Vagues d'Elliott ÉlevéChapitre 10

Les vagues d'Elliott

La théorie des vagues d'Elliott propose que les marchés évoluent selon des cycles fractals composés de 5 vagues d'impulsion et 3 vagues de correction. Murphy lui consacre le chapitre 13 de « Technical Analysis of the Financial Markets ». Elliott soutenait aussi que les vagues successives tendaient à respecter des ratios de Fibonacci ; testée sur le Dow Jones de 1915 à 2003, cette idée n'est pas confirmée (Batchelor et Ramyar, 2006).

Dernière mise à jour : 20 octobre 2026

Prérequis

Prérequis

Cette fiche est l'une des plus avancées du cursus. Elle nécessite la maîtrise de la théorie de Dow (ch. 1, niveau Facile, les trois tendances imbriquées), des tendances et supports/résistances (ch. 2, niveau Facile), et surtout des retracements et extensions de Fibonacci (ch. 5, niveau Intermédiaire) qui sont l'outil de mesure principal des vagues d'Elliott.

Définition

Définition

Ralph Nelson Elliott (1871-1948), comptable de profession, a publié sa théorie des vagues dans « The Wave Principle » en 1938. À partir de la fin des années 1970, Robert Prechter Jr. et A.J. Frost l'ont popularisée avec « Elliott Wave Principle » (1978).

Murphy présente la théorie des vagues au chapitre 13 (éd. 1999, « Elliott Wave Theory »). Là où Dow identifie trois tendances imbriquées, Elliott propose un modèle fractal : le même motif s'y répète à toutes les échelles de temps.

Le modèle fondamental d'Elliott se compose de 8 vagues :

5 vagues d'impulsion (dans le sens de la tendance principale) : les vagues 1, 3 et 5 sont des vagues de mouvement, les vagues 2 et 4 sont des vagues correctives au sein de l'impulsion. Dans la théorie, la vague 3 est d'ordinaire la plus longue et la plus puissante

3 vagues de correction (à contre-tendance) : étiquetées A, B et C. La correction retrace une partie du mouvement d'impulsion précédent. Dans la théorie, la vague C est en général au moins aussi ample que la vague A

Pourquoi c'est important

La théorie d'Elliott propose un cadre global : là où la plupart des outils techniques produisent des signaux ponctuels (un croisement, un breakout, un pattern), elle situe chaque mouvement dans un cycle. Pour qui l'utilise, se croire en vague 3 ou en vague 5 (fin de cycle) conduit à des décisions opposées.

Dans la théorie, la connexion Elliott-Fibonacci est centrale. Prechter relève que le décompte des vagues tombe sur des nombres de la suite de Fibonacci (1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21...) à chaque degré : 1 impulsion = 5 vagues, 1 correction = 3 vagues, 1 cycle = 8 vagues, subdivisions : 34 vagues, puis 144, etc. Ces nombres découlent de la façon dont le modèle est construit (5 + 3 vagues, chacune subdivisée en 5 ou en 3) : ils ne démontrent pas que les prix respectent les ratios de Fibonacci.

Elliott (1940) soutenait en outre que les mouvements successifs, en prix comme en durée, tendaient à respecter des ratios de Fibonacci. Batchelor et Ramyar (2006) ont testé cette idée sur le Dow Jones de 1915 à 2003 en comparant les rapports entre mouvements successifs à ceux de séries tirées au hasard à partir du même indice : ces ratios n'apparaissent pas plus souvent que par hasard, et les auteurs concluent que l'idée peut être écartée. L'exemple ci-dessous montre une seconde difficulté : un comptage peut être invalidé par les prix qui suivent, et doit alors être refait.

Points clés

Les trois règles inviolables d'Elliott : (1) La vague 2 ne retrace JAMAIS 100% de la vague 1. (2) La vague 3 n'est JAMAIS la plus courte des vagues 1, 3 et 5. (3) La vague 4 ne pénètre JAMAIS dans le territoire de la vague 1. Si l'une de ces règles est violée, le comptage est faux et doit être révisé

Les cibles de Fibonacci que la théorie fixe à chaque vague : Vague 1 → pas de cible calculable (c'est le point de départ). Vague 2 → retrace 50% ou 61,8% de la vague 1. Vague 3 → extension 161,8% ou 261,8% de la vague 1. Vague 4 → retrace 38,2% de la vague 3 (alternance avec la vague 2). Vague 5 → souvent égale à la vague 1 (en longueur) ou 61,8% de la distance vague 1 à vague 3

