Le dénominateur du taux de chômage n'est ni 2 000 ni 1 302. Écris la population active avant toute division.

    Voir le corrigé

    (a) 1 302 + 98 + 100 + 500 = 2 000 : la partition boucle. Ce contrôle se fait AVANT tout calcul — un énoncé qui ne boucle pas cache une catégorie.

    (b) Population active : 1 302 + 98 = 1 400. Taux de chômage : 98 / 1 400 = 7,0 %. Taux d'activité : 1 400 / 2 000 = 70,0 %. Taux d'emploi : 1 302 / 2 000 = 65,1 %.

    (c) Taux d'emploi = taux d'activité × (1 − u) : 70,0 % × 0,93 = 65,1 %. Les trois taux bouclent.

    (d) Il a divisé 98 par 2 000, la population totale en âge de travailler — et il a donc calculé la PART de chômage, pas le taux. La part est un indicateur légitime (l'INSEE la publie, notamment pour les jeunes), mais elle répond à une autre question : « quelle fraction de la classe d'âge est au chômage », et non « quelle fraction de l'offre de travail ne trouve pas preneur ». La faute n'est pas le calcul, c'est le NOM : annoncer 4,9 % comme un taux de chômage, c'est comparer deux dénominateurs différents sous une même étiquette.

  2. Classez chacun selon le BIT — en emploi, chômeur, halo, ou inactif hors halo — en citant le critère qui décide. (a) Samir a servi quatre heures en terrasse dimanche ; il cherche un temps plein et peut commencer demain. (b) Léa a déposé deux candidatures cette semaine et peut commencer lundi. (c) Jean ne cherche plus depuis un an — « on ne veut pas de moi » — mais accepterait n'importe quel poste. (d) Inès a signé pour un poste qui commence dans QUATRE mois et ne fait plus aucune démarche. (e) Victor, 70 ans, retraité, donne trois matinées par semaine à une association, bénévolement. (f) Nadia est en congé maladie depuis trois semaines ; son poste l'attend.

    Un coup de pouce

    Deux pièges du cours sont tendus : la borne des trois mois, et ce que la règle de l'heure ne dit pas. Et souviens-toi : le travail qui compte est RÉMUNÉRÉ.

    Voir le corrigé

    (a) EN EMPLOI : quatre heures rémunérées dans la semaine — la règle de l'heure tranche, son souhait de temps plein relève du sous-emploi, compté ailleurs.

    (b) CHÔMEUSE BIT : sans emploi, recherche active, disponible — les trois critères d'un coup.

    (c) HALO : disponible et désireux de travailler, mais aucune démarche — c'est le découragé type, deuxième composante du halo.

    (d) HALO, et c'est le piège de la borne : un emploi trouvé ne vaut recherche que s'il commence dans MOINS DE TROIS MOIS. Quatre mois : la clause ne joue pas, et sans démarche, Inès sort du chômage BIT. À deux mois, elle y serait — comme Ahmed dans le cours. Et note que sa disponibilité n'a pas besoin d'être connue : la branche « souhait sans démarche » du halo vaut disponibles ou non.

    (e) INACTIF HORS HALO : le bénévolat n'est pas un travail RÉMUNÉRÉ, la règle de l'heure ne s'applique pas ; et Victor ne souhaite pas d'emploi.

    (f) EN EMPLOI, et c'est l'autre moitié de la définition : zéro heure travaillée, mais un poste dont elle est TEMPORAIREMENT ABSENTE — congés, maladie, maternité. La règle de l'heure dit qui entre dans l'emploi ; l'absence temporaire dit qui n'en sort pas.

  3. La ville de Roches compte 10 000 habitants en âge de travailler : 6 900 en emploi, 600 chômeurs BIT, 400 dans le halo, 2 100 inactifs hors halo. (a) Calculez les trois taux. (b) Après une année de candidatures vaines, 150 chômeurs cessent toute recherche. Recalculez le taux de chômage et le taux d'emploi. (c) La municipalité annonce « près de deux points de chômage en moins ». Que répond l'économiste, en deux phrases ?

    Un coup de pouce

    Le découragement déplace des personnes du chômage vers le halo : les deux étages de la fraction u = C / (E + C) bougent.

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    (a) Actifs : 7 500. Taux de chômage : 600 / 7 500 = 8,0 %. Taux d'activité : 75,0 %. Taux d'emploi : 6 900 / 10 000 = 69,0 %.

