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La demande agrégée

La même formule que le PIB — mais elle ne dit pas la même chose, et c'est tout le sujet.

🎓 Intermédiaire⏱️ 25 min
DA(P) = C(P) + I(P) + G + (X − M)(P)
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

Ce cours affiche presque la même formule que le cours « Le PIB » : C + I + G + (X − M). Mêmes lettres, même ordre. Pourtant elle ne dit pas la même chose — et tant qu'on ne voit pas la différence, tout ce qui suit reste incompréhensible.

Voici la différence, en une phrase. Le PIB est une IDENTITÉ COMPTABLE : on additionne, après coup, des dépenses qui ont réellement eu lieu. Elle est vraie par construction, quoi qu'il arrive — et c'est pour cela qu'elle ne peut rien prévoir. La demande agrégée, elle, est une FONCTION : elle dit combien les agents VOUDRAIENT acheter, à un niveau général des prix donné. C'est une intention, mesurée avant que l'échange ait lieu, et elle change quand ce niveau de prix change. Les deux ne coïncident qu'à l'équilibre — quand ce que les uns veulent acheter rencontre ce que les autres acceptent de produire, ce qu'étudie le cours suivant, « Chocs et équilibre OA-DA ».

Tout le cours découle de là. Si DA dépend du niveau des prix, alors il faut dire OÙ sont les prix dans la formule (ils n'y apparaissent pas), par quels mécanismes ils agissent, à quoi ressemble la courbe qu'on obtient, et ce qui la déplace — en distinguant deux mouvements que l'on confond sans arrêt : glisser LE LONG de la courbe, et déplacer LA COURBE elle-même.

L'État augmente ses dépenses de 40 Mds €, les prix restant au même niveau. De combien la demande agrégée se déplace-t-elle ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Reprenons la formule du PIB : PIB = C + I + G + (X − M). Elle est constatée APRÈS coup, sur des dépenses effectivement réalisées ; c'est une identité, elle ne peut pas être fausse. Nous gardons les mêmes lettres, mais nous changeons la question : combien les agents voudraient-ils dépenser SI le niveau général des prix valait tel ou tel niveau ? La réponse n'est plus un nombre, c'est une liste de nombres — un par niveau de prix. Autrement dit une fonction, que l'on note DA(P). Et pendant qu'on y est, réglons une question que la formule du PIB laisse en suspens : pourquoi soustraire M ? Parce qu'un produit importé acheté par un ménage est déjà compté dans C ; le retirer évite de compter comme demande adressée à nos producteurs ce qui part chez les producteurs étrangers.

La formule n'affiche aucun P — il agit à l'intérieur de trois composantes. (1) Sur C, l'effet d'ENCAISSES RÉELLES, ou effet Pigou : à quantité de monnaie inchangée, des prix plus bas rendent chaque euro détenu plus puissant ; les ménages se sentent plus riches et consomment davantage. (2) Sur I, l'effet de TAUX D'INTÉRÊT, ou effet Keynes : des prix plus bas réduisent la monnaie nécessaire aux transactions courantes ; l'excédent est prêté, le taux d'intérêt baisse, et l'investissement à crédit devient plus attractif. Attention, ce canal suppose la quantité de monnaie inchangée (hypothèse 3) — dans le cours « Le taux directeur et la transmission », c'est au contraire la banque centrale qui pilote le taux. (3) Sur (X − M), l'effet de COMMERCE EXTÉRIEUR : des prix intérieurs plus bas rendent nos produits relativement moins chers que les produits étrangers, donc X monte et M baisse (cours « Le taux de change, c'est quoi ? »). Trois canaux, trois composantes : G est la seule à ne pas bouger avec les prix.

On peut enfin tracer. En ABSCISSE, la quantité totale demandée, en milliards d'euros constants. En ORDONNÉE, le niveau général des prix, exprimé en indice (base 100 l'année de référence). Chaque point de la courbe répond à : « à ce niveau de prix, combien veut-on acheter ? » Les trois canaux allant tous dans le même sens, la courbe DESCEND de gauche à droite : prix plus bas, quantité demandée plus grande. Un ordre de grandeur pour fixer les idées : si une baisse de 4 points d'indice (de 100 à 96) augmente la demande de 2 %, soit environ 60 Mds €, la pente vaut −15 Mds € par point d'indice. Ce nombre est ILLUSTRATIF — aucune institution ne publie « la » pente de la demande agrégée —, mais il transforme une phrase vague (« la pente est négative ») en une grandeur qu'on peut manipuler.

