Sommaire(9)
  1. Hicks (1937) et l'auto-critique de 1980
  2. Patinkin (1956) — Money, Interest, and Prices
  3. Critique de Lucas (1976)
  4. Reformulation IS-MP de Romer (2000)
  5. Modèle néo-keynésien à trois équations (Clarida, Galí, Gertler 1999, JEL)
  6. Krugman (1998) — résurrection moderne de la trappe à liquidité
  7. Eggertsson & Woodford (2003) — théorie moderne de la politique optimale à la borne zéro
  8. Remplacement par DSGE en pratique
  9. Théorie de Tobin (q de Tobin, 1969) — extension financière du canal d'investissement
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AnnexesLe modèle IS-LM et l'équilibre macroéconomique

Compléments théoriques, contre-points et références méthodologiques

Hicks (1937) et l'auto-critique de 1980

article fondateur du modèle IS-LM par John R. Hicks, « Mr.

Keynes and the Classics

A Suggested Interpretation » (Econometrica, vol. 5, n° 2, avril 1937, pp. 147-159), qui propose une formalisation diagrammatique de la Théorie générale de Keynes (1936) accessible aux étudiants et aux praticiens.

Article fondateur

Hicks est jeune chercheur à Cambridge (Gonville and Caius College, après ses années à la London School of Economics jusqu'en 1935) quand il rédige ce texte en réaction à la Théorie générale, à 32 ans. L'article fait suite à un séminaire d'Oxford de septembre 1936 où Roy Harrod, James Meade et Hicks lui-même présentent leurs interprétations du livre de Keynes. C'est la version de Hicks, par sa clarté graphique, qui s'imposera dans l'enseignement de la macroéconomie pendant un demi-siècle.

Auto-critique de Hicks (1980)

détail historiographique rarement enseigné. John Hicks publie en 1980, à 76 ans, un article intitulé « IS-LM — An Explanation » (Journal of Post Keynesian Economics, vol. 3, n° 2, hiver 1980-1981, pp. 139-154), dans lequel il prend ses distances avec son propre modèle. Hicks y reconnaît que IS-LM « tend à présupposer que l'on est déjà à l'équilibre » et qu'il manque au modèle une véritable dimension temporelle — utile pour la pédagogie mais problématique pour comprendre l'ajustement dynamique. Hicks reproche à son cadre d'avoir fait l'impasse sur l'incertitude radicale et les anticipations, dimensions pourtant centrales chez Keynes (notamment au chapitre 12 de la Théorie générale sur les esprits animaux).

Conclusion de Hicks

IS-LM est « un outil de classe utile » mais « pas un instrument adéquat pour penser la macroéconomie réelle ». Cette répudiation partielle est rarement mentionnée dans les manuels, qui continuent d'enseigner IS-LM comme un acquis stable.

Importance pédagogique

pour une fiche de niveau hard, il est essentiel de signaler que l'auteur même du modèle a fini par en relativiser la portée, ce qui ouvre la discussion sur les limites déjà mentionnées dans cette fiche (prix fixes, absence d'anticipations rationnelles, absence d'effets de richesse) et fait le pont avec les développements post-1980 — modèles DSGE, nouveaux keynésiens et synthèse néo-keynésienne moderne.

Patinkin (1956) — Money, Interest, and Prices

reformulation rigoureuse du cadre IS-LM intégrant les effets d'encaisses réelles, publiée par Don Patinkin dans « Money, Interest, and Prices — An Integration of Monetary and Value Theory » (Harper & Row, 1ʳᵉ édition 1956, 2ᵉ édition révisée 1965).

Ambition centrale

résoudre le « dilemme de la dichotomie classique » (séparation entre sphère réelle et sphère monétaire) qui rendait incohérente l'intégration du modèle keynésien dans un cadre walrasien d'équilibre général. Patinkin démontre formellement que la dichotomie ne peut tenir qu'au prix d'hypothèses très restrictives.