    (b) Chômeurs : 450 ; actifs : 7 350. Taux de chômage : 450 / 7 350 = 6,12 %. Taux d'emploi : 69,0 % — inchangé, l'emploi n'a pas bougé d'une personne.

    (c) « La baisse de 1,9 point est un pur effet de frontière : 150 personnes ont cessé de chercher et sont passées du chômage au halo, sans qu'un seul emploi soit créé — le taux d'emploi, inchangé à 69,0 %, en est le témoin. Le marché du travail de Roches ne va pas mieux ; il est seulement moins bien éclairé. »

  4. Roches, toujours, depuis l'état initial de l'exercice 3. La conjoncture repart : 200 personnes du halo sont embauchées, et 150 autres personnes du halo reprennent une recherche active sans trouver tout de suite. (a) Recalculez le taux de chômage et le taux d'emploi. (b) Le journal titre « rechute : le chômage bondit à Roches ». Corrigez le titre. (c) Quel enseignement général sur la lecture d'un début de reprise ?

    Un coup de pouce

    Trois cent cinquante personnes quittent le halo ; deux cents vont dans l'emploi, cent cinquante dans le chômage. Refais les DEUX taux avant de juger.

    Voir le corrigé

    (a) Emploi : 7 100 ; chômeurs : 750 ; actifs : 7 850. Taux de chômage : 750 / 7 850 = 9,55 % — en hausse de 1,55 point. Taux d'emploi : 7 100 / 10 000 = 71,0 % — en hausse de 2 points.

    (b) « Roches crée 200 emplois, et son taux d'emploi gagne deux points ; le taux de chômage monte parce que la reprise rappelle vers la recherche active 150 personnes que le découragement avait sorties des comptes. » Le bond du chômage EST la trace statistique de la bonne nouvelle.

    (c) Un début de reprise gonfle souvent le chômage mesuré : les retours du halo vers la population active précèdent les embauches qui les absorberont. Juger une reprise au seul taux de chômage, c'est risquer de lire une rechute dans un redémarrage — le taux d'emploi tranche.

  5. Le registre de Roches, croisé avec l'enquête (état initial de l'exercice 3) : sur les 600 chômeurs BIT, 420 sont inscrits en catégorie A, 60 en B-C, 120 nulle part ; sur les 400 personnes du halo, 210 sont inscrites en A, 40 en D, 150 nulle part ; 180 personnes en emploi sont inscrites en B-C. (a) Calculez l'effectif de la catégorie A. (b) Décomposez l'écart entre catégorie A et chômage BIT. (c) Quelle part des chômeurs BIT la catégorie A contient-elle ? (d) Un conseiller municipal soutient que « le registre prouve que l'enquête sous-estime le chômage ». Répondez.

    Un coup de pouce

    Catégorie A = chômeurs BIT − ceux qui manquent au registre − ceux qui ont glissé en B-C + ceux que le registre compte en plus.

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    (a) Catégorie A = 420 + 210 = 630 inscrits.

    (b) 600 − 120 (chômeurs BIT non inscrits) − 60 (chômeurs BIT passés en B-C par une activité réduite) + 210 (halo inscrit en A) = 630. L'écart net de +30 est le solde de trois flux qui ne se compensent qu'en apparence.

    (c) 420 / 600 = 70 % : trois chômeurs BIT sur dix échappent à la catégorie A — inscrits ailleurs, ou pas inscrits du tout.

    (d) Le registre ne « prouve » rien de tel : il compte des dossiers selon des règles d'inscription, l'enquête compte des situations selon la convention BIT. Les 210 inscrits du halo ne satisfont pas les critères BIT — pas de recherche active constatée, ou pas de disponibilité — et les 120 chômeurs BIT non inscrits échappent au registre. Deux frontières différentes découpent différemment la même population : aucun des deux chiffres ne corrige l'autre, et les additionner ou les opposer n'a pas de sens.

