Pol. MonétaireChapitre 5

La politique monétaire

La politique monétaire désigne les actions d'une banque centrale sur les taux d'intérêt et les réserves des banques pour assurer la stabilité des prix, objectif principal de la BCE ; aux États-Unis, la Fed poursuit aussi l'emploi maximal, sans faire passer l'un des deux objectifs avant l'autre. Ses décisions se transmettent vite aux marchés financiers, puis au coût des nouveaux crédits ; d'après une étude d'économistes de la BCE, l'effet sur le chômage culmine en moyenne au bout d'environ un an, et l'effet maximal sur l'inflation vers deux ans.

Dernière mise à jour : 16 octobre 2026

Définition

Définition

La politique monétaire est conduite par la banque centrale d'un pays ou d'une zone monétaire (la Réserve fédérale, ou Fed, aux États-Unis, la Banque centrale européenne pour la zone euro, la Banque d'Angleterre au Royaume-Uni). Son instrument principal est le taux directeur : le taux que la banque centrale fixe pour orienter le coût de l'argent que les banques se prêtent au jour le jour. Dans la zone euro, c'est aujourd'hui surtout le taux de dépôt, qui rémunère l'argent que les banques placent à la BCE ; aux États-Unis, la Fed fixe une fourchette cible pour le taux auquel les banques se prêtent entre elles. En modifiant ce taux, la banque centrale influence l'ensemble des taux d'intérêt de l'économie, et donc le coût du crédit.

Il existe deux orientations fondamentales, qui se lisent au niveau des taux par rapport au taux neutre, celui qui ne stimule ni ne freine l'économie (une fois l'inflation retirée, c'est le taux réel d'équilibre ; pour comparer ce taux réel au taux directeur, on lui ajoute l'inflation attendue) : la politique monétaire accommodante (expansionniste), avec des taux en dessous de ce niveau pour stimuler le crédit et la demande, et la politique monétaire restrictive (contractionniste), avec des taux au-dessus pour freiner l'inflation en réduisant la demande. Baisser ou relever les taux, c'est aller vers moins ou plus de restriction : en juin 2024, la BCE a baissé ses taux pour « réduire le caractère restrictif de la politique monétaire », en annonçant qu'elle les garderait « à un niveau suffisamment restrictif » aussi longtemps que nécessaire. La banque centrale peut également agir sur les réserves des banques via les opérations d'open market (prêts garantis aux banques, achat ou vente de titres) et les réserves obligatoires imposées aux banques commerciales (un instrument devenu secondaire dans la zone euro et nul aux États-Unis).

Comment ça marche

Quand les prix montent trop vite, la banque centrale relève son taux directeur. En général, voici la suite.

  1. Le crédit devient plus cher.

    1. Le crédit devient plus cher

    Si une banque peut placer son argent sans risque à 4 % à la banque centrale, comme fin 2023, elle a peu intérêt à prêter moins cher à un ménage.

  2. On emprunte et on dépense moins. Un logement, une voiture, une machine : l'achat est reporté.

    2. On emprunte et on dépense moins

    Un logement, une voiture, une machine : l'achat est reporté. Épargner rapporte aussi davantage.

  3. Les entreprises vendent moins.

    3. Les entreprises vendent moins

    Elles augmentent moins leurs prix et embauchent moins ; les salaires ralentissent.

  4. Les prix montent moins vite.

    4. Les prix montent moins vite

    Souvent au prix d'une activité plus faible pendant un temps.

Dans l'autre sens : si l'économie ralentit trop, la banque centrale baisse son taux pour relancer le crédit et la dépense.

La confiance compte : si chacun croit que l'inflation reviendra vers la cible de 2 % de la banque centrale, prix et salaires s'emballent moins.

C'est lent et pas garanti : souvent plus d'un an. En France, la plupart des crédits immobiliers sont à taux fixe : ceux déjà signés ne bougent pas, seuls les nouveaux coûtent plus cher, et un projet reporté tarde à peser sur les ventes.

Pas seulement le crédit : la section « Pourquoi c'est important » cite les autres chemins, comme le taux de change.

Quand ça ne se passe pas comme prévu

Prix et taux peuvent monter ensemble : la banque centrale relève son taux parce que les prix montent déjà, et l'effet met du temps à venir. Pendant un moment, les deux grimpent en même temps. Après le Covid, dans la zone euro, l'inflation a continué d'augmenter après la première hausse de la BCE depuis 2011, en juillet 2022, jusqu'à 10,6 % en octobre 2022, avant de redescendre à 2,9 % en décembre 2023, d'abord parce que les prix de l'énergie ont reflué : ils montaient de plus de 40 % sur un an en octobre 2022 et baissaient de 6,7 % en décembre 2023.

À partir de 2022 : la BCE relève ses taux ; en France, les crédits immobiliers passent d'environ 1 % début 2022 à environ 4 % fin 2023. Mais une hausse de taux ne fait pas baisser le prix mondial de l'énergie : la BCE cherchait surtout à éviter que la hausse de l'énergie gagne les autres prix et les salaires.

