La loi de l'offre et de la demande
17 chapitres
Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais
- Poser le cadre : dire sur quel type de marché la loi s'énonce, et ce que la clause « toutes choses égales par ailleurs » autorise à faire.
- Définir la demande et l'offre comme des relations entre prix et quantités, tracer leurs courbes et les lire dans les deux sens.
- Expliquer par leurs mécanismes pourquoi la demande décroît (effet de substitution, effet de revenu) et pourquoi l'offre croît (rendements décroissants, coût marginal croissant).
- Construire la demande de marché en additionnant les demandes de chaque groupe d'acheteurs — les quantités, jamais les prix.
- Écrire l'offre et la demande sous forme d'équations, et déterminer l'équilibre en résolvant Qd = Qo.
- Distinguer sans hésiter un mouvement LE LONG d'une courbe d'un déplacement DE la courbe.
- Dire ce qu'un prix plafond ou un prix plancher provoque, à quelle condition il mord, et quelle quantité s'échange alors.
- Prévoir l'effet d'un choc sur le prix et sur la quantité d'équilibre — graphiquement et par le calcul —, y compris lorsque les deux courbes se déplacent en même temps.
- Mesurer ce qu'un marché rapporte à ceux qui y participent — surplus du consommateur et du producteur — et chiffrer la perte sèche qu'une entrave au prix provoque.
I. Le cadre : de quel marché parle-t-on ?
Un marché, c'est la rencontre de deux populations : des acheteurs, qui ont chacun un besoin et un budget, et des vendeurs, qui ont chacun des coûts et quelque chose à vendre. Marché du café, du logement étudiant, du travail saisonnier : la scène est la même — un bien, deux camps, et un prix qui naît de leur rencontre. Ce chapitre explique comment ce prix se forme, et pourquoi il ne s'installe pas n'importe où.
La loi de l'offre et de la demande décrit un marché de CONCURRENCE PURE ET PARFAITE, et une copie sérieuse en pose les cinq conditions dès la première ligne — le partiel les demande par leur nom. L'atomicité : de nombreux acheteurs et de nombreux vendeurs, aucun assez gros pour fixer le prix à lui seul. L'homogénéité : un bien identique d'un vendeur à l'autre, si bien que seul le prix les départage. La fluidité : on entre sur le marché et on en sort librement — c'est elle qui, à long terme, fait varier le nombre de vendeurs et DÉPLACE donc les courbes (section VII). La transparence : chacun connaît les prix et la qualité, d'où un prix unique — personne ne paie plus cher ce qu'il trouve moins cher à côté. Enfin des prix libres de monter comme de baisser, que rien n'administre. (Hypothèses exigeantes ? Oui, et assumées. Beaucoup de marchés réels s'en écartent : un vendeur unique, des produits très différenciés, des prix administrés. Ces écarts ne sont pas des ratés du modèle, ce sont ses chapitres suivants — monopole, oligopole, concurrence monopolistique, en deuxième année. Le marché concurrentiel est l'étalon : c'est en le maîtrisant qu'on saura mesurer exactement ce que chaque écart change.)
Un dernier outil avant d'entrer : la clause « toutes choses égales par ailleurs » — ceteris paribus dans les énoncés. Isoler l'effet du prix demande de raisonner comme en laboratoire : on fait varier le prix, et lui seul, en supposant constant tout le reste — revenus, goûts, prix des autres biens, techniques de production. Les lois des sections II et IV s'énoncent sous cette clause. La section VII la lèvera délibérément, et c'est là que le chapitre bascule : étudier ce qui arrive quand « le reste » se met à bouger, c'est tout l'art de l'exercice de partiel.
Cette clause a un nom savant, et le partiel l'emploie : ce chapitre fait de l'ÉQUILIBRE PARTIEL — on étudie UN marché, celui du café, en tenant pour fixes les prix et les revenus de tous les autres. C'est la méthode d'Alfred Marshall, et elle s'oppose à celle de Léon Walras, dont les Éléments (1874) cherchent au contraire l'ÉQUILIBRE GÉNÉRAL : tous les marchés d'une économie déterminés ensemble, chacun par tous les autres. Les deux hommes ont raison en même temps — le café dont le prix monte déplace bien la demande de thé, qui déplace en retour celle du café —, mais on ne peut pas tout tenir à la fois quand on apprend. On retiendra donc Walras pour la fiction d'ajustement de la section VII, et Marshall pour le cadre : un marché isolé, deux courbes, un point. Savoir que ce cadre est un CHOIX, et non la réalité, fait partie du cours.
II. La demande : ce que les acheteurs sont prêts à acheter
La demande n'est pas un chiffre : c'est une RELATION. Elle associe à chaque prix possible la quantité totale que les acheteurs sont prêts à acheter à ce prix, toutes choses égales par ailleurs. À 5 € la tasse, peu de cafés trouvent preneur ; à 1 €, beaucoup plus. La courbe de demande dessine cette relation — par convention héritée d'Alfred Marshall, le prix se lit en ordonnée et les quantités en abscisse, alors même que c'est le prix qui commande la quantité : garde la convention, elle est attendue.
Cette exigence — une envie ne compte que si elle est adossée à un pouvoir d'achat — n'est pas une subtilité moderne : c'est le premier mot d'Adam Smith sur le sujet. Dans La Richesse des nations (1776, livre I, chapitre VII), il distingue le simple désir de la DEMANDE EFFECTIVE, celle des acheteurs disposés à payer le prix : « A very poor man may be said in some sense to have a demand for a coach and six; he might like to have it; but his demand is not an effectual demand » — un homme très pauvre peut, en un sens, demander un carrosse à six chevaux ; il aimerait l'avoir, mais son désir n'est pas une demande effective. Retiens la formule pour ta copie : en économie, une demande est un désir SOLVABLE.
La loi de la demande énonce que cette relation est DÉCROISSANTE : quand le prix monte, la quantité demandée baisse. Deux mécanismes distincts l'expliquent, et une bonne copie les nomme tous les deux. L'effet de substitution : le café renchéri devient moins intéressant que ses substituts, une partie des acheteurs bascule vers le thé. L'effet de revenu : à budget inchangé, un prix plus élevé réduit ce que ce budget permet d'acheter — le pouvoir d'achat se contracte, et la consommation avec lui.
Ces deux effets tirent normalement dans le même sens — vers le bas —, et c'est ce qui fonde la loi. Il existe une exception théorique, que la plupart des L1 mentionnent au moins en note : pour un bien inférieur dont l'effet de revenu l'emporterait sur l'effet de substitution — le bien de Giffen —, la quantité demandée augmenterait quand le prix monte, et la courbe se redresserait. Cas d'école quasi introuvable (l'exemple classique, débattu, est le pain des ménages les plus pauvres au XIXᵉ siècle) ; la loi vaut pour l'immense majorité des biens. Retiens surtout CE qui pourrait la renverser — l'effet de revenu, seul —, car le comprendre, c'est comprendre pourquoi elle tient d'ordinaire.
D'où sort cette quantité « totale » ? De l'addition des acheteurs, un par un. Chacun a sa propre demande, et la demande de marché est, À CHAQUE PRIX, la somme des quantités que chacun veut. On additionne les quantités et jamais les prix — d'où le nom de somme horizontale : sur le graphique, on ajoute des longueurs mesurées horizontalement, à hauteur de prix constante. Sur notre marché fictif du café, deux groupes d'acheteurs se partagent le quartier :
| Prix de la tasse | Étudiants du campus | Employés du quartier | Demande de marché |
|---|---|---|---|
| 2 € | 500 | 400 | 900 |
| 3 € | 350 | 350 | 700 |
| 4 € | 200 | 300 | 500 |
III. Lire une courbe de demande dans les deux sens
Le tableau ci-dessus dit deux choses, et la seconde échappe souvent. Première lecture : la demande de marché décroît parce que CHAQUE demande décroît — additionner des relations décroissantes ne peut donner qu'une relation décroissante. Seconde lecture : les deux groupes ne réagissent pas de la même façon. D'un euro au suivant, les étudiants renoncent à 150 tasses quand les employés n'en abandonnent que 50 : les étudiants sont bien plus sensibles au prix. Un mot de prudence tout de même : cette comparaison ne tient que parce que les deux groupes demandent la MÊME quantité à ce prix — 350 tasses chacun à 3 €. Comparer « 150 perdues contre 50 » revient à comparer des variations ABSOLUES ; or la sensibilité au prix se mesure en variations RELATIVES, rapportées à la quantité de départ. Les deux ne classent les groupes dans le même ordre qu'à quantités égales — c'est le cas ici, pas toujours ; garde-toi d'en tirer une règle générale. Cette mesure relative portera un nom, l'élasticité, plus loin dans l'année.
