Le marché du travail approfondi et les théories de la recherche d'emploi
Le marché du travail ne fonctionne pas comme un marché de biens ordinaire : les appariements entre travailleurs et emplois prennent du temps, l'information est imparfaite et des frictions institutionnelles créent du chômage persistant. Mankiw traite les fondamentaux du marché du travail au chapitre 7 (éd. 9, « Unemployment ») et ses liens avec le cycle économique aux chapitres 10 et 14.
Dernière mise à jour : 9 juillet 2026
Prérequis
PrérequisCette fiche approfondit les concepts de base présentés dans la fiche « Le chômage et le marché du travail » (ch. 3, niveau Facile). La maîtrise des notions de chômage frictionnel, structurel et conjoncturel, du taux de chômage naturel (NAIRU), de la courbe de Phillips et du salaire d'efficience est recommandée avant d'aborder ce chapitre.
Définition
DéfinitionLe marché du travail met en relation l'offre de travail (les travailleurs qui proposent leurs compétences) et la demande de travail (les entreprises qui recherchent des salariés). Plusieurs facteurs empêchent le marché d'atteindre spontanément le plein emploi. Le modèle de recherche d'emploi (search and matching), développé par Diamond, Mortensen et Pissarides (prix Nobel 2010), formalise les frictions qui créent du chômage même en l'absence de rigidités salariales.
L'équilibre sur le marché du travail est déterminé par la confrontation entre la courbe de demande de travail (dérivée de la productivité marginale du travail : W/P = PML) et la courbe d'offre de travail (arbitrage travail-loisir des agents). Les frictions empêchent cet équilibre théorique de se réaliser instantanément.
Pourquoi c'est important
Le chômage n'est pas un phénomène monolithique : ses causes profondes varient considérablement entre pays et entre périodes. Les frictions de recherche expliquent le chômage frictionnel « incompressible », tandis que les rigidités institutionnelles (salaire minimum, protection de l'emploi, pouvoir syndical, coin fiscal) expliquent les différences structurelles entre pays. La compréhension de ces mécanismes est essentielle pour concevoir des politiques de l'emploi efficaces.
La fonction d'appariement M = m(U, V) montre que l'efficacité du marché du travail ne dépend pas seulement du nombre de chômeurs et de postes vacants, mais aussi de la qualité de l'appariement. Les politiques actives du marché du travail (formation, aide à la recherche, subventions à l'embauche) visent précisément à améliorer cette efficacité, c'est-à-dire à déplacer la courbe de Beveridge vers l'origine.
Points clés
Le taux de chômage naturel résulte de l'interaction entre les flux d'entrée en chômage (taux de séparation, s) et les flux de sortie (taux de placement, f). À l'état stationnaire : u* = s / (s + f). Des politiques qui réduisent s (protection contre les licenciements abusifs) ou augmentent f (meilleur appariement, formation) réduisent le chômage naturel
Le dilemme entre flexibilité et protection est au cœur des politiques du marché du travail. Les États-Unis privilégient la flexibilité (faible protection de l'emploi, allocations chômage limitées), ce qui produit un chômage structurel bas mais une insécurité élevée. Les pays européens continentaux privilégient la protection, avec un chômage structurel plus élevé mais une meilleure couverture sociale
L'hystérésis implique que les récessions prolongées laissent des cicatrices durables sur le marché du travail. La crise de 2008-2009 a démontré ce phénomène en Europe du Sud, où le taux de chômage est resté très supérieur à sa moyenne historique pendant plus d'une décennie
La polarisation du marché du travail pose un défi structurel que ni la politique monétaire ni la politique budgétaire traditionnelle ne peuvent résoudre. Les réponses pertinentes relèvent de la politique éducative (formation aux compétences numériques), de la fiscalité du travail (réduction du coin fiscal sur les bas salaires) et de la politique industrielle
Exemple concret
ExemplesLe marché du travail français illustre les frictions institutionnelles. Avec un salaire minimum (SMIC) relativement élevé par rapport au salaire médian (~60%), une protection de l'emploi forte (coûts de licenciement élevés), un coin fiscal de 47% et des allocations chômage comparativement généreuses, la France affiche un taux de chômage structurel de 7-8%, nettement supérieur à celui des États-Unis (4-5%) ou de l'Allemagne (3-4% après les réformes Hartz de 2003-2005). Les réformes Hartz, souvent citées en exemple, ont accompagné une baisse du chômage allemand de ~11% (2005) à ~5% (fin 2014) — soit sur une décennie — en flexibilisant le marché du travail et en durcissant les conditions d'indemnisation du chômage de longue durée.
Anecdote Mankiw
MankiwMankiw note au chapitre 7 que Henry Ford a plus que doublé les salaires de ses ouvriers en 1914 (de 2,34$ à 5$ par jour, soit +114%), non pas par philanthropie mais par calcul économique : le turnover a chuté de 370% à 16% par an et la productivité a augmenté de manière spectaculaire. Mankiw utilise cet épisode historique pour illustrer la théorie du salaire d'efficience (formalisée par Shapiro et Stiglitz, 1984, comme dispositif anti-tire-au-flanc) et montrer qu'un salaire supérieur au salaire d'équilibre peut être rationnel pour l'entreprise, même s'il contribue au chômage agrégé en rigidifiant le marché.
📊 Courbe de Beveridge
Impact sur les marchés
MarchésLes données mensuelles du marché du travail (Non-Farm Payrolls aux USA, enquête emploi INSEE en France) sont parmi les statistiques les plus surveillées par les marchés financiers. Un marché du travail tendu (chômage bas, salaires en hausse) signale des pressions inflationnistes et incite les banques centrales à durcir leur politique monétaire, ce qui pèse sur les obligations mais peut soutenir les actions de secteurs défensifs. La courbe de Beveridge est suivie par les économistes de marché pour évaluer l'efficacité structurelle du marché du travail et anticiper le rythme de désinflation salariale.