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Où va l'argent de l'État ?

Les vrais montants poste par poste — et pourquoi une dépense publique se subit plus qu'elle ne se décide.

🎓 Débutant⏱️ 20 min
dépense = bénéficiaires × montant moyen
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

En 2025, les administrations publiques françaises ont dépensé environ 1 711 milliards d'euros — 57,2 % de tout ce que le pays produit en un an. Où part cet argent, et qui en décide vraiment ?

Première précaution, la même que pour les recettes (cours « D'où vient l'argent de l'État ? ») : « l'État » recouvre trois guichets. L'État au sens strict — les ministères, dont le budget est voté au Parlement — dépense 458,9 milliards en 2026. La Sécurité sociale et les collectivités territoriales dépensent le reste. Les 1 711 milliards sont le total des trois. Conséquence qu'on oublie toujours : **le classement des postes n'est pas le même selon le guichet qu'on regarde**. Les retraites ne sortent pas de la même caisse que le salaire des professeurs, et le sondage ci-dessous en fait l'expérience.

Deuxième idée, celle qui structure tout le cours : une dépense publique n'est presque jamais une enveloppe qu'on choisit. C'est un PRODUIT — un nombre de bénéficiaires multiplié par un montant fixé par une règle. Les retraites, c'est le nombre de retraités multiplié par la pension moyenne ; les salaires publics, le nombre d'agents multiplié par leur rémunération ; les intérêts de la dette, le stock de dette multiplié par un taux. Voilà pourquoi « faire des économies » est si difficile : pour changer le résultat, il faut changer l'un des deux facteurs, et aucun des deux ne se décrète du jour au lendemain.

Au budget de l'État seul — celui que le Parlement vote chaque année —, quel est le premier poste de dépense en 2026 ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Reprenons la règle du cours sur les recettes : l'État au sens strict (ministères, loi de finances), la Sécurité sociale (retraites, maladie, famille — loi de financement séparée) et les collectivités territoriales. Additionne les trois et tu obtiens les ADMINISTRATIONS PUBLIQUES, dont la dépense atteint 1 711 milliards en 2025 — une addition faite avec précaution, car l'État verse lui-même de l'argent à la Sécurité sociale et aux collectivités : ces transferts internes sont retirés du total, sans quoi le même euro serait compté deux fois. Regarde l'État seul et tu tombes à 458,9 milliards en 2026 — presque quatre fois moins. Ce n'est pas un désaccord entre sources : ce sont deux périmètres. Retiens la règle de lecture : avant de citer un poste de dépense, demande TOUJOURS de quel budget il sort.

Pour ranger 1 711 milliards, on ne s'invente pas des cases : on utilise la COFOG, une classification internationale à 10 fonctions — protection sociale, santé, services généraux (l'administration elle-même, et les intérêts de la dette), affaires économiques (transports, aides aux entreprises, énergie), enseignement, défense, ordre et sécurité, loisirs-culture-culte, logement, environnement. Deux propriétés la rendent utilisable : les cases ne se recouvrent pas et elles couvrent tout (hypothèse 2). C'est ce qui autorise à écrire une vraie égalité — la dépense totale est la SOMME des dix — au lieu d'une énumération qui finirait par « et le reste ».

Descendons dans une case. Les retraites : la France comptait 17,2 millions de retraités percevant une pension de droit direct, pour une pension moyenne de 1 666 € bruts par mois. Multiplie — 17,2 millions × 1 666 € × 12 mois — et tu obtiens environ 344 milliards d'euros par an. Nomme les morceaux : les BÉNÉFICIAIRES (combien de personnes) et le MONTANT MOYEN (combien chacune reçoit) ; leur produit est la dépense. La même mécanique vaut partout, seuls les noms changent : pour les salaires publics, nombre d'agents × rémunération moyenne ; pour les intérêts de la dette, stock de dette × taux moyen. Et comme pour les recettes, sache la lire à l'envers : si tu connais la dépense et le nombre de bénéficiaires, tu retrouves le montant moyen en divisant.

