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La loi d'Okun
Pourquoi il faut de la croissance pour faire baisser le chômage.
Δu ≈ −c × (g − ḡ)Énoncé / motivation
Tout le monde réclame « plus de croissance pour l'emploi ». Mais combien de croissance faut-il, exactement, pour que le chômage recule ?
L'économiste américain Arthur Okun — conseiller du président Kennedy — a mesuré en 1962 une relation régulière : croître au rythme « habituel » de l'économie (son POTENTIEL) ne suffit qu'à stabiliser le chômage ; pour le faire BAISSER, il faut croître plus vite que ce potentiel, et en dessous, le chômage monte. Pourquoi ? Parce que chaque année, il faut déjà de la croissance juste pour absorber deux forces silencieuses — comme un tapis roulant qui recule sous les pieds ; la formalisation le déplie. Et chaque économie a SON potentiel : environ 2 % pour les États-Unis d'Okun, de l'ordre de 1 % pour la France d'aujourd'hui.
Hypothèses
À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.
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0 idée(s) proposée(s)Formalisation
Deux forces silencieuses travaillent chaque année contre l'emploi. La PRODUCTIVITÉ d'abord : machines et organisation aidant, les mêmes salariés produisent un peu plus (disons +1 % par an) — à production inchangée, il faudrait donc MOINS de bras. Les NOUVEAUX ACTIFS ensuite : des jeunes finissent leurs études, des inactifs reviennent chercher un poste — le taux d'activité (la part des 15-64 ans qui travaillent ou cherchent) est au record en France, cours « Mesurer le chômage » — il faut des emplois EN PLUS rien que pour eux. Additionne : il faut environ productivité + nouveaux actifs de croissance juste pour que le taux de chômage ne bouge pas. C'est ça, le potentiel ḡ — le tapis roulant : ~1 + 1 = 2 % pour les États-Unis d'Okun.
Une fois le tapis payé, ce qui compte est l'écart g − ḡ : au-dessus, l'économie embauche au-delà du renouvellement et le taux de chômage baisse ; en dessous, il monte. La variation du taux se note Δu — « delta u », Δ étant la lettre grecque de la VARIATION : Δu = +0,5 signifie « le taux de chômage gagne 0,5 point en un an » (un POINT : de 7,5 % à 8 %, pas « +0,5 % de quelque chose »).
Reste la force du lien : c. Pourquoi pas 1 pour 1 ? Parce que les entreprises n'ajustent pas l'emploi au quart de tour : face à un creux, elles gardent d'abord leurs salariés (la « rétention de main-d'œuvre »), réduisent les heures, gèlent les embauches. Et un dernier amortisseur, contre-intuitif : des découragés sortent carrément du compte des chômeurs (cours « Mesurer le chômage »), ce qui amortit le taux sans créer un seul emploi. Résultat : un point de croissance perdu ne coûte qu'environ un demi-point de chômage. c ≈ 0,5 ici — estimé par régression, variable selon les pays.
Assemble : Δu ≈ −c × (g − ḡ). Elle se lit comme une phrase — le chômage varie en sens INVERSE (le signe −) de l'écart au potentiel, avec une force c. Et elle se retourne — le chemin tient en deux gestes : viser Δu = −1, c'est poser −c × (g − ḡ) = −1, donc g − ḡ = 1/c. Il faut le potentiel PLUS 1/c points de croissance, soit ~2 points avec c = 0,5 : la réponse chiffrée à la question de l'accroche. Clique chaque terme :
Résolution / calcul
Un pays jouet aux allures américaines : chômage de départ u = 7,5 %, potentiel ḡ = 2 %, coefficient c = 0,5. Cette année, la croissance cale à g = 0,5 %. Attention au piège des deux 0,5 — la croissance g et le coefficient c ont la même valeur par coïncidence, suis bien qui est qui. Déroulons, puis manipule.