Maintenant que les axes existent, la distinction devient visible. Si le niveau des PRIX change, on GLISSE LE LONG de la courbe : elle n'a pas bougé, on lit simplement un autre de ses points. Si autre chose change — la confiance des ménages, une relance budgétaire, la demande étrangère, le taux directeur —, c'est LA COURBE ENTIÈRE qui se déplace : à chaque niveau de prix, on veut désormais acheter plus (ou moins). Et de combien se déplace-t-elle ? Pas du montant injecté : de ce montant MULTIPLIÉ, car chaque euro dépensé devient un revenu partiellement redépensé. C'est exactement le k du cours « Le multiplicateur budgétaire ». Clique chaque terme :

( ) = + + + , toutes évaluées au niveau de prix

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Prenons les vrais chiffres de l'économie française — comptes de la Nation 2025 publiés par l'Insee en mai 2026 — et faisons trois choses : vérifier ce que la formule additionne réellement, la transformer en courbe, puis lui appliquer un choc en séparant l'impulsion du déplacement.

  1. Les quatre lettres, avec les chiffres réels 2025 (Mds €)1 545,9 (C) + 663,6 (I) + 719,6 (G) + (1 009,4 − 1 023,8)2 914,7 Mds €
  2. Or le PIB 2025 vaut 2 991,1 Mds € : la formule à quatre lettres ne boucle PAS2 991,056 − 2 914,735 (valeurs non arrondies : les arrondis à la décimale donneraient 76,4, ce qui est le piège)il manque 76,321 Mds € — la formule scolaire est une simplification
  3. Ce que sont ces 76,3 Mds € manquants69,478 (associations et institutions sans but lucratif) + 5,499 (variation de stocks) + 1,344 (objets de valeur)76,321 Mds € — l'identité boucle alors EXACTEMENT
  4. Le poids de chaque composante dans le PIBC : 1 545,9/2 991,1 ; I : 663,6/2 991,1 ; G : 719,6/2 991,1 ; X − M : −14,4/2 991,1C 51,7 % · I 22,2 % · G 24,1 % · solde extérieur −0,5 %
  5. Du nombre à la COURBE : on repart du PIB COMPLET (2 991,1 — les 76,3 manquants sont de la demande eux aussi) et on fait varier le niveau des prix (jouet illustratif, sensibilité 0,5 % par point d'indice)à P = 100 : 2 991,1 ; à P = 96 : 2 991,1 × (1 + 0,5 % × 4) ≈ 3 051. Cinq points pour voir la courbe : P = 90 → 3 141 ; P = 95 → 3 066 ; P = 100 → 2 991 ; P = 105 → 2 916 ; P = 110 → 2 842la courbe DESCEND vers la droite — et dans tous ces cas on a GLISSÉ dessus, elle n'a pas bougé d'un millimètre
  6. Un choc, maintenant : l'État dépense 40 Mds € de plus (l'IMPULSION)ΔG = +40 Mds €, soit 1,34 % du PIB — un ordre de grandeur plausible : le plan de relance français annoncé en septembre 2020 portait sur 100 Mds € étalés sur plusieurs annéesmais ce n'est pas de cela que la courbe se déplace
  7. Le DÉPLACEMENT de la courbe : l'impulsion multipliée (k ≈ 1,4, cours « Le multiplicateur budgétaire »)1,4 × 40+56 Mds € à CHAQUE niveau de prix, soit 1,87 % du PIB

Trois enseignements à retenir. D'abord, la formule à quatre lettres est une simplification : sur les comptes réels, il lui manque 76 Mds € (associations et stocks) pour retomber sur le PIB — utile de le savoir avant d'affirmer qu'« elle boucle toujours ». Ensuite, un même nombre — 2 991 Mds € — n'est une demande agrégée que si l'on précise à quel niveau de prix il correspond : c'est ce qui en fait une courbe et non un total. Enfin, et c'est l'erreur la plus coûteuse : l'impulsion (+40) et le déplacement de la courbe (+56) ne sont pas le même nombre. Un commentateur qui annonce « 40 milliards de relance, donc 40 milliards de demande en plus » oublie le multiplicateur ; celui qui promet « 40 milliards, donc 40 milliards de PIB en plus » oublie en outre qu'une demande ne devient production qu'en rencontrant une offre — l'objet du cours suivant, « Chocs et équilibre OA-DA ».

