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Où placer son épargne ?

Le bon placement ne dépend pas du meilleur taux affiché, mais de la date à laquelle tu auras besoin de l'argent.

🎓 Débutant⏱️ 22 min
taux brut équivalent = taux net / (1 − impôt)
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

Tu as 2 000 € de côté. La question n'est pas « quel est le taux le plus élevé ? » — c'est une question piège, et ce cours va montrer pourquoi le placement au meilleur taux affiché peut te laisser MOINS d'argent que celui qui affiche moins.

Placer, ce n'est pas épargner. Épargner, c'est ne pas dépenser ; placer, c'est choisir OÙ mettre ce qu'on n'a pas dépensé. Et ce choix ne se réduit jamais à un taux, parce que trois choses comptent en même temps : combien ça rapporte NET (après impôts et frais), combien on peut perdre, et à quelle date on pourra récupérer l'argent. Cette troisième question — la DISPONIBILITÉ, ou liquidité — est celle qu'on oublie, et c'est pourtant elle qui décide le plus souvent.

Ce cours ne calcule pas des intérêts : le cours « Les intérêts composés » le fait déjà, et « Rendement et risque » quantifie le risque. Il fait autre chose, que ces deux-là ne font pas : il nomme les placements réellement disponibles en France, avec leurs taux datés, leurs plafonds et leur fiscalité, puis il donne la règle qui permet de les comparer — et un ordre de priorité pour les premiers milliers d'euros.

Un placement imposé affiche 2,4 % par an. Un Livret A rapporte 1,70 %. Lequel te laisse le plus, au bout d'un an ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Voici la règle qui manque à la plupart des comparatifs. Un Livret A, un LDDS, un LEP ou un Livret Jeune verse ses intérêts sans aucun prélèvement : 1,70 % affichés sont 1,70 % encaissés. Un placement ordinaire — livret bancaire non réglementé, compte à terme, obligations — subit le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux) : il n'en reste que 70 %. Pour savoir ce qu'un produit imposé doit afficher pour seulement ÉGALER un livret exonéré, on retourne l'opération : taux brut équivalent = taux net / (1 − impôt), soit 1,70 / 0,70 = 2,43 %. Retiens ce nombre : en dessous de 2,43 % brut, un placement imposé rapporte MOINS qu'un Livret A, quel que soit l'effet d'annonce.

Un second prélèvement, plus discret, s'ajoute au premier : les frais. Des frais d'entrée de 3 % sur 2 000 € coûtent 60 € — soit, exactement, une année entière d'intérêts d'un Livret A à 1,70 % (34 €) et même davantage. Des frais de gestion de 0,8 % par an ne coûtent pas 0,8 % du résultat : ils se retranchent du taux chaque année, ce qui, capitalisé, ampute lourdement le total (cours « Les intérêts composés »). Un placement se juge donc net d'impôt ET net de frais — sinon la comparaison est truquée d'avance.

Le capital d'un livret réglementé est garanti par l'État ; les autres dépôts sont couverts par le Fonds de garantie des dépôts à hauteur de 100 000 € par banque et par déposant. À l'opposé, une action peut perdre la moitié de sa valeur sans que personne ne rembourse rien. On en tire souvent une règle trop rapide : « plus de risque, plus de rendement ». La première moitié est vraie — un rendement élevé EXIGE d'accepter du risque. La seconde est fausse : prendre du risque ne garantit rien. Un risque concentré sur une seule action, une cryptomonnaie ou un produit chargé en frais peut être maximal et n'être rémunéré en rien. Le risque est nécessaire, jamais suffisant.

Reste la question qui décide vraiment. Les professionnels raisonnent dans cet ordre : d'abord solder les dettes coûteuses (un découvert ou un crédit renouvelable coûte bien plus que n'importe quel placement ne rapporte) ; ensuite constituer une épargne de PRÉCAUTION de trois à six mois de dépenses, disponible en 24 heures, donc sur livret ; ensuite seulement placer le reste, en distinguant l'argent d'un projet daté à moins de cinq ans — qui doit rester en capital garanti — de l'argent dont on n'aura pas besoin avant dix ou quinze ans, seul horizon où les actions ont un sens. Avec 2 000 €, la réponse tient donc presque toujours dans la deuxième ligne. Clique chaque terme :

= / ( 1 − )

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Passons de la règle aux produits qui existent vraiment. Voici la carte de l'épargne française au 1er août 2026, puis l'affectation de 2 000 € selon la date de besoin — c'est-à-dire la réponse au titre.