La courbe elle-même se lit dans les deux sens, et les deux lectures servent. Sens direct, de l'axe des prix vers celui des quantités : « à ce prix-là, combien les acheteurs prennent-ils ? ». Sens inverse : « pour écouler cette unité-là, quel prix maximal peut-on demander ? » — la hauteur de la courbe au-dessus d'une unité mesure la disposition à payer du dernier acheteur qu'il faut convaincre. Cette seconde lecture ressemble à une curiosité ; c'est pourtant elle qui permettra, à la section IX, de chiffrer ce que l'échange rapporte aux acheteurs — le surplus.
Attention au vocabulaire, c'est lui qui départage les copies : la « quantité demandée » est UN point de la courbe — la réponse des acheteurs à un prix donné ; « la demande » est la courbe entière. Quand le prix change, la quantité demandée change ; la demande, elle, n'a pas bougé d'un millimètre.
IV. L'offre : ce que les vendeurs sont prêts à vendre
Symétriquement, l'offre associe à chaque prix la quantité que les vendeurs sont prêts à mettre sur le marché à ce prix, toutes choses égales par ailleurs. La loi de l'offre énonce une relation CROISSANTE : un prix plus élevé rend la vente plus rémunératrice et pousse les producteurs déjà présents à produire davantage. Comme pour la demande, l'offre du marché est la somme, à chaque prix, de ce que propose chaque vendeur.
Reste à comprendre pourquoi produire davantage coûte de plus en plus cher — c'est ce qui donne sa pente à la courbe, et le partiel réclame ce mécanisme par son nom, exactement comme il réclame ceux de la demande. À court terme, les capacités sont données : le local, les machines, l'équipe ne changent pas. Pour servir des tasses supplémentaires, le café ouvre plus tard, paie des heures majorées, loue une machine d'appoint — et chaque heure de travail ajoutée dans une cuisine qu'on n'agrandit pas produit un peu moins que la précédente. C'est la loi des RENDEMENTS DÉCROISSANTS : à capacités fixes, le facteur qu'on ajoute rend de moins en moins. Sa conséquence porte elle aussi un nom, et c'est elle qui donne sa pente à la courbe : le COÛT MARGINAL — le coût de la dernière unité produite — augmente avec la quantité. Seule la perspective d'un prix plus élevé justifie alors de produire cette unité-là. (Raisonnement de court terme, à capacités fixes : c'est l'horizon de ce chapitre. À long terme, de nouvelles capacités s'installent et cette montée des coûts s'atténue.)
Ce mécanisme a un auteur et une date, et les citer place une copie : David Ricardo l'expose en 1815 à propos des terres — on cultive d'abord les meilleures, puis des terres de moins en moins fertiles, si bien que chaque quintal supplémentaire coûte plus cher que le précédent — et il en tire, dans ses Principes de l'économie politique et de l'impôt (1817), toute sa théorie de la rente. Notre café n'est pas une terre, mais le raisonnement est le sien, transposé à une cuisine qu'on n'agrandit pas.
Double lecture ici aussi. Sens direct : « à ce prix, quelle quantité les vendeurs mettent-ils sur le marché ? ». Sens inverse : « pour que cette unité-là soit produite, quel prix minimal faut-il ? » — la hauteur de la courbe d'offre au-dessus d'une unité mesure ce qu'elle coûte à produire, c'est-à-dire son coût marginal. Dit autrement : la courbe d'offre EST la courbe de coût marginal, lue depuis l'axe des quantités. (À une réserve près, pour plus tard : en dessous d'un certain prix, un vendeur préfère ne rien produire du tout — l'offre n'est que la partie HAUTE de la courbe de coût marginal.) Les deux courbes se répondent ainsi terme à terme : l'une raconte les coûts des vendeurs, l'autre les dispositions à payer des acheteurs.
V. L'équilibre : le prix qui vide le marché
Posons les deux courbes sur le même graphique — même bien, mêmes axes, même période. Le prix d'équilibre est celui qui égalise quantité demandée et quantité offerte : graphiquement, l'intersection. À ce prix, les plans des deux camps sont compatibles : tout acheteur prêt à payer ce prix trouve un vendeur, tout vendeur prêt à vendre à ce prix trouve un acheteur. Les économistes disent que le marché « se vide » — ni file d'attente, ni invendus, rien ne reste sur les bras de personne.
Arrête-toi un instant sur ce que tu viens de faire, parce qu'un sujet de dissertation le demande souvent. Faire dépendre le prix de DEUX courbes n'a rien d'évident : c'est le règlement d'une querelle d'un siècle. Smith (1776), puis Ricardo (1817), placent la source de la valeur du côté des COÛTS de production. En face, Jean-Baptiste Say la place dès 1803 du côté de l'UTILITÉ que le bien procure à celui qui l'achète — mais c'est une génération plus tard que cette voie devient une école : en 1871, coup sur coup, William Stanley Jevons en Angleterre et Carl Menger en Autriche fondent la valeur sur l'utilité de la DERNIÈRE unité consommée, celle qu'on appellera marginale ; Walras les rejoint en 1874. C'est cette révolution marginaliste, et non le seul Say, que Marshall a devant lui. Chaque camp tient un bout et refuse l'autre. Alfred Marshall tranche en 1890, dans ses Principles of Economics (livre V, chapitre III), par une image restée célèbre : « We might as reasonably dispute whether it is the upper or the under blade of a pair of scissors that cuts a piece of paper, as whether value is governed by utility or cost of production » — autant se demander laquelle des deux lames d'une paire de ciseaux coupe le papier. L'offre est la lame des coûts, la demande celle de l'utilité, et le prix naît de leur rencontre. Le graphique que tu traces à cette section n'est pas une commodité de présentation : c'est cette réponse-là, mise en dessin.
Le même raisonnement se mène sur un tableau de chiffres. Reprenons la demande de marché de la section II, et plaçons l'offre en face :
| Prix de la tasse | Quantité demandée | Quantité offerte | État du marché |
|---|---|---|---|
| 2 € | 900 | 500 | Pénurie de 400 tasses — le prix est poussé vers le haut |
| 3 € | 700 | 700 | Équilibre — le marché se vide |
| 4 € | 500 | 900 | Excédent de 400 tasses — le prix est poussé vers le bas |
VI. Le même marché, en équations
Un tableau ne donne que quelques prix, et un graphique ne se lit qu'à la précision de la règle. En licence, l'énoncé fournit donc les ÉQUATIONS : elles ne disent rien de plus que le tableau, mais elles le disent pour tous les prix à la fois, et elles livrent l'équilibre au centime près. Bonne nouvelle — on peut les reconstruire à partir de ce qu'on a déjà sous les yeux.
Des trois lignes du tableau aux deux équations
Relis la colonne de la demande : 900 tasses à 2 €, 700 à 3 €, 500 à 4 €. D'un euro au suivant, elle perd toujours 200 tasses — la relation est donc une droite, de pente −200. Reste son point de départ : puisqu'à 2 € on demande 900, en redescendant de deux euros jusqu'à un prix nul on ajoute deux fois 200, soit 1300.
Même travail sur l'offre : elle gagne 200 tasses par euro et vaut 500 à 2 €, donc 100 à un prix nul. On peut maintenant écrire les deux relations.
Qd = 1300 − 200 P
Qd : quantité demandée, en tasses. P : prix d'une tasse, en euros. −200 : ce que chaque euro supplémentaire coûte à la demande, en tasses par euro. 1300 : l'ordonnée à l'origine — une commodité de calcul, pas une prévision ; personne ne soutient qu'on écoulerait 1300 tasses gratuites. La droite ne vaut que dans la plage de prix observée.
Qo = 200 P + 100
Qo : quantité offerte, en tasses. +200 : ce que chaque euro supplémentaire rapporte à l'offre. Le SIGNE des deux pentes, négatif ici et positif là, est tout le contenu des deux lois du chapitre.
