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La Bourse, comment ça marche ?

Pas un marché, mais un ensemble de marchés — où un prix ne règle pas une rareté du jour, mais un pari sur l'avenir.

🎓 Débutant⏱️ 22 min
capitalisation = nombre d'actions × cours
Étape 1 / 7

Énoncé / motivation

On entend tous les jours « la Bourse a monté » ou « la Bourse a chuté ». Mais c'est quoi, au juste, et pourquoi ces prix bougent-ils sans arrêt ?

Premier mot à remettre en place : la Bourse n'est pas UN marché, c'est un ENSEMBLE de marchés. Pense non pas à un étal, mais à une halle qui en abrite plusieurs sous le même toit — un toit aujourd'hui informatique, fait de serveurs, et non plus la corbeille où l'on criait les prix. Chaque famille de TITRES y a son marché : celui des ACTIONS (une action = une part d'une entreprise, cours « Action ou obligation ? »), celui des OBLIGATIONS (un morceau de prêt que TOI, épargnant, tu fais à une entreprise ou à un État — cours « Prix d'une obligation et taux d'intérêt »), et d'autres, plus techniques, qu'on laisse de côté ici.

Et chacun de ces marchés a deux étages : le NEUF, où l'entreprise (ou l'État) crée des titres et encaisse l'argent — c'est ainsi que la Bourse finance l'économie —, et l'OCCASION, où les épargnants se revendent les titres existants. Ajoute qu'il existe plusieurs places — Paris, Francfort, New York — et le compte est fait : « la Bourse » des infos françaises, celle qui monte et qui chute, est un raccourci pour UN seul de tous ces marchés — les actions déjà émises, échangées à Paris.

Une différence de nature, maintenant, à emporter avant de commencer : un marché financier ne fonctionne PAS comme un marché de fruits et légumes. Sur l'étal, le prix règle la rareté du jour d'un bien qu'on va consommer. En Bourse, il règle un PARI sur l'avenir : ce que vaut un titre, c'est ce que les acteurs anticipent qu'il rapportera. Conséquence, mise au centre de la finance par l'économiste américain Eugene Fama en 1970 — l'hypothèse d'EFFICIENCE : si le prix reflète déjà l'information disponible, alors ce qui est connu est DÉJÀ dedans, et seule une SURPRISE peut le déplacer. Une entreprise peut annoncer un bénéfice record sans que son cours bouge d'un centime : il était attendu. (Une hypothèse, pas une loi — la station Limites y revient.)

Restent les deux vraies questions. Pourquoi les prix y bougent-ils sans arrêt ? Parce que l'information arrive en continu : chaque nouvelle déplace les anticipations, donc les ordres d'achat et de vente qui attendent. Et que veut dire « LA Bourse a monté », au singulier, alors que des centaines de titres bougent chacun dans son sens ? Il existe un thermomètre qui résume tout : l'INDICE — le CAC 40 des journaux. Ce cours construit les deux réponses, avec une seule formule pour clef de voûte : la capitalisation.

Sur quel principe le cours d'une action monte-t-il ou descend-il en Bourse ?

Étape 2 / 7

Hypothèses

À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.

Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.

0 idée(s) proposée(s)
Étape 3 / 7

Formalisation

Commençons par le prix d'UNE action. À chaque instant, des ordres attendent : « j'achète à 49 € », « je vends à 51 € »… Une nouvelle tombe — bons résultats, contrat gagné — et des acheteurs affluent : au prix affiché, il n'y a plus assez de vendeurs, les acheteurs surenchérissent, le dernier échange se conclut plus haut — le cours MONTE. Mauvaise nouvelle : c'est l'inverse. (Le registre qui classe ces ordres s'appelle le carnet d'ordres.) Voilà l'offre et la demande, version Bourse : ce sont les ordres en attente qui font le prix, pas les échanges conclus. Et pourquoi une nouvelle déplace-t-elle ces ordres ? Parce que le prix d'avant contenait déjà ce qu'on savait : il ne bouge que sur ce qu'on APPREND (hypothèse 3) — d'où « bons résultats » au sens de meilleurs QUE PRÉVU.

