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La loi de l'offre et de la demande

Deux relations, un seul prix — et la distinction que presque tout le monde rate : glisser sur une courbe, ou la déplacer.

🎓 Débutant⏱️ 22 min
Qd(P*) = Qo(P*) → le couple (P*, Q*)
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

Sur un marché de fraises, personne ne décide du prix — et pourtant il en sort un, à peu près le même pour tout le monde. Comment ? Et surtout : pourquoi la moitié des erreurs commises sur ce chapitre viennent d'une seule confusion, que ce cours va lever ?

Premier point, celui qui change tout : l'offre et la demande ne sont pas des QUANTITÉS, ce sont des RELATIONS. « La demande de fraises » ne vaut pas 20 kg : elle dit, pour chaque prix possible, combien les acheteurs voudraient acheter à ce prix — 60 kg à 5 €, 20 kg à 10 €, 4 kg à 12 €. Idem pour l'offre, côté vendeurs. Un tableau complet, donc, pas un nombre.

De là vient la confusion à lever. Si le PRIX change, on lit simplement une autre ligne du même tableau : rien d'autre n'a bougé. Mais si c'est autre chose qui change — une gelée qui détruit les récoltes, une mode qui rend la fraise irrésistible —, alors c'est le TABLEAU ENTIER qui est remplacé, et il faut tout recalculer. Glisser sur la courbe, ou déplacer la courbe : deux mouvements que le récit sépare, et que la résolution chiffre jusqu'au bout.

Une gelée détruit la moitié des récoltes de fraises. Que devient, en général, leur prix ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Construisons le marché des fraises d'un étal, en kilos par jour. Côté VENDEURS : en dessous de 5 €/kg, le prix ne couvre pas les frais, personne ne sort ses cagettes — l'offre est nulle. Au-dessus, chaque euro de plus rend la vente rentable pour davantage de producteurs et fait apparaître 4 kg supplémentaires. On écrit donc directement ce qu'on vient de dire : 4 kg par euro AU-DESSUS de 5 €, soit Qo = 4 × (P − 5). En développant, cela donne la forme qu'on rencontre habituellement, Qo = 4·P − 20 — le « −20 » n'a aucun sens tout seul, il n'est que le 4 × 5 du seuil. Côté ACHETEURS : si les fraises étaient gratuites, 100 kg partiraient dans la journée ; chaque euro de prix en décourage 8. D'où Qd = 100 − 8·P, qui tombe à 0 à 12,5 €/kg — au-delà, plus un seul acheteur. Ces quatre nombres sont inventés pour l'exemple, mais chacun a un sens : deux seuils (5 € et 12,5 €) et deux sensibilités (4 et 8 kg par euro). Un mot enfin sur la présentation habituelle, si tu rencontres ce marché ailleurs sous forme de graphique : la convention est de porter la quantité en abscisse et le prix en ordonnée — la demande y descend de gauche à droite, l'offre y monte, et l'équilibre est leur point de croisement. C'est déroutant, puisque c'est le prix qui commande les quantités, mais l'usage est solidement installé.

Un seul prix rend la quantité demandée égale à la quantité offerte. Posons l'égalité : 100 − 8·P = 4·P − 20. Ajoutons 8·P des deux côtés : 100 = 12·P − 20. Ajoutons 20 des deux côtés : 120 = 12·P. Donc P* = 10 €/kg. Reste à savoir COMBIEN s'échange à ce prix : Qd = 100 − 80 = 20 kg, et Qo = 40 − 20 = 20 kg — les deux coïncident, c'est bon signe. L'issue d'un marché n'est donc pas un nombre mais un COUPLE : (P* = 10 €/kg ; Q* = 20 kg). On les appelle prix d'équilibre et quantité d'équilibre.

Voici le cœur du chapitre. Si le prix passe de 10 à 11 €, les deux relations n'ont pas changé d'un iota : on lit juste une autre de leurs lignes. C'est GLISSER LE LONG des courbes. Mais si la gelée détruit la moitié de la récolte, alors à CHAQUE prix il y a deux fois moins de fraises à vendre : la relation d'offre elle-même est remplacée, la courbe SE DÉPLACE, et il faut refaire le calcul de l'équilibre. C'est ainsi que se dénoue la contradiction apparente du sondage : la gelée fait baisser l'offre (déplacement) tandis que la règle « prix plus haut ⇒ quantité offerte plus grande » continue de valoir sur la nouvelle courbe (glissement). Ce qui déplace les courbes ? Jamais le prix du bien lui-même — tout le reste : revenus, goûts, prix des autres fruits, météo, coûts, taxes, nombre d'acheteurs ou de vendeurs (interprétation, point 2).

