La dette
Une dette est une somme empruntée qu'il faut rendre, avec des intérêts. Celle de l'État et des autres administrations publiques françaises atteint 115,7 % du PIB (la richesse produite en un an) fin 2025. Cette fiche explique à quoi sert la dette d'un pays, ce qui la rend dangereuse, le rôle du taux d'emprunt, et pourquoi beaucoup de dette, ou aucune, peut aider ou freiner sa croissance.
Dernière mise à jour : 26 octobre 2026
En bref : une dette n'est ni bonne ni mauvaise en soi ; tout dépend de ce qu'elle finance, du taux payé comparé à la croissance, et de la direction qu'elle prend. La suite de la fiche explique pourquoi.
Qu'est-ce qu'une dette
Une dette est une somme empruntée qu'il faudra rendre. Celui qui prête, le créancier, demande en général à être rémunéré : l'emprunteur lui verse chaque année des intérêts, un pourcentage de la somme due, jusqu'au remboursement. Un ménage qui achète un logement à crédit, une entreprise qui finance une machine, un État qui construit une ligne de train : tous peuvent s'endetter.
Cette fiche parle surtout de la dette publique : ce que les administrations publiques ont emprunté et pas encore remboursé. En France, ce sont l'État et les organismes publics nationaux (l'État porte à lui seul environ 82 % de cette dette à la mi-2026), la Sécurité sociale et les collectivités locales (communes, départements, régions).
Deux mots à ne pas confondre :
Le déficit : ce qui manque sur une année, quand les dépenses dépassent les recettes. On le comble en empruntant.
La dette : le total de ces emprunts, accumulés année après année, moins ce qui a été remboursé.
Le déficit ressemble à l'eau qui coule du robinet pendant une année ; la dette, à l'eau accumulée dans la baignoire.
Fin 2025, la dette publique de la France atteint 3 460,5 milliards d'euros. Pour juger de son poids, on la compare au produit intérieur brut (PIB), la richesse produite par le pays en un an : c'est sur cette production que sont prélevés les impôts qui paient les intérêts. La dette vaut 115,7 % du PIB, soit un peu moins de quatorze mois de toute la production du pays (115,7 % de 12 mois). Ce rapport, la dette divisée par le PIB, est ce qu'on appelle le poids de la dette.
Qui prête à la France
Pour emprunter, un État vend surtout des obligations, des titres de dette : l'acheteur lui verse une somme aujourd'hui ; l'État lui paie des intérêts chaque année, puis lui rend la somme à une date fixée, l'échéance. En France, ce sont les obligations assimilables du Trésor (OAT), émises par l'Agence France Trésor. Chaque année, le Parlement vote, dans la loi de finances, combien l'État prévoit d'emprunter.
Fin 2025, selon une estimation du FMI, un peu plus de la moitié de la dette publique (52,7 %) était détenue par des investisseurs installés hors de France. Le reste l'était par des acteurs français : la Banque de France, les banques, les assureurs et les fonds de placement. Une partie de l'épargne que les ménages placent en assurance-vie peut ainsi servir à financer la dette publique.
Un État ne rembourse pas sa dette comme un ménage rembourse un crédit. Quand une obligation arrive à échéance, il rend la somme, le plus souvent grâce à un nouvel emprunt. On dit qu'il fait « rouler » sa dette : le prêteur est bien remboursé, mais la dette, elle, est renouvelée au lieu de disparaître. Contrairement à un ménage, un État n'a pas de fin de vie prévue : il peut porter une dette sans jamais la ramener à zéro, tant que ses prêteurs lui font confiance et que les intérêts restent supportables. La question utile n'est donc pas « peut-on tout rembourser ? », mais « le poids de la dette dans la richesse du pays monte-t-il ou baisse-t-il, et à quel prix ? ».
Comment agit la dette
Une dette publique peut accélérer la croissance d'un pays ou la freiner. En général, voici comment elle agit.
