Commerce Intl.Chapitre 7

Le commerce international

Le commerce international désigne l'ensemble des échanges de biens et services entre les économies nationales. Mankiw y consacre des chapitres fondamentaux, qui partent du principe de l'avantage comparatif, selon lequel chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles son coût d'opportunité est plus faible que celui de ses partenaires.

Dernière mise à jour : 16 octobre 2026

Définition

Définition

Le commerce international repose sur l'échange de biens et de services entre pays. La balance commerciale mesure la différence entre les exportations (ventes à l'étranger) et les importations (achats à l'étranger). En France, le terme désigne usuellement le solde des seuls biens, publié par les douanes ; lorsqu'on y ajoute les services, on parle de solde des biens et services. Un excédent commercial signifie que le pays exporte plus qu'il n'importe ; un déficit commercial indique l'inverse.

Le commerce international est un jeu à somme positive : les deux partenaires commerciaux peuvent gagner à l'échange, même si l'un d'entre eux est plus efficace dans la production de tous les biens. Ce résultat repose sur le concept d'avantage comparatif, distinct de l'avantage absolu. Les flux de capitaux, qui relèvent quant à eux de la balance des paiements, sont liés aux échanges : l'écart entre l'épargne nationale (S) et l'investissement (I) est égal au solde du compte courant, et ce solde a pour contrepartie les flux de capitaux. Dans le modèle des manuels, où l'épargne se calcule sur la production, ce solde se réduit aux exportations nettes de biens et services (NX), d'où l'identité NX = S − I. La balance des paiements, plus large que la balance commerciale, enregistre l'ensemble des transactions d'un pays avec le reste du monde, y compris les flux financiers et les transferts.

Comment ça marche

Même le pays le plus efficace doit choisir : le travail ou les ressources consacrés à un produit ne servent plus à un autre. Le modèle de base, celui de Ricardo repris dans les manuels, explique ainsi pourquoi deux pays peuvent gagner à échanger.

  1. Produire, c'est renoncer.

    1. Produire, c'est renoncer

    Dans chaque pays, produire davantage d'un bien oblige à produire moins d'un autre : c'est le coût d'opportunité.

  2. Le pays se spécialise davantage là où il renonce à moins que ses partenaires. Les prix y orientent ses entreprises.

    2. Le pays se spécialise davantage là où il renonce à moins que ses partenaires

    Les prix y orientent ses entreprises. Même un pays moins efficace en tout a des productions où son retard est le plus faible : c'est son avantage comparatif.

  3. Il échange.

    3. Il échange

    Il vend une partie de ce dans quoi il s'est spécialisé et achète le reste à l'étranger.

  4. Les deux partenaires peuvent y gagner.

    4. Les deux partenaires peuvent y gagner

    La production totale augmente, et chacun peut consommer davantage qu'en produisant tout lui-même.

Un exemple de manuel : chez Mankiw, l'éleveur produit tout plus vite que le fermier. Mais pour une portion de pommes de terre, le fermier renonce à un quart de portion de viande, l'éleveur à une demi-portion. Le fermier fait donc les pommes de terre, l'éleveur surtout la viande ; les deux gagnent s'ils échangent à un prix compris entre ces deux coûts d'opportunité, par exemple un tiers de portion de viande par portion de pommes de terre. L'idée remonte à David Ricardo, en 1817, avec l'exemple du drap anglais et du vin portugais.

Le taux de change compte : une monnaie qui baisse peut rendre les exportations moins chères pour l'étranger et les importations plus chères ; la balance peut alors s'améliorer si les quantités réagissent assez, parfois après s'être d'abord dégradée (la courbe en J). Mais une grande partie du commerce mondial est facturée en dollars : à court terme, pour beaucoup de pays, c'est surtout le cours du dollar qui compte (Gopinath et al., 2020).

Un déficit n'est pas une perte en soi : dans le modèle des manuels, où l'épargne se calcule sur la production, un déficit des échanges de biens et services est égal à l'écart entre ce que le pays épargne et ce qu'il investit (NX = S − I). Le pays emprunte alors à l'étranger ou lui vend des placements (actions, obligations, entreprises), ce qui peut financer des investissements utiles. Dans ce modèle, à long terme, c'est cet écart, et non le taux de change, qui fixe le solde : le taux de change s'ajuste jusqu'à ce que le solde égale cet écart.