Reste à voir POURQUOI le prix se poserait à 10 €. Essayons 8 € : les acheteurs en veulent 100 − 64 = 36 kg, les vendeurs n'en proposent que 32 − 20 = 12 kg. Il manque 24 kg : c'est une PÉNURIE, et les acheteurs déçus acceptent de payer plus pour ne pas rentrer les mains vides. Essayons 12 € : les acheteurs n'en veulent plus que 4 kg quand les vendeurs en proposent 28. Il reste 24 kg sur l'étal : c'est un EXCÉDENT, et le vendeur solde en fin de marché plutôt que de jeter. Dans les deux cas, la pression pousse vers 10 €. Attention toutefois : cette convergence est un mécanisme plausible, pas une loi garantie — la troisième carte des limites montre un cas chiffré où le prix ne se pose jamais. Clique chaque terme :

( ) = ( ) → le couple ( ; )

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Déroulons le marché des fraises de bout en bout : l'équilibre, la marche vers l'équilibre, puis le choc du sondage — la gelée — enfin chiffré. C'est la dernière étape qui prouve pourquoi il fallait distinguer les deux mouvements.

  1. Les deux relations, et leur domaine de validitéQd = 100 − 8·P (nulle à 12,5 €) ; Qo = 4·P − 20 (nulle à 5 €)le modèle n'a de sens que pour P entre 5 et 12,5 €/kg
  2. On pose l'équilibre et on isole P (deux opérations, montrées)100 − 8·P = 4·P − 20 → (+8P) 100 = 12·P − 20 → (+20) 120 = 12·PP* = 10 €/kg
  3. La quantité échangée à ce prix — le second membre du coupleQd = 100 − 8×10 = 20 ; Qo = 4×10 − 20 = 20Q* = 20 kg par jour : le couple est (10 €/kg ; 20 kg)
  4. Trop bas : la pénurie chiffréeà 8 € : Qd = 36 kg, Qo = 12 kgil manque 24 kg → les acheteurs surenchérissent, le prix monte
  5. Trop haut : l'excédent chiffréà 12 € : Qd = 4 kg, Qo = 28 kg24 kg d'invendus → le vendeur solde, le prix baisse
  6. LA GELÉE (le sondage) : à chaque prix, deux fois moins de fraises à vendreQo devient (4·P − 20) / 2 = 2·P − 10 — la courbe d'offre se DÉPLACEce n'est pas un glissement : il faut refaire le calcul
  7. Le nouvel équilibre100 − 8·P = 2·P − 10 → 110 = 10·PP* = 11 €/kg et Q* = 100 − 88 = 12 kg
  8. La preuve que la distinction compteà 11 €/kg : sur l'ANCIENNE offre, Qo = 24 kg contre Qd = 12 kg ; sur la NOUVELLE, Qo = 12 kg = Qdmême prix, 12 kg d'invendus dans un cas, équilibre parfait dans l'autre

Retiens les trois acquis. Un marché ne livre pas un prix mais un COUPLE : ici (10 €/kg ; 20 kg). La gelée le fait passer à (11 €/kg ; 12 kg) — le prix ne gagne que 10 % quand la quantité échangée perd 40 % : un choc d'offre se paie surtout en quantités. Et surtout, la dernière étape tranche la question du sondage : à 11 €/kg, l'ancien marché croulait sous 12 kg d'invendus tandis que le nouveau est pile à l'équilibre. Même prix, états opposés — la seule chose qui ait changé, c'est la relation elle-même. Voilà pourquoi « le prix a monté » et « l'offre a baissé » ne sont pas deux façons de dire la même chose.