  6. Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) « Le taux de chômage rapporte les chômeurs à la population totale. » (b) « Une seule heure de travail rémunéré dans la semaine de référence suffit à être compté en emploi. » (c) « Quand le taux de chômage baisse, l'emploi augmente. » (d) « C'est France Travail qui mesure le taux de chômage français. » (e) « Une personne peut être chômeuse au sens du BIT sans avoir fait aucune démarche de recherche le mois précédent. » (f) « Chômage + halo + sous-emploi = le vrai chiffre du chômage. » (g) « Le chômage BIT et la catégorie A peuvent évoluer en sens contraires sur la même période. » (h) « Le NAIRU se lit dans les publications de l'INSEE, comme le taux de chômage. »

    Un coup de pouce

    TROIS des huit affirmations sont VRAIES — ne réponds pas « faux » par réflexe. L'une des trois s'observe en France en ce moment même. Et pour (e), souviens-toi d'Ahmed.

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    (a) FAUX : sur la population ACTIVE — emploi plus chômage. Rapporter à la population totale dilue le chômage dans des personnes qui n'offrent pas leur travail.

    (b) VRAI : c'est la règle de l'heure, qui loge dans la définition BIT de l'EMPLOI — et le sous-emploi existe précisément pour compter à part ceux qu'elle classe en emploi malgré eux.

    (c) FAUX : le taux peut baisser par découragement — des chômeurs deviennent halo, l'emploi ne bouge pas. Le témoin est le taux d'emploi.

    (d) FAUX : le taux de chômage sort de l'enquête Emploi de l'INSEE, seule source appliquant les critères BIT ; France Travail tient un registre d'inscrits, qui compte autre chose.

    (e) VRAI : celle qui a trouvé un emploi commençant dans moins de trois mois et reste disponible — la clause de rattrapage de la définition.

    (f) FAUX : ces trois nombres mesurent trois situations distinctes — aucune démarche possible n'en ferait un « vrai » total, et leur somme détruirait l'information que leur séparation apporte ; c'est une batterie d'indicateurs, la sous-utilisation de la 19e CIST.

    (g) VRAI, et c'est le cas français au moment du chapitre : le chômage BIT monte depuis six trimestres pendant que la catégorie A, à champ constant, baisse sur un an — deux thermomètres, deux questions.

    (h) FAUX : u* ne se mesure pas, il s'estime en retournant la courbe de Phillips, et l'estimation tremble avec le bruit des données — il se manie en intervalle, jamais en chiffre publié.

  7. Quatre années de la Vallonie : croissance de 3,5 % avec un chômage en baisse de 0,8 point ; 1,5 % avec un chômage stable ; 0,5 % avec une hausse de 0,4 point ; 2,5 % avec une baisse de 0,4 point. (a) Estimez k et g₀ de la relation Δu = −k (g − g₀) à partir des années 1 et 3. (b) Contrôlez sur l'année 4. (c) Que prédit la relation pour g = 4,0 % ? (d) Pourquoi une croissance de 0,5 %, pourtant positive, fait-elle MONTER le chômage ? (e) Sur données réelles, quelles précautions la question (c) exigerait-elle ?

    Un coup de pouce

    Deux points donnent la pente : k = −ΔΔu / Δg. Puis g₀ se lit là où Δu s'annule.

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    (a) Pente : k = − (−0,8 − 0,4) / (3,5 − 0,5) = 1,2 / 3 = 0,4. Seuil, depuis l'année 1 : g₀ = g + Δu / k = 3,5 + (−0,8) / 0,4 = 1,5 %.

    (b) Année 4 : Δu = −0,4 × (2,5 − 1,5) = −0,4 point — exactement l'observation. Le contrôle se fait sur une année qui n'a PAS servi à l'estimation.

    (c) Δu = −0,4 × (4,0 − 1,5) = −1,0 point de chômage en moins.

    (d) Parce que la relation a un SEUIL : 1,5 % de croissance est absorbé par les gains de productivité et l'évolution de la population active — en dessous, l'économie produit plus avec moins de bras qu'il n'en arrive. « Croissance positive » ne signifie pas « croissance suffisante ».

    (e) Dire que la vraie relation est un nuage et non une droite — quatre points parfaitement alignés n'existent que dans un jouet ; donner un ordre de grandeur plutôt qu'un chiffre ; et rappeler que k et g₀ varient dans le temps et entre pays — Okun publiait des estimations sur les États-Unis de 1962, pas une constante universelle.

