Tendances et SupportsChapitre 2

Tendances, supports et résistances

Les tendances, supports et résistances constituent le vocabulaire de base de l'analyse technique. Murphy leur consacre les chapitres 4 et 5 de « Technical Analysis of the Financial Markets » comme les concepts les plus fondamentaux : la tendance définit la direction du marché, tandis que les supports et résistances identifient les niveaux de prix où l'offre et la demande se concentrent.

Dernière mise à jour : 29 juillet 2026

Définition

Définition

Murphy définit la tendance au chapitre 4 (éd. 1999, « The Basic Concepts of Trend ») comme la direction générale dans laquelle un marché évolue. Il identifie trois types de tendances :

Tendance haussière (uptrend) : succession de sommets (higher highs) et de creux (higher lows) de plus en plus hauts. Tant que cette structure est respectée, la tendance est intacte

Tendance baissière (downtrend) : succession de sommets (lower highs) et de creux (lower lows) de plus en plus bas

Range (trendless / sideways) : le prix oscille entre un plafond et un plancher sans direction claire. Murphy estime que les marchés ne sont en tendance qu'environ 30% du temps — ils passent donc l'essentiel du temps dans ces phases sans direction, et c'est tout son argument pour recourir aux oscillateurs quand la tendance fait défaut

Un support est un niveau de prix où la pression acheteuse est suffisamment forte pour arrêter ou inverser une baisse. Une résistance est un niveau où la pression vendeuse est suffisante pour stopper ou inverser une hausse. Murphy insiste au chapitre 4 sur un concept fondamental : lorsqu'un support est cassé, il devient résistance, et inversement. Ce « principe de polarité » est l'un des plus fiables de l'analyse technique.

Les lignes de tendance sont des droites tracées le long des creux ascendants (support dynamique en tendance haussière) ou des sommets descendants (résistance dynamique en tendance baissière). Murphy exige un minimum de trois points de contact pour qu'une ligne de tendance soit considérée comme valide.

Pourquoi c'est important

Murphy consacre deux chapitres entiers aux tendances et aux supports/résistances car ils constituent le socle de toute analyse technique. Avant d'appliquer un quelconque indicateur ou oscillateur, l'analyste doit d'abord identifier la tendance en cours et les niveaux clés du marché. Cette étape préliminaire est au graphique ce que le diagnostic est au médecin : avant de prescrire un traitement (un indicateur), il faut d'abord comprendre l'état du patient (la tendance).

Le concept de support et résistance repose sur la psychologie des foules. Aux niveaux de support, les acheteurs perçoivent une opportunité et les vendeurs à découvert prennent leurs bénéfices. Aux niveaux de résistance, les acheteurs prennent leurs bénéfices et les vendeurs considèrent le prix comme excessif. Plus un niveau a été testé sans être cassé, plus il concentre d'ordres et plus sa cassure éventuelle sera significative.

Points clés

La validité d'une ligne de tendance augmente avec le nombre de points de contact et la durée pendant laquelle elle a été respectée. Une ligne de tendance testée cinq fois sur six mois est bien plus significative qu'une ligne reliant deux points sur deux semaines

Les niveaux de support et résistance les plus importants sont ceux qui correspondent à des volumes d'échanges élevés (zones de forte activité historique), des niveaux psychologiques (chiffres ronds comme 10 000, 50 000), ou des extrêmes de prix historiques (plus hauts/plus bas annuels)

Murphy recommande d'utiliser l'analyse multi-timeframe : identifier les supports/résistances sur un graphique de timeframe supérieur (hebdomadaire ou mensuel), puis affiner l'entrée sur un timeframe inférieur (journalier ou 4 heures). Un niveau visible sur plusieurs timeframes a beaucoup plus de poids

Le volume est l'arbitre final de la validité d'un breakout. Murphy demande qu'une cassure haussière s'accompagne d'un volume nettement supérieur à la moyenne, sans fixer de seuil chiffré — la règle souvent citée d'un volume au moins 50% au-dessus de la moyenne est une convention d'usage des praticiens. Un breakout baissier peut être valide avec un volume plus faible, la gravité aidant (les marchés descendent souvent sous leur propre poids)

