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Pourquoi les prix changent ?
Ce qui fait bouger un prix, de combien — et pourquoi un prix qui monte n'est pas l'inflation.
P* tel que Qd(P) = Qo(P)Énoncé / motivation
Entre 2022 et 2025, le paquet de café de 500 g est passé de 6,79 € à 10,59 € en France — plus de 50 % de hausse. Sur les marchés mondiaux, l'arabica a bondi de 75 % sur la seule année 2024, au plus haut depuis 1997. Que s'est-il passé, et faut-il en conclure que « la vie augmente » ?
Deux questions se cachent derrière le titre, et les confondre est l'erreur la plus répandue en économie. La première : pourquoi le prix d'UN produit bouge-t-il ? Réponse courte — parce que l'offre ou la demande de ce produit s'est déplacée ; le cours « La loi de l'offre et de la demande » monte ce mécanisme en détail, et on s'appuiera dessus sans le refaire. La seconde question est différente : pourquoi TOUS les prix montent-ils ensemble ? Cela porte un autre nom, l'inflation, et cela demande une autre explication.
Ce cours fait le pont entre les deux. Il répond d'abord à « de COMBIEN ? » — car savoir qu'un prix monte ne dit pas s'il monte de 2 % ou de 40 %, et le modèle donne cette réponse. Puis il montre, chiffres à l'appui, qu'un café à + 75 % ne fait presque rien bouger à l'indice des prix, et il dit ce qu'il faudrait pour que l'indice, lui, s'envole. À la fin, tu sauras distinguer un prix RELATIF qui change — quelque chose devient cher par rapport au reste — d'une hausse générale du niveau des prix.
Hypothèses
À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.
Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.
0 idée(s) proposée(s)Formalisation
Reprenons le marché du café avec des nombres simples, assumés comme un jouet. Ce que les acheteurs veulent, à chaque prix : Qd = 120 + d − 2P, où P est le prix en euros par kilo, Qd la quantité demandée en kilos par jour, et d un déplacement de la demande — d monte si le café devient à la mode, si les revenus augmentent, si le prix du thé grimpe. Ce que les vendeurs proposent : Qo = 3(P − c), où c est le coût de production par kilo. Lis cette seconde ligne : tant que le prix ne couvre pas le coût, personne ne vend (Qo = 0 quand P = c) ; au-delà, chaque euro de prix supplémentaire fait apparaître 3 kilos. Une remarque de méthode qui piège tout le monde : on écrit ici les quantités EN FONCTION du prix, alors que le graphique habituel met le prix en ordonnée et la quantité en abscisse. Même relation, axes échangés.
Le prix d'équilibre est celui qui égalise les deux quantités. Posons Qd = Qo : 120 + d − 2P = 3(P − c), soit 120 + d − 2P = 3P − 3c. On rassemble les P d'un côté : 120 + d + 3c = 5P, donc **P\* = (120 + d + 3c)/5**. En remplaçant dans l'une des deux lignes, la quantité échangée vaut Q\* = (360 + 3d − 6c)/5. Prends le cas de base, d = 0 et c = 10 : P\* = (120 + 30)/5 = 30 €/kg, et Q\* = (360 − 60)/5 = 60 kg. Vérifie toujours, c'est l'affaire d'une ligne : Qd = 120 − 2×30 = 60 et Qo = 3(30 − 10) = 60. Les deux coïncident — c'est bien un équilibre.