Le concept de fractalité implique que le même pattern 5-3 se répète à toutes les échelles de temps. Une vague 3 sur le graphique mensuel contient en elle-même un cycle 5-3 complet sur le graphique hebdomadaire, qui contient lui-même un cycle 5-3 sur le journalier, et ainsi de suite

Exemple concret

Exemples

Le marché haussier du S&P 500 de 2009 à 2022 peut être analysé comme un cycle d'Elliott complet sur le graphique mensuel : Vague 1 (mars 2009 → mai 2011, 667→1370), Vague 2 (mai 2011 → oct 2011, correction de 21% en prix, retraçant environ 42% de la Vague 1 en amplitude — entre les niveaux de 38,2% et de 50%), Vague 3 (oct 2011 → fév 2020, 1074→3393, extension d'environ 330% de la Vague 1), Vague 4 (fév 2020 → mars 2020, chute de 35% jusqu'à 2191, qui reste au-dessus du sommet de la Vague 1 : règle 3 respectée), Vague 5 (mars 2020 → jan 2022, 2191→4818, la plus longue des trois vagues d'impulsion en points). La correction ABC qui a suivi (jan 2022 → oct 2022, 4818→3491) a retracé environ 50% de la Vague 5 — le niveau de 50% de la théorie de Dow. Ce comptage est reconstruit après coup : un comptage qui terminerait la Vague 4 en décembre 2018 (2346), au creux de la baisse de 2018, est exclu par le creux de mars 2020 (2191) : la Vague 5 ne pouvait pas partir de 2346, puisque le prix est redescendu plus bas avant son sommet de janvier 2022 (règle 1 appliquée à ses propres sous-vagues).

Erreurs fréquentes

Attention

Le biais de comptage : l'analyste force le comptage des vagues pour confirmer son opinion préexistante. Plusieurs comptages peuvent respecter les trois règles pendant un temps (l'exemple ci-dessus en écarte un, terminé en décembre 2018, que le creux de mars 2020 a invalidé) : les garder en vue évite de ne retenir que celui qui arrange

Prendre les ratios de Fibonacci pour une propriété des vagues. Sur le Dow Jones de 1915 à 2003, les rapports entre mouvements successifs ne tombent pas sur ces ratios plus souvent qu'au hasard (Batchelor et Ramyar, 2006)

Ignorer les trois règles inviolables. Un comptage qui viole l'une des trois règles est obligatoirement faux, quelle que soit l'élégance apparente du scénario

Tenter de compter les vagues de correction en temps réel. Les corrections sont par nature ambiguës et peuvent prendre de multiples formes : leur comptage ne se confirme qu'une fois la correction terminée, au début d'une nouvelle impulsion

Sources

Références

Batchelor, R. et Ramyar, R. (2006), « Magic numbers in the Dow », Cass Business School, City University London. openaccess.city.ac.uk.

Elliott, R. N. (1938), The Wave Principle, et (1940), How the Wave Principle Works, and its Correlation with Mathematical Laws, repris dans R. N. Elliott's Masterworks, New Classics Library, 1994, cités d'après Batchelor et Ramyar (2006).

Frost, A. J. et Prechter, R. R., Elliott Wave Principle, New Classics Library, 1re édition 1978.

Pour aller plus loin

Progression

Pour comparer : la théorie de Dow (ch. 1) décrit elle aussi des mouvements imbriqués, avec ses trois tendances et ses trois phases, et les ratios de Fibonacci sont présentés au ch. 5. Les trois règles donnent, pour chaque comptage, un niveau de prix qui l'invalide : c'est un repère possible pour placer un stop (gestion du risque, ch. 9).

📊 Vagues d'Elliott — Cycle 5 + 3

PrixTemps123(la + longue)4Sommet V1 (V4 ne pénètre pas)5ABCRetrace 38,2-61,8%Cliquez pour visualiser le cycle 5+3 d'Elliott

Impact sur les marchés

Marchés

Robert Prechter Jr. publie depuis 1979 la lettre « The Elliott Wave Theorist », et des logiciels de graphiques proposent des outils de comptage des vagues. Aucune étude citée dans cette fiche ne mesure un effet des comptages d'Elliott sur les prix ; le test de Batchelor et Ramyar (2006) sur les rapports entre mouvements successifs du Dow Jones est négatif.

Référence