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Cursus étudiant

Le PIB par habitant

15 parties

Objectifs — à la fin de ce cours, tu sais

  • Calculer un PIB par habitant en accordant les unités, dire par quelle population on divise — moyenne de l'année ou effectif au 1er janvier, France entière ou métropolitaine —, et retrouver cette moyenne à partir des deux effectifs qui encadrent l'année.
  • Expliquer pourquoi une production qui recule de 11,6 % peut faire reculer le PIB par habitant de 13,7 %, et pourquoi une production inchangée peut donner moins par tête.
  • Choisir le numérateur — PIB, RNB ou RNDB par habitant — selon qu'on décrit un TERRITOIRE, ce que des résidents GAGNENT, ou ce dont ils DISPOSENT, et reconnaître les pays où ces mesures divergent.
  • Distinguer la MOYENNE de la MÉDIANE, montrer qu'un seul foyer peut les écarter de 47 %, et dire laquelle des deux répond à la question « comment vit un habitant ordinaire » — une fois ramenée à l'unité de consommation.
  • Appliquer la relation du chapitre précédent — la croissance par habitant se divise — et savoir dans quel sens la soustraction se trompe.
  • Dire de quelle CONVERSION dépend une comparaison internationale — change de marché ou parité de pouvoir d'achat — et pourquoi un classement de pays ne se commente pas sans elle.
  • Nommer ce qu'un PIB par habitant ne dit pas : la répartition, le travail non rémunéré, le temps libre, l'usure du capital et l'environnement.

I. Quatre ans plus tard, et rien de plus par personne

Reprends le village que ce cursus suit depuis le chapitre n°4. Entre l'an 1 et l'an 5, sa production en volume passe de 160 000 à 184 000 euros : une croissance cumulée de 15 %, calculée au chapitre précédent. Quatre années de travail, une mauvaise récolte surmontée, un rattrapage complet, puis une expansion. Le chiffre est bon, et il ne ment pas.

Voici pourtant l'autre chiffre. L'an 1, le village compte 40 habitants en moyenne sur l'année ; l'an 5, il en compte 46 — des moyennes annuelles, comme la section II l'exigera. Divise la production par les gens qui la partagent : 160 000 ÷ 40 = 4 000 euros par habitant l'an 1, et 184 000 ÷ 46 = 4 000 euros par habitant l'an 5. Exactement le même nombre. Quinze pour cent de croissance, et pas un euro de plus par personne.

Personne n'a triché. La production a bien augmenté de 15 %, et la population aussi — 40 devenus 46, c'est également 15 %. Ce que le village a produit en plus, il l'a exactement partagé entre des bouches supplémentaires. Un pays peut donc croître des années durant sans que ses habitants soient mieux lotis, et le chiffre qui le révèle n'est pas le PIB : c'est le PIB rapporté à la population.

Ce chapitre porte sur cette division, et il faut dire tout de suite qu'elle n'a rien d'anodin. Le chapitre n°8 s'était arrêté au bord en promettant d'y revenir : il avait montré qu'un pays peut afficher le PIB par habitant le plus élevé du monde en divisant une production à laquelle une partie de ses travailleurs ne participe qu'en visiteurs. Le chapitre n°9 avait promis autre chose : que derrière la population viendrait la répartition. Les deux promesses sont tenues ici.

Le programme, en quatre questions. Par quelle population divise-t-on, exactement (section II) ? Que fait cette division aux variations, et pourquoi aggrave-t-elle les baisses (III) ? Quel numérateur choisir, la production du territoire ou le revenu des résidents (IV) ? Et que reste-t-il du résultat quand on regarde comment il se répartit (V) ? Les sections VI à VIII appliquent la croissance par habitant, comparent deux pays, et nomment ce que ce chiffre tait ; la IX te met aux commandes.

II. Par quelle population divise-t-on ?

La question paraît oiseuse : par la population, évidemment. Elle ne l'est pas, et c'est le premier endroit où une copie se perd. L'INSEE publie plusieurs nombres qui s'appellent tous « la population de la France », et ils ne répondent pas à la même question.

Le premier est un effectif à une date : la population au 1er janvier. Le bilan démographique publié en janvier 2026 en donne quatre années de suite, pour la France entière : 68 405 milliers d'habitants au 1er janvier 2023, 68 638 en 2024, 68 852 en 2025 et 69 082 en 2026 — les trois dernières encore provisoires. Ce sont des photographies, prises un jour donné.

Le second est une moyenne : la population moyenne de l'année, celle qu'emploient les comptes nationaux. Pour 2024, elle vaut 68 776 milliers. Ce n'est pas une photographie mais un film résumé — la population moyenne des douze mois. Et tu peux la retrouver, ce qui est la meilleure façon de comprendre ce qu'elle est : l'année 2024 est encadrée par les effectifs du 1er janvier 2024 et du 1er janvier 2025, soit 68 638 et 68 852 milliers, dont la demi-somme vaut 68 745. Les comptes en publient 68 776, à 0,045 % près. L'écart ne vient pas du principe de la moyenne : sur une progression linéaire, moyenner en continu donne la demi-somme des deux bornes. Il vient d'abord de ce que les deux séries ne sont pas arrêtées au même moment — les effectifs du bilan démographique sont provisoires quand les comptes emploient leur propre estimation — et accessoirement de ce que le mouvement démographique n'est pas régulier au fil des mois. Tu ne retrouveras donc pas leur chiffre au millier près, mais tu sauras d'où il vient et tu pourras contrôler qu'il est plausible.

Le piège. Le PIB est un FLUX : il s'accumule pendant douze mois, et pendant ces douze mois la population change. Le chapitre n°4 a posé cette distinction entre flux et stock, et le chapitre n°7 l'a fait vivre dans le circuit. La question n'est donc pas « combien sommes-nous » mais « combien avons-nous été, en moyenne, pendant que cette production se faisait » : le dénominateur qui convient compte des ANNÉES-PERSONNES, c'est-à-dire la population effectivement exposée au flux. C'est exactement ce que fournit la population moyenne de l'année, et c'est celle que les comptes nationaux emploient pour leurs propres grandeurs par habitant.

Attention à ne pas comparer pour mesurer cette erreur les deux nombres les plus éloignés, 68 776 et 69 082 : ils ne diffèrent pas seulement par le concept, ils portent aussi sur deux années différentes, et l'écart de 0,44 % entre eux est pour l'essentiel dix-huit mois de croissance démographique — une moyenne de 2024 est centrée sur le 1er juillet 2024. L'erreur de concept, elle, se chiffre ainsi : divise le PIB de 2024 par l'effectif du 1er janvier 2024, soit 2 935,236 milliards par 68 638 milliers, et tu obtiens 42 764 euros au lieu de 42 678. Quatre-vingt-six euros de trop par habitant, soit 0,20 % — assez petit pour ne pas sauter aux yeux, ce qui la rend précisément dangereuse. Retiens la règle plutôt que le chiffre : un flux se divise par une moyenne de période, jamais par un stock daté.

Deuxième source d'ambiguïté, le champ géographique. « France métropolitaine » exclut les départements et régions d'outre-mer ; « France entière » les inclut. L'écart n'a rien de symbolique : au 1er janvier 2026, la métropole compte 66 793 milliers d'habitants et la France entière 69 082, soit 3,4 % de plus — davantage que dix années de croissance démographique au rythme actuel. Diviser une production France entière par une population métropolitaine gonfle donc le résultat de 3,4 %, et ce bricolage ne se voit pas sur le nombre obtenu.

Troisième question, plus profonde : qui compte-t-on ? La population, ce sont les RÉSIDENTS — ceux qui vivent habituellement sur le territoire. Ce n'est pas la population active, ni le nombre de travailleurs, ni le nombre de ménages. Le chapitre n°8 avait posé la notion de résidence pour distinguer PIB et RNB ; elle revient ici au dénominateur, et la section IV montrera qu'un pays où beaucoup de gens travaillent sans y résider voit ses deux chiffres diverger spectaculairement.

Retiens donc quatre précisions avant d'écrire un PIB par habitant : quelle population (moyenne d'année, pas effectif daté), quel champ (entière ou métropolitaine), qui l'on compte (des résidents), et quel millésime — car les populations sont révisées comme le sont les comptes, ce que le chapitre n°9 a établi pour les taux de croissance.

Accorder les unités avant de diviser

Le calcul lui-même est une division. Ce qui se rate, ce sont les unités : les comptes publient le PIB en MILLIARDS d'euros et la population en MILLIERS de personnes. Les traiter comme des nombres nus donne un résultat faux d'un facteur mille, et un facteur mille ne se remarque pas quand on ne sait pas d'avance ce qu'on cherche.

  1. PIB 2024 = 2 935,236 milliards d'euros

    La production du territoire français en 2024, aux prix courants, telle que la publient les comptes nationaux — le chiffre que le chapitre n°8 a déjà employé, au même millésime.

  2. population moyenne 2024 = 68 776 milliers de personnes

    La moyenne de l'année et non l'effectif au 1er janvier, sur le champ FRANCE ENTIÈRE — celui du PIB ci-dessus, car les deux termes doivent porter sur le même territoire. C'est le dénominateur qu'impose la nature de flux du numérateur.

