Le chômage et le marché du travail
Le taux de chômage mesure la part de la population active sans emploi et en recherche active — l'un des indicateurs les plus scrutés par les marchés. C'est un indicateur retardé du cycle économique (les entreprises licencient après le retournement et réembauchent une fois la reprise installée), qui influence directement les décisions de politique monétaire et budgétaire.
Dernière mise à jour : 9 juillet 2026
Définition
DéfinitionLe taux de chômage se calcule selon la formule :
Taux de chômage = (Nombre de chômeurs / Population active) × 100. La population active comprend l'ensemble des personnes en âge de travailler qui occupent un emploi (population active occupée) ou qui en recherchent un activement (chômeurs au sens du Bureau International du Travail). Les personnes qui ne travaillent pas et ne cherchent pas d'emploi (étudiants, retraités, personnes au foyer par choix) sont considérées comme inactives et ne sont pas comptabilisées.
Distinction entre le taux de chômage « officiel » (U3 aux États-Unis) et le taux de sous-emploi élargi (U6), qui inclut les travailleurs à temps partiel involontaire et les personnes découragées ayant cessé leurs recherches. Ce taux élargi donne souvent une image plus fidèle des tensions sur le marché du travail.
Pourquoi c'est important
Le chômage représente un gaspillage de la ressource la plus précieuse d'une économie : le capital humain. Un chômage élevé signifie que l'économie produit en deçà de son potentiel, que les revenus des ménages diminuent, que la consommation se contracte et que les recettes fiscales de l'État baissent, créant un cercle vicieux. Au-delà des conséquences économiques, le chômage prolongé engendre des coûts sociaux considérables : perte de compétences, détérioration de la santé physique et mentale, augmentation de la pauvreté et de l'exclusion sociale.
Un taux de chômage nul serait contre-productif : une certaine dose de chômage frictionnel est le signe d'une économie où la mobilité professionnelle existe et où les travailleurs ont le temps de trouver un emploi correspondant à leurs compétences.
Points clés
Le taux de chômage naturel n'est pas constant : il évolue avec les changements démographiques, technologiques et institutionnels. Mankiw note qu'il a baissé aux États-Unis entre les années 1980 et 2000, surtout sous l'effet de la démographie (le vieillissement des baby-boomers réduit la part des jeunes actifs, au chômage frictionnel élevé) et de l'amélioration de l'appariement entre offres et candidats (agences d'intérim, recherche d'emploi en ligne)
Les rigidités salariales (salaire minimum, conventions collectives, salaires d'efficience) empêchent l'ajustement du salaire réel vers son point d'équilibre, ce qui maintient un excès d'offre de travail et donc du chômage
L'assurance chômage, bien que socialement nécessaire, augmente la durée de recherche d'emploi et peut donc accroître le chômage frictionnel. Mankiw insiste sur le nécessaire équilibre entre protection sociale et incitation à l'emploi
La loi d'Okun établit une relation quantitative entre la variation du chômage et celle du PIB : Δu ≈ −0,5 × (ΔY/Y − ḡ), où ḡ est le taux de croissance potentiel (~2% aux États-Unis dans la période récente). Le coefficient de 0,5 signifie que chaque point de croissance en dessous du potentiel fait monter le chômage de 0,5 point. Inversement (1/0,5 = 2), une hausse de 1 point du chômage correspond à un écart de production d'environ 2 points de pourcentage
Exemple concret
ExemplesEn France, le taux de chômage a baissé de 9-10% au début des années 2010 à environ 7-8% depuis 2019, soit nettement au-dessus du taux américain (3-5%). Cette différence s'explique en partie par les différences institutionnelles : le marché du travail français est plus réglementé (protection de l'emploi plus forte, salaire minimum plus élevé relativement au salaire médian), ce qui réduit la flexibilité mais assure une meilleure protection des travailleurs. Aux États-Unis, la publication mensuelle des Non-Farm Payrolls (créations d'emplois hors secteur agricole) constitue l'une des statistiques les plus surveillées au monde par les marchés financiers.
Anecdote Mankiw
MankiwMankiw rappelle que la courbe de Phillips a connu une crise de crédibilité dans les années 1970 lorsque l'économie américaine a simultanément connu une inflation élevée et un chômage élevé (stagflation), ce qui contredisait la relation inverse prédite. Milton Friedman et Edmund Phelps avaient anticipé ce phénomène en introduisant le concept de taux de chômage naturel et le rôle des anticipations d'inflation, contribution qui a valu à Friedman le prix Nobel d'économie en 1976.
Pour aller plus loin
ProgressionLes mécanismes avancés du marché du travail — modèle de recherche d'emploi (Diamond-Mortensen-Pissarides), courbe de Beveridge, théorie insider-outsider, hystérésis et polarisation — sont développés dans la fiche « Le marché du travail approfondi et les théories de la recherche d'emploi » (ch. 16, niveau Élevé).
Impact sur les marchés
MarchésLes chiffres mensuels de l'emploi, en particulier les Non-Farm Payrolls aux États-Unis, sont parmi les publications les plus impactantes pour les marchés financiers mondiaux. Un rapport de l'emploi solide (créations supérieures aux attentes, taux de chômage en baisse) soutient les marchés actions mais peut faire craindre un durcissement monétaire de la Fed s'il signale des tensions inflationnistes. Inversement, une dégradation du marché du travail pousse les investisseurs vers les obligations souveraines et incite la banque centrale à assouplir sa politique.