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Le taux de change réel et la PPA

Le panneau du bureau de change ne dit pas si un pays est cher : voici le nombre qui le dit.

🎓 Élevé⏱️ 30 min
q = e × P / P* (= e / e_PPA)
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

Fin juillet 2026, 1 € s'échange contre environ 1,14 $. Ce nombre dit combien de dollars on obtient — il ne dit RIEN sur la question qui intéresse vraiment un exportateur ou un touriste : la France est-elle chère ou bon marché vue des États-Unis ?

Pour le savoir, il manque une information : les PRIX des deux côtés. Un euro à 1,14 $ n'a pas le même sens si un panier de courses coûte 100 € chez nous et 120 $ là-bas, ou s'il coûte 100 € et 100 $. Le taux du bureau de change — le taux NOMINAL — ne devient interprétable qu'une fois rapporté aux prix. Le nombre qui fait ce travail s'appelle le TAUX DE CHANGE RÉEL, et ce cours le construit pas à pas.

Une convention, d'abord, sans laquelle tout le raisonnement s'inverse : on écrit le taux comme le panneau de l'aéroport, en dollars par euro (1 € = 1,14 $), ce que les professionnels appellent la cotation AU CERTAIN — la même que le cours « Le taux de change, c'est quoi ? ». Retiens la règle : quand ce nombre MONTE, l'euro s'apprécie. On verra qu'une monnaie qui s'apprécie rend le pays plus cher pour ses clients étrangers — et que cela fait des gagnants autant que des perdants.

L'euro reste figé à 1,14 $ pendant cinq ans. Pendant ce temps, les prix montent de 3 % par an en zone euro et de 1 % par an aux États-Unis. Que devient la compétitivité-prix des exportateurs européens ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Prenons un panier identique des deux côtés : il coûte P = 100 € en zone euro et P* = 120 $ aux États-Unis, avec e = 1,14 $/€. Impossible de comparer 100 € à 120 $ tels quels — il faut d'abord une monnaie commune. Convertissons le panier européen en dollars : 100 € × 1,14 $/€ = 114 $. Voilà ce que coûte « notre » panier à un Américain. Comparons-le au sien : 114 / 120 = 0,95. Ce nombre est le TAUX DE CHANGE RÉEL, noté q. Il vaut 0,95 : nos produits sont 5 % moins chers que les leurs. Retiens la règle de lecture, et ne l'inverse jamais — **q supérieur à 1 : nous sommes les plus chers** (l'euro est surévalué en termes réels, nos exportateurs souffrent) ; **q inférieur à 1 : nous sommes les moins chers** (compétitivité-prix favorable).

Ce qu'on vient de faire s'écrit q = e × P / P*. Vérifie qu'elle est bien construite en suivant les unités : e est en dollars par euro, P en euros, donc e × P est en dollars — le panier européen exprimé en dollars. En divisant par P*, en dollars aussi, les unités s'annulent : q est un NOMBRE PUR, sans unité, ce qui est indispensable puisqu'on compare deux prix. (Attention si tu croises la formule ailleurs : beaucoup de manuels cotent à l'incertain, en euros par dollar, et écrivent alors q = e × P*/P. Les deux sont justes, chacune avec sa cotation ; les mélanger inverse toutes les conclusions.) Et lis le sens : si l'euro s'apprécie, e monte, donc q monte — nos produits deviennent plus chers pour l'étranger. Une monnaie forte pénalise bien les exportateurs. Un réflexe à désamorcer tout de suite, parce qu'il piège presque tout le monde : « un euro fort, c'est plus de dollars par euro, donc l'exportateur gagne plus ». Non — il vend en dollars et reconvertit en euros, et chaque dollar encaissé lui en rapporte alors MOINS. Surtout, son client américain doit sortir davantage de dollars pour le même produit, et il en achètera donc moins.

Posons maintenant la question inverse : quel taux de change rendrait les deux paniers exactement équivalents ? Il faut e × 100 = 120, donc e = 120/100 = 1,20 $/€. Ce taux qui égalise les pouvoirs d'achat s'appelle le TAUX DE PARITÉ DE POUVOIR D'ACHAT, noté e_PPA, et il vaut simplement P*/P. Reprends alors la formule et remplace : q = e × P/P* = e ÷ (P*/P) = **e / e_PPA**. Le taux réel n'est donc rien d'autre que le taux observé rapporté au taux qui égaliserait les prix. Cela donne enfin un sens précis à une expression qu'on entend partout : « la monnaie est surévaluée de 8 % » signifie exactement que q = 1,08. Ici, e = 1,14 contre e_PPA = 1,20 : l'euro est sous-évalué de 5 %, ce qui est bien notre q = 0,95.

