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Prix d'une obligation et taux d'intérêt
Pourquoi une obligation perd de la valeur quand les taux montent.
Prix = Σ coupon / (1 + r)ⁿ + faciale / (1 + r)ᴺÉnoncé / motivation
Vous détenez une obligation qui verse 3 % par an. La banque centrale relève ses taux et les nouvelles obligations rapportent désormais 5 %. Que vaut la vôtre ?
Commençons par l'objet. Une obligation, c'est un PRÊT découpé en morceaux revendables : un État ou une entreprise emprunte en émettant des titres — qui achète un titre de 1 000 € prête 1 000 €, touche chaque année un intérêt fixé d'avance (le COUPON : ici 3 %, soit 30 €), et récupère ses 1 000 € à une date convenue (l'ÉCHÉANCE). Ce montant remboursé à la fin s'appelle la valeur FACIALE.
Si tu gardes le titre jusqu'au bout, l'histoire s'arrête là : 30 € par an, puis 1 000 €. Mais il existe un marché de l'occasion — tu peux revendre ton obligation avant l'échéance. Et là, une question surgit : combien vaut AUJOURD'HUI ce papier qui promet de l'argent DEMAIN ? La réponse de l'accroche est déjà claire : personne ne te paiera le prix plein pour ton 3 % quand le neuf rapporte 5 % — ton prix doit baisser jusqu'à redevenir compétitif. Reste à savoir DE COMBIEN : c'est tout l'objet du cours, et la clef de la relation la plus contre-intuitive des marchés — prix et taux varient en sens inverse.
Hypothèses
À ton avis, quelles hypothèses faut-il poser pour que ce modèle tienne ? Note tes idées — aucune piste n'est mauvaise, c'est ton plan de travail.
Ton plan de travail est encore vide. Lance-toi : propose au moins une idée.
0 idée(s) proposée(s)Formalisation
Reprenons notre obligation : faciale 1 000 €, coupon 30 €, échéance 3 ans. La posséder, c'est détenir trois rendez-vous d'argent : 30 € dans un an, 30 € dans deux ans, 1 030 € dans trois ans (dernier coupon + remboursement). Son prix d'aujourd'hui doit résumer ces trois promesses en un seul nombre — et pour cela, il faut savoir convertir de l'argent futur en argent d'aujourd'hui.
La conversion vient du placement alternatif (hypothèse 3). Au taux du marché r = 5 %, 100 € d'aujourd'hui deviennent 105 € dans un an : recevoir X € dans un an vaut donc X ÷ 1,05 aujourd'hui. Dans deux ans, l'argent aurait fructifié DEUX fois (× 1,05 × 1,05 = × 1,05²) : X € dans deux ans valent X ÷ 1,05². Retiens le pont : « placer à 5 % » = « multiplier par 1,05 » ; actualiser, c'est refaire le trajet à l'envers — diviser. Voilà pourquoi on divise, et jamais on ne retranche.
Le prix additionne chaque rendez-vous converti : Prix = coupon ÷ (1+r)¹ + coupon ÷ (1+r)² + (coupon + faciale) ÷ (1+r)³. Pour une échéance quelconque, on note n le numéro de l'année (1, 2, 3…) et N l'échéance : le symbole Σ (« sigma ») n'est qu'un raccourci qui dit « additionne les N morceaux ». C'est la formule de l'en-tête — et c'est exactement la somme que le simulateur déroule pour l'échéance N que tu choisiras.
Un repère avant de calculer. Si le marché exige exactement ce que le coupon donne (r = 3 %), l'actualisation redonne la faciale au centime : 30 ÷ 1,03 + 30 ÷ 1,03² + 1 030 ÷ 1,03³ = 1 000 € tout rond. On dit que le titre cote AU PAIR. Tout le reste s'en déduit : marché plus exigeant que le coupon (r > 3 %) → prix SOUS le pair — on dit que le titre DÉCOTE ; marché moins exigeant → AU-DESSUS. Clique chaque terme :
Résolution / calcul
Notre obligation (faciale 1 000 €, coupon 30 €, 3 ans), mais le marché est passé à 5 %. Déroulons la formule flux par flux, vérifions le pivot, puis manipule.