- Écart de croissance : l'économie court 1,5 point sous son tapis roulant
g − ḡ = 0,5 − 2,0= −1,5 point - Le coefficient traduit en chômage — et moins par moins donne plus : l'écart NÉGATIF fait MONTER u
Δu ≈ −0,5 × (−1,5)= +0,75 point - Du Δ au niveau : le taux de départ encaisse la variation
u : 7,5 % + 0,75 pt → 8,25 %+0,75 point de chômage - Et dans l'autre sens — viser −1 point exigerait de courir PLUS VITE que le tapis de 1/c = 2 points
g = ḡ + 1/c = 2 + 2g = 4 %
Croître sous son potentiel (0,5 % au lieu de 2 %) fait MONTER le chômage de ~0,75 point ; croître à 3,5 % le ferait baisser d'autant — et viser −1 point demanderait 4 % de croissance. Voilà la réponse chiffrée à l'accroche : « de la croissance », ça veut dire « nettement au-dessus du potentiel », pas juste « positive ».
Δu ≈ −c × (g − ḡ)Règle le chômage de départ, la croissance, le potentiel et le coefficient : le simulateur déduit la variation, le taux UN AN PLUS TARD, et la croissance qu'il faudrait pour gagner 1 point.
Interprétation économique
La loi d'Okun éclaire pourquoi la lutte contre le chômage exige une croissance SOUTENUE — et ce qu'on peut, ou non, lui faire dire.
Sous le potentiel, le TAUX de chômage monte ; mais des emplois peuvent tout à fait se créer en dessous du seuil — simplement moins vite que n'arrivent les nouveaux actifs. La France de 2023 l'a montré : des créations d'emplois encore positives avec une croissance autour de 1 % seulement. Le taux rapporte les chômeurs à une population active qui GRANDIT (cours « Mesurer le chômage ») : c'est cette course-là qu'Okun arbitre.
« Combien de croissance pour faire baisser le chômage ? » Réponse d'Okun : le potentiel, plus 1/c par point de baisse visé en un an. Avec c ≈ 0,5 : ḡ + 2 points — soit ~4 % pour les États-Unis d'Okun, de l'ordre de 3 % pour une France au potentiel proche de 1 %. Ordres de grandeur, pas prophétie (limites 1 et 2).
Notre formule parle en VITESSES (taux de croissance). Les économistes utilisent aussi une version en NIVEAUX : un point de chômage en trop correspond à environ 2 % de PIB non produit — l'« écart de production » (output gap), admis ici. Même esprit, autre photographie : c'est le coût en richesse du chômage conjoncturel — celui que crée la conjoncture, les hauts et les bas de l'activité, et que la croissance peut résorber.
Okun ne parle que du chômage lié au CYCLE économique. La part STRUCTURELLE — inadéquation des qualifications, institutions du marché du travail — ne se résorbe pas à coups de croissance : c'est le chômage d'équilibre, construit au cours « Le chômage d'équilibre (NAIRU / WS-PS) ». Illustration en direct : début 2026, le chômage français a pris +0,7 point sur un an, croissance molle oblige — du Okun pur ; mais le plancher autour duquel il oscille depuis des années, lui, est structurel.
Limites / critiques
Exercices
Croissance = 1 %, potentiel = 2 %, coefficient = 0,5. De combien varie le taux de chômage (en points) ?
Vrai ou faux : avec un coefficient de 0,5, une hausse de 1 point du chômage traduit environ 2 points de croissance MANQUANTE par rapport au potentiel.
Potentiel = 2 %, coefficient = 0,5. Quelle croissance g faut-il pour faire baisser le chômage de 1 point en un an (en %) ?
g = 0,5 %, ḡ = 1,5 %, c = 0,3. De combien varie le chômage (en points) ?
Pour faire BAISSER le chômage, l'économie doit croître…
Le chômage est à 8,1 %. L'économie croît à 3,5 % pour un potentiel de 2 % et c = 0,5. Quel taux de chômage un an plus tard (en %) ?
Début 2026, le taux de chômage français a augmenté de 0,7 point sur un an. Sans connaître le coefficient exact, que peut-on en déduire avec Okun ?
Vrai ou faux : si la croissance est sous le potentiel, l'économie ne crée forcément AUCUN emploi.