Cette écriture n'est pas qu'une commodité de calcul, elle explique le débat public. Pour réduire une dépense, il faut baisser l'un des deux facteurs — et les deux résistent. Le nombre de bénéficiaires dépend de la démographie : on ne décide pas qu'il y aura moins de retraités l'an prochain. Le montant dépend de règles de droit : baisser une pension ou un salaire suppose une loi, souvent un conflit. C'est pourquoi une grande partie de la dépense publique est dite CONTRAINTE : elle est déjà déterminée avant même que le budget soit discuté. Clique chaque terme des deux formules :

= × , et =

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Trois calculs, tous sur des chiffres français réels : un poste construit à la main, un poste retrouvé à l'envers, puis la photo d'ensemble — et le même pays vu depuis l'autre guichet. Un mot sur les dates, parce qu'elles vont changer en cours de route : le TOTAL de la dépense publique est connu vite (1 711 Md€ pour 2025), mais sa ventilation par fonction demande un an de dépouillement de plus — la plus récente porte donc sur 2024, où le total était de 1 672 Md€. Les deux millésimes se ressemblent (2,3 % d'écart) ; les proportions ci-dessous sont donc de bonnes clés de lecture de 2025, pas des mesures de 2025.

  1. Les retraites, par bénéficiaires × montant17,2 M de retraités × 1 666 € × 12 mois≈ 344 Mds € par an
  2. Ce que pèse ce seul dispositif344 / 693 (toute la protection sociale, 2024)≈ 50 % — les retraites à elles seules
  3. La dette : le produit lu à l'envers60 Mds € d'intérêts (2024) ÷ ≈ 3 300 Mds € de dette fin 2024taux moyen payé ≈ 1,8 %
  4. La photo d'ensemble (2024, les 10 fonctions)social 693 · santé 261 · services généraux 181 · éco 166 · école 149 · défense 54 · sécurité 52 · culture 43 · logement 42 · environnement 30= 1 671 Mds € — le total publié est 1 672, chaque poste étant arrondi
  5. Le même pays, vu du budget de l'État seul (2026)école 64,5 · intérêts 58,0 · défense 57,1sur 458,9 Mds € — autre classement

Trois enseignements. (1) La protection sociale écrase le reste — 693 milliards sur 1 672, soit 41 % de la dépense publique — et les retraites en font à elles seules la moitié : c'est un produit démographique, pas un choix budgétaire annuel. (2) Les intérêts de la dette (60 milliards) sont réels mais loin des fantasmes : 3,6 % de la dépense publique. C'est leur SENSIBILITÉ qui inquiète — le taux moyen payé n'est encore que de 1,8 % parce que de vieux emprunts bon marché n'ont pas fini de courir (cours « La dynamique de la dette publique »). (3) Le classement dépend du guichet : au budget de l'État, l'école passe devant, et la protection sociale disparaît presque. Enfin, ces 1 711 milliards dépensés font face à environ 1 558 milliards de recettes : l'écart — mesuré à 152,5 milliards, soit 5,1 % du PIB — est le déficit public 2025 (cours « Déficit et solde public »).

Calcul en directdépense = bénéficiaires × montant moyen

Tu ne règles PAS les dépenses : tu règles les deux FACTEURS de chaque produit — combien de personnes, et combien chacune reçoit. Les montants s'en déduisent. Fais vieillir la population, puis fais monter le taux de la dette : tu verras lequel des deux fait vraiment bouger le budget.

Pensions de retraite344 Mds € par an
Intérêts de la dette62,3 Mds € par an
Total de ces deux postes406 Mds € — 24 % des 1 711 Mds € dépensés en 2025, 13,6 % du PIB
Ce que coûte un facteur en plus+1 million de retraités : 20 Mds € · +1 point de taux : 34,6 Mds €
Lectureà ce niveau de dette, +1 point de taux coûte plus cher qu'un million de retraités de plus
-20+2+4Dépense publique totale 1711,3
  • Pensions de retraite 344
  • Intérêts de la dette 62,3
  • Tout le reste (figé à son niveau 2025) 1305
  • Dépense publique totale 1711,3 %
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Trois lectures pour ne pas se tromper de conclusion : de quel budget on parle, pourquoi on ne peut pas « juste dépenser moins », et ce que devient l'argent dépensé.

