Modèle IS-LM ÉlevéChapitre 13

Le modèle IS-LM et l'équilibre macroéconomique

Le modèle IS-LM est le cadre analytique central pour comprendre les interactions entre le marché des biens et services et le marché de la monnaie à court terme. Mankiw lui consacre deux chapitres entiers (ch. 11-12, éd. 9) et le présente comme l'interprétation la plus influente de la pensée keynésienne, indispensable pour analyser les effets des politiques monétaire et budgétaire.

Dernière mise à jour : 9 juillet 2026

Définition

Définition

Le modèle IS-LM, développé par John Hicks (prix Nobel 1972) et Alvin Hansen, formalise l'équilibre simultané sur deux marchés :

La courbe IS (Investment-Saving) représente l'ensemble des combinaisons de taux d'intérêt (r) et de revenu (Y) pour lesquelles le marché des biens et services est en équilibre, c'est-à-dire où l'investissement planifié égale l'épargne planifiée. Sa pente est négative : une baisse du taux d'intérêt stimule l'investissement et augmente le revenu d'équilibre.

La courbe LM (Liquidity preference-Money supply) représente l'ensemble des combinaisons de r et Y pour lesquelles le marché de la monnaie est en équilibre, c'est-à-dire où la demande de monnaie égale l'offre de monnaie fixée par la banque centrale. Sa pente est positive : une hausse du revenu accroît la demande de monnaie et fait monter le taux d'intérêt.

L'intersection des deux courbes détermine le taux d'intérêt et le revenu national d'équilibre de court terme.

Pourquoi c'est important

Mankiw présente le modèle IS-LM comme « l'interprétation dominante de la théorie de Keynes » et l'outil principal de la macroéconomie de court terme. Il permet de comprendre :

Pourquoi une politique budgétaire expansionniste augmente le revenu mais fait aussi monter les taux d'intérêt (et pourquoi l'effet multiplicateur complet de la croix keynésienne est une surestimation)

Pourquoi la politique monétaire est généralement plus efficace que la politique budgétaire en temps normal

Pourquoi les deux politiques deviennent complémentaires dans des situations extrêmes (trappe à liquidité)

La formule du multiplicateur budgétaire dans IS-LM est :

ΔY/ΔG = 1 / [1 − PMC × (1 − t) + (h × k / l)]

où PMC est la propension marginale à consommer, t le taux d'imposition marginal, h la sensibilité de l'investissement au taux d'intérêt, k la sensibilité de la demande de monnaie au revenu et l la sensibilité de la demande de monnaie au taux d'intérêt. Le terme h × k / l capture l'effet d'éviction : plus h et k sont grands (investissement et demande de monnaie très sensibles), plus l'éviction est forte ; plus l est grand (monnaie très sensible au taux), plus l'éviction est faible. Ce multiplicateur est toujours inférieur au multiplicateur simple 1/(1 − PMC) en raison de l'effet d'éviction.

Points clés

La politique budgétaire (déplacement de IS) est plus efficace quand la courbe LM est plate (forte sensibilité de la demande de monnaie au taux d'intérêt, cas extrême : trappe à liquidité où l → ∞) et moins efficace quand LM est pentue (cas classique, forte éviction)

La politique monétaire (déplacement de LM) est plus efficace quand la courbe IS est plate (forte sensibilité de l'investissement au taux d'intérêt) et inefficace quand le taux d'intérêt est à son plancher (trappe à liquidité)

Le modèle de Mundell-Fleming étend l'analyse à l'économie ouverte et montre que le régime de change détermine l'efficacité relative des politiques. Pour un membre de la zone euro, la situation est hybride : face à ses partenaires de la zone euro le change est fixe (unique), donc pas d'éviction par taux de change — l'éviction principale d'une relance budgétaire nationale isolée passe par les fuites à l'importation intra-zone, les pays partenaires fournissant une part substantielle de la demande supplémentaire. Face au reste du monde (dollar, yen) le change est flottant, donc une relance suffisamment agrégée à l'échelle de la zone pourrait apprécier l'euro et évincer la part extra-zone des exportations — mais ce canal ne s'active que pour une relance coordonnée à l'échelle zone, pas pour une relance d'un seul État membre. La politique monétaire de la BCE reste pleinement efficace au niveau agrégé

Le plan de relance américain de 2009 (787 Mds$) combiné à la politique de taux zéro de la Fed illustre un policy mix IS-LM classique : déplacement simultané de IS (relance budgétaire) et de LM (QE) pour maximiser l'effet sur Y

Exemple concret

Exemples

La réponse à la crise de 2008 illustre parfaitement le modèle IS-LM. La Fed a d'abord utilisé la politique monétaire conventionnelle (déplacement de LM vers la droite en baissant les taux de 5,25% à 0-0,25%). Arrivée au plancher des taux (trappe à liquidité), elle a eu recours au QE (tentative de déplacer LM via les quantités plutôt que les prix). En parallèle, le gouvernement Obama a lancé l'American Recovery and Reinvestment Act (ARRA) de 787 milliards de dollars (déplacement de IS vers la droite). Le modèle IS-LM prédit correctement que dans cette situation de trappe à liquidité, la politique budgétaire est particulièrement efficace car l'effet d'éviction est nul.

Anecdote Mankiw

Mankiw

Mankiw note que le modèle IS-LM, bien que développé en 1937 par John Hicks dans « Mr. Keynes and the Classics — A Suggested Interpretation » (Econometrica, vol. 5, n° 2, avril 1937, pp. 147-159) comme interprétation de la Théorie générale de Keynes (1936), reste « le point de départ de la plupart des analyses de politique macroéconomique ». Détail historique de la notation — Hicks emploie dans l'article de 1937 la notation IS-LL (courbe IS pour le marché des biens, courbe LL — rebaptisée plus tard LM — pour le marché monétaire), convertie ensuite en IS-LM par les manuels suivants, notamment ceux d'Alvin Hansen à Harvard (« A Guide to Keynes », McGraw-Hill, 1953) qui contribuent à populariser l'outil aux États-Unis sous sa forme contemporaine. Il reconnaît cependant que le modèle a ses limites — il suppose des prix fixes (court terme), ignore les anticipations rationnelles et ne prend pas en compte les effets de richesse liés aux variations de prix des actifs.

📊 Modèle IS-LM

rRevenu (Y)ISIS'LMLM'Er*Y*E'E''IS (marché des biens)LM (marché monétaire)

Impact sur les marchés

Marchés

Le modèle IS-LM est implicitement utilisé par les analystes de marché pour anticiper l'impact des politiques économiques. Quand un gouvernement annonce un plan de relance massif (déplacement IS), les marchés obligataires anticipent une hausse des taux (mouvement le long de LM) et ajustent les rendements en conséquence. Quand une banque centrale annonce un QE (déplacement LM), les marchés anticipent une baisse des taux et les actifs risqués montent. La compréhension du policy mix permet d'anticiper les mouvements conjoints des marchés actions, obligataires et de devises.

Source officielleAnnexesCompléments théoriques, contre-points et référencesTester mes connaissances