  3. 2 935,236 × 10⁹ = 2 935 236 000 000 euros

    On ramène les milliards en euros. Un milliard vaut mille millions, soit 10⁹.

  4. 68 776 × 10³ = 68 776 000 personnes

    On ramène les milliers en personnes. C'est la moitié du travail, et celle qu'on oublie.

  5. PIB par habitant = 2 935 236 000 000 / 68 776 000 = 42 678 euros

    Le résultat, en euros par personne et par an. Ordre de grandeur à retenir pour contrôler toute copie : quelques dizaines de milliers d'euros. Un résultat à 42 ou à 42 000 000 signale une unité perdue.

Le contrôle qui évite la faute d'unité, et qui prend cinq secondes : demande-toi combien de personnes il faudrait pour que le compte tombe. Ici, 2 935 milliards divisés par 42 678 euros donnent bien environ 69 millions de personnes — un nombre qu'on reconnaît. Un résultat dont on ne reconnaît ni le numérateur ni le dénominateur ne se défend pas.

III. Ce que la division fait à une variation

Revenons au village, et regardons ses cinq années côte à côte. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune, la production en volume, la population, et le quotient des deux. La figure qui suit en fait trois courbes. Prends le temps de les lire avant la suite : trois choses s'y voient, et aucune n'est évidente.

La première. L'an 3 est la mauvaise année : la récolte manque, la production tombe de 172 000 à 152 000 euros, soit une chute de 11,63 %. Mais la population, elle, ne recule pas : elle passe de 41 à 42. Le PIB par habitant tombe donc de 4 195 à 3 619 euros, soit une chute de 13,73 %. Diviser une production qui baisse par une population qui monte AGGRAVE la baisse. Ce n'est pas une coïncidence de nos chiffres : c'est ce que fait une division quand le dénominateur va dans le mauvais sens.

La deuxième, et c'est celle qui doit rester. L'an 4, le village retrouve exactement sa production de l'an 2 : 172 000 euros, au centime près — le chapitre n°9 en avait fait sa démonstration de l'asymétrie. Même production, donc. Et pourtant, le PIB par habitant de l'an 4 vaut 3 909 euros contre 4 195 à l'an 2 : 6,82 % de moins. Le village a rattrapé toute sa production et n'a pas rattrapé son niveau de vie, parce que trois habitants de plus se partagent le même gâteau. Un pays qui annonce « nous avons retrouvé notre niveau d'avant-crise » parle de son PIB ; ses habitants, eux, parlent d'autre chose.

La troisième est celle de la première page : sur les cinq années, le PIB gagne 15 % et la population gagne 15 %, si bien que le PIB par habitant termine à 4 000 euros, exactement là où il avait commencé. Le tableau le montre d'un coup d'oeil, en dernière colonne.

Une remarque de vocabulaire, parce qu'elle tombe en examen. Le PIB par habitant n'est le revenu de personne. C'est un QUOTIENT, pas un salaire : il vaudrait ce que chacun recevrait si l'on partageait la production à parts strictement égales, ce qui n'arrive jamais. On dit aussi « PIB par tête », ou en anglais GDP per capita — trois noms pour la même division. La section V dira ce que ce partage imaginaire cache.

Le villagePIB en volumeHabitantsPIB par habitant
An 1160 000 €404 000 €
An 2172 000 €414 195 €
An 3152 000 €423 619 €
An 4172 000 €443 909 €
An 5184 000 €464 000 €
La production et la population du village en indice base 100 : elles partent du même point et y reviennent ensemble, quand leur quotient — le PIB par habitant — s'en écarte puis y revient100115productionpopulationpar habitantan 1an 2an 3an 4an 5
Les cinq années du village, en indice base 100 à l'an 1 : la production en volume, la population, et leur quotient. L'échelle est resserrée entre 88 et 118 — partie de zéro, elle aplatirait les trois courbes. Regarde d'abord les deux termes : ils partent du même point et arrivent au même, tous deux à 115, parce que la production et la population ont gagné 15 % l'une comme l'autre. Puis le quotient : il quitte 100, plonge à 90 l'année de la mauvaise récolte, remonte sans y parvenir à l'an 4 — même production qu'à l'an 2, trois habitants de plus — et revient exactement à 100. Quinze pour cent de croissance, et le trait du milieu termine là où il avait commencé.

IV. Le numérateur : produire n'est pas gagner

Jusqu'ici nous avons divisé le PIB. Le chapitre n°8 avait déjà posé les deux quotients français — 42 678 et 43 382 euros — et signalé le piège luxembourgeois ; ce chapitre-ci ne les recalcule pas pour le plaisir, il dit ce qu'on en FAIT. Car le n°8 avait établi qu'il existe d'autres agrégats, et que le choix entre eux n'est pas de forme : le PIB mesure ce qui est PRODUIT sur un territoire, le RNB ce qui est GAGNÉ par ses résidents, où qu'ils l'aient gagné. Au dénominateur, nous mettons des résidents. La cohérence commande donc de se demander lequel de ces numérateurs leur correspond.

Commence par le village, qui porte déjà le mécanisme. Le chapitre n°8 lui a donné un ouvrier non résident qui produit chez lui et un frontalier résident qui gagne au-dehors : son PIB vaut 160 000 euros l'an 1 et son RNB 164 000. Par habitant — et ses 40 habitants sont bien des RÉSIDENTS, c'est ce que compte le dénominateur — cela fait 4 000 euros de production contre 4 100 euros de revenu. Cent euros d'écart, sur un village de quarante personnes : la question n'est pas anecdotique, elle est seulement petite ici.

Sur la France, l'écart est du même ordre et tout aussi instructif. Le PIB par habitant vaut 42 678 euros en 2024 ; le RNB, qui s'élève à 2 983,617 milliards, donne 43 382 euros par habitant en le divisant par la même population. Soit 704 euros de plus par habitant à l'euro affiché, parce que le SOLDE DES REVENUS PRIMAIRES avec le reste du monde est positif — le chapitre n°8 l'a décomposé en trois : salaires, revenus de la propriété, et les subventions reçues des institutions européennes nettes des impôts qui leur sont versés. La France gagne un peu plus qu'elle ne produit : son RNB représente 101,6 % de son PIB. Attention si tu refais le calcul par ce pourcentage : il est arrondi, et 42 678 × 1,016 rend 43 361 euros au lieu de 43 382. Un rapport arrondi ne reconstitue pas le nombre dont il est tiré — c'est une raison de plus de partir des deux agrégats plutôt que de leur ratio.

Sur d'autres pays, l'écart cesse d'être un détail. Le RNB de l'Irlande ne représente que 75,2 % de son PIB, et celui du Luxembourg 65,4 % — pour deux raisons différentes que le chapitre n°8 a distinguées : en Irlande, des profits de multinationales qui y sont domiciliées et repartent vers leurs actionnaires ; au Luxembourg, des salaires de frontaliers et des revenus de fonds. Autrement dit, plus du tiers de ce qui est produit au Luxembourg n'est pas un revenu luxembourgeois : c'est un revenu qui repart — vers des travailleurs frontaliers qui produisent sans résider, et vers des propriétaires étrangers.

Le cas luxembourgeois mérite d'être compris plutôt que récité, parce qu'il est le contre-exemple parfait de ce chapitre. Le numérateur, le PIB, compte tout ce qui est produit sur le territoire, y compris par ces frontaliers. Le dénominateur, la population, ne les compte pas : ils résident ailleurs. On divise donc une production faite par un ensemble de gens par un ensemble plus petit. Le résultat est mécaniquement gonflé, et il ne décrit ni le niveau de vie luxembourgeois, ni celui des frontaliers.

Attention à ne pas en tirer la conclusion inverse. Ce n'est pas que le Luxembourg soit pauvre, ni que son chiffre soit faux : le PIB par habitant y répond correctement à une question qui n'est pas celle qu'on croit poser. Il dit combien de production le territoire génère par résident, ce qui intéresse un aménageur ou un fiscaliste. Il ne dit pas ce que gagne un résident. Pour cela, il faut le RNB par habitant, et l'écart entre les deux mesure exactement ce que le territoire produit sans le garder.

La règle de choix tient en trois lignes, et le chapitre n°8 en a construit les trois étages. Décrit-on un TERRITOIRE — son appareil productif, sa densité d'activité ? Le PIB par habitant. Décrit-on ce que les résidents GAGNENT ? Le RNB par habitant. Décrit-on ce dont ils DISPOSENT, une fois payés les transferts vers l'étranger ? Le revenu national DISPONIBLE brut, le RNDB — c'est l'ordre des mots du chapitre n°8, et c'est celui que le sigle abrège.

Et cet étage-là retourne la conclusion qu'on vient de tirer, ce qui vaut la peine d'être vu. Le RNDB français de 2024 vaut 2 934,441 milliards : divisé par la même population, il donne 42 667 euros par habitant, soit un peu MOINS que les 42 678 euros de PIB par habitant. La France gagne donc un peu plus qu'elle ne produit, et dispose d'un peu moins qu'elle ne produit — les frontaliers et les capitaux lui rapportent, les transferts qu'elle verse au reste du monde lui reprennent davantage. Une phrase sur la richesse d'un pays n'a de sens qu'une fois dit à quel étage on se place.

