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Comprends l'économie à ton rythme : des cours guidés, pas à pas, et des exercices pour t'entraîner.
Chocs et équilibre OA-DA
Une règle qui remplace quatre cas à mémoriser : d'où viennent l'inflation, la récession et la stagflation.
à l'équilibre : demande agrégée = offre agrégéeÉnoncé / motivation
En 2022, le prix du gaz et du pétrole s'envole : la facture énergétique de la France dépasse 110 milliards d'euros, contre 45,8 en 2025. L'inflation de la zone euro atteint 10,6 % en octobre — et pourtant l'activité ralentit. Comment les prix et la production peuvent-ils partir dans des sens OPPOSÉS ?
Parce qu'ils ne sont pas décidés séparément. Le niveau général des prix et la production d'un pays se déterminent ENSEMBLE, à la rencontre de deux forces : ce que l'ensemble des acheteurs veut acheter — la DEMANDE AGRÉGÉE — et ce que l'ensemble des entreprises accepte de produire — l'OFFRE AGRÉGÉE. « Agrégé » veut simplement dire « tout le pays d'un coup » : un seul bien composite, un seul prix moyen. Attention, ce ne sont donc PAS les courbes d'offre et de demande d'un marché particulier (cours « La loi de l'offre et de la demande ») : ici, il n'y a plus de tomates ni de voitures, il y a le PIB.
Ce cours ne se contentera pas d'énumérer des cas. Il pose les deux équations, calcule l'équilibre, puis fait bouger chaque courbe pour lire le nouveau point de rencontre — et il en sortira UNE règle, qui remplace les quatre situations que l'on demande d'ordinaire d'apprendre par cœur. Cette règle dira du même coup pourquoi la stagflation existe, et pourquoi elle place les gouvernements et les banques centrales devant un choix impossible.
Hypothèses
À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.
Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.
0 idée(s) proposée(s)Formalisation
Il faut d'abord voir la figure, alors décrivons-la précisément. Axe horizontal : la production du pays, Y, en milliards d'euros. Axe vertical : le niveau général des prix, P, un indice qui vaut 100 au départ. La DEMANDE AGRÉGÉE est une courbe qui DESCEND de gauche à droite : plus les prix sont hauts, moins on achète (hypothèse 2). L'OFFRE AGRÉGÉE de court terme MONTE de gauche à droite : plus les prix sont hauts, plus il est rentable de produire (hypothèse 3). Deux courbes de pentes opposées se croisent en un point et un seul : ce point donne à la fois le prix et la production du pays. Tout le cours consiste à déplacer l'une ou l'autre et à relire ce point.
Mettons des nombres. La demande : Y = A − β(P − 100), où A est le niveau de demande quand les prix valent 100, et β mesure de combien la demande recule quand les prix montent d'un point — prenons β = 8, c'est-à-dire 8 milliards d'euros en moins par point d'indice. L'offre de court terme : Y = Ȳ + α(P − Pᵉ) − c, où Ȳ = 2 800 milliards est le PIB potentiel, Pᵉ le prix ANTICIPÉ lors de la signature des contrats, α = 8 la réaction des entreprises à une surprise de prix, et c le surcoût imposé par un choc d'offre (c = 0 quand tout est calme). Cette seconde équation EST la courbe d'offre : elle monte parce que α est positif, et si les anticipations sont toujours justes (Pᵉ = P), il reste Y = Ȳ — la verticale de long terme. Les deux hypothèses 3 se lisent donc directement dans l'algèbre.
Le point de rencontre s'obtient en écrivant que les deux quantités sont égales : A − β(P − 100) = Ȳ + α(P − Pᵉ) − c. Au départ, prenons A = 2 800 (la demande vaut exactement le potentiel), Pᵉ = 100 et c = 0. L'égalité devient 2 800 − 8(P − 100) = 2 800 + 8(P − 100), donc 8(P−100) = −8(P−100), ce qui n'est possible que si P = 100 ; et alors Y = 2 800. Voilà l'équilibre de départ : prix 100, production 2 800, exactement au potentiel. Rien n'a été imposé — le prix est SORTI du calcul, et c'est ce que veut dire « équilibre ».