Calcul en directQd = (100 − 8·P) × (acheteurs / 100) ; Qo = 4·(P − 5) × (1 − récolte perdue / 100)

Deux choses à faire, dans cet ordre. Un : bouge le PRIX seul et regarde la pénurie ou l'excédent apparaître — les courbes ne bougent pas, tu glisses dessus, et le prix d'équilibre affiché ne change pas d'un centime. Deux : bouge la RÉCOLTE PERDUE ou le NOMBRE D'ACHETEURS — là, une courbe se déplace et le prix d'équilibre change sous tes yeux. Règle la récolte perdue à 50 % pour retrouver la gelée du cours.

Au prix affiché — quantité demandée / offerte20 kg / 20 kg
État du marché à ce prixéquilibre : tout part, rien ne reste
Prix d'équilibre P* (recalculé après choc)10 €/kg
Quantité d'équilibre Q*20 kg par jour
Lectureaucun choc : les deux courbes sont celles du cours. En bougeant le prix, tu GLISSES dessus — le prix d'équilibre reste 10 €/kg.
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Trois lectures : à quoi sert un prix, ce qui déplace les courbes, et une bizarrerie logique qu'il vaut mieux avoir vue.

Le prix est un signal, et quelqu'un le bouge concrètement

Un prix élevé dit aux vendeurs « produisez-en plus » et aux acheteurs « économisez, prenez autre chose » : il coordonne des milliers de décisions sans que personne n'ait à les collecter. Mais qui le change, en pratique ? Personne d'autre que les participants eux-mêmes : le maraîcher qui voit son étal se vider avant midi affiche 50 centimes de plus le lendemain ; celui qui a des cagettes pleines à 13 h solde. Le prix « du marché » est la moyenne de ces milliers d'ajustements individuels, pas une décision centrale.

Ce qui déplace les courbes (et ce qui ne les déplace jamais)

La courbe de DEMANDE se déplace quand changent : le revenu des acheteurs, leurs goûts et la mode, le prix des produits concurrents (les fraises espagnoles) ou complémentaires (la chantilly), le nombre d'acheteurs, ou ce qu'ils anticipent des prix futurs. La courbe d'OFFRE se déplace quand changent : les coûts de production, la technologie, la météo et les récoltes, les taxes, le nombre de vendeurs. Et une seule chose ne déplace JAMAIS ces courbes : le prix du bien lui-même — il fait glisser dessus. D'où le test à s'appliquer à chaque exercice : « ce qui a changé, est-ce le prix, ou autre chose ? »

La causalité se retourne en cours de route

Regarde bien les deux moitiés du cours. Dans les deux lois, c'est le PRIX qui commande les quantités : on se donne un prix, on lit les quantités qui en découlent. Dans la marche vers l'équilibre, c'est l'inverse : c'est l'ÉCART de quantités (les 24 kg qui manquent) qui commande le prix. Les deux flèches sont vraies, mais elles ne jouent pas au même moment — les relations décrivent des intentions à prix donné, l'ajustement décrit ce qui arrive quand ces intentions ne collent pas. Beaucoup de confusions naissent de ne pas avoir remarqué ce retournement.

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

Sur un autre marché, Qd = 90 − 5·P et Qo = 3·P − 6. Quel est le prix d'équilibre (en €) ?

3

Sur le marché des fraises du cours (Qd = 100 − 8·P, Qo = 4·P − 20), le prix est bloqué à 8 €/kg. Combien de kilos manque-t-il ?

kg
5

Lequel de ces événements fait GLISSER le long de la courbe de demande, au lieu de la déplacer ?

7

Une mode fait que les acheteurs veulent 20 % de fraises en plus À CHAQUE PRIX, la récolte étant intacte. Que deviennent le prix et la quantité échangée ?

2

Sur ce même marché (Qd = 90 − 5·P, Qo = 3·P − 6), quelle quantité s'échange à l'équilibre ?

unités
4

Toujours sur le marché des fraises, une gelée détruit la moitié de la récolte : à chaque prix, l'offre est divisée par deux (Qo = 2·P − 10). Quel est le nouveau prix d'équilibre (en €/kg) ?

€/kg
6

Vrai ou faux : « le prix des fraises a monté, donc la demande de fraises a baissé » est correctement formulé.

8

Pour un grand cru, un prix très élevé peut attirer davantage d'acheteurs. Quelle en est la meilleure explication ?