Les institutions, elles, ont tranché. La Banque mondiale classe les pays — revenu faible, intermédiaire, élevé — sur le RNB par habitant, et non sur le PIB, précisément parce que ce classement commande l'accès à des prêts et doit décrire des populations. Le chapitre n°8 a détaillé sa méthode dite de l'Atlas, qui lisse le taux de change sur trois ans pour qu'une secousse monétaire ne déclasse pas un pays du jour au lendemain.

Pays, 2024RNB rapporté au PIBCe que cela signifie
France101,6 %gagne un peu plus qu'elle ne produit
Irlande75,2 %profits de multinationales domiciliées
Luxembourg65,4 %plus du tiers repart

V. La moyenne n'est pas le milieu

Le chapitre n°9 avait laissé une dette explicite : derrière la population, disait-il, il y a la répartition, et une moyenne n'en dit rien. Payons-la.

L'an 5, le village produit 184 000 euros et compte 46 habitants répartis en dix foyers, soit 4,6 personnes par foyer. Posons maintenant une hypothèse de travail, et disons-la pour ce qu'elle est : supposons que la totalité de la production revienne aux foyers. C'est faux dans un vrai pays — le chapitre n°8 a montré qu'une partie ne devient jamais un revenu des ménages : usure du capital, impôts, profits non distribués. Mais cette fiction ne change rien à ce qui va être démontré, et elle permet de comparer deux mesures sur un même total. Voici donc les revenus des dix foyers, tous exprimés AUX PRIX DE L'AN 1 comme la série du tableau de la section III — le chapitre n°6 a établi qu'on ne mélange pas des euros de deux années. Rangés du plus modeste au plus aisé : 8 000, 9 000, 10 000, 11 000, 12 000, 13 000, 14 000, 15 000, 20 000, puis 72 000 euros. Leur somme fait exactement 184 000 euros — c'est bien le même gâteau, découpé.

Le revenu MOYEN par foyer vaut donc 184 000 ÷ 10 = 18 400 euros. Contrôle immédiat, et il referme la boucle : divise ce montant par les 4,6 personnes d'un foyer moyen, et tu retrouves 4 000 euros — exactement le PIB par habitant de l'an 5 lu au tableau de la section III. Les deux moyennes décrivent le même gâteau, coupé selon deux dénominateurs. Mais demande-toi maintenant ce que gagne le foyer du MILIEU. Range les dix foyers et coupe la file en deux : cinq foyers en dessous, cinq au-dessus. La frontière tombe entre le cinquième (12 000 euros) et le sixième (13 000), soit 12 500 euros. C'est la MÉDIANE : la valeur qui partage en deux moitiés égales l'effectif observé — ici des foyers, et non des personnes, ce qui aura son importance.

Douze mille cinq cents contre dix-huit mille quatre cents : la moyenne dépasse la médiane de 47 %. Huit foyers sur dix vivent sous la moyenne — le schéma en fin de section les fait compter, et montre d'un coup d'oeil le foyer qui emporte l'écart. Un chiffre annoncé comme « le revenu moyen du village » décrit donc la situation d'une minorité, et la phrase « le village gagne 18 400 euros par foyer » est vraie arithmétiquement et fausse en tout autre sens.

D'où vient l'écart ? D'un seul foyer. Celui à 72 000 euros porte à lui seul 39,1 % du revenu total du village. Retire-le, et regarde ce qui se passe : les neuf foyers restants ont une moyenne de 12 444 euros et une médiane de 12 000 euros. Les deux mesures se rejoignent, à moins de 4 % l'une de l'autre. La moyenne n'était pas fausse : elle était SENSIBLE. Attention toutefois à ce que ce retrait démontre exactement — il montre d'où vient l'écart, pas la robustesse de la médiane, puisqu'en retirant un foyer on change aussi l'effectif. Le test qui prouve la robustesse est un autre : garde les dix foyers et porte le dernier de 72 000 à 720 000 euros. La moyenne bondit de 18 400 à 83 200 euros ; la médiane, elle, reste à 12 500, sans bouger d'un centime. Voilà ce que veut dire « insensible aux valeurs extrêmes ». Attention à ce que fait cette manipulation : elle abandonne l'hypothèse de travail posée plus haut, puisque le total des foyers vaut alors 832 000 euros et non plus la production du village. C'est assumé — la question n'est plus comptable mais statistique, et elle porte sur le comportement de deux mesures quand une valeur s'envole, non sur le partage d'un gâteau.

C'est là toute la différence, et il faut savoir la dire. La moyenne répond à la question « combien y a-t-il à partager, par personne ». La médiane répond à « comment vit celui du milieu ». Une politique publique, un journaliste ou un étudiant qui veut décrire une condition ordinaire a besoin de la seconde ; un comptable national qui veut boucler un total a besoin de la première.

Le PIB par habitant est, par construction, une moyenne. Il hérite donc de ce défaut sans qu'on puisse le corriger : on ne peut pas en tirer une médiane, parce qu'il ne contient aucune information sur la répartition. Il faut une autre source — une enquête auprès des ménages — et c'est précisément ce que publie l'INSEE sous le nom de NIVEAU DE VIE MÉDIAN, un chiffre distinct qui n'a pas vocation à concorder avec le PIB par habitant. Et il est publié : le niveau de vie MÉDIAN des personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine vaut 25 760 euros par unité de consommation en 2023, soit 2 150 euros par mois pour une personne seule. Range ce nombre à côté des 42 678 euros de PIB par habitant, et ne les soustrais surtout pas : ils diffèrent par leur numérateur — une production d'un côté, un revenu DISPONIBLE de l'autre —, par leur dénominateur — des personnes contre des unités de consommation —, et par leur champ — France entière contre métropole. Trois écarts, et le chapitre t'a appris à les nommer tous les trois. Deux chiffres français de la même époque peuvent donc être justes tous les deux et n'avoir aucun droit d'être comparés. Attention à un dernier détail de dénominateur, qui n'est que la leçon de la section II appliquée aux ménages : une médiane par FOYER ne décrit pas une condition individuelle, puisque les foyers n'ont pas la même taille — nos dix foyers abritent 4,6 personnes en moyenne. C'est pourquoi l'INSEE ne divise pas par le nombre de personnes mais par des UNITÉS DE CONSOMMATION, dont l'échelle est fixée : le premier adulte compte pour 1, chaque AUTRE personne de quatorze ans ou plus pour 0,5, chaque enfant plus jeune pour 0,3. Un foyer de deux adultes et deux jeunes enfants pèse donc 2,1 unités et non 4, parce que deux personnes sous un même toit ne dépensent pas deux fois tout.

Attention à ne pas surinterpréter. Une médiane ne dit pas non plus tout : deux pays de même médiane peuvent avoir des extrêmes très différents, et il faut alors d'autres instruments — rapports interdéciles, courbes de concentration. Ces instruments dépassent le cadre de ce cursus, et il vaut mieux le dire que promettre un rendez-vous que personne ne tiendra. Ce qu'il faut retenir ici est plus modeste et plus solide : dès qu'une distribution est déséquilibrée, la moyenne cesse de décrire le cas ordinaire.

Les dix foyers, an 5Revenu annuelPosition
Foyer 18 000 €
Foyer 29 000 €
Foyer 310 000 €
Foyer 411 000 €
Foyer 512 000 €médiane entre les deux
Foyer 613 000 €soit 12 500 €
Foyer 714 000 €
Foyer 815 000 €dernier sous la moyenne
Foyer 920 000 €
Foyer 1072 000 €39,1 % du total
Moyenne18 400 €huit foyers en dessous
Les dix foyers du village rangés du plus modeste au plus aisé : huit barres sous la moyenne, une médiane bien en dessous d'elle, et un seul foyer qui porte près de quarante pour cent du totalmédiane 12 500 €moyenne 18 400 €39,1 % du totaldu plus modesteau plus aisé
Les dix foyers du village à l'an 5, rangés du plus modeste au plus aisé, tous aux prix de l'an 1. L'échelle part de zéro et monte jusqu'au foyer le plus haut, sans axe coupé : c'est le seul cadrage honnête, puisque tout le propos est qu'un foyer écrase les neuf autres. Le trait plein est la MOYENNE, 18 400 euros ; le trait pointillé, plus bas, est la MÉDIANE, 12 500 euros. Huit barres sur dix passent sous la moyenne — on les compte —, et le dixième foyer porte à lui seul 39,1 % du total. Un chiffre unique annoncé comme « le revenu du village » désignerait les deux barres de droite, pas les huit premières.

VI. La croissance par habitant

Le chapitre n°9 a établi la relation, il n'y a donc pas lieu de la redémontrer : la croissance par habitant s'obtient en DIVISANT les coefficients, jamais en soustrayant les taux. Ce chapitre-ci l'applique, et va un peu plus loin sur un point que le précédent n'avait pas tranché : dans quel sens la soustraction se trompe.

Écris la division et développe-la. Le taux par habitant vaut (1 + g) ÷ (1 + n) − 1, où g est le taux du PIB et n celui de la population. Un peu d'algèbre transforme cette expression en quelque chose de très parlant : elle vaut exactement (g − n) ÷ (1 + n). Autrement dit, le taux par habitant EST la soustraction, divisée par le coefficient de population.