1. L'État emprunte. En vendant des obligations, l'État obtient aujourd'hui une somme qu'il ne prélève pas en impôts. Il peut ainsi dépenser plus que ses recettes de l'année, ou maintenir ses dépenses quand ses recettes chutent, par exemple pendant une récession.
2. L'argent est dépensé ou investi. Ce que finance l'emprunt décide de la suite. Une partie sert aux dépenses courantes : salaires des agents publics, prestations sociales, fonctionnement des services. Une autre sert à investir : routes, réseaux, bâtiments, équipements, recherche. Une dépense courante soutient l'activité sur le moment. Un investissement bien choisi peut, en plus, augmenter pendant des années ce que le pays est capable de produire. La frontière n'est pas toujours nette : le salaire d'un enseignant est une dépense courante, mais il prépare aussi la production de demain.
3. Les intérêts se paient chaque année. En général, chaque euro emprunté coûte des intérêts, tous les ans. En 2025, la charge d'intérêts des administrations publiques françaises a atteint environ 65 milliards d'euros, soit 2,2 % du PIB. Cet argent rémunère les prêteurs : il ne peut servir ni à d'autres dépenses ni à baisser les impôts. Plus la dette et les taux sont élevés, plus cette part grossit.
4. Le poids de la dette dépend d'une course. Ce poids, c'est la dette divisée par le PIB : il monte quand la dette grossit plus vite que le PIB, et il baisse dans le cas inverse. Pour voir la course seule, imaginons que les recettes de l'État soient égales à toutes ses dépenses, sauf les intérêts : on dit qu'il n'a pas de déficit primaire. Il emprunte alors chaque année juste de quoi payer ses intérêts : sa dette augmente du montant de ces intérêts, c'est-à-dire au rythme du taux moyen qu'il paie. Le PIB, lui, grossit au rythme de la croissance en valeur, qui combine la hausse de la production et celle des prix. Les prix comptent : l'inflation gonfle le PIB mesuré en euros, alors que la plupart des emprunts de l'État fixent à l'avance, en euros, la somme à rendre.
Comparer la vitesse de la dette et celle du PIB revient donc à comparer le taux et la croissance en valeur. Si la croissance dépasse le taux, la dette pèse de moins en moins dans la richesse produite par le pays, sans qu'on la rembourse. Si le taux dépasse la croissance, elle pèse de plus en plus, même sans déficit primaire. C'est pourquoi un investissement qui augmente la croissance peut aider deux fois : il ajoute de la production, et ce PIB plus élevé allège le poids de la dette.
L'inflation agit des deux côtés de la course. D'un côté, comme on vient de le voir, elle gonfle tout de suite le PIB en euros : après le Covid, le rebond de l'activité et la poussée des prix ont fait baisser le poids de la dette française. De l'autre, si elle dure, elle pousse les banques centrales à relever leurs taux, et les nouveaux emprunts de l'État coûtent en général plus cher. Mais la plupart des emprunts déjà faits gardent leur taux jusqu'à leur échéance : le taux moyen de la dette ne monte donc que peu à peu, à mesure qu'ils sont remplacés et que de nouveaux s'y ajoutent. Le calcul simple ci-dessous montre cette course avec des nombres.
Un calcul simple
Les montants sont choisis pour être faciles à suivre. Un pays a une dette de 100 milliards d'euros et un PIB de 100 milliards : sa dette vaut 100 % du PIB. Il paie 3 % d'intérêts, soit 3 milliards, qu'il emprunte ; toutes ses autres dépenses sont couvertes par ses recettes. Un an plus tard, sa dette vaut donc 103 milliards.
Si son PIB augmente de 2 %, inflation comprise, il passe à 102 milliards, et la dette pèse 103 / 102, soit environ 101,0 % du PIB. Son poids a monté.
Si son PIB augmente de 4 %, il passe à 104 milliards, et la dette pèse 103 / 104, soit environ 99,0 % du PIB. Son poids a baissé, sans aucun remboursement.
Même dette, même effort : seul l'écart entre le taux et la croissance a changé le sens.