  8. On observe deux années : un chômage de 8 % avec une surprise d'inflation π − πᵃ de −0,5 point, puis un chômage de 6 % avec une surprise de +0,5 point. (a) Estimez α et u* de la relation π − πᵃ = −α (u − u*). (b) Les deux surprises sont en réalité biaisées de +0,25 point chacune : recalculez u*. Et si le biais est de −0,25 ? (c) Montrez qu'ICI, un bruit ANTISYMÉTRIQUE — +0,25 sur la première année, −0,25 sur la seconde — laisse u* rigoureusement inchangé ; puis montrez que ce n'est pas général, en refaisant le même calcul sur les observations (8 % ; −0,3) et (6 % ; +0,7). (d) La courbe de Phillips s'est aplatie : refaites la question (b) avec α = 0,25. (e) Un conseiller propose : « u* vaut 7 %, visons 5 % de chômage. » Deux phrases de réponse.

    Un coup de pouce

    u* est le ZÉRO de la droite dans le plan (u ; surprise). Demande-toi ce que chaque type de bruit fait à ce zéro : le soulever n'est pas le pencher — et pour la fin du (c), demande-toi où se trouve le MILIEU des deux observations par rapport au zéro.

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    (a) α = − (0,5 − (−0,5)) / (6 − 8) = 0,5 ; u* = 8 + (−0,5) / 0,5 = 7,0 %.

    (b) Un biais commun de +e soulève la droite entière : le zéro glisse de e / α = 0,25 / 0,5 = 0,5 point — u* estimé : 7,5 %. Avec −0,25 : 6,5 %. Un quart de point de biais de mesure, un point d'incertitude sur u* — et cette règle-là vaut pour TOUT couple d'observations.

    (c) Points bruités : (8 ; −0,25) et (6 ; +0,25). Pente : α = − (0,25 − (−0,25)) / (6 − 8) = 0,25 — divisée par deux. Zéro : u* = 8 + (−0,25) / 0,25 = 7,0 % — inchangé au millième. Pourquoi : la rotation se fait autour du MILIEU des observations, et notre milieu (u = 7, surprise moyenne nulle) est posé PILE sur le zéro. Décentre le couple, et le confort disparaît : sur (8 ; −0,3) et (6 ; +0,7), l'estimation donne α = 0,5 et u* = 8 + (−0,3)/0,5 = 7,4 % ; le même bruit antisymétrique mène à (8 ; −0,05) et (6 ; +0,45), soit α = 0,25 et u* = 8 + (−0,05)/0,25 = 7,8 % — la rotation a déplacé le zéro de 0,4 point. L'invariance du jouet était un cadeau de sa symétrie, pas une loi.

    (d) Le glissement vaut e / α = 0,25 / 0,25 = 1 point entier : u* estimé entre 6 et 8 %. Plus la courbe est plate, plus le même bruit disperse l'estimation — une relation plate rend le taux d'équilibre presque invisible.

    (e) « Votre 7 % est le zéro d'une droite estimée, que le bruit de mesure déplace d'un demi-point et l'aplatissement de la courbe d'un point entier : il se manie en intervalle, pas en cible au point près. Et viser durablement 5 % — un point et demi sous la borne BASSE de la fourchette — reviendrait à nourrir l'accélération inflationniste du chapitre n°12, année après année. »

  9. Le taux de chômage publié passe de 8,3 % à 8,2 % d'un trimestre à l'autre. La notice précise : « estimation à +/− 0,3 point près du niveau et de l'évolution ». (a) Cette baisse est-elle une information ? (b) Le trimestre suivant affiche 8,1 %, puis les quatre suivants 8,0 %, 7,9 %, 7,8 %, 7,7 %. Qu'est-ce qui change dans votre lecture, et pourquoi ? (c) Formulez la règle générale.

    Un coup de pouce

    Compare la variation à la marge, puis demande-toi ce que le HASARD d'échantillonnage produit rarement six fois de suite.

    Voir le corrigé

    (a) Non : 0,1 point de variation pour une marge de ±0,3 — le vrai taux a fort bien pu monter. Isolée, cette baisse est du bruit d'échantillonnage.

    (b) Six baisses consécutives, c'est autre chose : chaque variation reste dans la marge, mais le seul bruit d'échantillonnage produit rarement six pas de même signe d'affilée — d'autant que l'enquête est un PANEL, où les échantillons successifs se recouvrent en partie, ce qui rend les ÉVOLUTIONS mieux mesurées que les niveaux. La SUITE fait le signal que chaque pas, seul, ne faisait pas — exactement comme les six hausses consécutives que la série de l'INSEE alignait au deuxième trimestre 2026, chacune petite, toutes de même signe.