Exemple concret

Exemples

La zone des 4 800 points sur le S&P 500 illustre le comportement d'une résistance majeure. Sommet historique inscrit en janvier 2022 (4 818 points en séance), elle a tenu le marché à distance pendant deux ans : le rebond de mars 2022 a plafonné vers 4 637, et l'indice n'est revenu au contact de la zone que fin décembre 2023 (~4 793) — soit deux approches réelles avant la cassure de janvier 2024. Ce breakout s'est fait sur des volumes sans rien d'exceptionnel : rappel utile que le filtre du volume (point clé n°4) améliore les probabilités mais n'est pas une condition nécessaire — tous les breakouts valides ne cochent pas toutes les cases. Et le pullback d'école n'a jamais eu lieu : l'indice a filé vers les 5 000 points dès février, dépassé 5 250 fin mars, et la première vraie correction (avril 2024) s'est arrêtée vers 4 950, toujours au-dessus de la zone cassée. C'est le cas de figure du breakout puissant : les traders qui attendaient le retour sur 4 800 (ancienne résistance devenue support — principe de polarité) ne sont jamais entrés. Les pullbacks offrent souvent la meilleure opportunité d'entrée (voir le vocabulaire), mais ils ne sont pas garantis, et leur absence est précisément la signature des cassures les plus fortes. Inversement, le support des 3 500 points, testé en octobre 2022 (creux à 3 491), correspondait au retracement de 50% de tout le mouvement haussier 2020-2022 — une confluence entre un niveau psychologique rond et un retracement de Fibonacci, ce qui explique la violence du rebond depuis ce niveau.

Erreurs fréquentes

Attention

Tracer trop de lignes et de niveaux, rendant le graphique illisible. Mieux vaut ne conserver que les quelques niveaux réellement significatifs — 3 à 5 en pratique

Considérer un support ou une résistance comme un prix exact au centime près. C'est une zone, pas une ligne chirurgicale. Une mèche qui dépasse de quelques ticks ne constitue pas une cassure

Ignorer le volume lors d'un breakout : une cassure sur faible volume est souvent un faux signal qui piège les traders impatients

Se positionner contre la tendance en achetant sur un support en tendance baissière : en bear market, les supports cèdent le plus souvent les uns après les autres. Le contexte de tendance prime sur le niveau ponctuel

Astuce Murphy

Murphy

Murphy recommande de toujours commencer l'analyse par le graphique en unité de temps la plus longue (mensuel), puis de descendre progressivement vers l'hebdomadaire, le journalier et enfin l'intraday. Un support identifié sur le graphique mensuel est infiniment plus puissant qu'un support visible uniquement en 15 minutes. L'image qui résume l'approche : un zoom progressif sur une carte — le pays d'abord, puis la région, la ville, et enfin la rue.

Pour aller plus loin

Progression

Les figures chartistes (ch. 3, niveau Intermédiaire) sont des configurations complexes de supports et résistances qui forment des patterns prédictifs. Les chandeliers japonais (ch. 4, niveau Intermédiaire) affinent l'analyse des retournements de prix sur les niveaux de support et résistance.

📊 Supports, Résistances et Polarité

PrixTempsSupport 3 800Résistance 4 200BreakoutPullbackReprisePolaritéSupportRésistancePrix

Impact sur les marchés

Marchés

Les niveaux de support et résistance concentrent les ordres d'achat et de vente des participants de marché (ordres stop-loss, take-profit, ordres limites). Leur cassure déclenche des cascades d'ordres automatiques qui amplifient le mouvement. Les algorithmes de trading haute fréquence ciblent spécifiquement ces niveaux pour exploiter la liquidité concentrée. La cassure d'un support ou d'une résistance majeure sur un indice comme le S&P 500 ou le CAC 40 déclenche des réallocations massives de la part des fonds institutionnels.

Référence