Quand ça ne se passe pas comme prévu
L'investissement ne rapporte pas : une dépense mal choisie, ou qui ne produit rien de plus, laisse la dette sans la croissance qui devait l'alléger.
Réduire le déficit trop vite en pleine crise : baisser les dépenses ou relever les impôts freine l'activité. Pendant la crise qui a suivi 2008, les pays avancés qui avaient prévu les plus fortes réductions de déficit ont eu une croissance plus faible que prévu, surtout au début de la crise (Blanchard et Leigh, 2013). Si la croissance faiblit, le poids de la dette peut baisser moins que prévu, voire monter.
Rembourser à tout prix : dans les années 1980, la Roumanie de Ceaușescu a choisi de rembourser toute sa dette extérieure, ce qu'elle devait à des prêteurs étrangers, le plus vite possible ; elle y est parvenue en 1989, au prix d'une récession et d'une consommation fortement réduite (Ban, 2012).
Le taux d'emprunt en bref
Cette partie donne l'essentiel ; la fiche « Le taux d'emprunt », à lire ensuite, le détaille. Le taux d'emprunt est le taux d'intérêt que paie un emprunteur : le prix de l'argent emprunté. Pour un État, il se forme sur le marché : les investisseurs achètent ses obligations, et le prix qu'ils acceptent de payer fixe le taux : plus ce prix est bas, plus le taux est élevé. Par exemple, une obligation qui verse 3 euros d'intérêts par an et rend 100 euros à l'échéance rapporte 3 % si on la paie 100 euros, et davantage si on ne la paie que 95 euros : on touche les mêmes 3 euros pour une mise plus petite, et l'on récupère 100 euros à l'échéance. Ce taux dépend surtout des taux de la banque centrale (la BCE pour l'euro), de ceux qu'on attend pour les années à venir, de la durée du prêt et de la confiance des prêteurs, c'est-à-dire du risque de non-remboursement qu'ils perçoivent.
Au 1er janvier 2026, la France empruntait à 10 ans à 3,58 %, l'Allemagne à 2,88 % : l'écart, 0,70 point (3,58 − 2,88), est le supplément que les prêteurs demandent à la France par rapport à l'Allemagne. Cet écart compte : un point de taux en plus, une fois toute la dette renouvelée à ce taux (ce qui prend des années), coûterait environ 35 milliards d'euros d'intérêts par an (1 % de 3 460,5 milliards). À la mi-septembre 2026, dans un contexte de hausse générale des taux, l'écart dépassait 0,90 point, comme celui de l'Italie.
Le taux d'une nouvelle obligation n'est pas celui de toute la dette. En 2025, l'ensemble de la dette publique coûtait en moyenne environ 2,0 % par an, moins que les taux du moment, car une grande partie avait été empruntée quand les taux étaient bas. Les titres de l'État arrivent à échéance, en moyenne, dans 8,5 ans : chaque année, seule une partie se renouvelle au taux du jour, avec les emprunts nouveaux qui financent le déficit. Une hausse des taux se transmet donc lentement, mais elle dure : selon les prévisions du gouvernement, sous l'effet de la hausse des taux et de celle de la dette, les intérêts passeraient de 2,2 % du PIB en 2025 à 3,7 % en 2030.
La fiche Le taux d'emprunt reprend ces trois points dans le même ordre : comment le marché fixe le taux, ce qui le fait monter ou baisser, notamment la confiance des prêteurs, dont l'écart avec l'Allemagne donne une idée, et comment une hausse atteint le budget, année après année.
Ce que la dette permet
Investir sans attendre : une ligne de train, un réseau électrique ou une université servent pendant des décennies. Les financer par l'emprunt répartit leur coût entre les générations qui en profitent, au lieu de le faire payer en entier aux contribuables d'une seule année. C'est la logique de la règle imposée aux collectivités locales françaises : elles peuvent emprunter pour investir, mais pas pour financer leurs dépenses de fonctionnement ni pour rembourser leurs emprunts (article L1612-4 du code général des collectivités territoriales).