    (c) Une variation inférieure à la précision de l'enquête ne s'interprète pas seule ; une succession de variations de même sens s'interprète. Devant toute statistique d'enquête : lire la marge d'abord, la tendance ensuite, le dernier chiffre en dernier.

Définitions à connaître

Chômeur au sens du BIT
Personne de 15 ans ou plus qui, simultanément : est sans emploi durant la semaine de référence ; est disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines ; a recherché activement un emploi dans les quatre dernières semaines, ou en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois. Convention de la 13e CIST (1982), appliquée en France par l'enquête Emploi de l'INSEE.
Emploi au sens du BIT (règle de l'heure)
Est en emploi quiconque a effectué AU MOINS UNE HEURE de travail rémunéré durant la semaine de référence — ou garde un poste dont il est temporairement absent (congés, maladie, maternité). La frontière épouse celle de la production : une heure produite ne peut pas être une heure sans travailleur.
Population active
L'emploi PLUS le chômage : tous ceux qui offrent leur travail, qu'ils aient trouvé preneur ou non. C'est le dénominateur du taux de chômage — le halo et les inactifs n'en font pas partie. À ne pas confondre avec la population moyenne des résidents, celle qui divise le PIB par habitant au chapitre n°10.
Taux de chômage
Chômeurs BIT / population active, en %. Clairval : 400 / 4 000 = 10,0 % ; France : 8,3 % au T2 2026 (champ France, actifs de 15 ans ou plus, INSEE). Diviser par la population totale donne un AUTRE indicateur — la part de chômage — qui ne se compare jamais à un taux.
Part de chômage
Chômeurs BIT / population TOTALE de la classe d'âge, en %. L'autre dénominateur honnête : il dit quelle fraction de la classe d'âge est au chômage, et l'INSEE le publie surtout pour les JEUNES — dont le taux, calculé sur un petit noyau d'actifs, se lit trop souvent comme s'il disait la part des jeunes au chômage : c'est cette lecture-là qui exagère, pas le taux. Clairval : 400 / 5 000 = 8,0 %. Jamais comparable à un taux de chômage.
Taux d'activité
Population active / population en âge de travailler (convention 15-64 ans), en %. Clairval : 80,0 % ; France : 75,4 % au T2 2026. Il mesure la participation au marché du travail — et il baisse quand le découragement gagne.
Taux d'emploi
Personnes en emploi / population en âge de travailler (15-64 ans), en %. Clairval : 72,0 % ; France : 69,0 % au T2 2026. C'est le témoin insensible aux mouvements de frontière entre chômage et halo : le découragement ne peut pas le déplacer. Contrôle, à champs d'âge IDENTIQUES seulement : taux d'emploi = taux d'activité × (1 − u) — le trio français ne le vérifie pas, son taux de chômage étant calculé sur les 15 ans ou plus.
Halo autour du chômage
Personnes sans emploi qui souhaitent travailler mais échouent à au moins un des critères BIT — la définition INSEE tient en deux branches : recherche sans disponibilité, ou souhait sans démarche active (disponibles ou non). France : 1,9 million au T2 2026, plus des deux tiers du chômage officiel. Un frémissement de l'économie les fait changer de case.
Chômeur découragé
Personne du halo qui a cessé de chercher faute d'espoir d'aboutir, tout en restant disponible et désireuse de travailler. Son basculement fait BAISSER le taux de chômage sans créer d'emploi — c'est le mécanisme central de la section V.
Sous-emploi
Dans l'EMPLOI : les temps partiels qui souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, plus le chômage technique ou partiel. Clairval : 200 personnes, 5,6 % de l'emploi ; France : 4,4 % au T2 2026. Le complément honnête de la règle de l'heure — la situation de Rosa, comptée sous son propre nom (Lina, elle, échoue au critère de DISPONIBILITÉ : en emploi, hors sous-emploi).
Sous-utilisation de la main-d'œuvre
Le regard élargi consacré par la 19e CIST (2013) : chômage, halo et sous-emploi lus ENSEMBLE, comme trois façons distinctes de laisser du travail sans usage. Une batterie d'indicateurs, pas une somme : les additionner détruirait l'information que leur séparation apporte.