Effet d'encaisses réelles (Pigou effect)

mécanisme par lequel une baisse du niveau général des prix P augmente le pouvoir d'achat des encaisses monétaires nominales détenues par les ménages (M/P augmente), ce qui stimule la consommation et déplace IS vers la droite. Initialement formulé par Arthur Cecil Pigou (« The Classical Stationary State », Economic Journal, vol. 53, n° 212, décembre 1943, pp. 343-351) comme argument contre la thèse keynésienne d'équilibre de sous-emploi durable.

Effet Patinkin

extension formelle du Pigou effect dans un cadre d'équilibre général rigoureux. Patinkin montre que les encaisses réelles entrent comme argument dans les fonctions de demande de biens et de monnaie elles-mêmes, et que l'équilibre du système requiert leur prise en compte explicite.

Conséquence théorique

la version IS-LM standard sans effet d'encaisses réelles n'est qu'une approximation valable à prix donnés (court terme). Dans une analyse incluant l'ajustement des prix, la pleine flexibilité des prix garantit théoriquement le retour à l'équilibre de plein emploi, ce qui contredit la conclusion keynésienne de chômage involontaire persistant — sauf dans le cas particulier de la trappe à liquidité ou des prix rigides à la baisse.

Position dans la littérature

pivot de la « synthèse néoclassique » qui a dominé la macroéconomie de l'après-guerre jusqu'à la révolution des anticipations rationnelles. Don Patinkin (Université hébraïque de Jérusalem) a formé toute une génération de macroéconomistes israéliens.

Critique de Lucas (1976)

critique méthodologique majeure adressée à l'analyse de politique économique fondée sur IS-LM (et plus généralement sur les modèles macroéconométriques structurels), formulée par Robert E. Lucas Jr. dans « Econometric Policy Evaluation — A Critique » (Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy, vol. 1, janvier 1976, pp. 19-46).

Thèse centrale

les paramètres comportementaux d'IS-LM (PMC, h sensibilité de l'investissement aux taux, k sensibilité de la demande de monnaie au revenu, l sensibilité de la demande de monnaie aux taux) ne sont pas des constantes structurelles invariantes. Ils dépendent du régime de politique économique en place, parce qu'ils résument les comportements optimisateurs d'agents qui forment des anticipations sur la politique future.

Mécanisme

les agents rationnels anticipent les politiques économiques et ajustent leurs comportements en conséquence. Si la banque centrale change de règle (par exemple, passage d'un ciblage monétaire à un ciblage d'inflation), les agents recalibrent leurs anticipations et donc leur consommation, leur investissement et leur demande de monnaie. Les paramètres estimés sur l'historique de l'ancien régime ne prédisent plus correctement les effets du nouveau régime.

Conséquence pour IS-LM

utiliser le multiplicateur ΔY/ΔG = 1 / [1 − PMC×(1−t) + h×k/l] pour prédire l'effet d'un plan de relance suppose que tous ces paramètres restent stables alors même que la politique budgétaire change. La critique de Lucas montre que c'est précisément faux.

Solution proposée

fonder l'analyse macroéconométrique sur les paramètres profonds des préférences et des technologies, qui sont eux invariants à la politique. C'est la matrice intellectuelle des modèles DSGE modernes (Real Business Cycle puis Nouveaux Keynésiens) qui dominent la macroéconomie depuis les années 1980. Lucas reçoit le Nobel 1995 « for having developed and applied the hypothesis of rational expectations, and thereby having transformed macroeconomic analysis and deepened our understanding of economic policy ».

Statut contemporain

la critique de Lucas a profondément déstabilisé l'usage d'IS-LM en analyse de politique économique, mais le modèle reste largement enseigné pour sa simplicité pédagogique. Les économistes contemporains l'utilisent avec la conscience explicite de cette limite — c'est précisément l'auto-critique de Hicks (entrée précédente) qui rejoint ici la critique de Lucas par un autre chemin.