Un droit de douane a un prix : il protège un secteur, mais renchérit les produits pour les acheteurs, y compris les entreprises qui achètent des pièces à l'étranger, et peut entraîner des représailles.

Quand ça ne se passe pas comme prévu

Les pays échangent aussi des produits semblables : la France vend et achète des voitures. Entre pays aux coûts proches, comme la France et l'Allemagne, l'avantage comparatif explique mal ces échanges. Le modèle de Krugman (prix Nobel 2008) repose sur deux hypothèses. D'abord, concevoir un modèle de voiture et équiper une usine coûte cher : plus un constructeur en fabrique, moins chaque voiture lui revient cher (les économies d'échelle). Il a donc intérêt à produire peu de modèles, en grande série, plutôt qu'un peu de tout. Ensuite, les acheteurs n'ont pas tous les mêmes goûts : certains Français préfèrent un modèle allemand, certains Allemands un modèle français (le goût pour la variété). Chaque pays vend ainsi ses modèles à l'étranger et achète ceux des autres. Le gain n'est pas celui de Ricardo : les acheteurs ont plus de choix, et chaque modèle, vendu sur un marché plus grand, peut coûter moins cher à produire. Entre pays développés, une grande partie du commerce est de ce type.

Le pays peut gagner sans que chaque région gagne : le modèle suppose que travailleurs et machines passent facilement d'une production à l'autre. Aux États-Unis, la concurrence des importations chinoises aurait coûté 2 à 2,4 millions d'emplois de 1999 à 2011, dans toute l'économie (Acemoglu et al., 2016) ; en 2019, près de dix ans après le pic de cette concurrence, les régions touchées en subissaient encore les effets (Autor, Dorn et Hanson, 2021).

L'étranger ne paie pas toujours le droit de douane : selon une étude, les droits de douane américains de 2018 ont été entièrement répercutés sur les prix que payaient les importateurs américains (Amiti, Redding et Weinstein, 2019). En conséquence les droits de douane sont en partie répercutés indirectement sur les consommateurs. Ces droits relèvent alors le niveau des prix une fois : les prix montent plus vite pendant un temps, sans que cela devienne forcément une inflation durable.

Un déficit n'affaiblit pas toujours la monnaie : en 2022, le déficit américain des échanges de biens et services a atteint environ 900 milliards de dollars, un record à l'époque, et le dollar son plus haut niveau face aux grandes monnaies depuis le début des années 2000. Les deux vont de pair : des capitaux attirés par la hausse des taux d'intérêt américains et par les placements sûrs ont fait monter le dollar, et ces entrées de capitaux sont, par construction, la contrepartie du déficit courant, dont le déficit des échanges de biens et services forme l'essentiel.

Pour en savoir plus, lire la fiche complète puis suivre les notions guidées en fin de fiche.

Pourquoi c'est important

Le principe de l'avantage comparatif est l'une des contributions les plus fondamentales de la science économique. Dans les enquêtes menées auprès des économistes, une large majorité reconnaît les bénéfices du libre-échange, tout en admettant ses effets redistributifs : certains secteurs et travailleurs souffrent de la concurrence étrangère, parfois durablement (le « choc chinois » étudié par Autor, Dorn et Hanson, dont les effets locaux sur l'emploi persistaient près de dix ans après son pic), ce qui peut justifier des politiques d'accompagnement (reconversion, formation, amortisseurs sociaux).

Le protectionnisme, bien que populaire politiquement, crée dans le modèle une perte sèche, et le plus souvent une perte nette pour le pays : les consommateurs paient des prix plus élevés, les ressources productives sont mal allouées, et les représailles commerciales des partenaires peuvent annuler les gains espérés.