Le classement dépend du guichet

C'est l'erreur la plus répandue dans les débats. « Le premier poste de l'État, c'est le social » est faux au sens strict : la protection sociale est payée par la Sécurité sociale, dont le budget est voté dans une loi distincte. Au budget de l'État, le premier poste est l'enseignement scolaire (64,5 Md€ en 2026), suivi des intérêts de la dette (58,0) et de la défense (57,1). À l'échelle de toutes les administrations, l'ordre change du tout au tout : protection sociale 693, santé 261, services généraux 181. Les deux affirmations sont vraies — dans leur périmètre. Précise toujours lequel.

Une dépense se subit plus qu'elle ne se décide

Puisque chaque poste est un produit bénéficiaires × montant, réduire la dépense suppose d'agir sur l'un des deux facteurs, et tous deux sont lents. Le nombre de retraités est fixé trente ans à l'avance par les naissances ; le montant des pensions, par un barème inscrit dans la loi. Même chose pour les intérêts : le stock de dette vient du passé, le taux vient des marchés. D'où le vocabulaire des débats budgétaires — dépenses « contraintes », « pilotables », « de guichet » — et d'où le fait qu'un gouvernement ne décide vraiment, chaque année, que de quelques pour cent du total. Le simulateur le montre : c'est en bougeant la DÉMOGRAPHIE ou le TAUX qu'on déplace des dizaines de milliards, pas en changeant d'avis.

Dépenser n'est pas dépenser dans le vide

Une grande partie de ces 1 711 milliards ne disparaît pas : ce sont des TRANSFERTS, de l'argent repris d'un côté et rendu de l'autre — pensions, allocations, remboursements de soins — qui revient aux ménages et retourne dans l'économie. Le reste se partage entre les dépenses de FONCTIONNEMENT (salaires des enseignants, des soignants, des policiers : des services rendus, pas des cadeaux), l'INVESTISSEMENT (routes, hôpitaux, écoles, qui serviront des décennies) et une quatrième nature à part, les INTÉRÊTS de la dette (60 Md€), qui ne sont ni un transfert aux ménages, ni un service rendu aujourd'hui, ni un actif pour demain : c'est le prix d'emprunts passés. Voilà pourquoi « 57,2 % du PIB » ne signifie pas que l'État dirige 57 % de l'économie : il en fait surtout TRANSITER une partie. Et selon la nature de la dépense, l'effet sur l'activité diffère fortement (cours « Le multiplicateur budgétaire »).

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

Un dispositif verse 800 € par mois à 2 millions de personnes. Combien coûte-t-il par an (en Mds €) ?

Mds €
3

La protection sociale pèse 693 Mds € sur 1 672 Mds € de dépense publique. Quelle part cela représente-t-il (en %) ?

%
5

Vrai ou faux : rembourser le capital d'un emprunt arrivé à échéance est une dépense publique de l'année, au même titre que les intérêts.

7

La dépense publique atteint 1 711 Mds € pour un PIB de 2 991 Mds €. Quelle part du PIB cela représente-t-il (en %, une décimale) ?

%
2

Une allocation coûte 12 Mds € par an et bénéficie à 5 millions de personnes. Quel est le montant moyen versé par personne et par an (en €) ?

4

La dette publique atteint 3 400 Mds € et l'État paie un taux moyen de 2 %. Combien coûtent les intérêts sur un an (en Mds €) ?

Mds €
6

Vrai ou faux : la protection sociale est le premier poste de dépense du budget de l'État voté au Parlement.

8

Le nombre de retraités augmente de 5 % sans que les pensions changent. De combien augmente la dépense de retraites ?