Le cours ne dit pas la taille : une action à 10 € d'une entreprise géante n'est pas « moins » qu'une action à 60 € d'une petite. Pour comparer, on multiplie : capitalisation = nombre d'actions × cours. Une entreprise de 2 millions d'actions cotées 50 € « capitalise » 100 millions d'euros. Et la formule se retourne : capitalisation ÷ nombre d'actions = cours (l'exercice 2 te le fera faire).

Reste à lire « LA Bourse a monté ». Des centaines de titres bougent chacun dans son sens : on les résume en un PANIER. Prends quelques entreprises, additionne leurs capitalisations, et suis ce total jour après jour en le ramenant à 100 au départ : indice = panier du jour ÷ panier de départ × 100. À 103,5, « la Bourse a pris 3,5 % ». Le CAC 40 fait exactement cela avec 40 grandes entreprises de la Bourse de Paris — chacune pesant sa capitalisation (en toute rigueur, la part réellement en circulation ; retiens l'idée : les GROS pèsent lourd, les petits presque rien).

Tout le cours tient là : le cours d'une action naît des ordres en attente ; la capitalisation en fait une taille ; l'indice pèse ces tailles pour résumer tout un marché en un nombre. La résolution fait tourner la machine complète sur un mini-marché de trois entreprises — et tu verras un indice MONTER un jour où deux actions sur trois ne montent pas. Clique chaque terme :

= × | = du jour ÷ panier de départ × 100

Clique un terme de la formule pour voir sa définition.

Étape 4 / 7

Résolution / calcul

Mini-marché de trois entreprises : Alpha (2 millions d'actions à 50 €), Beta (1 million à 60 €), Gamma (4 millions à 10 €). Construisons l'indice, passons une journée de Bourse, puis manipule.

  1. Trois capitalisations — remarque : Gamma a 4 fois plus d'actions que Beta, et pèse pourtant moinsAlpha : 2 M × 50 = 100 M€ | Beta : 1 M × 60 = 60 M€ | Gamma : 4 M × 10 = 40 M€
  2. Le panier de départ, et sa base 100100 + 60 + 40 = 200 M€indice = 100
  3. Une journée passe : bons résultats pour Alpha (+10 %), Beta déçoit (−5 %), Gamma ne bouge pasAlpha : 2 M × 55 = 110 M€ | Beta : 1 M × 57 = 57 M€ | Gamma : 40 M€
  4. Le panier du soir, et l'indice110 + 57 + 40 = 207 M€ → 207 ÷ 200 × 100indice = 103,5
  5. Lecture — le titre du journalune hausse, une baisse, un immobile« La Bourse gagne 3,5 % »

« La Bourse a monté de 3,5 % » — alors qu'une seule action sur trois a monté. Le secret est dans les poids : Alpha pèse la moitié du panier (100 M€ sur 200), sa hausse écrase la baisse de Beta. Un indice suit les GROS ; il ne dit pas ce que fait chaque action — encore moins la tienne. Manipule les trois cours : l'indice se recalcule, et la lecture te dit qui le tire.

Calcul en directindice = (capA + capB + capC) ÷ 200 M€ × 100

Règle les trois cours (les nombres d'actions ne bougent pas : pas d'émission aujourd'hui) : capitalisations, panier et indice se déduisent. Essaie de faire monter l'indice en baissant Alpha — bon courage.

Panier (capA + capB + capC)200 M€
Indice (base 100 = 200 M€)100
« La Bourse » du journal0 %
Lectureindice inchangé — les mouvements se compensent, chacun pesant sa taille
Étape 5 / 7

Interprétation économique

Des marchés à deux étages, un prix né des ordres, un thermomètre pondéré : tu as maintenant tout pour lire une page Bourse — et pour comprendre à quoi elle sert.