Reformulation IS-MP de Romer (2000)

refonte pédagogique du modèle IS-LM proposée par David Romer dans « Keynesian Macroeconomics without the LM Curve » (Journal of Economic Perspectives, vol. 14, n° 2, printemps 2000, pp. 149-169).

Constat de départ

depuis les années 1980-1990, aucune grande banque centrale ne pilote la masse monétaire M. Toutes ciblent directement un taux d'intérêt directeur (taux Fed funds aux États-Unis, taux Refi à la BCE, etc.). La courbe LM telle qu'enseignée — qui suppose M fixé et r endogène — décrit une politique monétaire qui n'existe plus dans la pratique des grandes économies depuis l'abandon du monétarisme à la Volcker.

Substitution LM par MP

Romer propose de remplacer la courbe LM par une courbe MP (Monetary Policy) qui représente directement la règle de politique monétaire suivie par la banque centrale.

Forme générique

r = r̄ + a·(π − π*) + b·(Y − Ȳ)/Ȳ, où r̄ est le taux neutre, π l'inflation, π* la cible d'inflation, Y le revenu, Ȳ le revenu de plein emploi. Cette forme est la règle de Taylor (1993) appliquée comme description positive plutôt que normative.

Conséquences pédagogiques

(1) la politique monétaire n'est plus représentée par un déplacement de LM dû à un changement de M, mais par un changement de la règle MP (par exemple baisse du taux neutre r̄ ou hausse de la cible d'inflation π*) ; (2) le mécanisme de transmission monétaire devient direct, la banque centrale fixe r qui détermine l'investissement et le revenu via IS ; (3) le canal monétaire passe par la fonction de réaction de la banque centrale, beaucoup plus proche de la réalité institutionnelle contemporaine.

Statut dans l'enseignement

IS-MP a remplacé IS-LM dans plusieurs manuels macroéconomiques de référence post-2000, notamment Frederic Mishkin (« Macroeconomics — Policy and Practice », 2012), Charles Jones (« Macroeconomics », 2008-2024) et plusieurs éditions récentes de Mankiw lui-même qui présente désormais l'approche par taux directeur en complément du cadre IS-LM classique.

Critique de la critique

IS-MP hérite des autres limites d'IS-LM (prix fixes, absence d'anticipations, statique comparative) et la critique de Lucas (entrée précédente) reste applicable. IS-MP est une amélioration institutionnelle, pas une réponse aux problèmes méthodologiques de fond.

Modèle néo-keynésien à trois équations (Clarida, Galí, Gertler 1999, JEL)

successeur académique d'IS-LM dans la macroéconomie de pointe contemporaine, synthétisé par Richard Clarida, Jordi Galí et Mark Gertler dans « The Science of Monetary Policy — A New Keynesian Perspective » (Journal of Economic Literature, vol. 37, n° 4, décembre 1999, pp. 1661-1707). Le modèle articule trois équations dérivées de l'optimisation microéconomique et des anticipations rationnelles.

Équation IS dynamique néo-keynésienne

y_t = E_t y_{t+1} − (1/σ) × (i_t − E_t π_{t+1} − r̄), où y_t est l'écart de production, i_t le taux nominal, π_t l'inflation, E_t l'opérateur d'anticipation rationnelle et σ l'élasticité de substitution intertemporelle. La consommation est forward-looking et dérive de l'optimisation d'un ménage représentatif (équation d'Euler).

Courbe de Phillips néo-keynésienne

π_t = β × E_t π_{t+1} + κ × y_t, dérivée des prix à la Calvo (Calvo 1983) où une fraction des entreprises ajuste ses prix chaque période. La NKPC relie l'inflation présente à l'anticipation d'inflation future et à l'écart de production, contrairement à la courbe de Phillips à anticipations adaptatives.

Règle de Taylor

i_t = r̄ + π* + φ_π × (π_t − π*) + φ_y × y_t, où la banque centrale ajuste le taux directeur en réponse à l'écart d'inflation et à l'écart de production.

Principe de Taylor

pour que l'équilibre soit déterminé et stable, φ_π > 1 — la banque centrale doit ajuster son taux nominal d'au moins 1 point pour chaque point d'inflation supplémentaire.

