Les vagues d'Elliott
La théorie des vagues d'Elliott propose que les marchés évoluent selon des cycles fractals composés de 5 vagues d'impulsion et 3 vagues de correction. Murphy lui consacre le chapitre 13 de « Technical Analysis of the Financial Markets » et la présente comme l'extension naturelle de la théorie de Dow, enrichie par les ratios de Fibonacci pour la mesure des vagues.
Dernière mise à jour : 29 juillet 2026
Prérequis
PrérequisCette fiche est l'une des plus avancées du cursus. Elle nécessite la maîtrise de la théorie de Dow (ch. 1, niveau Facile, les trois tendances imbriquées), des tendances et supports/résistances (ch. 2, niveau Facile), et surtout des retracements et extensions de Fibonacci (ch. 6, niveau Intermédiaire) qui sont l'outil de mesure principal des vagues d'Elliott.
Définition
DéfinitionRalph Nelson Elliott (1871-1948), comptable de profession, a développé sa théorie des vagues entre 1934 et 1938 après avoir étudié 75 ans de données boursières. Son premier ouvrage, « The Wave Principle », a été publié en 1938. Robert Prechter Jr. a réédité et popularisé les travaux d'Elliott dans « Elliott Wave Principle: Key to Market Behavior » (1978, avec A.J. Frost), devenu la référence mondiale.
Murphy présente la théorie des vagues au chapitre 13 (éd. 1999, « Elliott Wave Theory ») comme l'extension la plus ambitieuse de la théorie de Dow. Là où Dow identifie trois tendances imbriquées, Elliott propose un modèle fractal complet qui structure les mouvements de marché à toutes les échelles de temps.
Le modèle fondamental d'Elliott se compose de 8 vagues :
5 vagues d'impulsion (dans le sens de la tendance principale) : les vagues 1, 3 et 5 sont des vagues de mouvement, les vagues 2 et 4 sont des vagues correctives au sein de l'impulsion. La vague 3 est généralement la plus longue et la plus puissante (c'est la phase de « participation publique » de Dow)
3 vagues de correction (à contre-tendance) : étiquetées A, B et C. La correction retrace une partie du mouvement d'impulsion précédent. La vague C est souvent la plus violente et la plus trompeuse (les traders pensent que la tendance reprend avec la vague B, puis sont piégés par la vague C)
Pourquoi c'est important
Murphy présente la théorie d'Elliott comme la tentative la plus complète de décrire la structure des mouvements de marché. Là où la plupart des outils techniques identifient des signaux ponctuels (un croisement, un breakout, un pattern), Elliott propose un cadre global qui situe chaque mouvement dans un contexte structurel plus large. Savoir qu'on est en vague 3 d'un cycle haussier implique des stratégies très différentes de savoir qu'on est en vague 5 (fin de cycle).
La connexion Elliott-Fibonacci est fondamentale : les ratios de Fibonacci ne sont pas un choix arbitraire mais découlent de la structure fractale des vagues. Prechter a démontré que la suite de Fibonacci (1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21...) prédit le nombre de sous-vagues à chaque degré : 1 impulsion = 5 vagues, 1 correction = 3 vagues, 1 cycle = 8 vagues, subdivisions : 34 vagues, puis 144, etc. — tous des nombres de Fibonacci.