La stagflation, stagner pendant que les prix montent encore : quand la hausse des prix vient d'un fort choc sur les coûts, comme une flambée de l'énergie, l'activité stagne, voire recule, alors que les prix continuent de monter (c'est ainsi que les manuels lisent les chocs pétroliers des années 1970, une lecture encore débattue). Relever les taux freine encore l'activité ; ne rien faire laisse la hausse gagner les salaires. La banque centrale doit choisir entre deux risques.

Baisser les taux ne suffit pas toujours : le taux de dépôt de la BCE est resté négatif de juin 2014 à juillet 2022 ; de 2014 à 2020, l'inflation de la zone euro est pourtant restée presque chaque année, en moyenne annuelle, sous la cible de l'époque (« inférieure à, mais proche de 2 % »), très loin en 2015 et 2016 (0,2 %), années où les prix de l'énergie baissaient (hors énergie, 1,0 % et 0,8 %). Une des raisons : quand ménages et entreprises manquent de confiance, un crédit bon marché ne les pousse pas forcément à emprunter et à dépenser. Quand son taux ne peut plus guère baisser, la banque centrale peut encore peser sur les taux à long terme, ceux des prêts sur plusieurs années, notamment de deux façons. D'abord, annoncer ses intentions, par exemple garder ses taux bas longtemps tant que l'inflation reste faible : c'est la forward guidance. Le taux d'un prêt sur dix ans dépend en partie des taux que la banque centrale fixera, pense-t-on, pendant ces dix ans : si on la croit, ce taux a tendance à baisser tout de suite. Ensuite, acheter en masse des titres, surtout des obligations d'État : c'est le QE, ou assouplissement quantitatif. Une obligation classique verse des intérêts fixés d'avance ; quand ces achats font monter son prix, elle rapporte moins à qui l'achète : son taux de rendement baisse, et les autres taux à long terme ont tendance à suivre.

Pour en savoir plus, lire la fiche complète puis suivre les notions guidées en fin de fiche.

Pourquoi c'est important

La politique monétaire agit avec retard sur l'économie réelle : selon une étude d'économistes de la BCE (2025), qui n'engage pas l'institution, l'effet sur le chômage culmine au bout d'environ un an, et l'effet sur l'inflation vers deux ans ; la BCE souligne elle-même que ces délais sont longs, variables et incertains. Ce décalage rend sa conduite particulièrement délicate. La banque centrale doit anticiper l'état futur de l'économie et agir préventivement, ce qui l'expose à des erreurs de calibrage. L'indépendance de la banque centrale par rapport au gouvernement vise à écarter une tentation : financer les dépenses publiques par la création monétaire, ce qui conduirait à l'inflation. Dans l'Union européenne, ce financement direct des États par la banque centrale est interdit par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

Le mécanisme de transmission de la politique monétaire passe par plusieurs canaux : le canal du taux d'intérêt (le coût du crédit affecte l'investissement et la consommation), le canal du taux de change (une hausse des taux peut renforcer la monnaie, ce qui rend les importations moins chères et freine donc les prix, mais peut pénaliser les exportations), le canal du crédit (les conditions de prêt des banques se durcissent ou s'assouplissent) et le canal des anticipations (la communication de la banque centrale influence les comportements avant même que les taux ne changent : c'est la forward guidance).

Points clés

Le mandat : celui de la BCE est centré sur la stabilité des prix, qu'elle a elle-même traduite en une cible d'inflation ; celui de la Fed y ajoute l'emploi maximal, ce qui peut expliquer des approches parfois divergentes.

Le levier : le taux directeur. Le relever rend le crédit plus cher, ce qui freine la dépense, puis la hausse des prix ; le baisser soutient le crédit et la dépense, au risque d'alimenter l'inflation. D'autres canaux relaient ce signal, dont le taux de change et les anticipations.

Le délai : les marchés réagissent vite, l'activité et les prix bien plus tard, et sans garantie ; la banque centrale doit donc décider en anticipant, au risque de se tromper.

Les limites : face à un choc sur les coûts, comme une flambée de l'énergie, le taux directeur n'agit pas sur la cause du choc. La banque centrale doit alors choisir entre deux risques : relever ses taux freine une activité qui ralentit déjà ; ne rien faire laisse la hausse des prix gagner les salaires. Et quand ménages et entreprises manquent de confiance en l'avenir, des taux très bas ne suffisent pas toujours à relancer l'économie.

D'autres outils : la banque centrale peut annoncer ses intentions pour guider les anticipations (la forward guidance) et, quand son taux ne peut plus guère baisser, acheter massivement des titres (le QE), ce qui gonfle son bilan.

La confiance : si chacun croit à l'engagement de la banque centrale contre l'inflation, les anticipations restent ancrées et sa politique est plus efficace ; son indépendance à l'égard du gouvernement vise notamment à rendre cet engagement crédible.

Un repère : la règle de Taylor donne un niveau de taux de référence, calculé à partir de l'inflation et de l'écart de production. Un taux directeur nettement plus bas que ce niveau suggère une politique trop accommodante ; nettement plus haut, trop restrictive.