Rupture conceptuelle avec IS-LM

microfondations explicites issues de l'optimisation des ménages et des entreprises satisfaisant la critique de Lucas, anticipations rationnelles intégrées au cœur du modèle, dynamique temporelle explicite plutôt que statique comparative, politique monétaire représentée par une règle de taux directeur cohérente avec la pratique des banques centrales modernes.

Position dans la discipline

fondement intellectuel des modèles DSGE-NK (New Keynesian Dynamic Stochastic General Equilibrium) qui dominent l'analyse de politique monétaire dans les banques centrales du monde entier (Fed, BCE, BoE, BoJ) et dans la macroéconomie académique de pointe depuis les années 2000. Mark Gertler poursuit cette ligne avec Bernanke vers l'accélérateur financier (voir fiche C10 « Cycles économiques et crises », annexe Bernanke-Gertler-Gilchrist).

Krugman (1998) — résurrection moderne de la trappe à liquidité

article de Paul Krugman, « It's Baaack — Japan's Slump and the Return of the Liquidity Trap » (Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1998, n° 2, 1998, pp. 137-205), qui ramène le concept de trappe à liquidité au centre du débat macroéconomique après plusieurs décennies d'oubli.

Contexte japonais

depuis l'éclatement de la bulle immobilière et boursière de 1989-1990, le Japon connaît une stagnation prolongée. La Banque du Japon baisse son taux directeur jusqu'à pratiquement 0 % au milieu des années 1990 sans parvenir à relancer l'activité ni l'inflation. La situation contredit frontalement le consensus monétariste des années 1980 selon lequel une banque centrale peut toujours créer de l'inflation en augmentant la masse monétaire.

Diagnostic de Krugman

le Japon est entré dans une véritable trappe à liquidité au sens keynésien moderne. Le taux nominal touche son plancher zéro et la politique monétaire conventionnelle (opérations d'open market) n'a plus d'effet sur le taux réel ni sur la demande agrégée.

Originalité théorique

Krugman intègre le concept dans un modèle néo-keynésien à anticipations rationnelles, ce qui était impossible dans le cadre statique d'IS-LM. Il démontre que la sortie de trappe nécessite un engagement crédible de la banque centrale à maintenir un taux nominal nul même après le retour de l'inflation, autrement dit à tolérer une inflation supérieure à sa cible pendant un certain temps. C'est la première formulation moderne de la forward guidance.

Influence

l'article a recadré la pensée des banques centrales avant même la crise de 2008. Quand la Fed atteint son plancher zéro en décembre 2008, les outils proposés par Krugman (forward guidance, QE, ciblage du niveau de prix plutôt que du taux d'inflation) entrent dans la boîte à outils standard des banques centrales mondiales. Krugman reçoit le Nobel 2008 « for his analysis of trade patterns and location of economic activity », non spécifiquement pour cet article, mais il est largement reconnu comme un macro-économiste pivot de la pensée contemporaine sur la borne zéro.

Eggertsson & Woodford (2003) — théorie moderne de la politique optimale à la borne zéro

article fondateur de Gauti Eggertsson et Michael Woodford, « The Zero Bound on Interest Rates and Optimal Monetary Policy » (Brookings Papers on Economic Activity, vol. 2003, n° 1, 2003, pp. 139-211), qui formalise rigoureusement la conduite optimale de la politique monétaire quand le taux directeur est contraint par la borne inférieure zéro.

Cadre analytique

modèle néo-keynésien à trois équations (Clarida-Galí-Gertler 1999, entrée précédente) augmenté de la contrainte i_t ≥ 0 sur le taux directeur. Le problème de la banque centrale devient un programme d'optimisation sous contrainte de borne nominale.