Amortir un choc : en récession, les recettes d'impôt baissent et certaines dépenses montent, comme les allocations chômage. L'emprunt permet d'éviter de couper les dépenses au pire moment. En France, pendant la crise du Covid, la dette publique est passée de 98,2 % du PIB fin 2019 à 114,9 % fin 2020, en partie parce que le PIB lui-même a reculé.
Ce qui la rend dangereuse
Elle coûte chaque année : quand la dette et les taux montent, les intérêts prennent une part croissante du budget.
Elle peut grossir toute seule : si le taux payé dépasse durablement la croissance en valeur, le poids de la dette monte même sans déficit primaire. C'est l'effet boule de neige.
Elle rend dépendant de la confiance : un pays très endetté doit emprunter beaucoup chaque année pour renouveler sa dette. Si les prêteurs doutent qu'il pourra payer, ils demandent un taux plus élevé ; la dette coûte alors plus cher, ce qui peut accroître leurs doutes. Un État de la zone euro ne peut pas non plus décider de créer de la monnaie pour payer ses prêteurs. Il emprunte en euros, une monnaie qu'il ne crée pas, et les traités européens interdisent à la BCE et aux banques centrales nationales de prêter aux États ou de leur acheter directement leurs obligations, c'est-à-dire au moment où les États les vendent (article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne) ; elles peuvent seulement en racheter sur le marché, à d'autres investisseurs, et sous conditions. Quand la confiance disparaît, la sortie peut être brutale : en 2012, la Grèce a mené la plus grande restructuration de dette publique de l'histoire, c'est-à-dire un accord pour rembourser moins que prévu ; ses créanciers privés ont perdu plus de la moitié de la valeur de leurs titres (Zettelmeyer, Trebesch et Gulati, 2013).
Elle réduit la marge pour la crise suivante : plus la dette est haute, plus un nouveau choc la pousse vers des niveaux qui inquiètent les prêteurs.
Elle peut freiner l'investissement privé : un État qui emprunte beaucoup peut faire monter les taux pour tous, et les entreprises investissent alors moins. C'est l'effet d'éviction ; il est en général faible quand les taux sont très bas.
Beaucoup de dette ou pas du tout
Ni une dette élevée ni l'absence de dette ne sont bonnes ou mauvaises en elles-mêmes. Trois questions comptent surtout : ce que la dette finance, le taux payé comparé à la croissance, et la direction qu'elle prend. Les règles européennes retiennent une valeur de référence de 60 % du PIB pour la dette, mais ce chiffre n'est pas un seuil de danger démontré. Une étude de 2010, celle de Reinhart et Rogoff présentée plus bas, avait conclu à un seuil de 90 % du PIB ; des études plus récentes, dont celle du FMI en 2014, n'en ont pas trouvé de clair.
Une dette élevée peut être utile quand elle a financé des investissements qui rapportent, quand la croissance dépasse le taux payé et quand les prêteurs gardent confiance. Elle peut devenir néfaste quand elle finance surtout des dépenses courantes en dehors des crises, quand le taux dépasse la croissance, ou quand elle laisse le pays sans marge face au choc suivant. Elle peut alors ralentir la croissance de deux façons : par les intérêts, qui finissent par imposer des hausses d'impôts ou des baisses de dépenses, et par les taux plus élevés qu'elle peut entraîner pour tous.
L'absence de dette évite les intérêts et laisse une marge pour les crises. Mais un pays qui refuse tout emprunt doit payer comptant chaque investissement : il risque d'en faire moins, ou plus tard, et sa croissance future peut en souffrir. Un pays moins endetté peut d'ailleurs choisir d'emprunter pour investir : en mars 2025, l'Allemagne, dont la dette valait 61,4 % du PIB fin 2024 contre 112,6 % pour la France, a modifié sa Constitution, la Loi fondamentale, pour créer un fonds de 500 milliards d'euros, financé par l'emprunt et destiné à des investissements, surtout dans les infrastructures, sur douze ans.