Cette écriture règle la question du sens de l'erreur. Dès que la population croît, 1 + n dépasse 1, et diviser par un nombre supérieur à 1 rapproche de zéro. La soustraction EXAGÈRE donc toujours, dans les deux sens : elle annonce une hausse trop forte quand la production progresse plus vite que la population, et une baisse trop profonde quand elle progresse moins vite.

Applique-la d'abord à la France, puisque le cursus en a maintenant tous les termes. En 2025, le PIB en volume a progressé de 0,805 % — le chiffre du chapitre n°9. Pour la population, une précaution de méthode. Reconstruis donc les DEUX années par la demi-somme, sans quoi tu comparerais deux méthodes — 68 745 milliers en 2024, 68 967 en 2025, soit +0,323 %. C'est la seule entorse du chapitre au chiffre officiel de 68 776, et elle est faite pour rester homogène : mieux vaut ici deux nombres comparables que l'exactitude d'un seul côté. Attention à un dernier piège, qui est celui de tout le chapitre. Compare les deux effectifs au 1er janvier 2025 et 2026 — 68 852 puis 69 082 — et tu obtiens +0,334 %, un autre taux, différent de nos 0,323 %. Il n'est pas faux : il mesure la croissance d'un STOCK à l'autre, quand un PIB par habitant a besoin du rapport de deux MOYENNES annuelles. Le taux qu'on emploie doit être de la même nature que la grandeur qu'on divise, et c'est la distinction de la section II revenue au moment de conclure. Et il existe un TROISIÈME taux pour cette même année, celui que l'INSEE met en avant : +0,25 %. Celui-là ne retient que le mouvement démographique — un solde naturel de −6 000 personnes et un solde migratoire de +176 000 —, là où les effectifs publiés portent en plus un AJUSTEMENT STATISTIQUE de +60 000, la correction par laquelle l'institut raccorde ses estimations aux recensements. Trois nombres pour une seule année, et aucun n'est faux : ce qui les sépare est ce qu'on a décidé de compter. Le chapitre n°9 a rencontré exactement cela sur la croissance, où deux séries du même institut divergent d'un dixième de point selon qu'elles corrigent ou non des jours ouvrables. Avant de commenter un taux, demande de quelle série il sort. La croissance par habitant vaut donc 1,00805 ÷ 1,00323 = 1,00480, c'est-à-dire +0,48 %. Autrement dit, quatre dixièmes de la croissance française de 2025 ont servi à équiper des habitants supplémentaires, et six dixièmes ont élevé la production par tête. C'est cette division-là que les commentaires de conjoncture omettent presque toujours de faire — et note qu'elle exige de traiter les deux années par le même chemin, faute de quoi l'écart de méthode se glisse dans le résultat.

Vérifie maintenant la règle sur les deux années opposées du village. L'an 2 : le PIB gagne 7,50 %, la population 2,50 %. La soustraction annonce 5,00 % ; le calcul exact donne 4,88 %. La soustraction a exagéré la hausse. L'an 3 : le PIB perd 11,63 %, la population gagne 2,44 %. La soustraction annonce −14,07 % ; le calcul exact donne −13,73 %. Elle a exagéré la baisse. Dans les deux cas, elle s'est éloignée de zéro.

Cette écriture donne mieux qu'une mise en garde : elle donne la loi exacte de l'erreur. Puisque le taux vrai vaut la soustraction divisée par (1 + n), la soustraction vaut le taux vrai MULTIPLIÉ par (1 + n) : elle se trompe donc de n en relatif, exactement, et jamais davantage. Vérifie-le sur les quatre années du village : 5,000 / 4,878 = 1,025 quand n vaut 2,5 % ; 14,067 / 13,732 = 1,0244 quand n vaut 2,44 % ; 8,396 / 8,014 = 1,0476 quand n vaut 4,76 % ; 2,432 / 2,326 = 1,0455 quand n vaut 4,55 %. Voilà pourquoi la soustraction se pratique impunément dans les pays vieillissants, où n approche zéro, et pourquoi elle devient franchement fausse là où la population croît de 2 ou 3 % l'an : à 4 % d'accroissement, elle se trompe de 4 %.

Un mot enfin sur ce que cette relation permet de comprendre en histoire économique. Pendant l'essentiel de l'histoire humaine, la production a crû et la population aussi, à des rythmes voisins — d'où des niveaux de vie remarquablement stables sur des siècles, sur des séries reconstruites et, le chapitre n°9 le rappelait, discutées par les historiens. Le chapitre n°9 avait cité les travaux d'Angus Maddison, qui a reconstitué deux mille ans de production mondiale ; c'est en RAPPORTANT cette production aux populations qu'ils prennent leur sens. La rupture des deux derniers siècles n'est pas que la production ait augmenté : c'est qu'elle ait augmenté PLUS VITE que le nombre de gens, durablement, pour la première fois.

La soustraction, et ce qu'elle vaut

Une seule ligne d'algèbre transforme la division en soustraction corrigée, et c'est elle qui dit dans quel sens on se trompe quand on va trop vite.

  1. 1 + g_habitant = (1 + g) / (1 + n)

    La relation du chapitre n°9 : les coefficients se divisent. g est le taux du PIB, n celui de la population.

  2. g_habitant = (1 + g) / (1 + n) − (1 + n) / (1 + n) = (g − n) / (1 + n)

    On écrit le « − 1 » sous la forme (1 + n) / (1 + n) pour mettre les deux termes au même dénominateur ; le numérateur devient (1 + g) − (1 + n) = g − n. Le taux par habitant est donc la soustraction, DIVISÉE par le coefficient de population.

  3. an 2 : (7,50 − 2,50) / 1,025 = 5,00 / 1,025 = 4,88 %

    La soustraction annonçait 5,00 %. En divisant par 1,025, on retrouve exactement le taux calculé à partir des deux niveaux, 4 000 puis 4 195 euros.

  4. an 3 : (−11,63 − 2,44) / 1,0244 = −14,07 / 1,0244 = −13,73 %

    Ici la soustraction annonçait une chute de 14,07 %, plus profonde que la vraie. Diviser par un nombre plus grand que 1 rapproche de zéro, quel que soit le signe.

La règle à retenir, plus précise que « ne soustrais pas » : divise toujours les coefficients. Si tu soustrais pour aller vite, sache que ton chiffre est éloigné de zéro DÈS QUE LA POPULATION CROÎT — trop favorable s'il est positif, trop sombre s'il est négatif. Si elle recule, tout s'inverse : on divise alors par un nombre plus petit que 1.

VII. Comparer deux pays

Diviser par la population sert d'abord à comparer, et c'est là que le chiffre est le plus employé, le plus cité, et le plus mal manié. Quatre obstacles se dressent, et aucun n'est réglé par la division elle-même.

Le premier est la monnaie. Un PIB français est en euros, un PIB japonais en yens : les additionner ou les comparer suppose une conversion, donc un taux de change, donc un choix. Or un taux de change de marché bouge pour des raisons qui n'ont rien à voir avec ce que les gens produisent — un mouvement de capitaux suffit à faire varier de 10 % le PIB par habitant d'un pays converti en dollars, sans qu'un seul bien de plus ait été fabriqué. C'est pour cette raison que la Banque mondiale lisse le change sur trois ans dans sa méthode de l'Atlas. Le chapitre « Le taux de change », en deuxième année, prend cette question pour objet ; retiens ici seulement qu'une comparaison internationale de PIB par habitant dépend d'une convention de conversion, et que cette convention doit être dite.

Le deuxième obstacle est que le même euro n'achète pas la même chose partout. Un logement, une coupe de cheveux ou un trajet en bus coûtent des sommes très différentes selon les pays, et convertir au taux de change traite ces écarts comme s'ils n'existaient pas. Les comparaisons sérieuses emploient donc des taux de conversion construits pour égaliser le pouvoir d'achat, et non le change de marché. Cet instrument porte un nom qu'un sujet de licence attend : la PARITÉ DE POUVOIR D'ACHAT. C'est le problème que Colin Clark affrontait déjà en 1940, faute de mieux, avec ses unités internationales, et l'on parle alors de PIB par habitant « en PPA ». Ce chapitre ne la construit pas. Attention à ne pas la confondre avec les indices de prix du chapitre suivant : ceux-là comparent une même économie à deux DATES, quand une parité de pouvoir d'achat compare deux PAYS à une même date, ce qui suppose un relevé de prix comparables d'un pays à l'autre. C'est un tout autre chantier, et une théorie du change, qui vient en deuxième année. Retiens le nom, et retiens qu'un classement de pays qui ne dit pas laquelle des deux conversions il emploie ne se commente pas.

Ce chapitre ne construit pas cette conversion, mais il refuse de te laisser sur une mise en garde sans preuve : voici ce qu'elle change, sur des chiffres d'une seule source et d'une seule année. En 2024, le PIB par habitant du Japon vaut 33 797 dollars au change de marché, celui de la Tchéquie 31 828 : le Japon devance la Tchéquie de 6,2 %. Convertis les mêmes productions en PARITÉ — l'unité s'appelle alors le dollar international, celui d'un pays de référence où le panier coûte ce qu'il coûte aux États-Unis — et l'ordre s'INVERSE : la Tchéquie passe à 57 625 dollars et le Japon à 54 156, soit 6,4 % en faveur de la Tchéquie. Deux pays, une année, deux classements opposés, et pas un bien de plus produit d'un côté ni de l'autre. Voilà pourquoi un classement dont on ignore la conversion ne se commente pas.