  1. Les livrets réglementés VRAIMENT défiscalisés, garantis par l'ÉtatLivret A 1,70 % (plafond 22 950 €) · LDDS 1,70 % (12 000 €) · Livret Jeune, 12-25 ans, au moins 1,70 % (1 600 €)argent disponible sous 24 h, capital garanti, ni impôt ni prélèvements sociaux
  2. Le LEP : le seul produit à la fois plus sûr et mieux payé — mais rationné2,50 %, plafond 10 000 €, exonéré, garanti — sous condition de revenuil bat le Livret A de 0,80 point : « sûr ET mieux rémunéré » existe, mais sous conditions
  3. Les placements IMPOSÉS : ce qu'il en reste après le prélèvementlivret bancaire non réglementé à 2 % brut : 2 × 0,70 ; compte à terme à 3 % brut : 3 × 0,70 ; CEL à 1,25 % brut — réglementé mais IMPOSÉ (les plans ouverts depuis 2018 relèvent du PFU) : 1,25 × 0,701,40 %, 2,10 % et 0,88 % nets — le livret affiche PLUS que le Livret A et rapporte moins ; le CEL, malgré son statut réglementé, en rend à peine la moitié
  4. La règle du seuil, appliquée1,70 / (1 − 0,30)2,43 % : c'est le taux brut minimum pour qu'un placement imposé vaille la peine
  5. Le long terme, et son ordre de grandeur honnêteactions : environ 6,5 à 7 % par an en moyenne RÉELLE (inflation déjà retirée), mesuré sur deux siècles de marchés matures — États-Unis d'abord⚠️ une moyenne de très long terme, pas un taux annuel : sur UNE année, l'écart type dépasse 20 % (cours « Rendement et risque »)
  6. Affectation de 2 000 € — cas 1 : je peux en avoir besoin n'importe quandépargne de précaution : Livret A, LDDS ou Livret Jeune2 000 € sur livret → 34 € par an, disponibles en 24 h, sans risque ni impôt
  7. Affectation de 2 000 € — cas 2 : projet daté dans 2 ans (permis, caution)même réponse : capital garanti obligatoiresur deux ans, une baisse des marchés ne se rattrape pas — le rendement passe après la certitude
  8. Affectation de 2 000 € — cas 3 : aucun besoin avant 15 ansseulement APRÈS avoir constitué la précaution : enveloppe actions diversifiée — en France le PEA (versements plafonnés à 150 000 €, gains exonérés d'impôt sur le revenu après 5 ans, mais toujours soumis aux 17,2 % de prélèvements sociaux) ou une assurance-vie en unités de compte — en versements réguliersc'est le seul horizon où le risque a une chance d'être rémunéré

La réponse au titre n'est pas un produit, c'est une méthode en trois temps. D'abord, ne compare que des taux NETS : au prélèvement de 30 %, il faut 2,43 % bruts pour égaler un Livret A à 1,70 %, ce qui disqualifie la plupart des « super livrets » affichés à 2 %. Ensuite, regarde la date à laquelle tu auras besoin de l'argent : en dessous de cinq ans, la question du rendement passe après celle de la garantie. Enfin, respecte l'ordre — dettes coûteuses, puis précaution de trois à six mois, puis seulement le long terme. Avec 2 000 €, cela signifie presque toujours : un livret réglementé, et le LEP d'abord si tu y as droit. Ce n'est pas le conseil le plus excitant, c'est celui que la comparaison chiffrée impose.

