La politique budgétaire
La politique budgétaire est l'usage par l'État des dépenses publiques et de l'impôt pour agir sur l'activité — relance, multiplicateur, déficit et dette. Mankiw la présente comme le second grand levier de la politique macroéconomique, complémentaire à la politique monétaire, avec des effets potentiellement plus directs sur la demande agrégée mais aussi des contraintes de soutenabilité à long terme.
Dernière mise à jour : 9 juillet 2026
Définition
DéfinitionLa politique budgétaire englobe l'ensemble des décisions de l'État relatives à ses recettes (impôts, taxes, cotisations sociales) et à ses dépenses (fonctionnement des administrations, investissements publics, transferts sociaux).
Le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses : lorsque les dépenses excèdent les recettes, le budget est en déficit et l'État doit emprunter pour financer la différence. L'accumulation de ces emprunts constitue la dette publique.
On peut distinguer la politique budgétaire discrétionnaire (décisions volontaires de l'État de modifier les dépenses ou les impôts) des stabilisateurs automatiques (mécanismes budgétaires qui s'activent sans décision politique, comme la hausse des allocations chômage en récession ou la baisse des recettes fiscales quand l'activité ralentit).
Pourquoi c'est important
Mankiw présente le débat entre keynésiens et classiques comme l'un des plus anciens et des plus structurants de la macroéconomie. Les keynésiens soutiennent que la politique budgétaire expansionniste est un outil efficace pour sortir d'une récession, car le multiplicateur est élevé lorsque l'économie fonctionne en deçà de son potentiel et que les taux d'intérêt sont proches de zéro (la politique monétaire étant alors moins efficace). Les classiques et les partisans de l'équivalence ricardienne considèrent que l'emprunt public ne fait que déplacer la charge dans le temps sans créer de richesse nette.
Mankiw note que la réponse dépend de l'horizon temporel : à court terme, lorsqu'il existe des capacités productives inutilisées, la relance budgétaire peut effectivement stimuler la production. À long terme, un déficit chronique accroît la dette, fait monter les taux d'intérêt et réduit l'investissement privé par effet d'éviction, ce qui pénalise la croissance potentielle.
Points clés
Le multiplicateur budgétaire est plus élevé en récession qu'en expansion, et plus élevé pour les dépenses publiques directes que pour les baisses d'impôts, car une partie des baisses d'impôts est épargnée par les ménages plutôt que consommée
Les stabilisateurs automatiques représentent une première ligne de défense contre les récessions, sans délai de mise en œuvre politique. Mankiw les qualifie de « pilotes automatiques » de la politique budgétaire
Le ratio dette/PIB tend à décroître lorsque le taux de croissance nominal du PIB (g) dépasse le taux d'intérêt moyen payé sur la dette (r), à solde primaire équilibré. Formellement : Δ(D/Y) ≈ (r − g) × (D/Y) − solde primaire (recettes moins dépenses hors charge d'intérêts). Dans le cas contraire (r > g), le ratio augmente mécaniquement, même avec un solde primaire équilibré (dynamique « boule de neige »)
La contrainte budgétaire intertemporelle de l'État implique que la valeur actualisée de ses surplus primaires futurs doit être au moins égale à sa dette actuelle pour que celle-ci soit soutenable
Exemple concret
ExemplesLe plan de relance européen post-Covid « NextGenerationEU » (750 milliards d'euros en prix 2018, soit environ 807 milliards en prix courants, de 2021 à 2026), financé pour la première fois à cette échelle par un emprunt commun de l'Union européenne, illustre une politique budgétaire expansionniste coordonnée à l'échelle supranationale. En France, le « quoi qu'il en coûte » a porté le déficit public à près de 9% du PIB en 2020 (8,9%) et la dette à près de 115% du PIB (114,6%). En 2024, la dette française atteint 113% du PIB et le déficit s'établit à 5,8% (source INSEE), bien au-dessus de la limite de 3% fixée par le Pacte de stabilité — réformé en 2024 (les seuils de 3% et 60% sont maintenus, mais le pilotage se fait désormais via des trajectoires pluriannuelles de dépenses nettes).
Anecdote Mankiw
MankiwMankiw résume volontiers le débat entre keynésiens et classiques par une idée simple : à court terme, l'analyse keynésienne s'applique souvent ; à long terme, ce sont plutôt les conclusions classiques qui prévalent. Il souligne que la crise de 2008-2009 a réhabilité les politiques budgétaires de relance dans les cercles académiques, après une période où la stabilisation macroéconomique était surtout confiée à la politique monétaire. Le débat sur la taille du multiplicateur (supérieur ou inférieur à 1 ?) reste l'un des plus vifs en macroéconomie appliquée.
Pour aller plus loin
ProgressionLes dynamiques de soutenabilité de la dette, l'équation r − g, le biais déficitaire des démocraties et les mécanismes de défaut souverain sont approfondis dans la fiche « L'économie politique de la dette publique » (ch. 15, niveau Élevé).
Impact sur les marchés
MarchésLes annonces de politique budgétaire influencent les marchés obligataires en premier lieu : un accroissement du déficit augmente l'offre de dette souveraine, ce qui peut faire monter les rendements obligataires (et donc le coût de financement de l'État). Un déficit persistant peut affaiblir la devise nationale si les investisseurs doutent de la soutenabilité de la dette. Les plans de relance massifs soutiennent les marchés actions à court terme en stimulant l'activité, mais posent des questions de soutenabilité qui peuvent peser sur les obligations à long terme.