Faisons maintenant l'algèbre une fois pour toutes, avec un choc de demande ΔA (A devient 2 800 + ΔA) et un choc d'offre c. En résolvant, le nouvel équilibre s'écrit : P* = 100 + (ΔA + c)/(α+β) et Y* = Ȳ + (α·ΔA − β·c)/(α+β). Regarde les SIGNES, c'est tout le cours. Dans le prix, ΔA et c entrent tous deux avec un PLUS : demande en hausse ou coûts en hausse, les prix montent dans les deux cas. Dans la production, ΔA entre avec un plus et c avec un MOINS. Conclusion : **un choc de demande pousse P et Y dans le même sens ; un choc d'offre les pousse en sens opposés**. Une seule règle, quatre cas déduits — et la stagflation cesse d'être un mystère : c'est simplement la ligne « c positif ». Sur la figure, cela se voit aussi bien qu'en algèbre, et voici le vocabulaire qui va avec. Un ΔA positif décale la courbe de DEMANDE vers la DROITE : à chaque niveau de prix, le pays veut acheter davantage. L'équilibre glisse alors LE LONG de la courbe d'offre, qui monte — d'où prix et production en hausse ensemble. Un surcoût c positif décale la courbe d'OFFRE vers la GAUCHE : à chaque niveau de prix, les entreprises produisent moins. L'équilibre glisse cette fois le long de la courbe de demande, qui descend — d'où un prix qui monte pendant que la production baisse. La règle des signes et le dessin disent exactement la même chose. Clique chaque terme :
Résolution / calcul
Quatre chocs de même ampleur — 80 milliards d'euros — appliqués tour à tour au même point de départ (P = 100, Y = 2 800). Les nombres sont un modèle-jouet, choisis pour tomber juste ; le raisonnement, lui, est celui du modèle OA-DA standard.
- Relance budgétaire : la demande monte (ΔA = + 80)
P* = 100 + 80/16 · Y* = 2 800 + 8×80/16P 105 · Y 2 840 — les deux MONTENT - Effondrement de la confiance : la demande baisse (ΔA = − 80)
P* = 100 − 80/16 · Y* = 2 800 − 8×80/16P 95 · Y 2 760 — les deux BAISSENT - ⚡ Flambée énergétique : les coûts montent (c = + 80)
P* = 100 + 80/16 · Y* = 2 800 − 8×80/16P 105 · Y 2 760 — STAGFLATION - Contre-choc pétrolier : les coûts baissent (c = − 80)
P* = 100 − 80/16 · Y* = 2 800 + 8×80/16P 95 · Y 2 840 — le scénario rêvé - Le tableau complet, en un coup d'œil
demande : 105/2 840 et 95/2 760 · offre : 105/2 760 et 95/2 840demande = même sens · offre = sens opposé - Et à long terme ? Les anticipations rattrapent (relance ΔA = + 80)
Pᵉ rejoint P, l'offre devient verticale : 2 800 = 2 880 − 8(P − 100)P 110 · Y 2 800 — retour au potentiel - ⚠️ Le prix de long terme dépasse celui de court terme
110 contre 105la relance ne laisse qu'une trace : des prix plus élevés - Et si le surcoût d'offre DURE ? (c = + 80 permanent)
les anticipations rattrapent, mais le surcoût reste : Y = Ȳ − cP 110 · Y 2 720 — la production reste SOUS le potentiel
Trois enseignements. (1) Une seule règle suffit, et elle se lit dans les signes de P* et Y* : un choc de DEMANDE déplace les prix et la production dans le même sens, un choc d'OFFRE en sens opposés. Plus rien à mémoriser. (2) La stagflation n'est donc pas une anomalie mais la signature normale d'un choc d'offre — et c'est ce qui la rend redoutable : toute politique agissant sur la demande déplace P et Y dans le MÊME sens, donc soulager la production aggrave l'inflation, et l'inverse. On ne peut pas viser les deux à la fois avec le même outil (interprétation, point 2). (3) À long terme, la production revient au potentiel : de la relance ne subsistent que des prix plus élevés — 110 contre 100 au départ, soit davantage encore que les 105 du court terme, car en rattrapant les anticipations les salaires poussent l'offre vers le haut à leur tour.
A − β(P−100) = Ȳ + α(P−Pᵉ) − c ⟹ P* = 100 + (ΔA+c)/(α+β), Y* = Ȳ + (α·ΔA − β·c)/(α+β)Tu ne règles pas les prix : tu règles les CHOCS, et l'équilibre se calcule. Applique un choc de demande, puis un choc d'offre de même ampleur, et compare les deux lignes de résultat. Essaie ensuite de compenser un choc d'offre par un choc de demande — tu verras que ramener la production creuse l'inflation, et inversement.