P = 6,5 − Q/200
La même demande, lue à l'envers : on isole P dans Qd = 1300 − 200 P. Voilà écrite la lecture inverse de la section III — « pour écouler cette quantité-là, quel prix au maximum ? ». C'est aussi la forme qu'EXIGE le graphique : le prix étant porté en ordonnée, une droite de demande ne se trace que sous cette forme.
P = Q/200 − 0,5
L'offre de même, en isolant P dans Qo = 200 P + 100. Contrôle : à Q = 700, les deux inverses redonnent P = 3 €, l'équilibre retrouvé par l'autre bout. On continue pourtant de résoudre avec les formes directes ; ces inverses resserviront pour chiffrer les surplus, quand on mesurera ce que l'échange rapporte à chaque camp.
Qd = Qo
L'équilibre écrit en symboles : la quantité que les acheteurs veulent et celle que les vendeurs proposent sont la même. C'est une définition traduite, pas une hypothèse supplémentaire.
1300 − 200 P = 200 P + 100
On remplace chaque membre par son expression. Il ne reste qu'une inconnue : le prix.
1200 = 400 P
On regroupe les P d'un côté, les nombres de l'autre.
P* = 3
L'étoile signale une valeur d'équilibre : le prix d'équilibre est de 3 €.
Q* = 200 × 3 + 100 = 700
On remplace P* dans l'une OU l'autre équation. Fais-le dans les deux : 1300 − 200 × 3 = 700 également. Deux résultats identiques, c'est ton contrôle ; deux résultats différents, c'est une erreur de calcul à reprendre avant d'aller plus loin.
Trois chemins — le tableau, le schéma, l'équation — et un seul résultat : 3 € et 700 tasses. Cette convergence n'est pas une élégance à saluer, c'est l'outil de vérification dont tu disposes en partiel : un calcul qui contredit ton graphique signale toujours une faute, dans l'un ou dans l'autre.
VII. Le long de la courbe, ou la courbe qui se déplace ?
Reprenons le tableau ligne à ligne pour voir les forces de rappel travailler. À 4 €, les invendus s'accumulent : pour les écouler, les vendeurs se font concurrence et le prix descend. À 2 €, les rayons se vident et des acheteurs restent sur le carreau, prêts à payer davantage : le prix remonte. Voilà le contenu réel de l'expression « loi de l'offre et de la demande ». Ce n'est pas une troisième loi qui s'ajouterait aux deux premières, c'est un MÉCANISME DE RAPPEL : hors de l'équilibre, l'excédent ou la pénurie met le prix en mouvement, et ce mouvement résorbe précisément le déséquilibre qui l'avait déclenché.
C'est le plus ancien raisonnement du chapitre, et il est antérieur à toute courbe : Smith le tient en 1776, sans graphique ni équation. Le prix courant, dit-il, oscille autour d'un PRIX NATUREL — celui qui couvre tout juste les coûts — et y revient par le jeu de la concurrence : trop de marchandise apportée au marché, le prix tombe sous le naturel et des vendeurs se retirent ; trop peu, il monte et d'autres accourent. Ce que la section V appelle « le marché se vide », Smith l'appelait la GRAVITATION du prix de marché vers le prix naturel. Un siècle et demi de formalisation a changé les outils, pas le mécanisme.
Une question de fond se glisse dans ce récit : QUI, concrètement, fait bouger le prix ? Sur un marché parfaitement concurrentiel, personne ne le peut — c'est l'atomicité même : chacun subit le prix, nul ne le fixe. Le modèle lève le paradoxe par une fiction, le TÂTONNEMENT walrasien, exposé dans ses Éléments d'économie politique pure (1874) — un « commissaire-priseur » imaginaire annonce un prix, mesure l'excès d'offre ou de demande, le corrige (à la baisse s'il reste des invendus, à la hausse s'il en manque) et recommence, aucun échange n'ayant lieu avant l'équilibre. (Deux précisions qui valent des points : ce personnage de commissaire-priseur a été ajouté APRÈS Walras pour rendre le tâtonnement racontable — lui parlait de la criée des marchés réels ; et l'interdiction d'échanger avant l'équilibre n'est pas un détail, c'est ce qu'il a dû introduire pour que sa construction tienne.) Deux réserves, pour plus tard : que ces forces RAMÈNENT bel et bien le marché à l'équilibre est une HYPOTHÈSE de stabilité, que Walras pose sans la démontrer ; et ce n'est pas le seul ajustement concevable — dans la lecture marshallienne, ce sont les QUANTITÉS qui répondent à l'écart entre le prix que les acheteurs acceptent et celui qu'exigent les vendeurs, l'inverse de Walras, et ses conditions de stabilité ne coïncident pas toujours (matière de L2). Retenir dès la L1 que « le prix descend » cache une construction, et non un fait, c'est déjà penser en économiste.
Levons maintenant la clause « toutes choses égales par ailleurs » : que se passe-t-il quand autre chose que le prix change ? L'exercice porte un nom qu'il faut employer — la STATIQUE COMPARATIVE : on compare deux équilibres, celui d'avant et celui d'après, sans jamais décrire le chemin de l'un à l'autre ni le temps qu'il prend. C'est LA distinction du chapitre, et le piège favori des partiels. Un changement du PRIX du bien fait glisser le marché LE LONG des courbes, qui ne bougent ni l'une ni l'autre. Un changement de n'importe quel AUTRE déterminant déplace la courbe concernée tout entière — à chaque prix, la quantité n'est plus la même.
Déterminants qui déplacent la DEMANDE : le revenu des acheteurs, le prix des biens liés (substituts comme le thé, compléments comme le sucre), les goûts, les anticipations, le nombre d'acheteurs. Exemple, celui du schéma ci-dessous : une hausse du revenu déplace la demande vers la droite — à chaque prix, on demande davantage. (Vrai pour la plupart des biens, dits normaux. Il existe des biens dits inférieurs, délaissés dès qu'on peut s'offrir mieux — les pâtes premier prix en sont l'exemple d'école ; leur demande, elle, se déplace vers la gauche quand le revenu monte.)
Déterminants qui déplacent l'OFFRE : le coût des facteurs de production (matières premières, salaires, énergie), la technologie, les taxes et subventions, les anticipations, le nombre de vendeurs. Exemple : une gelée qui renchérit le grain déplace l'offre vers la gauche — à chaque prix, produire coûte plus cher, donc on offre moins.
Tout raisonnement d'équilibre se mène alors en trois temps, toujours les mêmes : (1) quel côté du marché le choc touche-t-il, la demande ou l'offre ? (2) dans quel sens la courbe se déplace-t-elle ? (3) que deviennent le prix ET la quantité d'équilibre ? Une demande qui augmente : prix et quantité montent tous les deux. Une offre qui recule : le prix monte, la quantité baisse.
Le même choc, chiffré
Le schéma montre le déplacement ; l'équation le chiffre, et un énoncé de licence réclame souvent les deux. Supposons que la hausse du revenu ajoute 200 tasses à la demande, à chaque prix.
Qd′ = Qd + 200 = 1500 − 200 P
Le +200 s'ajoute à l'ordonnée à l'origine ; la pente −200, elle, ne bouge pas. La droite se TRANSLATE, elle ne pivote pas : les acheteurs veulent plus de café à chaque prix, mais leur sensibilité au prix est inchangée.
1500 − 200 P = 200 P + 100
Rien de neuf : c'est l'équation d'équilibre de la section VI, avec la nouvelle demande.
1400 = 400 P ⟹ P* = 3,50
Q* = 200 × 3,5 + 100 = 800
Le calcul retrouve exactement le point E₂ du schéma : 3,50 € et 800 tasses. Le prix et la quantité augmentent tous les deux, comme le raisonnement en trois temps l'annonçait — et l'offre, elle, n'a pas bougé : c'est le marché qui a glissé LE LONG d'elle.
VIII. Quand le prix ne peut pas bouger : plafond et plancher
Reprenons la cinquième condition du cadre, posée à la section I : « des prix libres de monter comme de baisser, que rien n'administre ». Levons-la. Que se passe-t-il quand une autorité publique fixe une limite au prix ? La réponse tient en une phrase, et elle découle de tout ce qui précède : le mécanisme de rappel de la section VII est EMPÊCHÉ de faire son travail, si bien que le déséquilibre, au lieu de se résorber, s'installe.