Le resserrement se lit aussi entre pays très éloignés, et il se contrôle. Toujours en 2024, la France affiche 46 103 dollars au change contre 13 293 à la Chine, soit 3,47 fois plus ; en parité, 62 525 contre 27 140, soit 2,30 fois seulement. Un tiers de l'écart s'est évaporé sans qu'aucune production ait bougé. La raison se lit sur le tableau : la conversion en parité multiplie le chiffre chinois par 2,04 et le français par 1,36 seulement, parce que la vie coûte moins cher en Chine — et le rapport de ces deux facteurs, 1,51, est exactement celui qui sépare 3,47 de 2,30. Contrôle-le, c'est une division.

Le troisième obstacle a déjà été rencontré : le numérateur. Comparer le PIB par habitant du Luxembourg à celui de la France, c'est comparer une grandeur gonflée par des frontaliers à une grandeur qui ne l'est pas. La comparaison n'est pas fausse, elle est simplement hors sujet si la question portait sur les niveaux de vie. Le RNB par habitant est alors le bon instrument, et le rapport RNB sur PIB prévient du danger : loin de 100 %, méfiance.

Le quatrième obstacle est le plus discret : un classement range des NIVEAUX, il ne mesure aucune performance. Un classement de pays par PIB par habitant range des pays de tailles très différentes, et l'on est tenté d'y lire une performance. Or le chapitre n°9 a établi qu'un taux ne dit rien du niveau, et le chapitre n°8 qu'un agrégat dépend de son périmètre. Le PIB par habitant, lui, ne dit rien de la répartition, comme la section V vient de le montrer. Trois silences différents, qui se cumulent dans un tableau de classement.

Pays, 2024Au changeEn parité
Japon33 797 $54 156 $
Tchéquie31 828 $57 625 $
France46 103 $62 525 $
Chine13 293 $27 140 $

VIII. Ce qu'un PIB par habitant ne dit pas

Un chapitre qui apprend à diviser doit finir par dire ce que le quotient ignore. Il en ignore cinq choses, et les nommer fait partie du cours.

La première, la section V l'a établie : la RÉPARTITION. Une moyenne ne distingue pas un pays où chacun reçoit 4 000 euros d'un pays où neuf personnes reçoivent 1 000 euros et la dixième 31 000. Ce sont pourtant deux mondes, et le même chiffre les décrit.

La deuxième est ce que le PIB lui-même ne compte pas, et que le chapitre n°4 avait posé dès l'origine : le travail domestique non rémunéré et le bénévolat — non pas « tout ce qui est hors marché », car le chapitre n°4 a montré que les comptes retiennent la production non marchande des administrations, à son coût, et imputent même certaines productions pour soi-même. Diviser par la population n'y change rien — un pays où l'on cuisine chez soi n'est pas plus pauvre qu'un pays où l'on mange au restaurant, mais son PIB par habitant est plus bas. Attention à la conclusion inverse, qui est fausse elle aussi : cela ne rend pas le chiffre inutile, cela circonscrit ce qu'il mesure.

La troisième est le TEMPS. Deux pays peuvent produire autant par habitant, l'un en travaillant beaucoup, l'autre en travaillant peu. Le PIB par habitant les déclare identiques. Rapporter la production non plus aux habitants mais aux heures travaillées donne un autre chiffre, la productivité horaire, qui répond à une autre question. Attention à ne pas la confondre avec celle du chapitre n°9 : il y décomposait la croissance entre l'emploi et la productivité PAR TÊTE, quand il s'agit ici de productivité HORAIRE — deux dénominateurs, deux questions.

La quatrième est l'usure. Le chapitre n°8 a montré que la consommation de capital fixe représente près d'un cinquième du PIB français : une partie de ce qu'on produit chaque année ne fait que remplacer ce qui s'use. Un agrégat NET par habitant serait, à cet égard, plus honnête, et le chapitre n°8 a désigné le meilleur des quatre agrégats bruts et nets qu'il avait posés : le revenu national NET, conceptuellement le plus juste puisqu'il retranche l'usure ET s'en tient aux résidents, comme la section IV vient de l'exiger. Divise-le, puisque c'est le sujet de ce chapitre : le RNN français de 2024 vaut 2 445,0 milliards, soit 35 550 euros par habitant — dix-huit pour cent sous le RNB par habitant. C'est au RNB qu'il faut le comparer, et non au PIB : entre les deux, il n'y a que l'usure, tandis que l'écart au PIB mêlerait à celle-ci le gain de frontière des résidents. C'est l'ordre de grandeur de ce que l'usure prélève chaque année sur ce qu'on annonce. Il existe, il est publié, et il n'est presque jamais cité — pour la raison que le chapitre n°8 a donnée : l'usure ne s'observe sur aucune facture, elle s'ESTIME par des conventions d'amortissement. Le net est plus juste et plus fragile, le brut moins juste et plus ferme — et les comparaisons choisissent la fermeté.

La cinquième est ce que la production abîme, et elle vaut d'être posée sans emphase : un pays qui épuise une ressource voit son PIB par habitant monter pendant qu'il s'appauvrit. Le chapitre n°9 avait nommé cette limite ; le cursus y consacre un chapitre entier en troisième année.

Ces réserves ne sont pas une invention récente ni une critique extérieure : elles viennent de ceux-là mêmes qui ont construit l'instrument. Simon Kuznets, dont le rapport de 1934 est l'acte de naissance de la comptabilité nationale moderne, avait averti que le bien-être d'une nation ne se déduit guère d'un tel agrégat — le chapitre n°4 t'a fait lire cette mise en garde. C'est aussi ce constat qui a poussé le Programme des Nations unies pour le développement à publier, à partir de 1990, un indicateur composite associant au revenu par habitant l'espérance de vie et l'alphabétisation des adultes, sous l'impulsion notamment de l'économiste Mahbub ul Haq et avec le concours d'Amartya Sen. L'idée n'est pas de remplacer le PIB par habitant, mais de refuser qu'il réponde seul à une question qu'il n'a jamais prétendu traiter.

Un dernier mot pour situer ce chapitre. Le chapitre n°4 a raconté comment William Petty, au dix-septième siècle, estimait le revenu de l'Angleterre et du pays de Galles en multipliant une dépense moyenne par habitant par le nombre d'habitants : il faisait la multiplication, nous faisons la division. Entre les deux, trois siècles de comptabilité nationale ont appris à mesurer séparément ce qu'il ne pouvait qu'estimer ensemble. C'est ce que gagne une science : non pas des chiffres plus grands, mais des questions mieux séparées.

IX. L'atelier : deux termes, un quotient

Tout ce chapitre tient dans une idée que la lecture n'ancre pas : un PIB par habitant a DEUX termes, et c'est le second qu'on oublie. L'atelier te donne cinq situations décrites en mots — jamais des taux nus — et te demande deux pronostics AVANT de révéler quoi que ce soit : le PIB par habitant monte-t-il ou baisse-t-il, et la soustraction (g − n) exagère-t-elle ou sous-estime-t-elle le vrai taux ?

Le second pronostic ne se devine pas, il se déduit. Relis la loi de la section VI : le taux exact est la soustraction divisée par (1 + n). Il te suffit donc du SIGNE de la croissance de la population pour trancher, et deux des cinq situations ont une population qui recule — sur celles-là, la réponse s'inverse. Commence par « le rattrapage trompeur », que tu as déjà résolu à la section III : le pronostic y est un contrôle, non une devinette. Garde « le pays qui se vide » pour la fin : c'est celle où la production recule et où le PIB par habitant monte quand même.

Choisis une situation
Pronostique avant de révéler

Les deux pronostics sont nécessaires. Le second ne se devine pas : il se déduit du signe de la croissance de la population.

Application — un sujet de partiel, corrigé pas à pas

Deux pays, A et B, publient leurs comptes pour l'année écoulée. Le pays A produit 300 milliards d'euros et compte 6 millions d'habitants ; son RNB vaut 297 milliards. Le pays B, qui a sa propre monnaie, produit l'équivalent de 240 milliards d'euros une fois converti au change de marché, et compte 4 millions d'habitants ; son RNB vaut 216 milliards. (1) Calcule le PIB par habitant de chacun. (2) Calcule le RNB par habitant de chacun, et le rapport RNB sur PIB. (3) Un journal titre : « le pays B est 20 % plus riche que le pays A ». Que penses-tu du titre, et que faudrait-il savoir de la CONVERSION employée avant de comparer ces deux pays ? (4) L'année suivante, le pays A voit son PIB progresser de 3,0 % et sa population de 1,2 %. Quelle est sa croissance par habitant ? Compare au résultat de la soustraction. (5) Le pays B annonce un revenu moyen par ménage de 45 000 euros et un revenu médian de 27 000 euros. Que peux-tu en déduire, et que ne peux-tu pas en déduire ?