Résultat central

la politique optimale en présence d'une borne nominale n'est pas équivalente à une politique purement discrétionnaire qui ferait simplement i_t = 0 pendant la crise et reviendrait à la règle de Taylor après. La politique optimale d'engagement (commitment) consiste à promettre de maintenir un taux directeur bas plus longtemps que ne le justifierait l'état présent de l'économie, créant une inflation anticipée légèrement supérieure à la cible qui réduit le taux réel et stimule la demande aujourd'hui. C'est la théorisation rigoureuse de la forward guidance proposée intuitivement par Krugman (1998, entrée précédente).

Forward guidance optimale

la banque centrale doit communiquer publiquement sa trajectoire future de taux et s'engager à la respecter même quand l'économie sera revenue à la normale. C'est précisément ce qu'a fait la Fed avec ses calendar-based et state-contingent forward guidance entre 2008 et 2015.

Justification du QE

Eggertsson et Woodford montrent dans le cadre théorique que les achats d'actifs (QE) n'ont d'effet que dans la mesure où ils signalent l'engagement de la banque centrale à maintenir des taux bas (canal de signal), pas via un effet direct sur les portefeuilles de marché (canal d'équilibre de portefeuille, qu'ils rejettent comme négligeable dans le modèle). Cette interprétation est débattue empiriquement, certains auteurs (notamment Krishnamurthy-Vissing-Jorgensen 2011, Bauer-Rudebusch 2014) trouvant des effets de portefeuille mesurables.

Influence institutionnelle

l'article est devenu la référence théorique standard pour la conduite de la politique monétaire à la borne zéro. La Fed sous Bernanke (2008-2014) et Yellen (2014-2018), la BCE sous Draghi (2011-2019) et la Banque du Japon sous Kuroda (2013-2023) ont toutes implémenté des politiques qui s'inscrivent dans ce cadre théorique. Michael Woodford (« Interest and Prices », Princeton University Press, 2003) a par ailleurs publié la même année l'ouvrage de référence sur la macroéconomie monétaire néo-wicksellienne moderne.

Remplacement par DSGE en pratique

les banques centrales et la macroéconomie académique de pointe ont remplacé IS-LM par des modèles DSGE (Dynamic Stochastic General Equilibrium) à partir des années 2000-2010.

Smets-Wouters (2003, 2007)

Frank Smets et Raf Wouters publient « An Estimated Dynamic Stochastic General Equilibrium Model of the Euro Area » (Journal of the European Economic Association, vol. 1, n° 5, septembre 2003, pp. 1123-1175) puis « Shocks and Frictions in US Business Cycles » (American Economic Review, vol. 97, n° 3, juin 2007, pp. 586-606). Ces deux articles deviennent les modèles DSGE de référence à la BCE et à la Fed respectivement. Ils étendent le cadre néo-keynésien à trois équations (entrée 5) par des rigidités nominales (prix et salaires à la Calvo), une formation d'habitudes dans la consommation, des coûts d'ajustement de l'investissement, une indexation des prix passés et identifient sept chocs structurels (productivité, prime de risque, investissement, monétaire, prix-push, salaire-push, gouvernement).

Modèles institutionnels actuels

Federal Reserve Board des États-Unis (FRB/US, modèle semi-structurel à grande échelle en service depuis 1996, complété par les DSGE EDO et SIGMA), Banque centrale européenne (NAWM, héritage direct du Smets-Wouters 2003), Bank of England (COMPASS depuis 2011, successeur de BEQM), Banque du Japon (Q-JEM), Banque de France (FR-BDF), FMI (GIMF et GEM).

Apports méthodologiques par rapport à IS-LM

(1) microfondations explicites issues de l'optimisation des ménages et des entreprises ; (2) anticipations rationnelles ; (3) estimation économétrique bayésienne sur séries longues ; (4) prise en compte de plusieurs chocs structurels identifiés ; (5) intégration de frictions financières via les extensions Bernanke-Gertler-Gilchrist 1999 et post-2008 type Gertler-Karadi 2011 sur le QE.