Un PRIX PLAFOND est un maximum légal — on n'a pas le droit de vendre plus cher. Il ne change quelque chose que s'il est placé SOUS le prix d'équilibre : au-dessus, personne n'aurait de toute façon voulu vendre à ce prix-là. Fixons-le à 2 € sur notre marché du café. Les acheteurs en veulent 900 tasses, les vendeurs n'en proposent que 500 : il manque 400 tasses, et cette pénurie ne peut plus se résorber, puisque le prix n'a pas le droit de monter. Le rationnement se fait alors par autre chose que le prix — la file d'attente, l'ancienneté, la connaissance du gérant, la qualité qu'on laisse se dégrader, ou un marché parallèle. C'est le raisonnement qu'on tient sur l'encadrement des loyers.
Un PRIX PLANCHER est un minimum légal — on n'a pas le droit de vendre moins cher. Symétriquement, il ne mord que s'il est placé AU-DESSUS de l'équilibre. À 4 €, les vendeurs proposent 900 tasses quand les acheteurs n'en veulent que 500 : un excédent durable de 400. Deux cas réels servent d'exemple. Les prix agricoles garantis de la politique agricole commune, dans les années 1980, ont produit des stocks que la Communauté devait racheter — les fameuses « montagnes de beurre ». Et le salaire minimum, où le raisonnement s'applique au marché du travail — avec une prudence que le correcteur attend : ce marché n'est pas celui du café (le salaire n'est pas qu'un prix, l'employeur et le salarié ne se quittent pas après chaque transaction), et les économistes ne s'accordent pas sur l'ampleur de l'effet. Une copie qui pose le mécanisme PUIS nomme ses limites vaut mieux qu'une copie qui tranche.
Voici maintenant le point qui distingue les copies, et il se rate souvent. Quand le marché est empêché, quelle quantité change réellement de main ? Le CÔTÉ COURT, c'est-à-dire le plus petit des deux : on ne peut ni acheter ce qui n'est pas produit, ni vendre ce que personne ne prend. Sous plafond à 2 €, ce sont donc 500 tasses qui s'échangent — pas 900. La « pénurie de 400 » ne signifie pas que 400 acheteurs seront servis plus tard : elle signifie que 400 ne seront pas servis du tout.
Dernier réflexe, avant tout calcul : vérifie de quel côté de l'équilibre se trouve le prix imposé. Un plafond AU-DESSUS de l'équilibre, ou un plancher AU-DESSOUS, ne change strictement rien — la contrainte existe sur le papier mais n'est pas active, et le marché s'équilibre comme si elle n'était pas là. Répondre « rien ne se passe » est alors la bonne réponse, pas une esquive.
Un mot pour boucler : le schéma de la section V montre déjà ces deux écarts, à 2 € et à 4 €. Ils y portaient le nom de pénurie et d'excédent PASSAGERS, que le prix allait résorber. Sous encadrement, ce sont exactement les mêmes écarts — mais devenus durables. Le dessin n'a pas changé ; c'est ce qu'on a le droit de faire au prix qui a changé.
Les deux encadrements, chiffrés
Toujours le même marché : Qd = 1300 − 200 P, Qo = 200 P + 100, équilibre à 3 € et 700 tasses.
Plafond à 2 € : Qd = 900, Qo = 500
Le prix est sous l'équilibre, la contrainte est donc ACTIVE. Pénurie = 900 − 500 = 400 tasses.
Échangé = min(900 ; 500) = 500
Le côté court commande : ce sont les vendeurs qui limitent.
Plancher à 4 € : Qd = 500, Qo = 900
Le prix est au-dessus de l'équilibre, contrainte ACTIVE elle aussi. Excédent = 900 − 500 = 400 tasses.
Échangé = min(500 ; 900) = 500
Le côté court commande encore — cette fois ce sont les acheteurs.
Deux encadrements opposés, et le même coût : 500 tasses échangées au lieu de 700, soit 200 de moins dans les deux cas. Ce n'est pas une coïncidence. Les deux prix imposés sont à la même distance de l'équilibre (1 €), et les deux courbes ont la même pente en valeur absolue (200 tasses par euro) : le côté court recule donc d'autant. Change une seule de ces deux choses et la symétrie disparaît — c'est un bon test pour vérifier qu'on a compris et non retenu.
IX. Ce que l'encadrement coûte : surplus et perte sèche
La section VIII s'arrête au milieu du gué. Elle établit que le plafond fait tomber les échanges de 700 à 500 tasses — mais 200 tasses de moins, est-ce grave, et pour qui ? Répondre demande de passer des quantités à la VALEUR, et l'instrument existe : le surplus. Il achève ce chapitre, et il ne demande aucun outil neuf : les deux mêmes droites, lues comme des AIRES. Le schéma ci-dessous les montre — et il est le seul du chapitre à partir de l'origine des axes, parce qu'un surplus se mesure DEPUIS elle : le schéma de la section V, cadré sur la zone utile, laisse hors champ le sommet du triangle et le point où l'offre atteint le prix nul. Deux graphiques d'allure semblable et d'échelles différentes : commence par regarder les graduations, toujours.
Reprends la courbe de demande dans le sens que la section III t'a appris : à chaque quantité, elle donne le prix MAXIMAL qu'un acheteur accepte de payer. Le premier café trouve preneur à 6,50 €, le sept-centième à 3 € tout juste. Or tous paient le même prix d'équilibre, 3 €. Celui qui aurait payé 6,50 € et n'en débourse que 3 empoche la différence : ce gain, sommé sur tous les acheteurs servis, est le SURPLUS DU CONSOMMATEUR. Sur un schéma, c'est l'aire comprise entre la courbe de demande et l'horizontale du prix — un triangle, ici de base 700 tasses et de hauteur 6,50 − 3 = 3,50 €, soit 1 225 €.
Le raisonnement se retourne du côté des vendeurs. La courbe d'offre donne, à chaque quantité, le prix MINIMAL qui décide un vendeur à produire — son coût marginal, vu à la section IV. Celui qui aurait vendu à 1 € encaisse 3 € : la différence lui reste. Sommée, elle forme le SURPLUS DU PRODUCTEUR, l'aire entre l'horizontale du prix et la courbe d'offre. Une précaution s'impose ici, et elle vaut leçon : notre droite d'offre, prolongée sous 100 tasses, réclamerait un prix NÉGATIF — personne ne paie pour vendre. C'est un artefact de la ligne droite, pas un fait économique — et c'est le même avertissement que la section IV posait pour plus tard : l'offre n'est que la partie HAUTE de la courbe de coût marginal, une droite prolongée trop bas cesse de décrire quoi que ce soit. Le modèle est donc MUET sur le coût des 100 premières tasses — il ne l'est pas sur le reste : de 100 à 700 tasses, l'aire vaut 900 €. Et ces 100 premières ? Elles se vendent 3 € et leur coût ne peut pas être négatif : chacune rapporte donc au plus 3 €, soit 300 € de plus. Le surplus des producteurs vaut ainsi 1 200 € au maximum — et 1 200 € exactement si l'on convient que ces cent premières tasses ne coûtent rien à produire. ⚠️ Ne réponds jamais « 900 € » : ce n'est pas le surplus, c'est le morceau qu'on sait lire. Retiens le geste plutôt que le chiffre — quand un modèle se tait, on ne prolonge pas sa droite, on raisonne avec ce qu'on sait, ici qu'un coût ne descend pas sous zéro. Le cours l'avait déjà dit de l'ordonnée à l'origine à la section VI : une droite commode ne devient pas vraie parce qu'elle est commode.
Vient alors le concept que le partiel attend derrière tout encadrement des prix. À 3 €, les 700 tasses échangées sont exactement celles pour lesquelles ce qu'un acheteur accepte de payer dépasse ce qu'un vendeur exige. Bloque le prix à 2 € : seules 500 tasses s'échangent. Que deviennent les 200 suivantes ? Elles n'ont pas changé de main, alors qu'il existait pour chacune un acheteur prêt à payer plus que ce que réclamait un vendeur. Ces échanges mutuellement avantageux qui n'ont pas eu lieu forment la PERTE SÈCHE — un gain détruit, qui n'est passé dans aucune poche. C'est ce qui distingue la perte sèche d'un simple transfert : sous plafond, les acheteurs servis paient moins cher, donc une part du surplus des vendeurs leur passe entre les mains — cela, ce n'est pas une perte pour la société, c'est un déplacement. La perte, c'est le triangle des échanges disparus.