  1. (1) Pays A : (300 × 10⁹) / (6 × 10⁶) = 50 000 euros par habitant. Pays B : (240 × 10⁹) / (4 × 10⁶) = 60 000 euros par habitant. Attention aux unités : les deux numérateurs sont en milliards, les deux dénominateurs en millions, et le rapport des deux donne bien des euros par personne.
  2. (2) Pays A : 297 / 300 = 99,0 % ; RNB par habitant = (297 × 10⁹) / (6 × 10⁶) = 49 500 euros. Pays B : 216 / 240 = 90,0 % ; RNB par habitant = 54 000 euros. Le pays A garde presque tout ce qu'il produit ; le pays B en laisse partir un dixième.
  3. (3) Le titre s'appuie sur le PIB par habitant : 60 000 contre 50 000, soit 20 % de plus, et le calcul est juste. Mais le mot « riche » désigne ce que gagnent des habitants, donc le RNB : 54 000 contre 49 500, soit 9,1 % de plus seulement. Le titre est arithmétiquement exact et trompeur dans sa formulation ; une copie qui le corrige doit dire lequel des deux agrégats répond à la question posée, et non se contenter de le contredire. Il manque en outre une information sans laquelle aucune comparaison entre deux pays ne tient : la CONVERSION. Si les deux montants viennent d'un change de marché, ils ignorent que le même euro n'achète pas la même chose des deux côtés ; il faudrait une conversion en parité de pouvoir d'achat pour comparer des niveaux de vie, et le dire fait partie de la réponse.
  4. (4) La division : 1,030 / 1,012 = 1,017787, soit +1,78 % par habitant. La soustraction annonçait 3,0 − 1,2 = 1,80 %. Elle a exagéré la hausse de deux centièmes de point, conformément à la règle de la section VI — le taux exact est la soustraction divisée par 1,012.
  5. (5) On en déduit que la distribution du pays B est déséquilibrée : la moyenne dépasse la médiane de 66,7 %, donc une minorité de ménages tire la moyenne vers le haut, et la moitié des ménages vit sous 27 000 euros. On ne peut PAS en déduire l'ampleur des inégalités — deux distributions très différentes peuvent donner ce couple de chiffres — ni comparer avec le pays A, dont on ne connaît aucune médiane. Une médiane ne se déduit jamais d'une moyenne.

Phrase de copie : « Le PIB par habitant est un quotient, non un revenu : il rapporte un flux annuel de production à une population moyenne de résidents, et il ne dit rien de la répartition. On lui préfère le RNB par habitant dès qu'il s'agit de ce que des résidents gagnent, et le RNDB par habitant de ce dont ils disposent, et la médiane dès qu'il s'agit de décrire une condition ordinaire. »

À toi de jouer — cherche avant de regarder

  1. Un pays produit 1 800 milliards d'euros et compte 30 millions d'habitants. (a) Calcule son PIB par habitant. (b) L'année suivante, le PIB atteint 1 890 milliards et la population 30,9 millions. Calcule le nouveau PIB par habitant. (c) De combien la production a-t-elle progressé, et de combien le PIB par habitant ? (d) Explique l'écart entre les deux réponses. (e) Ce pays publie ses effectifs au 1er janvier : 29,8 millions au 1er janvier de la première année, 30,2 au 1er janvier de la suivante. Retrouve la population moyenne de la première année, et compare-la aux 30 millions de l'énoncé.

    Un coup de pouce

    Ramène les milliards en euros et les millions en personnes avant de diviser. Pour (c), deux taux distincts : celui du numérateur et celui du quotient.

    Voir le corrigé

    (a) (1 800 × 10⁹) / (30 × 10⁶) = 60 000 euros par habitant.

    (b) (1 890 × 10⁹) / (30,9 × 10⁶) = 61 165 euros par habitant.

    (c) La production progresse de 1 890 / 1 800 − 1 = +5,00 %. Le PIB par habitant progresse de 61 165 / 60 000 − 1 = +1,94 %.

    (d) Parce que la population a progressé de 3,00 % (30,9 / 30). La production supplémentaire a d'abord servi à équiper des habitants supplémentaires : il n'en est resté que 1,94 % par tête. Contrôle par la relation : 1,05 / 1,03 = 1,0194.

    (e) La demi-somme des deux effectifs vaut (29,8 + 30,2) / 2 = 30,0 millions : elle tombe ici exactement sur le chiffre de l'énoncé. Attention, ce sera rarement aussi net — sur la France, la même demi-somme donne 68 745 milliers pour 2024 quand les comptes en publient 68 776. La reconstruction sert à CONTRÔLER un ordre de grandeur, pas à remplacer un chiffre officiel.

  2. Reprends le village du cours. (a) Calcule le PIB par habitant de l'an 2 et de l'an 4. (b) Ces deux années ont exactement le même PIB : pourquoi les deux quotients diffèrent-ils ? (c) De combien le PIB par habitant a-t-il reculé entre l'an 2 et l'an 4 ? (d) Un habitant du village déclare : « nous avons rattrapé toute notre production, donc nous vivons comme avant ». Réponds-lui.

    Un coup de pouce

    Le PIB de l'an 2 et celui de l'an 4 valent tous deux 172 000 euros. Les populations sont 41 et 44.

    Voir le corrigé

    (a) An 2 : 172 000 / 41 = 4 195 euros. An 4 : 172 000 / 44 = 3 909 euros.

    (b) Parce que seul le dénominateur a changé : trois habitants de plus se partagent la même production.

    (c) 3 909 / 4 195 − 1 = −6,82 %.

    (d) Sa production est bien revenue à son niveau, mais elle se partage entre plus de gens : chaque habitant dispose de 6,82 % de moins qu'à l'an 2. Retrouver un PIB et retrouver un niveau de vie sont deux choses distinctes, et c'est précisément ce que la division par la population révèle.

  3. Le PIB d'un pays progresse de 2,4 % et sa population de 1,5 %. (a) Calcule la croissance par habitant par la division. (b) Calcule-la par la soustraction. (c) De combien la soustraction se trompe-t-elle, et dans quel sens ? (d) Même question si le PIB recule de 2,4 % et que la population progresse toujours de 1,5 %. (e) Dans chacun des deux cas, divise la soustraction par le taux exact. Que trouves-tu, et que vaut donc l'erreur de la soustraction ?

    Un coup de pouce

    Le taux exact vaut (g − n) / (1 + n). Regarde ce que devient cette division quand g − n change de signe.

    Voir le corrigé

    (a) 1,024 / 1,015 = 1,008867, soit +0,89 %.

    (b) 2,4 − 1,5 = 0,9 %.

    (c) La soustraction annonce 0,90 % contre 0,89 % : elle exagère la hausse d'un centième de point environ.

    (d) Division : 0,976 / 1,015 = 0,961576, soit −3,84 %. Soustraction : −2,4 − 1,5 = −3,90 %. Cette fois la soustraction annonce une baisse PLUS profonde que la réalité. Dans les deux cas elle s'éloigne de zéro, puisque le taux exact est la soustraction divisée par 1,015.

    (e) 0,900 / 0,8867 = 1,015 et 3,900 / 3,8424 = 1,015 : le même nombre, et c'est 1 + n. L'erreur de la soustraction n'est donc ni variable ni approximative — elle vaut exactement n en relatif, ici 1,5 %, quel que soit le signe du résultat. Une règle qu'on peut appliquer de tête : à 1,5 % d'accroissement démographique, la soustraction se trompe de 1,5 %, et il suffit de diviser par 1,015 pour la corriger.

  4. Six ménages déclarent les revenus suivants, en euros : 18 000, 21 000, 24 000, 26 000, 31 000 et 120 000. (a) Calcule la moyenne. (b) Calcule la médiane. (c) Combien de ménages vivent sous la moyenne ? (d) Porte le ménage à 120 000 euros à 600 000 euros — sans en retirer aucun — et recalcule les deux mesures. Laquelle a bougé ?

    Un coup de pouce

    Sur un effectif pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs centrales.

    Voir le corrigé

    (a) (18 000 + 21 000 + 24 000 + 26 000 + 31 000 + 120 000) / 6 = 240 000 / 6 = 40 000 euros.

    (b) Les deux valeurs centrales sont 24 000 et 26 000 : la médiane vaut 25 000 euros.

    (c) Cinq ménages sur six vivent sous la moyenne. Un chiffre qui décrit la situation d'un seul ménage sur six ne décrit pas ce groupe.

    (d) Avec 600 000 au lieu de 120 000 : la somme passe à 720 000, donc la moyenne à 120 000 euros — elle triple. Les deux valeurs centrales, elles, restent 24 000 et 26 000 : la médiane vaut toujours 25 000 euros, sans avoir bougé d'un centime. Attention à la façon de le démontrer : il fallait garder les six ménages. Retirer le plus haut aurait aussi changé l'effectif, donc déplacé la médiane pour une tout autre raison — la section V le dit, et c'est le piège de cette question.

  5. Un pays affiche un PIB de 80 milliards d'euros et un RNB de 52 milliards ; il compte 640 000 habitants. (a) Calcule le PIB par habitant et le RNB par habitant. (b) Que vaut le rapport RNB sur PIB, et comment l'interprètes-tu ? (c) Ce pays figure en tête du classement mondial des PIB par habitant : le classement est-il faux ? (d) Quel chiffre emploierais-tu pour décrire le niveau de vie de ses résidents, et pourquoi ?

    Un coup de pouce

    Un écart aussi grand entre PIB et RNB a une cause : des gens qui produisent sur le territoire sans y résider, ou des revenus qui repartent vers des propriétaires étrangers.

