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Le chômage d'équilibre (NAIRU / WS-PS)
Le seul taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation — là où le salaire voulu rencontre le salaire toléré.
u* = (b + µ) / αÉnoncé / motivation
Pourquoi une banque centrale s'inquiète-t-elle quand le chômage devient « trop bas » ? 3 % ne serait-il pas une bonne nouvelle pure et simple ?
Parce qu'elle sait une chose contre-intuitive : même quand l'économie tourne à plein, il reste du chômage — le temps de passer d'un poste à l'autre (chômage frictionnel), ou des compétences et des lieux qui ne correspondent pas aux postes ouverts (chômage structurel). Cette part incompressible forme un PLANCHER : le chômage naturel du cours « Les types de chômage ». Restait sa question ouverte : pourquoi un plancher, et pourquoi à CE niveau-là ? Réponse de ce cours : il existe un chômage d'ÉQUILIBRE, le NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment — « le taux de chômage qui ne fait pas accélérer l'inflation »). Au-dessus, l'inflation ralentit ; en dessous, elle s'emballe.
Le mécanisme est un bras de fer sur le partage de la production. Les salariés négocient leur salaire RÉEL — non pas le montant en euros, mais ce qu'il permet d'acheter (cours « Inflation et pouvoir d'achat »). Les entreprises, elles, protègent leur MARGE — la part du prix de vente qui ne va pas aux salaires. Chacun tire la couverture à soi ; le gâteau, lui, ne grandit pas pour autant.
Que se passe-t-il si les salariés exigent plus que ce que la marge laisse ? Personne ne cède : les entreprises relèvent leurs prix pour garder leur part — mais des prix plus hauts rognent ce que le salaire permet d'acheter, alors les salariés re-négocient, et les prix repartent : c'est la boucle prix-salaires (cours « Les causes de l'inflation »). Un seul niveau de chômage apaise ce bras de fer. Ce cours le construit pièce par pièce, avec deux courbes au nom anglais : WS (Wage Setting, la fixation des salaires — ce que les salariés obtiennent) et PS (Price Setting, la fixation des prix — ce que les marges tolèrent).
Hypothèses
À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.
Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.
0 idée(s) proposée(s)Formalisation
Mettons le bras de fer en chiffres, sur une base simple : pour 100 € de production, combien vont aux salariés ? Ce nombre est le salaire réel, noté w (de wage, « salaire »). Côté salariés — la courbe WS —, on part du gâteau (100), on ajoute le pouvoir de négociation (+ b points, hypothèse 1) et on retranche la discipline du chômage : chaque point de chômage u rabote la revendication de α points (hypothèse 2). D'où : w = 100 + b − α·u. Lis-la à u = 0 : la revendication vaudrait 100 + b — plus que le gâteau entier, avant même la marge. Voilà le cœur du modèle : sans la discipline du chômage, les exigences ne tiennent pas dans les 100. Plus le chômage monte, plus la revendication redescend — la courbe DESCEND.
Côté entreprises — la courbe PS —, sur 100 € de prix de vente, la marge µ est prélevée (hypothèse 3) ; ce qui reste pour les salaires est w = 100 − µ. Un plafond FIXE : il ne dépend pas du chômage. (Dans les manuels, la marge est souvent un TAUX au-dessus du coût — on écrit alors w = 100 ÷ (1 + taux de marge). Notre µ compte directement la part prélevée sur 100 € : même idée, écriture plus simple.)
Superpose les deux : une droite qui descend quand u monte (WS), un plafond fixe (PS). Elles ne se croisent qu'en UN point. À gauche du croisement — chômage bas —, le salaire voulu dépasse le toléré : les prix montent, l'inflation accélère (hypothèse 4). À droite — chômage haut —, c'est l'inverse : elle ralentit. Le croisement est le seul taux où les deux exigences coïncident : le chômage d'équilibre, noté u* (« u étoile » — le plancher déjà croisé aux cours « Les types de chômage » et « La courbe de Phillips augmentée »).
Égalise les deux salaires : 100 + b − α·u* = 100 − µ. Les 100 s'annulent, reste α·u* = b + µ, donc u* = (b + µ) ÷ α — la formule de l'en-tête. Elle se lit comme une phrase : le chômage d'équilibre, c'est le CONFLIT (les prétentions b des salariés plus la marge µ des entreprises) divisé par la DISCIPLINE (ce qu'un point de chômage fait céder : α). Et elle se retourne — connaître u* et deux ingrédients, c'est retrouver le troisième (l'exercice 4 te fera faire ce trajet inverse). Clique chaque terme :
Résolution / calcul
Égalisons, chiffres en main — un jouet aux allures européennes : b = 3, µ = 15, α = 2,5, trois nombres en points de la base 100. Où le bras de fer s'apaise-t-il ? Déroule, vérifie salaire en main, puis manipule.