- Coupon de l'année 1, actualisé
30 / 1,05≈ 28,57 € - Coupon de l'année 2 (deux ans d'attente : on divise deux fois)
30 / 1,05²≈ 27,21 € - Année 3 : dernier coupon + remboursement de la faciale
(30 + 1 000) / 1,05³≈ 889,75 € - Le prix : la somme des trois rendez-vous convertis
28,57 + 27,21 + 889,75≈ 945,54 € (somme exacte — sur les arrondis affichés, ta calculette dira 945,53 : normal) - Contre-vérification au pivot : si le marché exigeait 3 % (= le coupon)
30/1,03 + 30/1,03² + 1 030/1,03³= 1 000 € exactement — au pair ✓
À 5 %, le titre ne vaut plus que 945,54 € : environ 54,5 € de moins que sa faciale, soit −5,4 %. Rien n'a changé dans ses promesses — 30 €, 30 €, 1 030 € — mais chaque promesse est désormais divisée par un taux plus exigeant. Et la bascule est lisible au pivot : coupon 3 % face à un marché à 5 % → sous le pair ; face à un marché à 2 % → au-dessus. Le simulateur te laisse tout régler — y compris l'échéance, pour voir qu'un titre LONG encaisse bien plus fort.
Prix = Σ coupon/(1+r)ⁿ + faciale/(1+r)ᴺRègle le taux du marché, le coupon, la faciale et l'ÉCHÉANCE : le prix se recalcule en actualisant chaque flux. Cherche le pair (r = taux du coupon), puis pousse l'échéance pour sentir la sensibilité.
Interprétation économique
Trois flux et une division : il n'en faut pas plus pour lire des pans entiers de la finance — et tes propres placements.
Détenir une obligation, c'est être exposé aux taux : s'ils montent, ton titre perd en capital alors même que l'émetteur honore chaque versement — c'est l'exercice 3. Et plus l'échéance est LOINTAINE, plus la perte est forte : les flux éloignés subissent la division année après année (pousse le curseur d'échéance du simulateur : mêmes conditions, N = 2 puis N = 10). Les professionnels résument cette sensibilité en un chiffre, la DURATION — en première approche, la durée moyenne d'attente des flux, où chaque flux compte à proportion de sa part dans le prix : nos petits coupons pèsent peu, le gros remboursement final presque tout, d'où une duration proche de 3 ans pour notre titre. Retiens surtout l'idée : plus c'est long, plus ça bouge.
Jusqu'ici : taux → prix. Les investisseurs font aussi le trajet INVERSE : partir du prix observé et chercher le taux qui égalise prix et flux actualisés — ce taux s'appelle le rendement actuariel, et c'est LUI qu'on compare d'un titre à l'autre, jamais le coupon affiché. Sur un cas à un flux, le trajet se fait de tête : payer 970 € un titre qui versera 1 030 € dans un an, c'est gagner 1 030 ÷ 970 − 1 ≈ 6,2 % — quel que soit son coupon d'origine. D'où la règle : sous le pair, l'actuariel DÉPASSE le taux du coupon (on encaisse les coupons ET la remontée vers la faciale).
Le cours « Rendement et risque » posait l'énigme : pourquoi une obligation à 12 % quand l'État paie 3 % ? Réponse par notre formule : si les prêteurs doutent d'être remboursés, ils exigent un r bien plus haut — et un r plus haut écrase le prix des promesses. À flux promis égaux, le titre douteux vaut moins ; l'écart de taux exigé est la prime de défaut — le « spread », dans le jargon des marchés. Le rendement affiché rémunère le doute, pas la générosité.
Relis l'accroche : « la banque centrale relève ses taux ». Le taux directeur se transmet aux taux de marché (cours « Le taux directeur et la transmission »), et chaque hausse fait mécaniquement baisser le prix des obligations déjà émises — celles des épargnants, des assurances-vie, des banques. Et cette logique d'actualisation ne s'arrête pas aux obligations : évaluer une ACTION, c'est actualiser ses dividendes futurs — le cours « Évaluer une action : le modèle de Gordon-Shapiro » applique exactement le même geste.
Limites / critiques
Exercices
Les taux du marché BAISSENT de 4 % à 2 %. Le prix d'une obligation à coupon fixe déjà émise va…
Ton obligation cotait 1 040 € hier ; après une hausse des taux, elle cote 988 €. Quelle perte en capital, en % (÷ prix de départ) ?
Obligation ZÉRO-COUPON : aucun coupon, faciale 1 000 € versée dans un an. Taux du marché 4 %. Quel est son prix (en €) ?
Vrai ou faux : une obligation dont le coupon égale exactement le taux du marché cote au pair.
Faciale 1 000 €, coupon 50 € (5 %), échéance 2 ans, taux du marché 10 %. Quel est le prix (en €, à 2 € près) ?
Tu paies 960 € un titre qui versera 1 020 € dans un an (dernier coupon + faciale). Quel est ton rendement actuariel (en %) ?
Deux obligations identiques (coupon 3 %), échéances 2 ans et 10 ans. Les taux montent d'un point. Laquelle perd le plus ?
L'État emprunte à 3 % ; une entreprise fragile doit promettre 12 %. Pourquoi ?