Exemple concret

Exemples

Après avoir porté son taux de dépôt à 4 % en septembre 2023, au terme de la hausse la plus rapide de son histoire, la BCE l'a fait varier dans les deux sens. À mesure que l'inflation de la zone euro redescendait vers la cible de 2 % (2,5 % en juin 2024, 2,0 % en juin 2025), la BCE a ramené son taux de 4 % à 2 % en huit baisses d'un quart de point, entre juin 2024 et juin 2025. Elle l'a ensuite laissé à 2 % pendant un an. En 2026, la guerre au Moyen-Orient a fait flamber les prix de l'énergie, et l'inflation est remontée à 3,2 % en mai. La BCE a alors relevé son taux d'un quart de point (25 points de base) en juin, à 2,25 %, puis de nouveau en septembre, à 2,50 %, après une inflation de 3,2 % en août. Comme en 2022, ces hausses ne visaient pas le prix de l'énergie : la BCE les a justifiées par la nécessité de ramener l'inflation à 2 % à moyen terme et par le risque de voir la flambée de l'énergie se diffuser aux autres prix et aux salaires.

Pour aller plus loin

Progression

La règle de Taylor sert souvent d'étalon pour juger si la politique monétaire est trop accommodante ou trop restrictive. Elle s'écrit :

i = π + r* + 0,5(π − π*) + 0,5(y − y*)

i : le taux directeur recommandé par la règle.

π : l'inflation observée sur un an. Elle compte deux fois : seule, puis par son écart à la cible.

r* : le taux réel d'équilibre, qui ne stimule ni ne freine l'économie. Taylor l'avait fixé à 2 % en 1993 ; les estimations récentes sont plus basses.

π* : la cible d'inflation de la banque centrale, aujourd'hui 2 % pour la BCE comme pour la Fed.

y − y* : l'écart de production, c'est-à-dire de combien, en pourcentage, la production effective dépasse la production potentielle (Taylor le notait simplement y). Il est négatif quand la production effective reste en dessous.

0,5 : le poids de chacun des deux écarts, un nombre rond choisi par Taylor.

Un exemple chiffré, pas à pas (valeurs choisies pour illustrer) : une inflation de 5 %, un taux réel d'équilibre de 2 % (la valeur de Taylor), une cible de 2 % et une production 1 % au-dessus de son potentiel.

1. L'inflation et le taux réel d'équilibre : 5 + 2 = 7 %.

2. La moitié de l'écart à la cible d'inflation : 0,5 × (5 − 2) = 1,5 point.

3. La moitié de l'écart de production : 0,5 × 1 = 0,5 point.

4. Le taux recommandé : i = 7 + 1,5 + 0,5 = 9 %.

Si la banque centrale fixe son taux nettement en dessous de ce repère, la règle suggère que sa politique est trop accommodante ; nettement au-dessus, trop restrictive.

John Taylor lui-même a tiré de la règle une lecture de la crise de 2008. Dans sa contribution de Jackson Hole (2007), il soutient que la Fed d'Alan Greenspan a maintenu, de 2002 à 2005, des taux nettement inférieurs à ceux qu'aurait prescrits sa règle, ce qui aurait accéléré l'envolée de l'immobilier à l'origine de la crise ; il développe cette thèse dans « Getting Off Track » (2009). Pour Taylor, l'épisode illustre les limites du jugement discrétionnaire face aux règles systématiques de politique monétaire. Ben Bernanke, alors président de la Fed, a contesté ce lien en 2010 : selon lui, les liens directs entre ces taux et la hausse des prix immobiliers sont faibles ; ce sont surtout des prêts immobiliers plus risqués et la baisse des exigences d'octroi qui ont nourri la demande, et la bonne réponse aurait été réglementaire plutôt que monétaire.

La création monétaire par le crédit, le multiplicateur et le rôle des réserves bancaires sont détaillés dans la fiche « La monnaie et le système bancaire » (ch. 10, niveau Intermédiaire). Le rôle de la crédibilité et de l'ancrage des anticipations dans l'efficacité de la politique monétaire est approfondi dans la fiche « Les anticipations rationnelles et la Nouvelle Macroéconomie Classique » (ch. 14, niveau Élevé).

Impact sur les marchés

Marchés

Les décisions de taux des banques centrales et la communication qui les accompagne (conférence de presse, projections économiques) comptent parmi les événements qui font le plus bouger les marchés financiers. Quand les taux de marché montent, la valeur des obligations existantes baisse, et les actions de croissance, dont les bénéfices futurs sont actualisés à un taux plus élevé, sont pénalisées ; une hausse de taux déjà attendue est souvent déjà dans les prix. Une baisse des taux a l'effet inverse. Le marché des changes réagit également : une politique plus restrictive qu'anticipé tend à renforcer la devise, tandis qu'une politique plus accommodante tend à l'affaiblir.

Source officielle

Cette notion en cours guidés

Le mécanisme déroulé pas à pas en 7 étapes, avec simulateurs et exercices.

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