Limites révélées par la crise de 2008

les DSGE pré-crise ne modélisaient pas le secteur financier de façon adéquate. Olivier Blanchard reconnaît dans « The State of Macro » (Annual Review of Economics, vol. 1, 2009, pp. 209-228) que la profession a sous-estimé la complexité du secteur financier.

Réponses post-2008

intégration du collateral, des contraintes de levier et des défauts bancaires dans les modèles type Gertler-Kiyotaki 2010 et Christiano-Motto-Rostagno 2010-2014.

Position d'IS-LM aujourd'hui

IS-LM survit dans les manuels pour son rôle pédagogique et son intuition graphique, mais aucune banque centrale ni aucun journal académique de premier rang ne l'utilise en recherche. C'est un outil de formation initiale, pas de production scientifique.

Théorie de Tobin (q de Tobin, 1969) — extension financière du canal d'investissement

article fondateur de James Tobin, « A General Equilibrium Approach to Monetary Theory » (Journal of Money, Credit and Banking, vol. 1, n° 1, février 1969, pp. 15-29), qui propose une théorie microéconomique de l'investissement reliant directement les marchés financiers à l'accumulation du capital.

Définition du q de Tobin

q = (valeur de marché de l'entreprise) divisée par (coût de remplacement du capital). Quand q > 1, le marché valorise l'entreprise plus que le coût de reconstitution de son capital et l'entreprise a intérêt à investir car chaque euro de capital installé crée plus d'un euro de valeur boursière. Quand q < 1, l'entreprise détruit de la valeur en investissant et doit désinvestir ou racheter ses propres actions. À long terme, l'arbitrage ramène q vers 1.

Mécanisme de transmission monétaire

une baisse du taux directeur stimule les cours boursiers (les actifs financiers se valorisent quand l'actualisation diminue). Cette hausse fait monter q, donc l'investissement productif des entreprises. Le canal de Tobin complète le canal classique d'IS-LM (baisse de r entraîne hausse de I) par un canal de richesse passant par les marchés financiers.

Lien avec la théorie du portefeuille

Tobin a obtenu le Nobel 1981 « for his analysis of financial markets and their relations to expenditure decisions, employment, production and prices ». Cet apport s'inscrit dans la lignée du théorème de séparation de Tobin (« Liquidity Preference as Behavior Towards Risk », Review of Economic Studies, vol. 25, n° 2, février 1958, pp. 65-86) et de la théorie du portefeuille de Tobin-Markowitz qui montrent que les ménages diversifient leur richesse entre actif sans risque et portefeuille d'actifs risqués.

Application empirique

la mesure du q nécessite une approximation.

Q marginal versus Q moyen

Fumio Hayashi (« Tobin's Marginal q and Average q », Econometrica, vol. 50, n° 1, janvier 1982, pp. 213-224) démontre que sous certaines hypothèses (rendements d'échelle constants, concurrence parfaite, anticipations rationnelles), le q marginal pertinent pour la décision d'investissement égale le q moyen observable, ce qui rend la théorie opérationnelle.

Limites empiriques

les régressions « Investissement = f(q) » ont un pouvoir explicatif faible (R² typiquement entre 0,1 et 0,2). Les variables de cash flow s'avèrent significatives en plus de q, ce qui est inconsistent avec un q parfaitement informatif. Fazzari, Hubbard & Petersen (« Financing Constraints and Corporate Investment », Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1988, n° 1, pp. 141-206) interprètent cela par les contraintes financières (asymétries d'information, coûts d'agence) qui font dépendre l'investissement à la fois de q et de la trésorerie disponible.

Influence

le q de Tobin a inspiré les modèles d'investissement avec coûts d'ajustement et frictions financières utilisés dans les DSGE modernes (entrée précédente), notamment via Bernanke-Gertler-Gilchrist 1999 (voir fiche C10 « Cycles économiques et crises », annexe Bernanke-Gertler-Gilchrist) et Christiano-Eichenbaum-Evans (« Nominal Rigidities and the Dynamic Effects of a Shock to Monetary Policy », Journal of Political Economy, vol. 113, n° 1, février 2005, pp. 1-45).