Points clés

Le commerce international permet une allocation plus efficace des ressources mondiales : chaque pays se consacre aux productions où il est relativement le plus performant, ce qui, dans le modèle de Ricardo, accroît la production totale mondiale

Les gains du commerce ne sont pas également répartis au sein d'un pays : le théorème de Stolper-Samuelson relie le prix relatif d'un bien à la rémunération du facteur qu'il utilise intensivement ; combiné au modèle de Heckscher-Ohlin, il prédit que le libre-échange avantage le facteur de production abondant (le travail peu qualifié dans les pays en développement, le capital et le travail qualifié dans les pays avancés) et désavantage le facteur rare

Les taux de change pèsent sur la compétitivité : une monnaie faible peut rendre les exportations moins chères et les importations plus onéreuses, ce qui tend à améliorer la balance commerciale à moyen terme — à condition que les volumes échangés réagissent suffisamment aux prix (condition de Marshall-Lerner). À court terme, l'effet prix peut dominer : la balance se dégrade alors d'abord avant de s'améliorer (courbe en J). L'effet inverse opère avec une monnaie forte

Mankiw examine les arguments habituels en faveur du protectionnisme (l'emploi, la sécurité nationale, les industries naissantes, la concurrence déloyale de pays qui subventionnent leurs entreprises, la protection comme monnaie d'échange) et les discute un à un

Exemple concret

Exemples

L'Allemagne affiche un excédent commercial structurel important, porté notamment par la compétitivité de son industrie manufacturière (automobile, machines-outils, chimie) ; son excédent courant a pour pendant comptable une épargne nationale supérieure à l'investissement. Sur les seuls biens, il s'est effondré sous 90 milliards d'euros en 2022 avec la flambée des prix de l'énergie importée, avant de rebondir à 218 milliards d'euros en 2023 et 243 milliards d'euros en 2024, avec des importations en recul bien plus marqué que les exportations, puis de reculer à 202 milliards d'euros en 2025 (Destatis). À l'inverse, les États-Unis présentent un déficit chronique des échanges de biens et services : 932 milliards de dollars en 2025, qui résulte d'un déficit de 1 260 milliards sur les biens, partiellement compensé par un excédent de 328 milliards sur les services (BEA, révision annuelle de juin 2026). Sur les seuls biens, en données douanières, la Chine reste de peu leur premier déficit bilatéral parmi les pays, juste devant le Mexique, mais ce déficit a fortement reculé : 203 milliards de dollars en 2025, contre 297 milliards en 2024, soit environ 16 % du déficit américain sur les biens au lieu de près d'un quart. Ce recul reflète en partie les droits de douane de 2025 décrits ci-dessous. Le déficit total sur les biens, lui, a atteint un record : 1 260 milliards de dollars, contre 1 213 milliards en 2024. Un déficit avec un pays peut baisser sans que le déficit total baisse. La guerre commerciale sino-américaine initiée en 2018 (droits de douane de 25 % sur environ 250 milliards de dollars d'importations chinoises, puis de 15 % sur environ 120 milliards supplémentaires, ramenés à 7,5 % après l'accord de « Phase One » de 2020) a pris une toute autre échelle en 2025 : les États-Unis ont instauré un tarif plancher de 10 % sur les importations venant de presque tous leurs partenaires, hors Canada et Mexique, et hors certains produits (acier, aluminium, automobiles, énergie, médicaments, semi-conducteurs, notamment), assorti de surtaxes bien plus élevées selon les pays et les secteurs (pic à 145 % sur la Chine au printemps 2025, avant une désescalade négociée), portant leur droit de douane moyen à son plus haut niveau depuis les années 1930. En février 2026, la Cour suprême américaine a jugé que la loi d'urgence invoquée ne permettait pas d'instaurer le tarif plancher ni les surtaxes par pays ; l'administration les a remplacés par d'autres droits, pris sur d'autres fondements juridiques. Ces épisodes illustrent les risques du protectionnisme moderne : perturbation des chaînes d'approvisionnement, hausse des prix pour les consommateurs et incertitude pour les entreprises.

Impact sur les marchés

Marchés

Les données de la balance commerciale et les évolutions des politiques commerciales influencent les marchés de devises : un excédent commercial structurel peut soutenir la monnaie nationale et un déficit chronique peser sur elle ; mais les flux de capitaux dominent souvent le change, et le dollar est resté fort malgré des déficits persistants. Les tensions commerciales (droits de douane, sanctions, guerres commerciales) génèrent de la volatilité sur les marchés actions, en particulier pour les entreprises exportatrices et les secteurs dépendants des chaînes d'approvisionnement mondiales. Les marchés des matières premières sont également affectés, car les restrictions commerciales peuvent perturber l'offre et la demande mondiales.

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