Calcul en directDA(P) = DA₀ × [1 − s × (P − 100)/100] + k × ΔG

Ce simulateur sépare les deux mouvements que tout le monde confond. Bouge d'abord le NIVEAU DES PRIX seul : tu glisses le long de la courbe, et la ligne « Déplacement DE la courbe » ne bouge pas. Puis bouge le CHOC : la courbe se déplace, et l'effet est le même à tous les niveaux de prix. Compare enfin l'impulsion que tu injectes au décalage obtenu — l'écart, c'est le multiplicateur.

Demande agrégée à ce niveau de prix3047,1 Mds €
Glissement LE LONG de la courbe (effet des prix seuls)+0 Mds €
Déplacement DE la courbe (effet du choc)+56 Mds €, identique à tous les niveaux de prix
Impulsion injectée, pour comparaison+40 Mds € — le multiplicateur en fait 56
Lectureseul le CHOC a joué : la courbe s'est déplacée de 56 Mds € à chaque niveau de prix, sans qu'aucun prix ne change.
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Trois mises en garde, dont deux corrigent des raccourcis très répandus.

La demande agrégée n'est pas la demande d'un marché, agrandie

On serait tenté de dire : la courbe de demande d'un bien descend parce que, s'il renchérit, on lui préfère un autre bien (cours « La loi de l'offre et de la demande »). Ce raisonnement ne marche PAS ici : quand le niveau GÉNÉRAL des prix monte, il n'y a pas d'autre bien vers lequel se reporter, puisque tout monte ensemble. C'est pourquoi la pente de la DA exige les trois canaux du récit — encaisses réelles, taux d'intérêt, commerce extérieur — et non l'argument de substitution. Passer du raisonnement individuel au raisonnement d'ensemble sans changer de mécanisme s'appelle un sophisme de composition.

Ce qui déplace la courbe : la liste courte

Vers la DROITE (on veut acheter plus à prix inchangés) : une hausse de la confiance des ménages ou des entreprises, une relance budgétaire (plus de G ou moins d'impôts), une baisse du taux directeur (cours « Le taux directeur et la transmission »), une demande étrangère plus forte, une monnaie qui se déprécie, une hausse du patrimoine. Vers la GAUCHE : les mêmes en sens inverse, et notamment l'austérité budgétaire. Un seul facteur ne déplace JAMAIS la courbe : le niveau général des prix lui-même — il fait glisser dessus. C'est le test à s'appliquer à chaque fois : « est-ce le prix qui a changé, ou autre chose ? »

Les limites de l'effet d'encaisses réelles

Le mécanisme le plus cité est aussi le plus fragile. Il ne joue que sur les actifs NOMINAUX nets — la monnaie et les placements à valeur fixe —, pas sur un logement ou des actions, dont le prix baisse aussi. Surtout, il a un miroir sombre : si les prix baissent, la valeur réelle des DETTES augmente d'autant, et les ménages endettés doivent se serrer la ceinture. Irving Fisher a nommé ce phénomène la déflation par la dette (cours « La déflation, c'est quoi ? »), et il peut l'emporter sur l'effet d'encaisses. Une baisse générale des prix n'est donc pas la bonne nouvelle que la pente de la courbe laisse croire.

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

C = 900, I = 300, G = 400, X = 200, M = 250 (Mds €). Quelle est la demande agrégée à ce niveau de prix (en Mds €) ?

Mds €
3

Vrai ou faux : une baisse du niveau général des prix déplace la courbe de demande agrégée vers la droite.

5

En 2025, l'investissement (FBCF) valait 663,6 Mds € pour un PIB de 2 991,1 Mds €. Quelle part du PIB représente-t-il (en %, une décimale) ?

%
7

Le niveau des prix baisse. Quel canal fait monter l'INVESTISSEMENT dans ce mouvement ?

2

Ce pays lance une relance : G passe de 400 à 460 Mds €. Avec un multiplicateur k = 1,4, de combien la COURBE de demande agrégée se déplace-t-elle (en Mds €) ?

Mds €
4

Parmi ces quatre événements, lequel fait GLISSER le long de la courbe DA au lieu de la déplacer ?

6

Pourquoi retranche-t-on les importations dans la formule ?

8

Vrai ou faux : la courbe de demande agrégée descend pour la même raison que la courbe de demande d'un bien particulier — si le prix monte, on achète autre chose.