Le chiffrage referme la symétrie de la section VIII, et de la plus belle façon : plafond à 2 € comme plancher à 4 €, la perte sèche vaut 200 € dans les deux cas. Le même écart de prix, les mêmes pentes, les mêmes 200 tasses perdues — donc le même triangle. Une copie qui écrit « le plafond fait perdre 200 tasses ET 200 € de surplus, dont aucun euro ne revient à quiconque » dit en une phrase ce que ce chapitre entier a construit.
Un mot d'honnêteté pour finir, car il empêche un contresens fréquent. Dire qu'un prix plafond détruit du surplus n'est PAS dire qu'il est mauvais : le raisonnement pèse l'efficacité, jamais la justice de la répartition. Un locataire logé grâce à un loyer encadré ne trouvera pas dans ce triangle la mesure de ce qu'il y gagne. L'analyse dit ce que coûte l'entrave — elle laisse au débat politique le soin de dire si le jeu en vaut la chandelle. Et elle suppose que le surplus d'un riche et celui d'un pauvre s'additionnent comme deux euros ordinaires, ce qui est une convention, pas une évidence.
La notion vient de loin, et pas d'un économiste de cabinet : l'ingénieur français Jules Dupuit la construit en 1844 pour trancher une question très concrète — un pont vaut-il ce qu'il coûte ? Le péage encaissé ne mesure rien, répond-il, puisqu'il ignore tous ceux qui auraient traversé pour davantage. Marshall reprend l'idée en 1890 et lui donne son nom. Retiens l'ordre : le surplus est né d'un problème de travaux publics, pas d'une querelle de théorie.
Les trois aires, sur notre marché du café
Les deux formes inverses de la section VI servent enfin : c'est d'elles que sortent les hauteurs des triangles.
P = 6,5 − Q/200 et P = Q/200 − 0,5
Demande et offre inverses. À Q = 0 la demande accepte 6,50 € ; l'offre atteint 0 € à Q = 100.
Surplus consommateur = ½ × 700 × (6,50 − 3) = 1 225 €
Base : les 700 tasses échangées. Hauteur : du prix payé au prix maximal accepté.
Surplus producteur, de 100 à 700 tasses = ½ × 600 × 3 = 900 €
La partie où l'offre demande un prix positif — le seul morceau que le modèle décrit.
+ les 100 premières tasses : au plus 3 € chacune = 300 €
Vendues 3 €, d'un coût que le modèle ignore mais qui ne peut être négatif.
Surplus producteur = 900 + 300 = 1 200 € au maximum
⚠️ Répondre « 900 € » revient à oublier cent tasses vendues. Le surplus total du marché vaut donc au plus 1 225 + 1 200 = 2 425 € — la borne du producteur se transmet au total, une somme n'est jamais plus exacte que le moins exact de ses termes.
Plafond 2 € : Q passe de 700 à 500
À 500 tasses, la demande accepte 6,5 − 2,5 = 4 € quand l'offre exige 2,5 − 0,5 = 2 €. L'écart vaut 2 €.
Perte sèche = ½ × (700 − 500) × (4 − 2) = 200 €
Le triangle des 200 échanges qui n'ont pas eu lieu.
Transfert = 500 × (3 − 2) = 500 €
À ne pas confondre avec la perte : sur les 500 tasses qui s'échangent encore, l'acheteur paie 1 € de moins qu'à l'équilibre. Ces 500 € quittent la poche des vendeurs pour celle des acheteurs servis — la société n'a rien perdu, elle a réparti autrement. Les 200 €, eux, ne sont dans aucune poche.
Refais le calcul avec le plancher à 4 € : la quantité échangée tombe elle aussi à 500, l'écart entre les deux prix vaut encore 2 €, et la perte sèche vaut donc encore 200 €. Deux entraves opposées, un coût identique — la symétrie de la section VIII se prolonge exactement, des tasses aux euros.
X. Deux chocs à la fois : ce qui est certain, ce qui ne l'est pas
Dans la réalité comme en partiel, les chocs arrivent rarement seuls. La règle est simple : traiter chaque choc séparément avec la méthode en trois temps, puis combiner les deux conclusions. Sur la variable que les deux chocs poussent DANS LE MÊME SENS, la conclusion est certaine. Sur celle où ils se CONTREDISENT, le résultat dépend de l'ampleur relative des deux déplacements, et la réponse juste est : indéterminé sans information sur les amplitudes.
Prenons la demande et l'offre de café qui augmentent en même temps — le pays se met au café, et une machine plus efficace abaisse les coûts de torréfaction. Les deux chocs poussent la quantité vers le haut : elle augmente à coup sûr. Sur le prix, ils tirent en sens contraire — la demande accrue le pousse vers le haut, l'offre accrue vers le bas : il peut finir plus haut comme plus bas. Écrire « le prix est indéterminé » n'est pas un aveu de faiblesse, c'est la réponse exacte, et c'est elle qui est attendue.
Retiens la symétrie, elle se récite en une ligne : demande et offre déplacées dans le MÊME sens → quantité certaine, prix indéterminé ; déplacées en sens OPPOSÉS → prix certain, quantité indéterminée.
Un dernier mot sur ce que ce chapitre ne dit pas. Sans les équations, il donne des SENS de variation — le prix monte, la quantité baisse — jamais des amplitudes. Avec les équations, il donne un chiffre, mais uniquement parce que l'énoncé a fixé de combien la courbe se déplaçait. Répondre « de combien le marché réagit-il ? » suppose de mesurer la sensibilité des quantités au prix : c'est l'objet de l'élasticité, plus loin dans l'année. Savoir où s'arrête un outil fait partie de sa maîtrise.
XI. L'atelier : déplace le marché toi-même
Tout ce qui précède tient en trois gestes : reconnaître l'événement, dire quelle courbe bouge et dans quel sens, lire le nouvel équilibre. L'atelier ci-dessous te les fait faire — et il te demande ton PRONOSTIC avant de te montrer quoi que ce soit, parce qu'une règle se retient bien mieux quand on s'est trompé une fois en la testant.
Deux commandes, exactement les deux gestes du chapitre. Le curseur de prix te promène LE LONG des courbes, qui ne bougent pas : tu y vois naître la pénurie et l'excédent, et tu lis la pression qu'ils exercent sur le prix. Le choix d'un événement, lui, DÉPLACE une courbe : la précédente reste en pointillé pour que le déplacement se voie, l'équilibre se recalcule, et les équations se réécrivent sous le graphique.
Un dernier conseil d'usage : sur le scénario à deux chocs, ne t'arrête pas au premier résultat. Change l'ampleur de la gelée et regarde la quantité changer de sens pendant que le prix, lui, monte toujours. C'est la démonstration de ce que veut dire « indéterminé » — et elle vaut mieux que de le lire.
À 3 €, offre et demande s'égalisent à 700 tasses : le marché se vide, c'est l'équilibre.
Qd = 1300 − 200 PQo = 200 P + 100P* = 3 €Q* = 700
Le curseur ne déplace que le PRIX : le marché glisse le long des courbes, aucune des deux ne bouge.
Aucune courbe ne bouge. Déplace le curseur de prix : tu te promènes LE LONG des courbes, et tu vois naître la pénurie puis l'excédent de part et d'autre de l'équilibre.
Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas
Marché fictif du café. Deux nouvelles tombent le même jour : une gelée détruit une partie de la récolte de grains, et une vaste étude, largement reprise, vante les effets du café sur la santé. Que deviennent le prix et la quantité d'équilibre ? Justifier, puis illustrer par un schéma.
- Quel côté du marché ? La gelée renchérit le grain, qui est un coût de production : elle touche l'OFFRE. L'étude modifie les goûts des acheteurs : elle touche la DEMANDE. Deux chocs, donc — on les traite un par un avant de combiner.
- Dans quel sens ? Coûts en hausse : à chaque prix, les vendeurs offrent moins → l'offre se déplace vers la GAUCHE. Goûts plus favorables : à chaque prix, les acheteurs demandent plus → la demande se déplace vers la DROITE.