À quoi sert la Bourse : financer, puis rendre LIQUIDE

L'étage du neuf finance : en émettant des actions ou des obligations, l'entreprise (ou l'État) encaisse de l'argent frais pour investir. L'étage de l'occasion rend ce financement POSSIBLE : c'est parce que tu peux revendre ton titre à tout moment — la LIQUIDITÉ — que tu acceptes d'acheter du neuf. Sans marché de l'occasion, personne ne prêterait dix ans à une entreprise. Les deux étages sont les deux faces du même service ; pour choisir TON titre, le cours « Action ou obligation ? » compare les deux familles.

Pourquoi les cours bougent : des nouvelles aux ordres

Résultats meilleurs que prévu, contrat gagné, scandale, et surtout les TAUX D'INTÉRÊT : quand la banque centrale les relève, les obligations neuves rapportent plus — l'épargne arbitre. Concrètement : une action qui promet 5 € de dividende par an se paie moins cher le jour où un placement sans effort rapporte davantage — les mêmes 5 € futurs, comparés à mieux, valent moins aujourd'hui. C'est l'ACTUALISATION du cours « Prix d'une obligation et taux d'intérêt », appliquée aux actions ; le cours « Évaluer une action : le modèle de Gordon-Shapiro » (le prix d'une action = la somme de ses dividendes futurs actualisés) la met en formule. Chaque nouvelle déplace ainsi ce que les acheteurs sont prêts à payer, donc les ordres, donc le cours. Et retiens le mot « prévu » du début : ce n'est jamais le NIVEAU d'une nouvelle qui fait le mouvement, c'est son écart à ce qui était anticipé (hypothèse 3) — un bénéfice en hausse peut faire chuter un cours si le marché attendait mieux. C'est ce qu'on lit sous la formule « le marché avait déjà intégré la nouvelle ».

Un prix, pas une vérité

Le cours est le prix du DERNIER échange — celui de deux inconnus qui viennent de se mettre d'accord. La capitalisation l'étend par convention à toutes les actions : un chiffre utile, mais fragile — il peut bondir ou fondre sans que l'entreprise ait rien changé, au gré des espoirs (station Limites : bulles et krachs).

Lire les infos en pro

« Le CAC 40 perd 2 % » : le panier pondéré des 40 grandes valeurs de Paris vaut 2 % de moins qu'hier — probablement tiré par quelques poids lourds, comme dans notre résolution. Ce que ça ne dit PAS : que toutes les actions ont baissé, ni que « la France » a perdu quoi que ce soit — l'indice mesure un panier d'entreprises cotées, pas l'économie du pays.

Étape 6 / 7

Limites / critiques

Étape 7 / 7

Exercices

1

Une entreprise a 8 millions d'actions cotées 25 € chacune. Capitalisation (en M€) ?

M€
3

Une action cote 40 €. Il arrive bien plus d'ordres d'ACHAT que de titres offerts à la vente à ce prix. Que se passe-t-il ?

5

Tu achètes en Bourse une action d'une grande entreprise à un autre épargnant. L'entreprise touche-t-elle ton argent ?

7

Vrai ou faux : une entreprise dont la capitalisation atteint 100 M€ dispose de 100 M€ pour investir.

9

Une entreprise publie un bénéfice record — exactement celui que les analystes annonçaient depuis des semaines. Effet le plus probable sur son cours ?

2

Une entreprise capitalise 300 M€ avec 6 millions d'actions. Quel est le cours d'une action (en €) ?

4

Panier de deux entreprises : A capitalise 150 M€, B 50 M€ (indice en base 100 sur 200 M€). Le lendemain, A gagne 2 % et B perd 6 %. Que fait l'indice (variation en %) ?

%
6

Vrai ou faux : si le CAC 40 monte, c'est que toutes les actions du CAC ont monté.

8

La banque centrale relève fortement ses taux. Effet le plus probable sur les cours des actions ?