Enquête Emploi
L'enquête de l'INSEE — depuis 1950, en continu et trimestrielle depuis 2003 — qui pose à ~90 000 personnes par trimestre les questions de l'arbre BIT. Seule source du chômage au sens du BIT en France ; précision affichée : ±0,3 point sur le taux, en niveau comme en évolution.
Demandeur d'emploi (catégorie A)
Personne INSCRITE à France Travail, tenue de faire des actes de recherche et sans aucune activité dans le mois. Un décompte administratif : 3,32 millions au T2 2026 (Dares), pour 2,7 millions de chômeurs BIT — deux frontières différentes sur la même population, et un recouvrement partiel.
Loi d'Okun
La régularité empirique Δu = −k (g − g₀) : le chômage ne baisse que quand la croissance dépasse le SEUIL g₀ qu'absorbent la productivité et la population active. Mise en chiffres par Arthur Okun (1962) sur les États-Unis — une covariation estimée, pas une loi universelle : les vraies données forment un nuage.
NAIRU (u*)
Le taux de chômage compatible avec une inflation stable, hérité du chapitre n°12 : dans π = πᵃ − α (u − u*), c'est le u où l'inflation cesse de surprendre. Il ne se MESURE pas — il s'estime comme le zéro d'une droite, et un biais de mesure e le déplace de e / α : il se manie en intervalle, jamais en point.
Champ d'une statistique
Ce que la statistique couvre — population, territoire, période. Le taux de chômage français est publié sur le champ « France » depuis août 2026, Mayotte comprise, là où les séries antérieures disaient « France hors Mayotte » : un chiffre se cite avec son champ, son trimestre et sa source, comme un indice avec sa base et son millésime (chapitre n°11).
CIST
La Conférence internationale des statisticiens du travail, réunie par l'OIT (fondée en 1919). Sa 13e session (Genève, octobre 1982) a fixé la définition mondiale de l'emploi et du chômage ; sa 19e (octobre 2013) a consacré la sous-utilisation de la main-d'œuvre. C'est là que la frontière du chômage s'écrit.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Devant tout tableau d'effectifs : vérifie que la partition BOUCLE (emploi + chômage + halo + inactifs = population en âge de travailler) avant le moindre calcul.
  2. Écris le dénominateur en toutes lettres avant de diviser. Le taux de chômage se calcule sur la population ACTIVE ; les taux d'emploi et d'activité sur la population en âge de travailler.
  3. Contrôle : taux d'emploi = taux d'activité × (1 − u) — à champs d'âge identiques SEULEMENT. Un trio qui ne boucle pas : cherche d'abord un changement de champ (le trio français mélange 15+ et 15-64), ensuite l'erreur.
  4. Devant « le chômage baisse » : demande OÙ SONT PASSÉS LES GENS. Vers l'emploi, ou vers le halo ? Le taux d'emploi tranche — s'il n'a pas bougé, rien ne s'est amélioré.
  5. Un début de reprise peut faire MONTER le chômage mesuré : les retours du halo précèdent les embauches. Ne lis jamais un retournement sur le seul taux de chômage.
  6. Pour classer un cas : l'arbre dans l'ordre — une heure travaillée (ou poste gardé pendant une absence) ? sinon, disponible ET en recherche (ou emploi sous trois mois) ? sinon, souhaite travailler ? Une case et une seule.
  7. Ne compare JAMAIS le chômage BIT et la catégorie A comme deux mesures de la même chose : une enquête à convention internationale contre un registre à règles administratives. Décompose l'écart au lieu de le dénoncer.
  8. Cite tout taux avec son trimestre, son CHAMP et sa source — « 8,3 %, T2 2026, France, INSEE » — comme un indice avec sa base et son millésime.
  9. Lis la marge avant le chiffre : ±0,3 point sur le taux trimestriel. Une variation isolée sous la marge n'est pas un signal ; une suite de variations de même sens en est un.
  10. Okun : jamais « la croissance crée des emplois », toujours « la croissance AU-DELÀ DU SEUIL g₀ ». Et présente k et g₀ comme des estimations datées, pas des constantes.
  11. u* : donne un intervalle, jamais un point. Et rappelle qui le déplace : le biais PARTAGÉ des mesures d'inflation (de e / α), pas le désaccord entre observations.