- Quel nouvel équilibre ? Sur le prix, les deux chocs poussent dans le même sens, vers le haut : la hausse est certaine. Sur la quantité, ils se contredisent — l'offre en retrait la tire vers le bas, la demande accrue vers le haut : elle est indéterminée sans information sur l'ampleur des deux déplacements.
Phrase de copie : « Le prix d'équilibre augmente de façon certaine ; l'effet sur la quantité d'équilibre est indéterminé, car il dépend de l'ampleur relative des deux chocs. » À accompagner d'un schéma où tout est nommé : axes P et Q, courbes D → D′ et O → O′, équilibres E₁ et E₂, flèches de déplacement.
À toi de jouer — cherche avant de regarder
À 3,50 € la tasse, les étudiants du campus demandent 275 tasses et les employés du quartier 325. Quelle est la demande de marché à ce prix ? Vérifie ensuite ton résultat avec l'équation de la demande de marché.
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On additionne les quantités, jamais les prix : 275 + 325 = 600 tasses.
Vérification par l'équation : Qd = 1300 − 200 × 3,50 = 1300 − 700 = 600. Les deux chemins donnent le même nombre — c'est exactement le contrôle qu'on attend de toi en copie.
Sur le marché fictif du café, le prix est momentanément fixé à 4 €. Le marché est-il en pénurie ou en excédent ? De combien ? Que se passe-t-il ensuite, et quelle courbe se déplace ?
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Qd = 1300 − 200 × 4 = 500 tasses ; Qo = 200 × 4 + 100 = 900 tasses. L'offre dépasse la demande : c'est un EXCÉDENT de 400 tasses.
Les invendus poussent les vendeurs à se faire concurrence pour les écouler : le prix baisse, et il baisse jusqu'à 3 €, où l'excédent disparaît.
Piège de la dernière question : AUCUNE courbe ne se déplace. Seul le prix a changé, donc le marché glisse LE LONG des deux courbes. Répondre « l'offre diminue » serait une faute de raisonnement, pas une simple maladresse d'expression.
Un camarade écrit dans sa copie : « le prix du café augmente, donc la demande de café diminue ». Corrige la phrase, puis explique en une ligne pourquoi la nuance compte.
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Phrase corrigée : « le prix du café augmente, donc la QUANTITÉ DEMANDÉE de café diminue ».
La nuance compte parce que « la demande » désigne la courbe entière, et elle n'a pas bougé : on s'est seulement déplacé le long d'elle. Écrire l'inverse annonce un déplacement de courbe qui n'a pas eu lieu — et fait manquer toute la suite du raisonnement.
Le prix du café double. Un étudiant écrit : « les acheteurs sont moins riches, donc leur revenu baisse : la courbe de demande se déplace vers la gauche. » La conclusion est fausse, et pourtant l'idée de départ est juste. Nomme les DEUX mécanismes qui font baisser la quantité demandée, dis lequel l'étudiant a en tête, et explique pourquoi il ne faut pas déplacer la courbe. Puis fais le même travail du côté des vendeurs : quel mécanisme donne sa pente à la courbe d'offre, et de qui le tient-on ?
Un coup de pouce
Deux mots pour la demande, deux pour l'offre. Et demande-toi si le REVENU des acheteurs a changé, ou seulement ce que ce revenu permet d'acheter.
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Les deux mécanismes de la demande : l'effet de SUBSTITUTION — le café renchéri devient moins intéressant que ses substituts, une partie des acheteurs bascule vers le thé — et l'effet de REVENU : à budget inchangé, un prix plus élevé réduit ce que ce budget permet d'acheter.
L'étudiant a en tête l'effet de revenu, et il a raison sur le fond : le pouvoir d'achat des acheteurs se contracte bel et bien.
Mais sa conclusion est fausse, et la faute est instructive. Le REVENU des acheteurs n'a pas changé : c'est le PRIX du café qui a changé — et le prix du bien est le seul déterminant qui fait glisser LE LONG de la courbe. L'effet de revenu est l'une des deux raisons pour lesquelles cette courbe DESCEND : il est déjà dans sa pente. Le compter une seconde fois en déplaçant la courbe, c'est compter deux fois le même effet.
⚠️ Réflexe à emporter : un mécanisme qui figure DÉJÀ dans la pente d'une courbe ne peut pas, en plus, la déplacer. C'est le meilleur garde-fou contre le piège de l'exercice précédent.
Côté vendeurs : à capacités fixes, chaque unité de facteur ajoutée rend moins que la précédente — ce sont les RENDEMENTS DÉCROISSANTS — donc le COÛT MARGINAL augmente avec la quantité, et seule la perspective d'un prix plus élevé justifie de produire l'unité suivante. C'est le raisonnement de Ricardo (1815) sur les terres de fertilité décroissante, transposé à une cuisine qu'on n'agrandit pas.
Autre marché fictif, celui des places de concert : Qd = 900 − 100 P et Qo = 100 P + 300. Détermine le prix et la quantité d'équilibre. Que se passerait-il si le prix était fixé à 2 € ?
Un coup de pouce
Pose l'égalité Qd = Qo, résous en P, puis remplace P dans l'une des deux équations — et recalcule avec l'autre pour te contrôler.
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À l'équilibre : 900 − 100 P = 100 P + 300, donc 600 = 200 P, donc P* = 3 €.
Quantité : Q* = 100 × 3 + 300 = 600 places. Contrôle avec l'autre équation : 900 − 100 × 3 = 600 également. ✓
À 2 € : Qd = 700 et Qo = 500. La quantité demandée dépasse la quantité offerte — pénurie de 200 places. Des acheteurs déçus sont prêts à payer davantage : le prix est poussé vers le haut, jusqu'à 3 €.
Une nouvelle taxe frappe les producteurs de café et, la même semaine, le prix du thé chute fortement. Que deviennent le prix et la quantité d'équilibre du café ?
Un coup de pouce
Deux chocs : traite-les séparément avant de combiner. Et demande-toi ce qu'est le thé, pour le café.
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La taxe est un coût prélevé sur les producteurs : elle touche l'OFFRE, qui se déplace vers la gauche. Prise seule : prix en hausse, quantité en baisse.
À garder pour le chapitre suivant : la taxe est PRÉLEVÉE sur les producteurs, mais cela ne dit pas qui la SUPPORTE au final. La verser au fisc et en porter la charge sont deux choses distinctes — le partage entre acheteurs et vendeurs dépend des pentes des deux courbes, pas de qui signe le chèque. C'est la question de l'incidence fiscale.
Le thé est un SUBSTITUT du café. Le thé devenu moins cher, une partie des acheteurs s'y reporte : la DEMANDE de café se déplace vers la gauche. Prise seule : prix en baisse, quantité en baisse.
Combinaison : sur la quantité, les deux chocs poussent dans le même sens — elle diminue de façon certaine. Sur le prix, ils s'opposent — il est indéterminé sans l'ampleur des deux déplacements.
Remarque à faire en copie : c'est le cas MIROIR de l'application du cours, où le prix était certain et la quantité indéterminée. Le raisonnement, lui, n'a pas changé d'un mot — c'est le signe qu'il est solide.
Le gérant veut écouler 900 tasses dans la journée. Quel prix MAXIMAL les acheteurs consentent-ils pour la 900ᵉ tasse, et quel prix MINIMAL les vendeurs exigent-ils pour la produire ? Conclus.
Un coup de pouce
Les deux questions demandent un prix à partir d'une quantité : ce sont les formes inverses de la section VI, P = 6,5 − Q/200 et P = Q/200 − 0,5.
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Côté acheteurs : P = 6,5 − 900/200 = 6,5 − 4,5 = 2 €. Contrôle par la forme directe : Qd = 1300 − 200 × 2 = 900 ✓.
Côté vendeurs : P = 900/200 − 0,5 = 4,5 − 0,5 = 4 €. Contrôle : Qo = 200 × 4 + 100 = 900 ✓.
Conclusion : pour cette 900ᵉ tasse, les acheteurs ne montent pas au-dessus de 2 € quand les vendeurs ne descendent pas en dessous de 4 €. Aucun prix ne convient aux deux : 900 tasses, c'est trop pour ce marché — l'équilibre est à 700. Tu viens de relire l'excédent de la section V par l'autre axe : à 4 €, les vendeurs en proposeraient 900 et les acheteurs n'en prendraient que 500.
