Épargne et Invest.Chapitre 9

Épargne et investissement

L'épargne et l'investissement déterminent le niveau de richesse d'une économie à long terme. Mankiw consacre un chapitre entier au marché des fonds prêtables dans chacune de ses éditions, démontrant que l'épargne nationale finance l'investissement productif et que le taux d'intérêt réel est le prix d'équilibre entre l'offre de fonds (épargne) et la demande de fonds (investissement).

Dernière mise à jour : 8 juillet 2026

Définition

Définition

L'identité fondamentale de la comptabilité nationale établit que, dans une économie fermée, l'épargne nationale (S) est nécessairement égale à l'investissement (I) : S = I. L'épargne nationale se compose de l'épargne privée (revenus des ménages et des entreprises non consommés) et de l'épargne publique (excédent budgétaire de l'État, ou désépargne en cas de déficit). On dérive cette identité à partir de l'équation Y = C + I + G.

Le marché des fonds prêtables est le lieu de rencontre entre l'offre de fonds (l'épargne) et la demande de fonds (l'investissement). Le taux d'intérêt réel est le prix d'équilibre de ce marché : il détermine combien les épargnants reçoivent pour leur épargne et combien les emprunteurs paient pour financer leurs investissements. Formellement : S(r) = I(r), où S est croissant en r et I décroissant en r.

Pourquoi c'est important

L'épargne détermine le niveau de richesse de long terme ; seul le progrès technique soutient une croissance durable. Un pays qui épargne davantage peut investir davantage, ce qui augmente son stock de capital, sa productivité et son PIB potentiel. Le modèle de Solow précise toutefois la portée du mécanisme : en raison des rendements décroissants du capital, une hausse du taux d'épargne élève le niveau du PIB par habitant à l'état stationnaire, mais pas le taux de croissance de long terme — l'effet sur la croissance n'est que transitoire.

Le taux d'intérêt réel joue un rôle de signal central dans l'allocation des ressources entre consommation présente et consommation future. Un taux réel élevé incite, en théorie, les agents à épargner (reporter leur consommation) et décourage les investissements dont le rendement attendu est faible. Un taux réel bas ou négatif encourage l'endettement et l'investissement, mais peut conduire à une allocation inefficace du capital si des projets non rentables sont financés.

Points clés

L'identité S = I signifie que dans une économie fermée, tout ce qui est épargné est automatiquement investi. En économie ouverte, un pays peut investir plus qu'il n'épargne en empruntant à l'étranger (déficit du compte courant)

Les politiques qui encouragent l'épargne (incitations fiscales à l'épargne, excédents budgétaires) déplacent la courbe d'offre de fonds prêtables vers la droite, faisant baisser le taux d'intérêt réel et augmentant l'investissement d'équilibre

Les déficits budgétaires réduisent l'épargne publique et donc l'épargne nationale. Ils absorbent une partie des fonds prêtables, font monter le taux d'intérêt réel et évincent l'investissement privé (crowding out). Mankiw présente ce mécanisme comme l'un des coûts les plus importants de la dette publique

Le taux d'épargne optimal selon la « règle d'or » est celui qui maximise la consommation par habitant à l'état stationnaire : il correspond à la condition PMK = δ + n (la productivité marginale du capital doit égaler la somme de la dépréciation et de la croissance démographique), qui devient PMK = δ + n + g dès que l'on introduit le progrès technique au taux g. Épargner plus que ce taux réduit paradoxalement le bien-être car trop de ressources sont consacrées à l'investissement au détriment de la consommation

Exemple concret

Exemples

Le Japon présentait historiquement un taux d'épargne des ménages très élevé (15-25% dans les années 1970-80), mais celui-ci est tombé à environ 2-4% ces dernières années en raison du vieillissement démographique. Malgré un taux d'épargne national encore soutenu (porté par les entreprises), la croissance reste atone depuis trois décennies, illustrant que l'épargne seule ne suffit pas si les opportunités d'investissement rentable manquent ou si la démographie est déclinante. À l'inverse, la Chine a maintenu un taux d'investissement dépassant 40% de son PIB pendant deux décennies, finançant une croissance spectaculaire mais posant des questions de surcapacité dans certains secteurs. En France, le taux d'épargne des ménages atteint environ 18% du revenu disponible brut en 2024 (contre ~14% en moyenne avant 2020), l'un des plus élevés d'Europe.

Anecdote Mankiw

Mankiw

Mankiw présente le marché des fonds prêtables comme un modèle simple mais puissant : l'offre (épargne) et la demande (investissement) déterminent le taux d'intérêt réel d'équilibre selon S(r) = I(r). Il l'utilise pour analyser l'impact de trois politiques : des incitations à l'épargne (qui augmentent l'épargne privée et déplacent l'offre de fonds vers la droite), un excédent budgétaire (qui augmente l'épargne publique) et un crédit d'impôt à l'investissement (qui augmente la demande de fonds). Chacune modifie l'équilibre du marché de manière prévisible et cohérente.

📊 Marché des fonds prêtables

rFonds prêtables (Q)S (épargne)I (invest.)S'E'S''E''I'E'Er*Q*Offre de fonds (épargne)Demande de fonds (investissement)

Impact sur les marchés

Marchés

Le taux d'intérêt réel influence l'ensemble des classes d'actifs. Un taux réel négatif (taux nominal inférieur à l'inflation) pousse les investisseurs vers les actifs risqués (actions, immobilier, crypto-actifs) car les placements sûrs offrent un rendement réel nul ou négatif. Un taux réel positif élevé rend les obligations et les placements monétaires attractifs par rapport aux actions et favorise un arbitrage des portefeuilles vers la sécurité. Le niveau du taux réel à long terme détermine la valorisation fondamentale de l'ensemble des actifs financiers.

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