- On pose WS = PS : le salaire voulu égale le salaire toléré
100 + b − α·u = 100 − µ - Les 100 s'annulent — reste le conflit face à la discipline
α·u = b + µ = 3 + 15 = 18 - On résout
u* = (b + µ)/α = 18/2,5u* = 7,2 % - Contre-vérification par les salaires : les deux courbes disent la même chose
WS : 100 + 3 − 2,5 × 7,2 = 85 | PS : 100 − 15 = 85w = 85 ✓ - Lecture inflationniste : et si le chômage tombait à 5 % ?
voulu : 100 + 3 − 2,5 × 5 = 90,5 > toléré : 85+5,5 → inflation qui accélère
Le NAIRU du jouet vaut 7,2 %. À 5 % de chômage, les salariés veulent 90,5 quand les marges n'en tolèrent que 85 : ces 5,5 points d'écart ne disparaissent pas — ils se transforment en hausses de prix, année après année. Pour un chômage d'équilibre PLUS BAS, la formule montre les seuls leviers : le numérateur (b, µ) ou le dénominateur (α) — pas la relance de la demande, qui ne déplace aucune des deux courbes (station Interprétation).
u* = (b + µ) / αRègle le conflit (b, µ), la discipline (α) et le chômage observé (u) : les deux salaires, le NAIRU et le régime d'inflation se déduisent. Amène u sur u* pour trouver l'équilibre.
Interprétation économique
Un plancher EXPLIQUÉ, ce sont des leviers désignés. Le modèle WS-PS — formalisé par les économistes Richard Layard, Stephen Nickell et Richard Jackman dans un ouvrage de 1991 — dit précisément sur quoi agir, et sur quoi ne pas compter.
Le NAIRU est le chômage qui rend compatibles les prétentions des salariés (b) et la marge des entreprises (µ). Le baisser durablement, c'est réduire le CONFLIT : règles d'indemnisation ou de salaire minimum côté b ; plus de concurrence sur les marchés protégés côté µ ; et tout ce qui améliore l'APPARIEMENT — formation, mobilité, les remèdes structurels du cours « Les types de chômage » — allège la pression salariale à chômage donné : un b effectif plus bas. Chaque levier a son coût social — baisser b, c'est rogner des protections : le modèle désigne les leviers, il ne dit pas lesquels sont souhaitables. La relance de la demande, elle, ne déplace AUCUNE des deux courbes : elle fait seulement glisser u sous u* — et l'inflation paie la différence.
Tant que u > u*, il reste du chômage conjoncturel à résorber : on peut stimuler — baisser le taux directeur (cours « Le taux directeur et la transmission ») — sans réveiller les prix. Passé u*, chaque dixième de point se paie en accélération de l'inflation : d'où le freinage quand le chômage devient « trop bas », la question d'ouverture. Ce u* est exactement celui de la courbe de Phillips : ce cours-ci explique d'où il VIENT (le bras de fer WS-PS), le cours « La courbe de Phillips augmentée » chiffre ce qu'il en COÛTE de s'en écarter — combien d'inflation pour chaque point de chômage gagné sous u*, et pourquoi la facture grossit d'année en année.
Le cours « Les types de chômage » définissait le chômage naturel par sa COMPOSITION : frictionnel + structurel. WS-PS retrouve le même plancher par son MÉCANISME : les institutions et les frictions qui nourrissent b, µ et α. Deux lectures du même u* — et le même résidu : conjoncturel = u − u*, celui que la loi d'Okun relie à la croissance.
Début 2026, le chômage observé est à 8,1 % (cours « Mesurer le chômage »). La Banque de France estime le chômage STRUCTUREL français à environ 7,8 % en 2025 (« structurel » au sens LARGE des instituts : tout le plancher, frictions comprises — notre u*) — en recul d'environ 1,3 point depuis 2015, ce qui reflète notamment les réformes du marché du travail : du b, au sens large du modèle, en action. Lecture du modèle : l'essentiel du 8,1 % est un chômage d'équilibre, le résidu conjoncturel est mince — c'est pourquoi « plus de croissance » n'a jamais suffi à le ramener très bas (diagnostic du cours « Les types de chômage »).
Limites / critiques
Exercices
Avec b = 2, µ = 18 et α = 4, calcule le chômage d'équilibre u* (en %).
Vrai ou faux : une réforme qui réduit la marge des entreprises (µ) abaisse le NAIRU.
b = 3, µ = 15, α = 2,5, et le chômage tombe à u = 4 %. Quel salaire réel les salariés négocient-ils (WS, pour 100 € produits) ?
Laquelle de ces mesures abaisse le NAIRU u*, selon le modèle WS-PS ?
Le chômage observé est de 6 % alors que le NAIRU est estimé à 8 %. Que prévoit le modèle WS-PS pour l'inflation ?
Un pays affiche u* = 8 % avec µ = 15 et α = 2,5. Quel est le pouvoir de négociation b (en points) ?
Début 2026 : chômage observé 8,1 % ; chômage structurel estimé par la Banque de France à environ 7,8 %. Quel chômage conjoncturel lit-on en résidu (en points) ?
Vrai ou faux : après une longue récession, le NAIRU lui-même peut avoir augmenté.