Ce que disent les études
Facultatif en première lecture.
En 2010, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont rassemblé plus de 3 700 observations annuelles sur 44 pays et environ deux siècles. Ils trouvaient que la croissance hors inflation varie peu avec la dette tant que celle-ci reste sous 90 % du PIB, mais qu'au-delà, la croissance médiane (la valeur du milieu quand on range les observations de la plus faible à la plus forte) baisse d'environ un point, et la croissance moyenne nettement plus.
En 2013 (article daté de 2014), trois chercheurs de l'université du Massachusetts, Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, ont repris les mêmes données. Ils y ont trouvé des erreurs dans leur tableur, des données écartées et une façon contestable de faire les moyennes. Une fois ces erreurs corrigées, les pays avancés dont la dette dépassait 90 % du PIB ont eu, de 1946 à 2009, une croissance moyenne de 2,2 % par an hors inflation, et non de −0,1 % comme l'annonçait l'étude de 2010 : pas très différente de celle des pays moins endettés. Selon eux, le résultat de 2010 avait beaucoup servi, après la crise de 2008, à appuyer des politiques d'austérité.
En 2014, une étude du FMI portant sur 34 pays avancés n'a trouvé aucun seuil clair au-delà duquel la croissance se dégrade fortement ; les pays dont la dette était élevée mais en baisse ont grandi aussi vite que les autres (Pescatori, Sandri et Simon).
Quand une dette élevée et une croissance faible vont ensemble, le lien peut aller dans les deux sens : une récession fait elle-même monter la dette, parce que les recettes baissent et que les dépenses de soutien augmentent. Le fait que les deux aillent ensemble ne prouve donc pas, à lui seul, que la dette freine la croissance.
La France en chiffres
Les chiffres qui suivent viennent de la Cour des comptes. On y compte en points de PIB (un point vaut 1 % du PIB), et la variation du poids de la dette se partage en trois morceaux : l'écart entre le taux moyen payé et la croissance en valeur, le déficit primaire, et d'autres opérations qui changent la dette sans passer par le déficit (par exemple quand l'État emprunte pour prêter : sa dette monte, sans que ce soit une dépense). Le premier morceau ne se lit pas directement dans l'écart entre les deux taux : la Cour des comptes le calcule à partir de cet écart et du poids de la dette de l'année précédente, avec des chiffres plus précis que ceux, arrondis, affichés ici ; le calcul est détaillé dans la fiche « La politique budgétaire ».
En 2024 : la croissance en valeur (3,6 %) dépassait nettement le taux moyen (1,9 %), et cet écart a retiré environ 1,7 point ; le déficit primaire en a ajouté 3,7 et les autres opérations 1,1. Au total, −1,7 + 3,7 + 1,1 = 3,1 points : la dette est passée de 109,5 % à 112,6 % du PIB.
En 2025 : la croissance en valeur (1,9 %) et le taux moyen (environ 2,0 %) étaient presque égaux, et l'écart n'a presque plus joué (+0,1 point) ; le déficit primaire a ajouté 2,9 points et les autres opérations 0,1. Au total, 0,1 + 2,9 + 0,1 = 3,1 points : la dette est passée de 112,6 % à 115,7 % du PIB.
Malgré la baisse du déficit primaire et des autres opérations, la hausse a été la même qu'en 2024, parce que la croissance en valeur (1,9 % au lieu de 3,6 %) ne compensait plus les intérêts.
À retenir
En priorité :
Dette et déficit : le déficit est ce qui manque sur une année ; la dette est le total accumulé des emprunts pas encore remboursés.
Le bon thermomètre : on rapporte la dette au PIB, car c'est la production du pays qui permet de payer les intérêts.
Ce qu'elle finance : emprunter pour investir peut augmenter la croissance future ; emprunter pour des dépenses courantes qui ne préparent pas l'avenir, en dehors des crises, laisse surtout la facture.