- Effet du choc de demande 0
- Effet du choc d'offre -40
- Écart de production total -40 %
Interprétation économique
Trois lectures : ce que l'inflation ne dit pas à elle seule, pourquoi un choc d'offre place les décideurs devant un choix impossible, et ce que devient tout cela avec le temps.
C'est la conséquence directe de la formule du prix, où les deux chocs entrent avec le même signe : une hausse des prix peut venir d'une demande trop forte comme de coûts trop élevés. Pour trancher, il faut regarder la PRODUCTION en même temps. Elle monte ? La demande est en cause. Elle baisse ? C'est l'offre. C'est exactement le diagnostic posé en 2022 : l'inflation de la zone euro atteignait 10,6 % en octobre, mais l'activité ralentissait — signature d'un choc d'offre, très différente de la surchauffe des années de forte croissance. Le remède ne peut donc pas être le même, alors que le symptôme affiché est identique.
Reprends la règle : toute politique agissant sur la demande — relance budgétaire (cours « Le multiplicateur budgétaire »), baisse ou hausse du taux directeur (cours « La règle de Taylor ») — déplace les prix et la production dans le MÊME sens. Or un choc d'offre les a poussés dans des sens opposés. Soutenir l'activité rajoute donc de l'inflation à l'inflation ; casser l'inflation approfondit la récession. Un seul instrument, deux cibles qui s'éloignent : c'est l'arbitrage que décrit la courbe de Phillips (cours « La courbe de Phillips augmentée »), et le cauchemar des banques centrales en 1974, en 1980 et en 2022. Nuance importante : cela vaut des politiques de DEMANDE. Des mesures agissant sur l'offre elle-même — sobriété énergétique, diversification des approvisionnements, formation, investissement productif — visent la bonne courbe, mais leurs effets sont lents.
Une fois les contrats renégociés et les anticipations à jour, l'offre devient verticale : la production revient au potentiel Ȳ et seuls les prix gardent la trace du choc. C'est pourquoi la relance de notre exemple finit à P = 110 sans un euro de production en plus. ⚠️ Mais attention à ne pas généraliser : ce retour vaut pour un choc de DEMANDE, et pour un choc d'offre TEMPORAIRE. Si le surcoût dure — énergie durablement chère, pénurie installée —, il reste dans l'équation même quand les anticipations ont rattrapé : l'offre devient alors verticale à Ȳ − c, et la production se stabilise SOUS le potentiel (2 720 dans notre exemple, résolution dernière étape). À ne pas confondre avec l'hystérèse décrite ci-dessous : dans un cas le potentiel Ȳ est intact et la production reste en dessous à cause d'un surcoût persistant, dans l'autre c'est le potentiel LUI-MÊME qui a baissé. Deux réserves supplémentaires, enfin. La première : ce « long terme » se compte en années, et une génération peut passer sa vie active dans le court terme. La seconde, plus sérieuse : si la récession dure, des chômeurs perdent leurs qualifications et des entreprises ferment définitivement — le potentiel Ȳ lui-même finit par baisser. Les économistes appellent cela l'HYSTÉRÈSE, et elle interdit de traiter un choc temporaire avec insouciance.
Limites / critiques
Exercices
Modèle du cours (Ȳ = 2 800, α = β = 8). Une relance porte la demande à ΔA = + 160 Mds €. Quel est le nouveau niveau des prix d'équilibre ?
Un choc d'offre défavorable impose c = + 160 Mds € de surcoûts (demande inchangée). Quelle est la production d'équilibre (en Mds €) ?
Vrai ou faux : quand le niveau des prix augmente et que la production augmente le long d'une courbe d'offre inchangée, on peut parler d'un choc d'offre.
Vrai ou faux : face à une flambée des prix de l'énergie, une banque centrale peut à la fois soutenir la production et contenir l'inflation en agissant sur son taux directeur.
Même relance (ΔA = + 160, c = 0). Quelle est la production d'équilibre (en Mds €) ?
Les prix montent et la production baisse. D'où vient le choc ?
Après la relance de l'exercice 1 (ΔA = + 160), que vaut la production une fois les anticipations rattrapées, à long terme (en Mds €) ?
Vrai ou faux : une récession profonde et longue peut faire baisser le PIB potentiel lui-même.