Calcul en directnet exonéré = capital × taux ; net imposé = capital × [taux × (1 − 0,30) − frais]

Compare deux placements pour la même somme : à gauche un produit garanti et exonéré (règle le taux du livret), à droite un produit imposé dont tu choisis le taux affiché et les frais. Cherche le point de bascule — tu retrouveras les 2,43 %. Puis regarde la dernière ligne : ce que devient le placement risqué une MAUVAISE année, ce qu'aucun taux affiché ne montre jamais.

Livret réglementé — intérêts nets sur un an34 € (aucun impôt, aucun frais)
Placement imposé — ce qu'il en reste33,6 €, soit un taux net de 1,68 %
Lequel gagne ?le LIVRET, malgré son taux affiché plus bas — il rapporte 0,4 € de plus
Taux affiché qu'il faudrait pour seulement égaler le livret2,43 % brut
Et si c'était un placement en ACTIONS, une mauvaise année−400 € — soit 1600 € restants : aucun taux affiché ne montre cette ligne
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Trois nuances que les comparatifs de placements passent sous silence.

« Sûr ET bien payé » existe — mais c'est rationné

On lit partout qu'un placement sûr et rentable n'existe pas. C'est faux, et le contre-exemple est français : le LEP rapporte 2,50 %, garanti par l'État et sans impôt, soit 0,80 point de plus que le Livret A. La bonne formulation est donc : sûr et bien payé existe, mais sous CONDITIONS et sous PLAFOND — le LEP est réservé aux revenus modestes et limité à 10 000 €, et il reste largement sous-souscrit par ceux qui y ont droit. Ce qui n'existe pas, c'est un placement sûr, très rentable ET sans limite : dès qu'une promesse coche les trois cases, il faut chercher où est le risque caché.

Le risque est nécessaire, il n'est jamais suffisant

« Plus de risque, plus de rendement » n'est vrai que dans un sens. Espérer davantage oblige à accepter du risque ; mais accepter du risque ne fait rien espérer de plus. Une seule action, une cryptomonnaie, un produit chargé de frais : le risque y est maximal et l'espérance souvent nulle. Ce que les marchés rémunèrent, c'est le risque qu'on ne peut PAS supprimer — celui qui reste une fois qu'on a diversifié. Le risque qu'on s'inflige en concentrant ses paris, personne ne le paie (cours « Rendement et risque »). C'est la nuance qui sépare investir de parier.

La date de besoin décide avant le taux

Un même produit est excellent ou absurde selon la date à laquelle on aura besoin de l'argent. Des actions à horizon quinze ans : raisonnable, on a le temps d'encaisser les mauvaises années. Les mêmes actions pour une caution à verser dans huit mois : déraisonnable, parce qu'une baisse de 20 % ne se rattrape pas en huit mois. Inversement, laisser dormir sur un livret l'argent d'une retraite à trente ans, c'est se garantir de perdre du pouvoir d'achat (cours « Ton épargne bat-elle l'inflation ? »). D'où la question à se poser AVANT de regarder le moindre taux : quand en aurai-je besoin ?

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

Un livret bancaire non réglementé affiche 2 % par an, imposés au prélèvement forfaitaire de 30 %. Quel est son taux NET (en %, deux décimales) ?

%
3

Tu as 2 000 € sur un Livret A à 1,70 %. Combien rapportent-ils en un an (en €) ?

5

Vrai ou faux : un placement à la fois sûr, mieux rémunéré que le Livret A et défiscalisé n'existe pas en France.

7

Dans quel ordre un épargnant qui découvre ses premiers milliers d'euros devrait-il procéder ?

2

Un Livret A rapporte 1,70 % net. Quel taux BRUT un placement imposé à 30 % doit-il afficher pour l'égaler (en %, deux décimales) ?

%
4

Tu dois verser une caution de 1 500 € dans huit mois. Où placer cette somme ?

6

Vrai ou faux : les marchés ne rémunèrent que le risque qu'on ne peut PAS supprimer en répartissant son épargne sur un grand nombre de titres.

8

Le Livret Jeune, réservé aux 12-25 ans, est plafonné à 1 600 € et son taux est au moins celui du Livret A. Pour un étudiant de 22 ans disposant de 2 000 €, que faut-il en penser ?