Comprendre l'inflation
L'inflation est la hausse générale, durable et auto-entretenue du niveau des prix dans une économie. Mankiw la présente comme l'un des phénomènes macroéconomiques les plus importants à maîtriser, car elle affecte directement le pouvoir d'achat, les taux d'intérêt, les salaires et l'ensemble des décisions économiques des agents.
Dernière mise à jour : 9 juillet 2026
Définition
DéfinitionL'inflation désigne l'augmentation soutenue du niveau général des prix dans une économie. Elle ne concerne pas la hausse isolée d'un produit, mais un mouvement d'ensemble : quand on parle de 3% d'inflation annuelle, cela signifie qu'en moyenne, le panier de biens et services consommés par les ménages coûte 3% plus cher qu'un an auparavant.
L'outil de mesure principal est l'Indice des Prix à la Consommation (IPC). Le taux d'inflation se calcule : π = (IPC_t − IPC_t-1) / IPC_t-1 × 100. L'institut statistique national (l'INSEE en France, le BLS aux États-Unis) relève chaque mois le prix de plusieurs milliers de biens et services regroupés dans un panier représentatif de la consommation des ménages.
À distinguer : la désinflation est un simple ralentissement du rythme de hausse des prix (l'inflation reste positive), tandis que les deux véritables cas extrêmes sont la déflation (baisse généralisée des prix) et l'hyperinflation (hausse des prix supérieure à 50% par mois).
Pourquoi c'est important
La maîtrise de l'inflation est au cœur du mandat des banques centrales : c'est l'objectif principal de la BCE (la stabilité des prix), et l'un des deux objectifs de la Fed américaine, avec le plein emploi. Une inflation modérée, autour de 2%, est considérée comme optimale par la plupart des banques centrales des économies avancées. Ce taux est suffisamment bas pour ne pas perturber les décisions économiques, tout en étant assez élevé pour éviter le risque de déflation.
Les coûts de l'inflation incluent : les « coûts d'usure des semelles » (les agents cherchent à détenir le moins de monnaie possible), les « coûts de menu » (les entreprises doivent fréquemment réviser leurs prix), la distorsion fiscale (l'impôt frappe des gains nominaux et non réels), la confusion dans les signaux de prix, et la redistribution arbitraire de richesse entre créanciers et débiteurs.
Points clés
Inflation par la demande : la demande globale de biens et services excède la capacité de production de l'économie. L'excès de demande tire les prix vers le haut. Mankiw illustre cela par « trop de monnaie à la poursuite de trop peu de biens »
Inflation par les coûts : la hausse des coûts de production (matières premières, énergie, salaires) se répercute sur les prix de vente. Le choc pétrolier de 1973 en est l'exemple historique le plus cité
Anticipations d'inflation : si les agents économiques anticipent une inflation élevée, ils ajustent leurs comportements (demandes de hausses salariales, hausse préventive des prix), ce qui auto-entretient l'inflation. D'où l'importance de la crédibilité de la banque centrale
La courbe de Phillips à court terme suggère un arbitrage entre inflation et chômage, formalisé par : π = πᵉ − β(u − uₙ) + ε, où πᵉ est l'inflation anticipée, u le taux de chômage, uₙ le taux naturel, β la sensibilité et ε un choc d'offre. À long terme, cet arbitrage disparaît car πᵉ s'ajuste
Exemple concret
ExemplesEn zone euro, la BCE cible une inflation de 2% par an. En 2022, l'inflation a atteint 10,6% en octobre, son plus haut niveau historique, en raison du choc énergétique lié à la guerre en Ukraine et des goulets d'étranglement post-Covid sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. La BCE a répondu en relevant ses taux directeurs de 0% à 4,5% entre juillet 2022 et septembre 2023, soit la hausse la plus rapide de son histoire. En 2024, l'inflation est redescendue autour de 2,5%, illustrant l'efficacité (et le délai) de la politique monétaire restrictive.
Anecdote Mankiw
MankiwMankiw utilise l'exemple de l'hyperinflation allemande de la République de Weimar (1923) : au pic d'octobre 1923, les prix doublaient environ tous les 3,7 jours (source : Hanke & Krus, « World Hyperinflations », 2012), les ouvriers étaient payés deux fois par jour et dépensaient immédiatement leur salaire. Le record absolu reste la Hongrie de 1946, avec un doublement des prix toutes les 15 heures. Il rappelle également l'hyperinflation du Zimbabwe en 2008 (79,6 milliards de % par mois) pour illustrer la théorie quantitative de la monnaie : l'impression monétaire sans contrepartie productive conduit mécaniquement à la destruction de la valeur de la monnaie.
Pour aller plus loin
ProgressionLe rôle des anticipations d'inflation dans la dynamique des prix est approfondi dans la fiche « Les anticipations rationnelles et la Nouvelle Macroéconomie Classique » (ch. 14, niveau Élevé), qui explique comment la crédibilité de la banque centrale détermine l'ancrage des anticipations et le coût de la désinflation.
📊 Courbe de Phillips
Impact sur les marchés
MarchésUne inflation supérieure aux attentes incite les banques centrales à durcir leur politique monétaire en relevant les taux directeurs. Cette hausse des taux pénalise les actifs à duration longue (obligations à taux fixe, actions de croissance) et tend à renforcer la devise nationale. L'or constitue historiquement une protection contre l'érosion monétaire en période d'inflation élevée. Le marché obligataire est le premier touché : les rendements montent et les prix des obligations existantes baissent.