L'offre et la demande agrégées
Le modèle d'offre et de demande agrégées (AD-AS) constitue le cadre analytique central de la macroéconomie. Mankiw le présente comme l'outil fondamental pour comprendre les fluctuations économiques de court terme : comment le niveau général des prix et la production totale sont déterminés, et comment les chocs et les politiques économiques les affectent.
Dernière mise à jour : 8 juillet 2026
Définition
DéfinitionLe modèle AD-AS (Aggregate Demand - Aggregate Supply) met en relation le niveau général des prix et la quantité totale de biens et services produits dans l'économie (le PIB réel).
La courbe de demande agrégée (AD) représente la relation inverse entre le niveau des prix et la quantité totale de biens et services demandés : quand les prix baissent, les agents consomment et investissent davantage, sous l'effet conjugué de trois mécanismes — l'effet de richesse, l'effet de taux d'intérêt et l'effet de taux de change. La courbe d'offre agrégée (AS) représente la relation entre le niveau des prix et la quantité que les entreprises sont disposées à produire.
On distingue soigneusement l'offre agrégée à court terme (SRAS), qui est croissante en fonction des prix (les entreprises produisent davantage quand les prix augmentent car certains coûts sont rigides), de l'offre agrégée à long terme (LRAS), qui est verticale au niveau du PIB potentiel. On peut également citer trois modèles explicatifs de la pente positive de la SRAS : le modèle des salaires rigides (W fixé par contrat), le modèle des prix rigides (P ajusté avec retard) et le modèle de l'erreur de perception (confusion entre prix relatifs et niveau général des prix).
Pourquoi c'est important
Le modèle AD-AS est le principal outil utilisé par les économistes pour analyser les causes des récessions, les mécanismes de l'inflation et l'efficacité des politiques de stabilisation. Mankiw l'introduit et l'approfondit en montrant comment les chocs de demande et d'offre expliquent les grandes crises économiques : la Grande Dépression de 1929 (choc de demande négatif massif), les chocs pétroliers de 1973 et 1979 (chocs d'offre négatifs) et la pandémie de Covid-19 (choc simultané sur l'offre et la demande).
Les trois modèles d'offre agrégée de court terme aboutissent à une même équation : Y = Ȳ + α(P − Pᵉ), où Ȳ est la production naturelle, P le niveau effectif des prix, Pᵉ le niveau anticipé des prix et α un paramètre positif mesurant la réactivité de la production aux surprises de prix.
Mankiw souligne la distinction fondamentale entre les effets à court et à long terme : à court terme, les politiques de demande (monétaire et budgétaire) influencent la production et les prix car les prix sont rigides. À long terme, la production revient à son niveau naturel et seuls les prix s'ajustent, conformément à la verticalité de la courbe LRAS.
Points clés
Un choc de demande positif (hausse de la dépense publique, baisse des taux) déplace la courbe AD vers la droite, ce qui augmente à la fois la production et les prix à court terme. À long terme, la production revient à son niveau naturel et seuls les prix ont augmenté
Un choc d'offre négatif (hausse du pétrole, pandémie) déplace la courbe SRAS vers la gauche, provoquant simultanément une baisse de la production et une hausse des prix (stagflation). C'est le scénario le plus redouté car aucune politique de demande ne peut corriger les deux problèmes à la fois — seule une politique d'offre (baisse des coûts de production, gains de productivité) peut en théorie redresser les deux
L'ajustement automatique de long terme passe par la flexibilité des prix et des salaires : en récession, la baisse progressive des salaires réduit les coûts de production et déplace la courbe SRAS vers la droite, ramenant la production au potentiel. Cet ajustement peut cependant prendre plusieurs années
Le dilemme stagflationniste confronte les décideurs à un arbitrage impossible : une politique expansionniste réduit la récession mais aggrave l'inflation, une politique restrictive réduit l'inflation mais aggrave la récession
Exemple concret
ExemplesLa crise pétrolière de 1973 illustre le choc d'offre négatif : l'embargo décrété par les membres arabes de l'OPEP, combiné aux hausses de prix décidées par le cartel, a quadruplé le prix du pétrole en quelques mois, augmentant brutalement les coûts de production de l'ensemble de l'économie mondiale. La courbe d'offre agrégée s'est déplacée vers la gauche, provoquant simultanément une récession (le PIB a chuté) et une inflation à deux chiffres dans de nombreux pays industrialisés. La pandémie de Covid-19 en 2020 a constitué un double choc inédit : les confinements ont réduit l'offre (fermetures d'usines, perturbations logistiques) et la demande (restrictions de mobilité, incertitude) simultanément, provoquant la récession la plus brutale depuis la Seconde Guerre mondiale. L'épisode 2021-2022 offre le cas d'école le plus récent : à la réouverture, un excès de demande (épargne accumulée, relances budgétaires massives) a rencontré une offre contrainte (chaînes d'approvisionnement engorgées, puis flambée des prix de l'énergie en 2022), portant l'inflation à son plus haut niveau en quarante ans et ravivant les craintes de stagflation. Le resserrement monétaire brutal qui a suivi a fait reculer simultanément les marchés actions et obligataires en 2022 — configuration caractéristique d'un choc d'offre négatif.
Anecdote Mankiw
MankiwMankiw mobilise le modèle AD-AS pour expliquer le débat sur l'efficacité des politiques de relance : si l'économie se situe loin en dessous de son potentiel (large écart de production négatif), la courbe SRAS est relativement horizontale et une relance augmente surtout la production avec peu d'effet sur les prix. Si l'économie est proche du plein emploi, la courbe SRAS est plus pentue et une relance génère principalement de l'inflation.
📊 Modèle AD-AS
Impact sur les marchés
MarchésLes chocs d'offre négatifs sont les plus redoutés par les marchés financiers car ils provoquent la stagflation, situation dans laquelle les banques centrales sont dans l'impossibilité de baisser les taux (à cause de l'inflation) tout en ne pouvant pas les monter sans aggraver la récession. Les marchés actions et obligataires souffrent simultanément dans ce scénario. Les chocs de demande positifs (plans de relance) sont initialement bien accueillis par les marchés actions mais font monter les rendements obligataires en anticipation de l'inflation future.