À retenir pour le partiel : quand l'énoncé donne une quantité et demande un prix, passe par la forme inverse ; quand il donne un prix et demande une quantité, reste en forme directe. Choisir la bonne écriture évite la moitié des erreurs de signe.
La mairie plafonne le prix de la tasse à 2,50 €. La contrainte mord-elle ? Si oui, quelle est l'ampleur du déséquilibre, combien de tasses s'échangent réellement — et que coûte la mesure, en euros de surplus détruit ?
Un coup de pouce
Quatre questions, quatre gestes : situer 2,50 € par rapport à l'équilibre, calculer Qd et Qo à ce prix, prendre le côté court — puis, pour le coût, mesurer entre les DEUX courbes inverses sur les tasses disparues.
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2,50 € est SOUS le prix d'équilibre (3 €) : un plafond y mord, la contrainte est active.
Qd = 1300 − 200 × 2,5 = 800 tasses ; Qo = 200 × 2,5 + 100 = 600 tasses. Pénurie = 800 − 600 = 200 tasses.
Quantité échangée : le côté court, min(800 ; 600) = 600 tasses. Contre 700 à l'équilibre : le plafond, censé protéger les acheteurs, en prive 100 de leur tasse.
Piège à éviter : répondre « 800 tasses s'échangent » parce que c'est ce que les acheteurs veulent. On n'achète pas ce qui n'est pas produit.
Le coût, maintenant (section IX). Sur les 100 tasses disparues, il faut l'écart entre ce que la demande acceptait et ce que l'offre exigeait. À 600 tasses : demande inverse P = 6,5 − 600/200 = 3,50 € ; offre inverse P = 600/200 − 0,5 = 2,50 €. L'écart vaut 1 €, et il se referme à 0 en 700 tasses. Perte sèche = ½ × 100 × 1 = 50 €.
Le contrôle qui vaut la peine : le plafond à 2 € de la section IX coûtait 200 € pour 200 tasses perdues ; celui-ci coûte 50 € pour 100 tasses. Deux fois moins de tasses, mais QUATRE fois moins d'euros — le triangle grandit comme le carré de l'écart au prix d'équilibre. Une entrave deux fois plus serrée coûte quatre fois plus cher : c'est ce que l'aire dit et que le comptage des tasses tait.
Une taxe de 1 € par tasse est prélevée sur les vendeurs : à un prix de vente P ils n'encaissent plus que P − 1, et offrent donc ce qu'ils offraient au prix P − 1. La nouvelle offre s'écrit Qo′ = 200 (P − 1) + 100. Calcule le nouvel équilibre, puis dis qui supporte la taxe.
Un coup de pouce
Développe Qo′ avant de poser l'égalité. Pour la seconde question, compare ce que l'acheteur PAIE et ce que le vendeur ENCAISSE, avant et après.
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Qo′ = 200 P − 200 + 100 = 200 P − 100. Équilibre : 1300 − 200 P = 200 P − 100, donc 1400 = 400 P, donc P* = 3,50 €.
Quantité : Q* = 200 × 3,5 − 100 = 600 tasses. Contrôle avec la demande : 1300 − 200 × 3,5 = 600 ✓. La taxe déplace l'offre vers la gauche : le prix monte, la quantité baisse — le sens annoncé par la méthode en trois temps.
Qui la supporte ? L'acheteur payait 3 €, il paie 3,50 : il en porte 0,50. Le vendeur encaissait 3 €, il encaisse maintenant 3,50 − 1 = 2,50 : il en porte 0,50 aussi. La taxe de 1 € est partagée EXACTEMENT en deux, alors qu'elle est prélevée en totalité sur les vendeurs.
Pourquoi moitié-moitié ici ? Parce que les deux pentes ont la même valeur absolue — 200 tasses par euro d'un côté comme de l'autre. La part supportée par les acheteurs est le rapport de la pente de l'OFFRE à la somme des deux pentes : 200 / (200 + 200) = 1/2. Ici les deux valent 200, donc le rapport ne trahit pas laquelle est au numérateur — raison de plus pour le retenir dans un cas où il le dirait : une offre deux fois plus réactive (400 tasses par euro) laisserait aux acheteurs 400 / (400 + 200) = 2/3 de la taxe. Retiens le sens plutôt que la fraction — le camp qui se dérobe le plus facilement, celui dont la quantité réagit le plus au prix, en supporte le MOINS. Change une pente et le partage change : c'est toute la question de l'incidence fiscale, annoncée à l'exercice 6 et traitée plus tard dans l'année. Retiens la formule du raisonnement : qui signe le chèque ne dit rien de qui paie.
Le même mois, deux chocs : un engouement ajoute 200 tasses à la demande à chaque prix, et une gelée en retire 100 à l'offre à chaque prix. Calcule le nouvel équilibre. Recommence en supposant une gelée plus dure, qui retire 300 tasses. Que conclus-tu ?
Un coup de pouce
Écris les deux nouvelles équations à chaque fois, puis résous comme d'habitude. Compare ensuite les deux résultats à l'équilibre de départ (3 € ; 700 tasses).
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Gelée à −100 : Qd′ = 1500 − 200 P et Qo′ = 200 P + 100 − 100 = 200 P. Égalité : 1500 = 400 P, donc P* = 3,75 € et Q* = 200 × 3,75 = 750 tasses (contrôle : 1500 − 750 = 750 ✓).
Gelée à −300 : Qo′ = 200 P − 200. Égalité : 1500 − 200 P = 200 P − 200, donc 1700 = 400 P, donc P* = 4,25 € et Q* = 200 × 4,25 − 200 = 650 tasses (contrôle : 1500 − 850 = 650 ✓).
Conclusion : dans les deux cas le prix MONTE (3,75 puis 4,25) — c'était certain, les deux chocs le poussent dans le même sens. Mais la quantité passe de 750 (en hausse) à 650 (en baisse) selon la seule ampleur de la gelée. Voilà ce que « indéterminé » veut dire, démontré par le calcul : ce n'est pas qu'on ignore la réponse, c'est qu'il n'y en a pas une sans connaître les amplitudes.
Ce sont exactement les trois réglages de l'atelier de la section XI — 750, 700, 650 tasses pour une gelée faible, moyenne ou forte. Le point de bascule, où la quantité ne bouge pas du tout, est celui où les deux déplacements se compensent : une gelée de −200, soit précisément l'ampleur de l'engouement.
Définitions à connaître
- Équilibre partiel
- Méthode qui étudie UN marché en tenant pour fixes les prix et les revenus de tous les autres (Marshall). Elle s'oppose à l'équilibre général (Walras), où tous les marchés se déterminent ensemble.
- Statique comparative
- Comparaison de deux équilibres, avant et après un choc, sans décrire le chemin de l'un à l'autre ni le temps qu'il prend. C'est l'exercice des sections VII et X.
- Surplus du consommateur
- Différence entre ce qu'un acheteur était prêt à payer et ce qu'il paie réellement, sommée sur tous les acheteurs servis. Aire entre la courbe de demande et l'horizontale du prix.
- Surplus du producteur
- Différence entre le prix encaissé et le prix minimal qui décidait le vendeur à produire, sommée sur toutes les unités vendues. Aire entre l'horizontale du prix et la courbe d'offre.
- Perte sèche
- Surplus détruit par une entrave à l'échange — les transactions mutuellement avantageuses qui n'ont pas eu lieu. À distinguer d'un TRANSFERT, qui déplace du surplus d'un camp à l'autre sans en détruire.
- Marché concurrentiel
- Marché comptant de nombreux acheteurs et de nombreux vendeurs, dont aucun n'a de pouvoir individuel sur le prix, pour un bien homogène et à prix libre — le cadre dans lequel s'énonce la loi de l'offre et de la demande.
- Concurrence pure et parfaite
- Cadre du modèle, défini par cinq conditions : atomicité (une multitude d'acheteurs et de vendeurs, aucun ne fixant le prix), homogénéité (bien identique d'un vendeur à l'autre), fluidité (libre entrée et sortie du marché), transparence (information parfaite sur les prix et la qualité) et prix libres. Réunies, elles font de chaque agent un « preneur de prix ».