    Voir le corrigé

    (a) PIB par habitant : (80 × 10⁹) / 640 000 = 125 000 euros. RNB par habitant : (52 × 10⁹) / 640 000 = 81 250 euros.

    (b) 52 / 80 = 65 %. Plus du tiers de ce qui est produit sur le territoire n'est pas un revenu de résident : il repart vers des travailleurs frontaliers ou des propriétaires non résidents.

    (c) Non : le calcul est exact et la grandeur est bien définie. Le classement répond simplement à la question « quelle production par résident », qui n'est pas la question du niveau de vie. Un classement n'est pas faux parce qu'on lui fait dire autre chose que ce qu'il mesure.

    (d) Le RNB par habitant, 81 250 euros, parce que la question porte sur des gens et non sur un territoire. Et l'on ajouterait qu'une médiane serait nécessaire pour décrire une condition ordinaire, ce que ni l'un ni l'autre de ces deux chiffres ne fait.

  6. Trois foyers déclarent le même revenu disponible de 36 000 euros par an. Le premier est une personne seule ; le deuxième, un couple sans enfant ; le troisième, un couple avec deux enfants de six et dix ans. (a) Calcule les unités de consommation de chacun, avec l'échelle employée par l'INSEE — 1 pour le premier adulte, 0,5 par autre personne de quatorze ans ou plus, 0,3 par enfant plus jeune. (b) Calcule le niveau de vie de chacun. (c) À revenu égal, ces trois foyers vivent-ils de la même façon ? (d) Pourquoi une médiane calculée par FOYER ne répond-elle pas à la question « comment vit une personne ordinaire » ?

    Un coup de pouce

    L'échelle n'est pas proportionnelle à l'effectif : deux personnes sous un même toit ne dépensent pas deux fois tout.

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    (a) Personne seule : 1 UC. Couple sans enfant : 1 + 0,5 = 1,5 UC. Couple avec deux enfants de moins de quatorze ans : 1 + 0,5 + 0,3 + 0,3 = 2,1 UC — et non 4.

    (b) 36 000 / 1 = 36 000 euros ; 36 000 / 1,5 = 24 000 euros ; 36 000 / 2,1 = 17 143 euros.

    (c) Non, et l'écart va du simple au double : à revenu identique, le niveau de vie du troisième foyer vaut moins de la moitié de celui du premier. C'est ce que les 0,5 et les 0,3 traduisent — le logement, le chauffage et l'équipement se partagent, la nourriture beaucoup moins.

    (d) Parce que les foyers n'ont ni la même taille ni la même composition : une médiane par foyer classe des ménages, pas des personnes. Ramener chaque revenu à ses unités de consommation rend les foyers comparables entre eux, et c'est sur ce niveau de vie que l'INSEE calcule la médiane qu'il publie.

  7. Deux pays affichent exactement le même PIB par habitant, 50 000 euros. Le pays A y consacre 1 600 heures de travail par habitant dans l'année, le pays B seulement 1 250. Par ailleurs, l'usure du capital représente 12 % du PIB dans le pays A et 22 % dans le pays B. (a) Calcule la production par heure travaillée de chacun. (b) Calcule le PIN par habitant de chacun. (c) Lequel appellerais-tu le plus productif, et lequel le plus riche une fois l'usure déduite ? (d) Que retiens-tu du fait que ces deux pays affichent le même PIB par habitant ?

    Un coup de pouce

    Deux dénominateurs différents répondent à deux questions différentes : les habitants, puis les heures. Le PIN retranche l'usure du PIB.

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    (a) Pays A : 50 000 / 1 600 = 31,25 euros par heure. Pays B : 50 000 / 1 250 = 40,00 euros par heure. Le pays B produit autant par habitant en travaillant 22 % d'heures en moins.

    (b) Pays A : 50 000 × 0,88 = 44 000 euros. Pays B : 50 000 × 0,78 = 39 000 euros.

    (c) Le plus productif à l'heure est B, de loin. Le plus riche une fois l'usure déduite est A, de 5 000 euros par habitant. Les deux qualificatifs ne désignent donc pas le même pays.

    (d) Qu'un même quotient recouvre des situations qui n'ont rien de commun : même production par tête, mais ni le même temps de travail, ni la même part consacrée à remplacer ce qui s'use. Un PIB par habitant identique ne signifie ni le même effort, ni le même enrichissement net — ce sont les troisième et quatrième silences de la section VIII, chiffrés.

  8. Un pays publie un PIB de 900 milliards d'euros pour l'année. Sa population « territoire entier » compte 20,0 millions d'habitants au 1er janvier de cette année et 20,2 millions au 1er janvier suivant ; sa population « territoire continental », qui exclut ses îles, compte 19,3 millions au 1er janvier de l'année. Son institut annonce par ailleurs une croissance démographique de +0,7 % pour l'année, quand les deux effectifs du territoire entier en donnent +1,0 %. (a) Calcule le PIB par habitant correctement, en disant quelle population tu emploies et pourquoi. (b) Quel chiffre obtiendrait-on en divisant par la population continentale au 1er janvier ? De combien serait-il gonflé, et pour quelles DEUX raisons cumulées ? (c) Comment deux taux de croissance démographique peuvent-ils coexister pour la même année sans qu'aucun soit faux ? (d) Lequel des deux emploierais-tu pour calculer une croissance par habitant ?

    Un coup de pouce

    Un flux se divise par une moyenne de période, et les deux termes doivent porter sur le même territoire. Pour (c), demande-toi ce qu'un effectif publié contient de plus qu'un mouvement de population.

    Voir le corrigé

    (a) Un PIB est un flux annuel : on le divise par la population MOYENNE de l'année, prise sur le MÊME champ que lui. La moyenne du territoire entier s'approche par la demi-somme, (20,0 + 20,2) / 2 = 20,1 millions. Le PIB par habitant vaut donc (900 × 10⁹) / (20,1 × 10⁶) = 44 776 euros.

    (b) (900 × 10⁹) / (19,3 × 10⁶) = 46 632 euros, soit 4,1 % de plus. DEUX erreurs s'y cumulent, et c'est ce qui les rend difficiles à voir : le CHAMP — on retire des habitants du dénominateur sans retirer leur production du numérateur — et la DATE — un effectif au 1er janvier est inférieur à la moyenne d'une année dont la population croît. Chacune gonfle le résultat, et aucune ne se voit sur le nombre obtenu.

    (c) Parce qu'ils ne comptent pas la même chose. Le +1,0 % est le rapport de deux EFFECTIFS PUBLIÉS, qui incluent l'ajustement statistique ; le +0,7 % ne retient que le mouvement démographique, naissances, décès et migrations. Aucun n'est faux — c'est le cas français de la section VI, où trois taux coexistent pour 2025.

    (d) Ni l'un ni l'autre tel quel. Une croissance par habitant compare deux moyennes annuelles : il faut donc le rapport des populations MOYENNES de deux années consécutives, pour que le dénominateur soit de la même nature que le numérateur. C'est la règle de la section II, appliquée à un taux au lieu d'un niveau.

  9. Vrai ou faux, en justifiant chaque réponse en une phrase. (a) « Si le PIB augmente, le PIB par habitant augmente aussi. » (b) « Le PIB par habitant est le revenu moyen des habitants. » (c) « On divise le PIB de l'année par la population au 1er janvier. » (d) « La moitié de la population gagne moins que le revenu moyen. » (e) « Le RNB par habitant convient mieux que le PIB par habitant pour comparer des niveaux de vie. » (f) « Retrancher le taux de croissance de la population au taux de croissance du PIB donne exactement la croissance par habitant. »

    Un coup de pouce

    Une seule de ces six affirmations est vraie.

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    (a) FAUX : il faut que le PIB augmente PLUS VITE que la population. Le village de l'an 5 a 15 % de production en plus et exactement le même PIB par habitant qu'à l'an 1.

    (b) FAUX : c'est un quotient comptable, pas un revenu. Une partie de la production ne devient jamais un revenu des ménages, et ce qui le devient est réparti inégalement.

    (c) FAUX : le PIB est un flux annuel, il se divise par une population MOYENNE de l'année. La population au 1er janvier est un effectif instantané.

    (d) FAUX en général : c'est la définition de la MÉDIANE, pas de la moyenne. La moitié de l'effectif observé gagne moins que la médiane ; la proportion sous la moyenne dépend de la distribution, et vaut huit sur dix chez les foyers du village.

    (e) VRAI : le RNB mesure ce que gagnent les résidents, qui sont ceux que compte le dénominateur ; l'écart avec le PIB atteint plus d'un tiers dans certains pays.

    (f) FAUX : le taux exact est cette soustraction DIVISÉE par le coefficient de population. Dès que la population croît, la soustraction s'éloigne de zéro, et son erreur relative vaut exactement n.