Points clés
Les trois règles inviolables d'Elliott : (1) La vague 2 ne retrace JAMAIS 100% de la vague 1. (2) La vague 3 n'est JAMAIS la plus courte des vagues 1, 3 et 5. (3) La vague 4 ne pénètre JAMAIS dans le territoire de la vague 1. Si l'une de ces règles est violée, le comptage est faux et doit être révisé
Les cibles Fibonacci par vague : Vague 1 → pas de cible calculable (c'est le point de départ). Vague 2 → retrace 50% ou 61,8% de la vague 1. Vague 3 → extension 161,8% ou 261,8% de la vague 1. Vague 4 → retrace 38,2% de la vague 3 (alternance avec la vague 2). Vague 5 → souvent égale à la vague 1 (en longueur) ou 61,8% de la distance vague 1 à vague 3
Murphy note que la vague 3 est la plus intéressante pour les traders car elle combine : la plus grande amplitude, le plus fort volume, le plus grand nombre de gaps, et le plus fort momentum. C'est la phase de « participation publique » de Dow, le moment où la tendance est reconnue par le grand public
La vague 4 est la vague la plus difficile à analyser car les corrections prennent de multiples formes (zigzag, flat, triangle, combinaisons). Murphy et Prechter recommandent de ne pas essayer de trader les vagues 4 mais d'attendre la vague 5 ou le début du nouveau cycle
Le concept de fractalité implique que le même pattern 5-3 se répète à toutes les échelles de temps. Une vague 3 sur le graphique mensuel contient en elle-même un cycle 5-3 complet sur le graphique hebdomadaire, qui contient lui-même un cycle 5-3 sur le journalier, et ainsi de suite
Exemple concret
ExemplesLe marché haussier du S&P 500 de 2009 à 2022 peut être analysé comme un cycle d'Elliott complet sur le graphique mensuel : Vague 1 (mars 2009 → mai 2011, 667→1370), Vague 2 (mai 2011 → oct 2011, correction de 21% en prix, retraçant environ 42% de la Vague 1 en amplitude — entre les ratios Fibonacci de 38,2% et 50%), Vague 3 (oct 2011 → jan 2018, 1074→2873, la plus longue et la plus puissante, extension d'environ 256% de la Vague 1), Vague 4 (jan 2018 → déc 2018, correction de 20% en forme de zigzag — alternant avec la correction flat de la Vague 2, conformément à la règle d'alternance), Vague 5 (déc 2018 → jan 2022, 2346→4818). La correction ABC qui a suivi (jan 2022 → oct 2022, 4818→3491) a retracé 50% de l'ensemble du mouvement — un ratio de Fibonacci classique. Les analystes Elliott avaient identifié la zone 3 200-3 500 comme cible de la Vague A/C dès juin 2022.
Erreurs fréquentes
AttentionLe biais de comptage : l'analyste force le comptage des vagues pour confirmer son opinion préexistante. Prechter prévient : si le comptage est ambigu, il faut considérer le scénario alternatif avec la même objectivité — l'analyste Elliott honnête garde toujours deux scénarios en tête
Appliquer Elliott sur des marchés illiquides ou des actions individuelles. La théorie fonctionne mieux sur les marchés larges (indices, forex, matières premières) où la « psychologie des foules » s'exprime pleinement. Sur une action individuelle, les facteurs idiosyncratiques dominent
Ignorer les trois règles inviolables. Un comptage qui viole l'une des trois règles est obligatoirement faux, quelle que soit l'élégance apparente du scénario
Tenter de compter les vagues de correction en temps réel. Les corrections sont par nature ambiguës et peuvent prendre de multiples formes. Murphy recommande d'attendre la fin de la correction (confirmée par le début d'une nouvelle impulsion) plutôt que d'essayer de trader chaque sous-vague corrective
Astuce Murphy
MurphyMurphy recommande d'utiliser Elliott comme cadre contextuel plutôt que comme système de trading isolé. Sa méthode : (1) Identifier la position probable dans le cycle d'Elliott (sommes-nous en vague 3, en vague 5, ou en correction ?). (2) Utiliser les ratios de Fibonacci pour calculer les cibles de la vague en cours. (3) Appliquer les outils classiques de Murphy (supports, résistances, volume, oscillateurs) pour le timing d'entrée et le placement du stop-loss. Cette combinaison donne le « quoi » (Elliott), le « combien » (Fibonacci) et le « quand » (Murphy classique).
Pour aller plus loin
ProgressionLes vagues d'Elliott forment le lien ultime entre la théorie de Dow (ch. 1, les trois tendances et les trois phases), Fibonacci (ch. 6, les ratios de mesure) et la gestion du risque (ch. 10, le placement des stops basé sur les niveaux d'invalidation des vagues). L'analyse intermarchés (ch. 9) permet de confirmer le comptage d'Elliott en vérifiant que les différents marchés sont dans des phases cohérentes du cycle.
📊 Vagues d'Elliott — Cycle 5 + 3
Impact sur les marchés
MarchésLa théorie des vagues d'Elliott est utilisée par les analystes des plus grandes institutions financières (Bank of America, Goldman Sachs, HSBC) dans leurs rapports techniques hebdomadaires. Robert Prechter Jr. publie l'Elliott Wave Theorist depuis 1979, suivi par des milliers de traders professionnels. Les niveaux de Fibonacci dérivés des comptages d'Elliott sur le S&P 500 et le Nasdaq concentrent des volumes d'ordres institutionnels mesurables. Les fonds global macro utilisent le comptage d'Elliott pour anticiper les retournements de cycle sur les marchés de taux et de devises.