La PPA ABSOLUE affirme que q devrait valoir 1 : le même panier, le même prix partout une fois converti. Elle découle de la loi du prix unique (hypothèse 3) appliquée à tous les biens du panier — et elle est massivement démentie, on verra pourquoi. La PPA RELATIVE est plus modeste : elle affirme seulement que q reste CONSTANT, ce qui impose au taux nominal de compenser l'écart d'inflation. Si nos prix montent de 3 % et les prix américains de 1 %, l'euro doit se déprécier pour que q ne bouge pas. De combien ? En approximation, de l'écart : 1 − 3 = −2 %. Exactement : 1,01/1,03 − 1 = −1,94 %. Retiens les deux — l'approximation pour raisonner vite, l'exact pour calculer juste, l'écart entre les deux grandissant avec l'inflation. Clique chaque terme :

= × / = /

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Trois calculs : la position de l'euro aujourd'hui, la même chose par la méthode du Big Mac, puis la dérive silencieuse du sondage. Les paniers et les prix de Big Mac sont des exemples de travail (les relevés varient d'une enquête à l'autre) ; le taux de change, lui, est réel.

  1. Notre panier, vu de New York100 € × 1,14 $/€114 $ — contre 120 $ pour le panier américain
  2. Le taux de change réelq = 114 / 120q = 0,95 : nos produits sont 5 % moins chers
  3. Le taux qui égaliserait les prixe_PPA = P*/P = 120/1001,20 $/€ — contre 1,14 observé
  4. Vérification de l'identité q = e / e_PPA1,14 / 1,200,95 — le même nombre, par un autre chemin
  5. La même méthode sur un panier à un seul bien (Big Mac)e_PPA = 5,95 $ / 5,70 €≈ 1,044 $/€
  6. Verdict du Big Mac : l'euro paraît SURévalué1,14 / 1,044 − 1≈ + 9 % — conclusion opposée à celle du panier complet
  7. La dérive du sondage : 5 ans à 3 % contre 1 %(1,01/1,03)⁵ − 1− 9,3 % : l'euro devrait se déprécier d'autant
  8. S'il ne bouge pas (zone monétaire, taux figé)q est multiplié par (1,03/1,01)⁵ = 1,103 : 0,95 → 1,05de moins chers, nous devenons plus chers
  9. ⚠️ Deux nombres à ne pas confondredérive des prix + 10,3 % · dépréciation qui la compenserait − 9,3 %hausser de 10,3 % puis baisser de 9,3 % ramène bien au départ

Trois enseignements. (1) Le taux nominal ne dit rien à lui seul : à 1,14 $/€ inchangé, la compétitivité-prix se dégrade de 10,3 % en cinq ans par le seul jeu de l'inflation. C'est le mécanisme central des débats sur la compétitivité au sein de la zone euro, où la dévaluation n'est plus possible (interprétation, point 3). (2) Le verdict dépend du PANIER : le panier complet dit l'euro sous-évalué de 5 %, le Big Mac le dit surévalué de 9 %. Ce n'est pas une contradiction mais une leçon — un panier à un seul bien, largement composé de loyer et de salaires locaux, mesure surtout des coûts NON échangeables (limites, carte 1). (3) « Surévaluée » n'a de sens que par rapport à e_PPA, jamais dans l'absolu : l'identité q = e/e_PPA transforme une formule opaque en une phrase lisible.

Calcul en directq = e × P / P*, avec e_PPA = P*/P ; PPA relative : le taux devrait varier de (1+π*)/(1+π) − 1

Règle le taux nominal et les deux niveaux de prix : le simulateur en déduit le taux PPA, le taux réel et l'écart de compétitivité. Puis fais courir un écart d'inflation pendant quelques années SANS toucher au taux nominal — c'est la situation d'un pays de la zone euro — et regarde q dériver tout seul.

Taux PPA (celui qui égaliserait les prix)1,2 $/€
Taux réel aujourd'hui0,95 — nous sommes 5 % moins chers
Taux réel après 5 ans, à taux nominal figé1,0479 — soit 10,3 % de dérive
Ce que la PPA relative aurait exigéune variation du taux nominal de -9,34 % (contre 0 ici) — noter que ce nombre n'est PAS l'opposé de la dérive : hausser puis baisser du même pourcentage ne ramène jamais au départ
Lectureeuro surévalué en termes réels : nos produits sont les plus chers, la compétitivité-prix se paie à l'export
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Trois lectures : pourquoi la PPA échoue sans être fausse, qui gagne à une monnaie forte, et ce qui se passe quand on ne peut plus dévaluer.