Savoir qu'un prix monte ne sert pas à grand-chose ; savoir de combien, oui. La formule le dit d'un coup d'œil. Le coût c est divisé par 5 puis multiplié par 3 : **si le coût augmente d'un euro, le prix ne monte que de 0,60 €**. Autrement dit, sur chaque euro de hausse des coûts, 60 centimes sont répercutés sur l'acheteur et 40 restent à la charge du vendeur, qui rogne sa marge — parce que s'il montait davantage, il perdrait trop de clients. Ce partage porte un nom : l'INCIDENCE d'un choc, c'est-à-dire la façon dont sa charge se répartit entre l'acheteur et le vendeur — ici 60/40. Elle dépend de la sensibilité de chaque camp au prix : le côté qui peut le plus facilement renoncer supporte la plus petite part (cours « Élasticité-prix et incidence d'une taxe »). De la même façon, un déplacement de la demande d se traduit par d/5 sur le prix : + 50 kg de demande ne font que + 10 €. Retiens le principe : dans ce modèle, un choc n'est jamais répercuté intégralement. (Le mot « jamais » demande une réserve, et elle est instructive : si les acheteurs ne pouvaient pas du tout se passer du produit — un médicament vital —, ils accepteraient n'importe quel prix et la totalité du surcoût leur serait répercutée. Le partage dépend donc entièrement de qui peut renoncer.)
Reste le grand écart annoncé par le titre. Restons sur notre café-jouet et sur la sécheresse : le coût passe de 10 à 20 €, le prix de 30 à 36 €, soit + 20 %. Pour savoir ce que cela fait à l'INDICE des prix, il faut le pondérer par la place du café dans le budget : si ce produit représente 0,5 % de la dépense des ménages, l'indice ne monte que de 0,005 × 20 % = 0,1 point. (Le vrai café a fait bien plus fort en 2024, on le chiffrera à la résolution — mais la méthode est exactement celle-ci.) Une flambée spectaculaire, un effet quasi nul sur le coût de la vie. C'est ainsi qu'il faut lire n'importe quel titre de journal sur un prix qui explose. Pour que l'INDICE s'envole, il faut au contraire une cause qui touche tous les marchés à la fois : un renchérissement de l'énergie qui entre dans tous les coûts, une hausse générale des salaires, une demande globale trop forte, ou davantage de monnaie en circulation (cours « Les causes de l'inflation » et « Chocs et équilibre OA-DA »). Clique chaque terme :
Résolution / calcul
Trois passages : le marché du café au repos, puis le choc réel de 2024, puis le saut vers l'indice des prix. Les nombres du marché sont un jouet choisi pour tomber juste ; les chiffres du café, eux, sont réels.
- Le point de départ (d = 0, coût c = 10 €/kg)
P* = (120 + 0 + 30)/5 · Q* = (360 − 60)/5P 30 €/kg · Q 60 kg - Vérification : est-ce bien un équilibre ?
Qd = 120 − 2×30 = 60 · Qo = 3(30 − 10) = 60les deux coïncident ✓ - Choc de DEMANDE : le café devient à la mode (d = + 50)
P* = (120 + 50 + 30)/5 · Q* = (360 + 150 − 60)/5P 40 €/kg · Q 90 kg — les deux MONTENT - Choc d'OFFRE : la sécheresse fait passer le coût à 20 €/kg
P* = (120 + 0 + 60)/5 · Q* = (360 − 120)/5P 36 €/kg · Q 48 kg — le prix monte, la quantité BAISSE - ⭐ De combien ? Le coût a pris 10 €, le prix seulement 6
(36 − 30) / (20 − 10)0,60 € de prix par euro de coût — 40 % absorbés par la marge - Le vrai café : ce qui est arrivé en 2024
arabica + 75 % en un an, au plus haut depuis 1997sécheresse au Brésil ≈ 47 % de l'offre mondiale - ⭐ Et l'indice des prix, dans tout ça ?
0,5 % du budget × 75 % de hausse≈ + 0,38 point d'indice — presque rien
Trois enseignements à emporter. (1) Un prix ne se décrète pas : il résulte d'une rencontre, et l'on peut toujours vérifier qu'on a trouvé le bon en contrôlant que les deux quantités coïncident. (2) Un choc n'est jamais répercuté intégralement : + 10 € de coût ont donné + 6 € de prix, le reste rognant la marge du vendeur — et c'est aussi pour cela qu'un producteur de café ne « fixe » pas son prix comme il le voudrait. (3) Surtout : un prix spectaculaire ne fait pas l'inflation. Le café a bondi de 75 % en 2024 et n'a ajouté qu'environ 0,38 point à l'indice des prix. Ce qui a changé, c'est le prix du café PAR RAPPORT aux autres — un prix relatif. Quand tous les prix montent ensemble, la cause est ailleurs : énergie qui entre dans tous les coûts, salaires, demande globale, monnaie (cours « Les causes de l'inflation »).