- Demande
- Relation entre chaque prix possible et la quantité que les acheteurs sont prêts à acheter à ce prix, toutes choses égales par ailleurs.
- Demande effective (Smith, 1776)
- Demande adossée à un pouvoir d'achat, par opposition au simple désir : seul compte l'acheteur disposé À PAYER le prix. C'est la distinction fondatrice du concept — un désir insolvable n'entre pas dans la demande.
- Mécanisme de rappel
- Force qui ramène le prix vers l'équilibre : au-dessus, l'excédent pousse les vendeurs à baisser ; en dessous, la pénurie pousse les acheteurs à surenchérir. Il suppose des prix libres — la section VIII montre ce qu'il advient quand on l'empêche, et la section IX ce que cela coûte.
- Tâtonnement (Walras, 1874)
- Fiction qui explique QUI fait bouger le prix alors qu'en concurrence parfaite personne ne le fixe : un ajustement par essais et erreurs, aucun échange n'étant conclu tant que l'équilibre n'est pas atteint. C'est un procédé de raisonnement, pas une description d'un marché réel.
- Prix naturel et prix de marché (Smith, 1776)
- Le prix naturel couvre tout juste les coûts ; le prix de marché est celui du jour, qui oscille autour de lui et y revient par la concurrence — Smith parle de GRAVITATION. C'est l'ancêtre, sans courbe ni équation, du mécanisme de rappel de la section VII.
- Demande de marché
- Somme, à chaque prix, des quantités demandées par tous les acheteurs. On additionne les quantités et jamais les prix : c'est une somme horizontale.
- Offre
- Relation entre chaque prix possible et la quantité que les vendeurs sont prêts à vendre à ce prix, toutes choses égales par ailleurs.
- Quantité demandée
- Quantité que les acheteurs souhaitent acheter À UN PRIX DONNÉ — un point de la courbe de demande, à ne pas confondre avec la demande, qui est la courbe entière.
- Quantité offerte
- Quantité que les vendeurs souhaitent vendre À UN PRIX DONNÉ — un point de la courbe d'offre, à ne pas confondre avec l'offre, qui est la courbe entière.
- Loi de la demande
- Toutes choses égales par ailleurs, la quantité demandée d'un bien diminue quand son prix augmente — par effet de substitution et par effet de revenu.
- Loi de l'offre
- Toutes choses égales par ailleurs, la quantité offerte d'un bien augmente quand son prix augmente — parce que produire chaque unité supplémentaire coûte plus cher que la précédente.
- Rendements décroissants
- À capacités fixes (court terme), chaque unité supplémentaire du facteur qu'on ajoute — une heure de travail, par exemple — apporte moins de production que la précédente. C'est la raison technique pour laquelle le coût marginal augmente.
- Coût marginal
- Coût de la DERNIÈRE unité produite. Il croît avec la quantité par l'effet des rendements décroissants, et c'est lui qui donne sa pente à la courbe d'offre : la hauteur de cette courbe au-dessus d'une unité est le coût marginal de cette unité.
- Toutes choses égales par ailleurs (ceteris paribus)
- Hypothèse de raisonnement : on fait varier UNE seule variable (ici le prix), tous les autres déterminants étant supposés constants.
- Disposition à payer
- Prix maximal qu'un acheteur consent à payer pour une unité d'un bien — graphiquement, la hauteur de la courbe de demande au-dessus de cette unité.
- Prix d'équilibre
- Prix qui égalise quantité demandée et quantité offerte ; à ce prix le marché se vide, sans pénurie ni excédent. Il se détermine en résolvant Qd = Qo.
- Pénurie (excès de demande)
- Situation où, au prix courant, la quantité demandée dépasse la quantité offerte — le prix tend alors à monter.
- Prix plafond
- Prix maximal fixé par une autorité. Il n'a d'effet que s'il est placé SOUS le prix d'équilibre : il crée alors une pénurie durable, que le prix n'a plus le droit de résorber.
- Prix plancher
- Prix minimal fixé par une autorité. Il n'a d'effet que s'il est placé AU-DESSUS du prix d'équilibre : il crée alors un excédent durable.
- Côté court
- La plus petite des deux quantités, offerte ou demandée : c'est elle qui s'échange réellement quand le prix ne peut pas équilibrer le marché. On n'achète pas ce qui n'est pas produit, on ne vend pas ce que personne ne prend.
- Excédent (excès d'offre)
- Situation où, au prix courant, la quantité offerte dépasse la quantité demandée — le prix tend alors à baisser.
- Biens substituts / compléments
- Substituts : biens qui se remplacent (thé et café) — la hausse du prix de l'un accroît la demande de l'autre. Compléments : biens qui se consomment ensemble (café et sucre) — la hausse du prix de l'un réduit la demande de l'autre.
- Bien normal / bien inférieur
- Bien normal : sa demande augmente quand le revenu des acheteurs augmente. Bien inférieur : sa demande diminue quand le revenu augmente, les acheteurs se tournant vers un bien de meilleure qualité.
Méthode — les réflexes de copie
- Devant un prix encadré, ne t'arrête pas à la quantité perdue : chiffre la PERTE SÈCHE (le triangle entre les deux courbes, sur les unités disparues) et distingue-la du simple transfert entre acheteurs et vendeurs. C'est le point qui sépare les copies.
- En dissertation, situe la loi avant de l'appliquer : telle qu'on l'écrit aujourd'hui, elle est la SYNTHÈSE de Marshall (1890) entre l'école des coûts (Smith 1776, Ricardo 1817) et celle de l'utilité marginale (Jevons et Menger 1871, Walras 1874, annoncée par Say en 1803) — les deux lames des ciseaux. Une phrase suffit, et elle place la copie.
- Ouvre toujours par le cadre : concurrence pure et parfaite — atomicité, homogénéité, fluidité, transparence, prix libres. Une loi énoncée hors de son cadre est une loi fausse.
- Écris « toutes choses égales par ailleurs » chaque fois que tu énonces une loi — sans cette clause l'énoncé est faux, et le correcteur le sait.
- Le prix du bien change → mouvement LE LONG des courbes. N'importe quoi d'autre change → déplacement D'UNE courbe. Tranche avant de tracer, jamais pendant.
- Raisonne en trois temps : côté touché (demande ou offre) → sens du déplacement → nouvel équilibre. Le prix ET la quantité sont attendus, les deux valent des points.
- Équilibre chiffré : pose Qd = Qo, résous en P, remplace P* dans l'une des équations — puis recalcule avec l'autre. Deux résultats identiques, c'est un contrôle gratuit.
- On additionne des quantités, jamais des prix : la demande de marché est une somme horizontale.
- Prix encadré : commence par regarder de quel côté de l'équilibre il tombe. Plafond SOUS l'équilibre ou plancher AU-DESSUS : la contrainte mord. Sinon elle ne change rien, et le dire est la bonne réponse.
- Sous encadrement, la quantité échangée est le CÔTÉ COURT — min(Qd, Qo). Une pénurie de 400 ne veut pas dire 400 acheteurs servis plus tard : elle veut dire 400 qui ne seront pas servis.
- Deux chocs simultanés : traite-les un par un, puis combine. Là où ils s'accordent, conclus fermement ; là où ils s'opposent, écris « indéterminé » et dis pourquoi — c'est la réponse juste, pas une échappatoire.
- Piège classique : « le prix du café monte, donc la demande de café baisse » est FAUX — c'est la quantité demandée qui baisse. Réserve le mot « demande » à la courbe entière.
- Sur un graphique, nomme tout : axes (P, Q), courbes (D, O), équilibres (E₁, E₂), flèches de déplacement. Un schéma muet ne rapporte aucun point.
- Une quantité donnée, un prix demandé → forme inverse (P = …). Un prix donné, une quantité demandée → forme directe (Q = …). Choisir l'écriture avant de calculer évite la moitié des erreurs de signe.
- Méfie-toi d'une ordonnée à l'origine : elle sert le calcul, elle ne prédit rien hors de la plage de prix de l'énoncé.
Sources
- Jules Dupuit, De la mesure de l'utilité des travaux publics, 1844
- Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776
- Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, 1803
- David Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817
- William Stanley Jevons, The Theory of Political Economy, 1871
- Carl Menger, Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, 1871
- Léon Walras, Éléments d'économie politique pure, 1874
- Alfred Marshall, Principles of Economics, 1890