Pourquoi la PPA échoue — et l'effet Balassa-Samuelson

La loi du prix unique suppose qu'on peut acheter là où c'est bon marché pour revendre ailleurs. Or une part énorme de ce que nous consommons ne s'expédie pas : un loyer, une coupe de cheveux, une place de crèche, un repas au restaurant. Sur ces biens NON ÉCHANGEABLES, aucun arbitrage ne peut égaliser les prix, et leur poids suffit à faire échouer la PPA absolue. Mieux, l'écart est SYSTÉMATIQUE, et c'est l'effet Balassa-Samuelson : dans un pays riche, la forte productivité de l'industrie exportatrice tire les salaires vers le haut dans TOUTE l'économie, y compris chez le coiffeur, dont la productivité n'a pourtant pas bougé. Les services y sont donc structurellement chers — d'où des pays riches durablement « surévalués » au regard de la PPA, sans que rien ne les ramène vers 1. Verdict empirique : la PPA absolue est rejetée, la PPA relative tient à long terme, mais lentement — la littérature situe la demi-vie des écarts entre trois et cinq ans — c'est-à-dire le temps qu'il faut pour qu'un écart à la PPA se résorbe de moitié (synthèse de référence : Kenneth Rogoff, 1996).

Une monnaie forte fait des gagnants autant que des perdants

Un euro qui s'apprécie fait monter q : nos produits deviennent plus chers pour nos clients étrangers, et nos exportateurs perdent des marchés — c'est la moitié de l'histoire, celle qu'on entend. L'autre moitié : tout ce que nous IMPORTONS devient moins cher. Énergie, matières premières, biens de consommation, mais aussi les composants dont nos propres usines ont besoin. Une monnaie forte est donc un transfert : elle coûte aux secteurs exposés à la concurrence internationale, et elle profite au pouvoir d'achat des ménages et aux entreprises qui importent. Ajoutons une nuance décisive : la compétitivité n'est pas que le prix. La compétitivité HORS PRIX — qualité, gamme, innovation, délais, service après-vente — explique une bonne part des positions commerciales, et c'est elle qui permet à un pays cher de continuer à vendre (cours « L'avantage comparatif »).

Quand on ne peut plus dévaluer, le taux réel bouge quand même

Deux mots à ne pas confondre. Une DÉPRÉCIATION est une baisse du taux due au marché ; une DÉVALUATION est une baisse décidée par les autorités, ce qui suppose un régime de change fixe. Dans la zone euro, aucun des deux n'est disponible face aux partenaires de la zone : il n'existe plus de taux nominal bilatéral à faire bouger. Le taux réel, lui, continue de vivre par les prix — c'est tout le sondage. Un pays dont les coûts dérivent ne peut alors les corriger qu'en agissant directement sur eux, ce qu'on appelle une DÉVALUATION INTERNE : modération salariale, baisse de charges, gains de productivité. Enfin, l'effet d'une variation du taux réel sur le solde commercial n'est ni immédiat ni garanti. Pas immédiat : après une dépréciation, les contrats en cours et les habitudes d'achat font que les QUANTITÉS mettent des mois à bouger, alors que la facture d'importation s'alourdit tout de suite — le solde commence donc par se dégrader avant de se redresser, et la courbe qu'il dessine a donné son nom à l'EFFET J. Pas garanti non plus : le redressement final suppose que les quantités finissent par réagir assez fortement aux prix, une exigence précise appelée condition de Marshall-Lerner ; si elle n'est pas remplie, une monnaie plus faible dégrade le solde durablement. Les deux mécanismes sont ceux qu'annonçait le cours « La balance commerciale ».

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

Un panier coûte 200 € en zone euro et 220 $ aux États-Unis. Le taux est de 1,10 $/€. Quel est le taux de change réel q (deux décimales) ?

3

Le taux PPA vaut 1,20 $/€ et le taux observé 1,32 $/€. De combien l'euro est-il surévalué (en %) ?

%
5

L'inflation atteint 4 % en zone euro et 1 % aux États-Unis. Selon la PPA relative, de combien l'euro doit-il varier sur l'année pour que le taux réel reste constant (en %, une décimale) ?

%
7

Vrai ou faux : puisque l'arbitrage égalise les prix, le taux de change réel revient rapidement à 1.

2

Même situation (panier à 200 € et 220 $). Quel est le taux PPA, e_PPA, en dollars par euro (deux décimales) ?

$/€
4

Un panier vaut 200 € en zone euro et 220 $ aux États-Unis. À prix inchangés des deux côtés, l'euro passe de 1,10 à 1,25 $. Que devient la compétitivité-prix des exportateurs de la zone euro ?

6

Un Big Mac coûte 5,00 € en zone euro et 6,00 $ aux États-Unis. Quel taux de change égaliserait les deux prix (en $/€) ?

$/€
8

Vrai ou faux : un pays riche dont les services sont chers a forcément une monnaie anormalement surévaluée, qu'il faudrait corriger.