La course entre taux et croissance : si la croissance en valeur dépasse le taux payé, cet écart fait baisser le poids de la dette ; dans le cas inverse, il le fait monter, même sans déficit primaire. Un déficit primaire fait monter en plus le poids de la dette ; un excédent primaire le fait baisser.
La confiance : un État endetté dépend de ses prêteurs ; quand ils doutent, le taux monte et la dette coûte plus cher.
Ni trop, ni rien : une dette élevée réduit les marges et expose aux crises, mais l'absence de dette peut priver le pays d'investissements utiles, et la rembourser à marche forcée peut l'appauvrir.
Facultatif en première lecture :
Le taux moyen et le taux du jour : une hausse des taux du marché ne pèse sur les intérêts que peu à peu, au rythme où les anciennes obligations sont remplacées et où le déficit est financé.
Pas de seuil magique : des études plus récentes que celle de Reinhart et Rogoff (2010), dont celle du FMI en 2014, ne trouvent pas de niveau de dette au-delà duquel la croissance se dégrade fortement ; la direction que prend la dette compte aussi.
Sources
RéférencesCette fiche pose les bases. Le calcul de la variation de la dette d'une année sur l'autre, et sa décomposition pour 2025, sont détaillés dans la fiche « La politique budgétaire » (ch. 6, niveau Intermédiaire) ; les débats sur le fardeau de la dette et ses causes politiques, dans « L'économie politique de la dette publique » (ch. 15, niveau Élevé).
Les travaux et sources cités dans cette fiche :
INSEE (mai 2026) : « Le compte des administrations publiques en 2025 », Insee Première n° 2106.
Direction générale du Trésor et Agence France Trésor (octobre 2026) : Rapport sur la dette des administrations publiques, annexé au projet de loi de finances pour 2027.
Cour des comptes (juin 2026) : La situation et les perspectives des finances publiques.
Eurostat (octobre 2026) : dette publique brute en pourcentage du PIB, série gov_10dd_edpt1.
Reinhart et Rogoff (2010) : « Growth in a Time of Debt », NBER Working Paper n° 15639, version révisée de décembre 2011.
Herndon, Ash et Pollin (2014) : « Does High Public Debt Consistently Stifle Economic Growth? A Critique of Reinhart and Rogoff », Cambridge Journal of Economics, vol. 38, n° 2, p. 257-279.
Pescatori, Sandri et Simon (2014) : « No Magic Threshold », Finance & Development, FMI, juin 2014, résumé de leur document de travail « Debt and Growth: Is There a Magic Threshold? » (IMF Working Paper n° 14/34).
Blanchard et Leigh (2013) : « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers », NBER Working Paper n° 18779.
Zettelmeyer, Trebesch et Gulati (2013) : « The Greek Debt Restructuring: An Autopsy », Economic Policy, vol. 28, n° 75, p. 513-563.
Ban (2012) : « Sovereign Debt, Austerity, and Regime Change: The Case of Nicolae Ceausescu's Romania », East European Politics and Societies, vol. 26, n° 4, p. 743-776.
Bundestag (mars 2025) : compte rendu de la séance du 18 mars 2025 sur la réforme du frein à l'endettement, en allemand.
Ministère chargé des collectivités territoriales : Principes du recours à l'emprunt.
Impact sur les marchés
MarchésLe taux auquel la France emprunte se forme sur le marché des obligations d'État, selon l'offre et la demande. Quand les investisseurs doutent de la trajectoire de la dette, ils exigent un rendement plus élevé, et l'écart de taux avec l'Allemagne, la référence de la zone euro, s'élargit. Pour la France, cet écart valait 0,70 point au 1er janvier 2026 et dépassait 0,90 point à la mi-septembre 2026, comme celui de l'Italie, dans un contexte de hausse générale des taux (rapport sur la dette annexé au projet de loi de finances pour 2027). Les agences de notation résument par une note leur appréciation du risque de non-remboursement. Une dégradation peut obliger des assureurs, des fonds de pension et des fonds d'investissement à vendre certains titres, car des règles de détention s'appuient sur ces notes.