Qd = 120 + d − 2P et Qo = 3(P − c) ⟹ P* = (120 + d + 3c)/5Règle le déplacement de la demande et le coût de production : le prix et la quantité d'équilibre se calculent, et le simulateur VÉRIFIE devant toi que l'offre égale la demande. Le troisième curseur fait le pont avec l'inflation : donne au produit son poids dans le budget des ménages, et regarde ce que sa flambée fait vraiment à l'indice des prix.
Interprétation économique
Trois lectures : ce que le prix raconte aux producteurs, pourquoi il ne bouge pas toujours, et comment ne pas confondre un prix et le coût de la vie.
Quand le café devient rare et cher, le prix élevé dit deux choses en même temps. Aux acheteurs : économisez, cherchez un substitut — et de fait la quantité échangée recule. Aux producteurs : plantez, investissez, il y a de l'argent à gagner ici. C'est ce second message qui referme lentement la boucle : de nouvelles plantations entrent en production, l'offre se déplace à son tour vers la droite, et le prix redescend. Les prévisions faites après la flambée de 2024 tablaient d'ailleurs sur un reflux dès 2025, à mesure que les récoltes se rétablissent. Un prix élevé contient donc, en germe, sa propre correction — mais avec le délai qu'exige la nature, ici plusieurs années pour un caféier.
Le modèle suppose un prix qui s'ajuste à chaque instant ; la réalité en est loin. Certains prix sont CONTRAINTS par la loi ou par contrat : loyers encadrés, tarifs réglementés de l'électricité, salaire minimum, abonnements annuels. D'autres sont simplement COLLANTS : réimprimer une carte de restaurant, renégocier un catalogue ou refaire les étiquettes coûte du temps et de l'argent, si bien que les entreprises préfèrent attendre et ajuster par paliers. Conséquence pratique : entre le choc et l'ajustement du prix, ce sont les QUANTITÉS qui encaissent — files d'attente et pénuries si le prix est bloqué trop bas, invendus s'il est bloqué trop haut.
C'est le cœur de ce cours. Quand un prix monte seul, il devient cher PAR RAPPORT aux autres : c'est un signal utile, qui pousse à consommer moins de ce produit et à en produire plus. Quand tous les prix montent ensemble, aucun produit n'est devenu cher par rapport à un autre — c'est la valeur de la monnaie qui recule, et le signal se brouille (cours « L'inflation »). Les deux phénomènes demandent des réponses opposées : le premier ne demande aucune politique, le marché fait son travail ; le second appelle la banque centrale. Un dernier repère pour ne plus s'y tromper : demande-toi toujours si ce que tu observes concerne un rayon du supermarché ou tous les rayons à la fois.
Limites / critiques
Exercices
Modèle du cours (Qd = 120 + d − 2P, Qo = 3(P − c)). Avec d = 0 et un coût c = 15 €/kg, quel est le prix d'équilibre (en €/kg) ?
Le coût de production augmente de 5 €/kg. De combien augmente le prix d'équilibre (en €/kg) ?
Vrai ou faux : parce que le prix du café a bondi de 75 % en 2024, l'inflation française a forcément augmenté de plusieurs points.
Le prix du café monte, et les ménages en achètent moins. Rien d'autre n'a changé. Que s'est-il passé du côté de la demande ?
Toujours avec d = 0 et c = 15 €/kg, quelle quantité s'échange (en kg par jour) ?
Un produit pèse 2 % du budget des ménages et son prix augmente de 20 %. De combien l'indice général des prix augmente-t-il (en points, deux décimales) ?
Une sécheresse frappe la production ET, la même année, le café devient à la mode. Que peut-on affirmer avec certitude ?
Vrai ou faux : un prix élevé et durable finit souvent par provoquer lui-même sa propre baisse.