Sources

  • INSEE, Définition — Chômeur (au sens du BIT), mise à jour du 5 mars 2024 : le verbatim des trois critères que la section III applique — « être sans emploi durant une semaine donnée ; être disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines ; avoir cherché activement un emploi au cours des quatre dernières semaines ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois », 2024
  • INSEE, Informations rapides n° 192 du 7 août 2026 — tous les chiffres français du chapitre : taux de chômage 8,3 % au T2 2026 (2,7 millions, +0,2 point, au plus haut depuis le troisième trimestre 2020 — et sixième hausse trimestrielle consécutive dans la série des tableaux joints), taux d'emploi 69,0 % et taux d'activité 75,4 % des 15-64 ans, halo 1,9 million, sous-emploi 4,4 % de l'emploi, la mention imprimée sous ses tableaux — « Estimation à +/- 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d'un trimestre à l'autre. » —, et le passage au champ « France » y compris Mayotte, 2026
  • INSEE, Définition — Halo autour du chômage (mise à jour du 26 mai 2023) : la définition en deux branches de la section VI, dont les publications tirent la lecture en trois composantes, 2023
  • Eurostat, Euro-indicateurs — chômage harmonisé (enquêtes Forces de travail) : 6,3 % dans la zone euro en juin 2026, stable sur un mois comme sur un an — le point de comparaison de la section III, qui n'a de sens que parce que tous les pays appliquent les critères du BIT, 2026
  • INSEE, L'essentiel sur… le chômage — la règle de l'heure dans la définition de l'emploi BIT, et l'ordre de grandeur de l'enquête (~90 000 répondants par trimestre), 2026
  • INSEE, Enquête Emploi en continu — la source du chômage BIT : menée depuis 1950, en continu et trimestrielle depuis 2003 ; documentation « précision et fiabilité » d'où vient le ±0,3 point, 2026
  • Dares, Les inscrits à France Travail au 2e trimestre 2026 — 3 323 000 demandeurs d'emploi en catégorie A, les définitions des catégories A à E (activité réduite : 78 heures), les catégories F et G créées en 2025, et les inscriptions automatiques qui déforment les évolutions brutes, 2026
  • INSEE, Insee Références (2019) et fiche 2023 — les analyses publiées de la divergence entre chômeurs BIT et demandeurs d'emploi de catégorie A, dont la section VII reprend les mécanismes : inscrits sans recherche active au sens BIT, chômeurs BIT non inscrits, enquête contre fichiers administratifs, 2023
  • République française, Loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi — Pôle emploi devient France Travail au 1er janvier 2024, 2023
  • OIT — 13e CIST, Résolution concernant les statistiques de la population active, de l'emploi, du chômage et du sous-emploi (Genève, octobre 1982) — la convention mondiale dont la définition BIT est l'application, 1982
  • OIT — 19e CIST, Résolution I concernant les statistiques du travail, de l'emploi et de la sous-utilisation de la main-d'œuvre (octobre 2013) — le cadre élargi de la section VI, 2013
  • William Beveridge, Unemployment: A Problem of Industry — le chômage constitué en problème du système productif, mesurable et traitable, et non en défaillance morale ; puis Full Employment in a Free Society (1944), 1909
  • Christian Topalov, Naissance du chômeur, 1880-1910 (Albin Michel) — l'histoire de la construction de la catégorie, dont la section II tient le recensement de 1896 et sa question posée aux seuls salariés, 1994
  • Robert Salais, Nicolas Baverez, Bénédicte Reynaud, L'invention du chômage (PUF) — l'histoire et les transformations de la catégorie en France, des années 1890 aux années 1980, 1986
  • John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie — le chômage involontaire posé en catégorie centrale de la macroéconomie (chapitre 2) ; son explication appartient aux chapitres de macroéconomie du cursus, 1936
  • Arthur M. Okun, « Potential GNP: Its Measurement and Significance » (Proceedings of the Business and Economic Statistics Section, American Statistical Association) — la mise en chiffres du lien croissance-chômage que la section VIII enseigne, même référence que le chapitre n°9, 1962
  • A. W. Phillips, « The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates in the United Kingdom, 1861-1957 » (Economica) — la relation dont la section IX retourne la forme augmentée pour estimer u* ; c'est le chapitre n°12 qui la raconte, même référence que lui, 1958
  • Milton Friedman, « The Role of Monetary Policy » (American Economic Review) — l'adresse présidentielle, prononcée fin décembre 1967, où le taux NATUREL de chômage est défini par l'équilibre du marché du travail — la notion que la section IX distingue du NAIRU, comme le chapitre n°12 l'avait posée, 1968