Définitions à connaître

PIB par habitant
Le produit intérieur brut d'une période divisé par la population moyenne de cette même période. Un QUOTIENT, exprimé en euros par personne et par an, et non le revenu de quiconque. Se dit aussi PIB par tête, ou GDP per capita.
Population moyenne
La population moyenne d'une année, employée par les comptes nationaux au dénominateur de leurs grandeurs par habitant. C'est elle qu'il faut face à un flux annuel : la production s'accumule pendant que la population change, et le dénominateur qui convient compte des années-personnes, c'est-à-dire la population effectivement exposée au flux.
Population moyenne, reconstruite
On l'approche par la demi-somme des deux effectifs au 1er janvier qui encadrent l'année : pour 2024, (68 638 + 68 852) / 2 = 68 745 milliers, contre 68 776 publiés par les comptes, soit 0,045 % d'écart. L'approximation ne remplace pas le chiffre officiel là où celui-ci existe, mais elle permet de le contrôler, ce qu'un étudiant doit toujours pouvoir faire. L'écart tient d'abord à ce que les deux séries ne sont pas arrêtées au même moment, non au principe de la moyenne.
Ajustement statistique
La correction par laquelle l'INSEE raccorde ses estimations annuelles de population aux recensements. Elle explique qu'une même année porte deux taux de croissance démographique : +0,25 % en 2025 pour le seul mouvement de population (solde naturel −6 000, solde migratoire +176 000), +0,334 % d'un effectif publié à l'autre, l'écart étant l'ajustement (+60 000). Aucun des deux n'est faux — dire lequel on emploie fait partie de la réponse.
Champ géographique
France métropolitaine ou France entière — cette seconde incluant les départements et régions d'outre-mer. Deux séries distinctes sous des noms voisins : un numérateur et un dénominateur pris sur des champs différents donnent un résultat sans signification.
RNB par habitant
Le revenu national brut divisé par la même population. Il mesure ce que gagnent les RÉSIDENTS, là où le PIB par habitant mesure ce qui est produit sur le TERRITOIRE. C'est lui que la Banque mondiale emploie pour classer les pays par niveau de revenu.
Rapport RNB sur PIB
L'indicateur qui prévient du danger. Proche de 100 %, les deux chiffres racontent la même chose (France : 101,6 % en 2024). Loin de 100 %, une part de la production n'est pas un revenu de résident (Irlande : 75,2 % ; Luxembourg : 65,4 %), et le PIB par habitant cesse de décrire des niveaux de vie.
Moyenne
La somme divisée par l'effectif : ce que chacun recevrait d'un partage strictement égal. Elle est SENSIBLE aux valeurs extrêmes — une seule valeur très haute la déplace tout entière.
Médiane
La valeur qui partage en deux moitiés égales l'EFFECTIF OBSERVÉ — dire toujours de quoi il est fait, des personnes ou des foyers. Insensible aux valeurs extrêmes, elle répond à la question « comment vit celui du milieu », là où la moyenne répond à « combien y a-t-il à partager ». Chez les foyers du village : 12 500 euros contre 18 400 de moyenne. Attention, une médiane par FOYER ne devient une condition individuelle qu'une fois ramenée à l'unité de consommation.
Croissance par habitant
(1 + g) / (1 + n) − 1, où g est le taux du PIB et n celui de la population — soit exactement (g − n) / (1 + n). Dès que la population croît, la soustraction seule s'éloigne de zéro : elle exagère les hausses comme les baisses, et se trompe de n en relatif, exactement.
Parité de pouvoir d'achat
Une conversion construite pour égaliser ce qu'une somme ACHÈTE, et non pour suivre le change de marché. Elle s'exprime en dollars internationaux — la monnaie d'un pays de référence où le panier coûte ce qu'il coûte aux États-Unis. Elle ne fait pas que resserrer les écarts : elle peut RENVERSER un classement, comme entre le Japon et la Tchéquie en 2024 (section VII). Un classement de pays qui ne dit pas laquelle des deux conversions il emploie ne se commente pas.
Niveau de vie médian
Le revenu DISPONIBLE d'un ménage divisé par ses unités de consommation, puis la médiane de ces valeurs sur l'ensemble des personnes. En France métropolitaine, 25 760 euros par unité de consommation en 2023, soit 2 150 euros par mois pour une personne seule. Il ne se compare pas au PIB par habitant : ni le même numérateur, ni le même dénominateur, ni le même champ.
Productivité horaire
La production rapportée non aux habitants mais aux heures travaillées. Deux pays de même PIB par habitant peuvent l'obtenir en travaillant beaucoup ou peu : le quotient par habitant ne le distingue pas, celui par heure oui.

Méthode — les réflexes de copie

  1. Avant de diviser, accorde les unités : les milliards en euros, les milliers ou millions en personnes. Un facteur mille ne se voit pas sur un résultat qu'on ne connaît pas d'avance.
  2. Dis toujours quelle population : moyenne de l'année pour un flux annuel, jamais l'effectif au 1er janvier ; le même champ géographique au numérateur et au dénominateur ; des RÉSIDENTS au dénominateur ; et le millésime des deux séries.
  3. Choisis le numérateur d'après la question. Un territoire se décrit par le PIB par habitant, ce que gagnent des résidents par le RNB par habitant, ce dont ils disposent par le RNDB par habitant. Contrôle le rapport RNB sur PIB : loin de 100 %, ne commente pas de niveau de vie.
  4. Ne présente jamais un PIB par habitant comme un revenu. C'est un quotient comptable ; le mot « moyen » suffit à le rappeler, et il faut l'écrire.
  5. Devant une moyenne, demande la médiane. Si l'énoncé ne la donne pas, dis-le : une médiane ne se déduit pas d'une moyenne.
  6. Pour une croissance par habitant, divise les coefficients. Si tu soustrais pour aller vite, corrige mentalement le sens tant que la population croît : ton chiffre est trop favorable quand il est positif, trop sombre quand il est négatif — et faux de n en relatif.
  7. Avant toute comparaison internationale, précise la conversion employée — change de marché ou parité de pouvoir d'achat — et la source du classement.
  8. Cite le millésime. Les populations sont révisées comme les comptes, et une grandeur par habitant hérite des révisions de ses deux termes.

Sources

  • INSEE, Comptes nationaux annuels, base 2020, édition du 29 mai 2026 — le produit intérieur brut et le revenu national brut de 2024 (2 935,236 et 2 983,617 milliards d'euros), employés ici au même millésime que dans le chapitre n°8, et la population moyenne de l'année qui sert de dénominateur aux grandeurs par habitant, 2026
  • INSEE, Bilan démographique 2025, publié en janvier 2026 — la population de la France entière au 1er janvier de 2023 à 2026 (68 405, 68 638, 68 852 et 69 082 milliers, les trois dernières provisoires), la population métropolitaine de 2026 (66 793 milliers) : des effectifs à une date, à ne pas confondre avec la population moyenne d'une année, 2026
  • William Petty, Verbum sapienti, écrit vers 1665 et publié en 1691 — la première estimation d'un revenu national, obtenue en multipliant une dépense moyenne par habitant par le nombre d'habitants : l'opération inverse de celle de ce chapitre, trois siècles avant que les deux termes puissent être mesurés séparément, 1691
  • Simon Kuznets, National Income, 1929-1932 (document du Sénat américain n° 124) — l'acte de naissance de la comptabilité nationale moderne, et la mise en garde de son auteur : le bien-être d'une nation ne se déduit guère d'un tel agrégat, 1934
  • Colin Clark, The Conditions of Economic Progress — la première comparaison systématique des niveaux de production entre pays, qui impose de rapporter la production aux populations pour que la comparaison ait un sens, 1940
  • Angus Maddison, The World Economy: A Millennial Perspective (OCDE) — la reconstitution longue de la production mondiale, dont les séries par habitant montrent que la rupture des deux derniers siècles n'est pas que la production ait augmenté, mais qu'elle ait augmenté plus vite que le nombre d'hommes, 2001
  • Programme des Nations unies pour le développement, Mahbub ul Haq et Amartya Sen, Rapport mondial sur le développement humain — le premier d'une série annuelle, qui associe au revenu par habitant l'espérance de vie et l'alphabétisation des adultes, sous l'impulsion notamment de Mahbub ul Haq et avec le concours d'Amartya Sen : non pour remplacer le revenu par habitant, mais pour lui refuser de répondre seul, 1990
  • Eurostat, Agrégats annuels (nama_10_gdp) et comptes de secteurs (nasa_10_nf_tr), extraits d'août 2026 — les rapports du revenu national brut au produit intérieur brut de 2024 employés à la section IV pour l'Irlande (75,2 %) et le Luxembourg (65,4 %), repris du chapitre n°8 ; celui de la France se calcule sur les deux agrégats de l'INSEE cités ci-dessus, 2026
  • INSEE, Niveau de vie et pauvreté en 2023 (Insee Première n° 2063, juin 2025), enquête Revenus fiscaux et sociaux — le niveau de vie MÉDIAN des personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine, 25 760 euros par unité de consommation : le chiffre que le PIB par habitant ne peut pas produire, et qui ne se compare pas à lui, 2025
  • Banque mondiale, Indicateurs NY.GDP.PCAP.CD et NY.GDP.PCAP.PP.CD, extraits en août 2026 — le PIB par habitant de 2024 au change de marché puis en parité de pouvoir d'achat, pour le Japon, la Tchéquie, la France et la Chine. Les deux séries viennent de la MÊME source et de la MÊME année : sans quoi le renversement de classement de la section VII ne prouverait rien, 2026
  • Banque mondiale, World Bank Country and Lending Groups — le classement des économies par niveau de revenu, établi sur le RNB par habitant et non sur le PIB, converti par la méthode dite de l'Atlas qui lisse le taux de change sur trois ans afin qu'une secousse monétaire ne déclasse pas un pays, 2026